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sensdes faits 2 imagesLE SENS DES FAITS

 Volume 2 

Chronique-memento

CENT textes de 2002 à 2008

 INTRODUCTION

À la fin 1998, j’avais en chantier l’ébauche d’un projet de société que je voulais à tout crin terminer avant la fin du millénaire… (C’est ce travail qui allait s’allonger durant une décennie, pour finalement prendre la forme des neuf (9) tomes de la collection Nouvelle Société maintenant accessible sur le présent site.) A l’époque, je voulais me consacrer entièrement à cette ébauche, et j’ai donc cessé la publication des billets hebdomadaires qui ont constitué le Volume #1 de cette série « Le sens des faits ».

Rapidement, toutefois je me suis aperçu qu’en voulant faire l’impasse sur l’actualité pour concentrer mes efforts sur l’intemporel, je risquais de priver le général de son intérêt en ne lui donnant pas le contexte du particulier. Quoi de mieux, en effet, pour illustrer les bévues qu’on a faites hier en politique que les efforts qu’on doit faire aujourd’hui pour les réparer ? Tout en continuant à élaborer en priorité un programme pour une Nouvelle Société, j’ai donc recommencé, dès avril 2002, à publier des billets sur l’actualité.

J’ai écrit ces nouveaux billets avec autant de plaisir et la même indignation que j’avais ressentie en rédigeant ceux des années précédentes, mais les publiant de façon moins régulières, timidement, souvent sur les blogues comme Agoravox qui commençaient alors a foisonner, me sentant un peu coupable de laisser ma curiosité pour le quotidien me ralentir dans un travail que je jugeais prioritaire de réflexion sur la structure et le fonctionnement de la société.

Cette réticence à parler actualité s’est prolongée jusqu’à fin 2008 et c’est de ce regard que je voulais anecdotique, presque furtif sur les événements, que sont sortis durant les six (6) années qui ont suivi les cent (100) billets repris dans ce Volume # 2 du « Sens des faits ». On a donc ici une vision fragmentée, hachurée de cette période.  A mon corps défendant, cette prériode qui a vu la naissance des blogues a permis une diffusion par paliers  sur Agoravox, puis sur Centpapiers et Les 7 du Quebec , qui multipliait la portée des messages en réduisant la charge au niveau de la source. Surtout, le « conversationnel » des blogues, agrémentés désormais de commentaires, permettait de faire plus avec beaucoup  moins …

Avec le recul du temps, je regrette néeanmoins d’avoir pris alors mes distances de la réalité quotidienne, car c’est durant cette période cruciale que tout a basculé. C’est à ce moment, avec l’attentat du 11 septembre 2001 et ce qui en a découlé, que notre civilisation occidentale optimiste, arrogante, en plateau à son zénith, a tout été battue en brèche. C’est alors que, se découvrant en déclin elle a vu ses élites assumer ce déclin sans autre réaction que d’en prolonger le crépuscule doré et d’en tirer le meilleur parti pour eux, ne donnant le signal ni d’un sursaut, ni du sauve-qui-peut.

Peut-être ai-je donc failli à ma tâche, en ne suivant pas alors de plus près les péripéties de ces six années-ci, 2002-2008, un peu comme ces intellos de la toute fin de l’Empire Romain, se réfugiant dans leurs villas et monastères pour parler théologie, pendant que les Barbares avançaient. Je ne m’en console qu’en pensant, avec une infinie humilité, que je n’avais pas de mandat divin pour le faire et que, comme le dit Sri Chinmoy, « The world does not really need our guidance… » A mon corps défendant, 

Ces billets sont autant de témoignages impromptus, au jour le jour, de cette période de transition. Ça et rien de plus. Des petites pierre que j’ai apportées au chantier avec toutes celles qu’’apportent les autres . Il faudra bien, tous ensemble, piger dans cet amas de matériaux disparates et finalement nous bâtir une nouvelle société

101. Allez, Marianne, dis-lui que tu l’aimes !   02.04.24

Depuis qu’elle est devenue veuve du grand Charles, la Marianne, c’est pas tous les jours qu’on lui « déride les fesses », comme disait Brassens:  99 fois sur 100, la France s’emmerde en votant. Alors, elle a ses caprices, la Marianne, comme ces mariages à trois, quand elle cohabite avec mari et amant. Mais, ça, ce sont les jeux innocents; comme le troussage de jupon au bistro, quand Mamère lui parle en vert ou que le petit Hué lui lit du Maïakovski. Ça reste entre amis. Chacun a ses positions libidinales – qui sont toutes la même – et Marianne garde la sienne.

Mais quand Marianne a vu le grand tatoué au bar, qui parlait sur un autre ton et qui avait l’air d’avoir du muscle à la cuisse, ça lui a fait un petit chaud au coeur et même un peu partout. Ça lui rappelait sa jeunesse: « 89, « 48… Alors elle a craqué. Oh, pas beaucoup. Pas la main baladeuse, juste un petit clin d’oeil. Mais ça leur a fait un de ces effets, aux habitués …! Oh la la ! « Marianne n’est pas heureuse » – qu’ils se sont dit ; « on ne fait plus jouir Marianne ! »   Et tous les petits copains, inquiets, de se dire qu’il fallait surtout vider le grand mec et garder Marianne au foyer.

« Vas-y, Jacques, c’est toi le mari. Séduis-la, mon vieux! » Ah, si seulement ils n’avaient pas tous dit la veille que Jacques était impuissant, sentait mauvais et n’était pas propre, propre entre les doigts de pieds! Alors, à tour de rôle, tous ces potes qui se sont envoyé Marianne (plutôt mal que bien), ou qui rêvent de la sauter, tous de la même façon, viennent lui chuchoter à l’oreille les vertus de la fidélité.

 » Nous sommes tous avec Jacques, Marianne. Jacques, il te le fait comme nous; c’est un type bien, Jacques. Les mecs différents, ça peut être dangereux; tu te souviens, au bar d’en face, ce type à moustache qui sortait de nulle part et qui soudain a brandi un fusil ?  Et crois-tu que, si tu partais, la banque te rendrait ta part de l’argent du compte commun? Pas de bêtises, Marianne. Allez ! Finis les marivaudages; bouche-toi le nez, prends Jacques dans tes bras et dis lui que tu l’aimes. Dis le lui très fort.« 

J’ai écrit sur ce site des centaines de textes pour proposer une société pluraliste et de tolérance qui est aux antipodes de ce que propose Le Pen. Cela dit, je pense que la réaction des élites politiques françaises au duel Chirac-Le Pen est d’une incommensurable bêtise. Tactiquement bête, quand elle appelle 80 % d’électeurs qui ont dit NON à Chirac la semaine dernière à devenir 80% d’électeurs qui lui diront OUI au deuxième tour, parce que, en mettant la barre aussi haut, on offre à Le Pen un succès dont personne ne peut mesurer l’ampleur.

En exigeant 80% pour Chirac, on peut voter pour lui tout en le traitant de minable s’il n’en obtient que 75%; mais le corollaire, c’est qu’on va transformer en triomphe pour Le Pen le fait d’obtenir 25 % des suffrages, ce qui, objectivement, sera pourtant l’échec électoral le plus cuisant de l’histoire récente. Et comme tous les petits copains n’ont pas vraiment peur de Le Pen – mais ont gros à gagner à faire de Chirac un minable – personne ne sait, quoi qu’ils disent, comment ils voteront VRAIMENT.

Supposons que ce n’est pas 25, mais 30, 35, 40% du vote que va chercher Le Pen.? Qu’est-ce qu’on dira aux Français et aux partenaires de la maison Europe? Que c’était une astuce et qu’on s’est tiré dans le pied ? Bête sur le fond, aussi, cette stratégie de vouloir ignorer Le Pen et de refuser le débat; car est-ce que la démocratie néo-libérale n’est applicable qu’aux néo-libéraux bien-pensants – comme la démocratie soviétique ne s’appliquait que dans le cadre de la « légitimité socialiste » ?

Quand on refuse le débat avec Le Pen, on dit à 4 millions de Français que leur opinion est si mauvaise qu’on fera comme s’ils n’existaient pas…  Or, ce n’est pas ça, la démocratie. Quand je lis des éditorialistes qui proposent de baliser la démocratie pour protéger le peuple de lui-même, je ne marche plus du tout. C’est ça qui mène à un système « américain », où le seul droit du peuple est de choisir entre deux guignols interchangeables à qui on ne permet d’avoir qu’une seule et même politique.

Je pense, moi aussi, que Marianne a mal choisi son dernier flirt, mais je trouverais inacceptable qu’on lui interdise de regarder tous ceux qui viennent au café, quelles que soient leur race, leur religion ou leurs opinions. Il n’y a personne auprès de Marianne qui puisse lui inspirer une grande passion.  Et ça, elle l’a dit bien clairement.

On escamote trop facilement la leçon LA PLUS IMPORTANTE de ce scrutin, qui n’est pas que Le Pen ait obtenu plus de suffrages que Jospin, mais que l’abstention soit devenue – et de loin – le premier choix des Français. Laissons Marianne se chercher une passion. Elle est trop jeune pour passer la main et le monde a encore besoin d’elle.

Pierre JC Allard

102. Un bon mot pour l’assassinat   02.12.01

Nous devrions tous vivre en paix et nous aimer les uns les autres. Cela étant dit, il appert à la lecture des journaux d’aujourd’hui comme d’hier qu’il est encore profondément ancré dans la nature humaine de se taper sur la gueule. Se taper sur la gueule étant, bien sûr, un euphémisme : il n’y a pas de limite à ce que peut faire l’être humain dans sa quête de la richesse et du pouvoir. La façon ultime de taper sur la gueule est de faire la guerre.

Est-ce que quelqu’un conteste cette prémisse ? Non ? Ça va ? Bon, continuons. La violence est partout, sous toutes les formes et à tous les niveaux,, mais elle est à son plus haïssable quand elle prend pour cible les plus faibles, ceux qui ne peuvent en aucune façon se défendre et qui – (peut-être parce qu’ils ne le peuvent pas, mais ceci est une autre histoire) – ne peuvent être même soupçonnés d’une intention agressive.

Les enfants, la plupart des femmes et des vieillards, voici ceux qu’on peut, de prime abord. considérer comme des victimes innocentes. Ajoutez tous ceux qui, désarmés, sont attaqués par quiconque porte une arme qui lui confère une supériorité insurmontable. Un pigeon face à une volée de plombs, par exemple, ou une population civile soumise à un bombardement aérien.

La guerre  » à l’ancienne  » impliquait des adversaires qui VOULAIENT en découdre. Que Hector trucide Patrocle ou Achille Hector était, comme un match de boxe, une manifestation de la bêtise humaine plus que de sa méchanceté. C’était l’invective qui se poursuivait par d’autres moyens. On massacrait bien parfois les populations civiles – ai-je dit que les Anciens n’étaient pas méchants eux aussi ? – mais c’était dans un but avoué de génocide; on ne parlait pas alors de guerre.

C’est la guerre moderne qui est conçue et menée comme un massacre des innocents, tout en parlant avec une pudeur qui nous déshonore de  » dommages collatéraux « . Quiconque aujourd’hui déclare la guerre, avec l’intention ferme d’aller tuer, avec un minimum de risque pour lui-même, tout ce qu’il faudra des femmes et des enfants de l’adversaire, est une CRIMINEL DE GUERRE. Il n’y a pas de ronds de jambes éthiques ou sémantiques, pas de casuistique, pas de sophismes qui puissent changer cette réalité. Déclarer une guerre  » à la moderne  » est un acte criminel. Ceux qui la déclarent sont des meurtriers.

Cela dit, que faire quand l’Autre veut vraiment votre peau ? Se laisser abattre sans combattre ? La justice immanente n’en demande pas tant ! La justice et le bon sens exigent seulement que celui qui se sait menacé identifie celui qui le menace et, au besoin, lui règle ou lui fasse régler proprement son compte. A lui. Pas aux autres. Pas à ses enfants, comme les Américains l’ont fait aux enfants de Quaddaffi quand ce sont les Libyens qui étaient les boucs émissaires. Pas à un million d’Iraquiens parce qu’on n’aime pas la politique de Saddam Hussein.

C’est pour ça que je considère comme un pas dans la bonne direction la nouvelle stratégie d’Israël de viser les meneurs des mouvements terroristes palestiniens, même si je trouve exécrable que les Israéliens fassent sauter tout un pâté de maison pour atteindre chacune de leurs cibles. S’ils y mettaient un peu plus de soin, ils pourraient regagner le respect du monde civilisé. Ils auraient, au minimum, meilleure presse qu’en affamant la population palestinienne et en abattant à la mitraillette des gamins qui leur lancent des pierres.

Remarquez que je souhaiterais aussi, en toute équité, que les Palestiniens cessent de se faire exploser dans les autobus et les bars à la mode et consacrent plutôt toute leur énergie à planifier l’assassinat des leaders israéliens et autres responsables de la condition palestinienne. Je voudrais bien, aussi, que les Tchétchènes ne s’en prennent qu’à Putin et qu’on ne tue en Afghanistan que les seuls membres d’Al-Quaida.

Difficile? Naturellement; les coupables se cachent toujours derrière des innocents. Mais est-ce parce que c’est plus facile qu’on devient justifié de tuer l’innocent avec le coupable en se disant, comme l’évêque Amalric à Béziers, que  » Dieu reconnaîtra les siens  » ?

J’espère ardemment que vienne le jour où les hommes vivront d’amour. En attendant, ne serait-ce pas un jour faste pour tout le monde si, au lieu de tuer à tort et à travers, ceux qui ont le goût irrépressible de tuer se contentaient de s’entretuer ? Quand on traite avec des meurtriers, il y a beaucoup de bien à dire de l’assassinat.

Pierre JC Allard

103. Et avec ça, ils sont bêtes! 02.12.01

LONDRES (AFP) – Downing Street a fait amende honorable vendredi, au lendemain de l’accusation de plagiat lancée par un étudiant américain, selon lequel Londres s’est servi de l’un de ses travaux pour affirmer que Bagdad possède des armes de destruction massive.

Dans un rapport rendu public lundi, le gouvernement britannique -principal allié des Etats-Unis dans la crise irakienne- affirmait que Bagdad possédait des armes de destruction massive et les dissimulait aux inspecteurs des Nations unies.

« Je voudrais attirer l’attention de mes collègues sur l’excellent dossier présenté par le Royaume-Uni, qui décrit en détails les activités de dissimulation irakiennes », avait déclaré mercredi le secrétaire d’Etat américain Colin Powell lors de son intervention devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

Glen Rangwala, qui enseigne la politique à l’université de Cambridge, a cependant jeté un énorme pavé dans la mare en affirmant, jeudi soir à la chaîne de télévision Channel 4, que de 6 à 16 des 19 pages du « nouveau » rapport britannique avaient été recopiées mot pour mot dans la thèse d’Ibrahim al-Marashi, étudiant californien de troisième cycle.

Y compris « les erreurs grammaticales et les fautes d’orthographe », a souligné l’enseignant.

« Nous avons tous des leçons à tirer » de cet incident, a reconnu vendredi un porte-parole de Downing Street, ajoutant qu’ »il aurait dû être fait mention » de l’auteur de cette thèse.

A la question de savoir si ces informations, vieilles de 12 ans puisque collectées peu après la guerre du Golfe, étaient encore d’actualité, un porte-parole de Downing Street a répondu par l’affirmative à l’AFP.

Ibrahim al-Marashi a précisé qu’il avait publié son étude en septembre 2002 dans la Middle East Review of International Affairs.

Il a expliqué s’être fondé sur des documents saisis par des rebelles kurdes dans le nord de l’Irak en 1991 et sur des dossiers abandonnés par les Irakiens au Koweït après leur fuite.

« La moindre des choses que tout universitaire demande, lorsqu’on publie son travail, c’est d’être cité, a déclaré Ibrahim al-Marashi. Il y a des lois qui condamnent le plagiat et on est en droit de s’attendre à ce que le Royaume-Uni les respecte ».

Certains observateurs -comme l’analyste politique Ian Dale sur Sky News vendredi matin- voient dans cette affaire un nouveau dérapage des « spin doctors » de Downing Street, ces spécialistes de la manipulation de l’information.

« Cela équivaut, en matière de renseignement, à être pris en train de voler les petites cuillères », a observé le porte-parole libéral-démocrate pour les Affaires étrangères, Menzies Campbell. « C’est très embarrassant pour un gouvernement qui tente de convaincre qu’il faut faire la guerre » à l’Irak.

« C’est un nouvel exemple de la façon dont le gouvernement tente de tromper le public et le parlement sur une éventuelle guerre contre l’Irak », a pour sa part déclaré l’actrice Glenda Jackson, députée travailliste pour Hampstead et Highgate (nord de Londres).

Cette gaffe n’aidera pas le Premier ministre Tony Blair à convaincre une opinion publique hostile à un conflit contre Bagdad sans l’aval de l’ONU.

Tony Blair a d’ailleurs pu se faire une idée de l’hostilité de ses compatriotes à une guerre non autorisée au préalable par l’ONU lors de l’émission télévisée Newsnight, jeudi soir sur la BBC.

Pendant près d’une heure, l’audience a critiqué son alignement sur Washington, l’un des participants le qualifiant de « vice-président » (de George W. Bush) et d’ »honorable représentant de la circonscription du nord Texas ».

Quelque 40.000 militaires britanniques sont en route pour le Golfe, avec notamment une quinzaine de navires conduits par le petit porte-avions Ark Royal et une centaine d’avions de combat. Une importante manifestation contre la guerre est prévue à Londres le 15 février.

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(Je souhaiterais bien, – mais ça n’arrivera pas – que Ibrahim al-Marashi demande et obtienne 1 milliard de dollars de dommages punitifs, à verser à un fonds de secours pour les innocents que les Yankobritanniques se préparent à massacrer en Iraq.

On disait de Talleyrand acoquiné à Fouché que c’était « le vice s’appuyant au bras du crime »  On pourra maintenant dire de l’alliance USA – RoyaumeUni contre l’Iraq que c’est le crime s’appuyant sur la bêtise.)

Pierre JC Allard

104. Une guerre qu’il faut faire et gagner   03.02.14

J’ai suivi ce matin à la télévision, comme des millions d’autres, la réunion publique du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Étant un grand ami de l’Espagne , je me suis senti humilié quand sa représentante, devant les caméras de télévision du monde entier, est venue bafouiller un discours mal préparé, ânonnant des platitudes à-plat-ventristes pour prouver que le petit épagneul ferait bien ce que voulait son maître George. Puis, je me suis souvenu que 76% des Espagnols se sont dit opposés à la guerre contre l’Iraq. Je me suis rappelé aussi cette phase prophétique de « 1984 » : « Tous les gouvernements du monde sont maintenant en guerre contre leur propre population ». Orwell, une fois de plus, a vu juste et l’a bien dit.

La proportion des opposants à la guerre est à peu près la même dans les huit (8) pays européens dont les dirigeants – dans un accès de cette bassesse gratuite dont parle Gogol – se sont empressés d’écrire une lettre infâme, donnant d’avance un blanc-seing aux USA pour l’imminent massacres des civils iraquiens. Mais qui diable représentent donc ces gouvernants de pays dits « démocratiques », si ne les fait pas reculer l’idée de contrevenir à la volonté clairement exprimée des trois-quarts de leurs électeurs ?

Comment le Système peut-il venir aussi bêtement fournir la preuve par 9 que la démocratie libérale est un conte pour enfants attardés et que huit pays « souverains » d’Europe sont en fait colonisés, menés par des fantoches qui acceptent sans discussions leurs directives de Washington? Cette incroyable stupidité, venant s’ajouter au grossier cafouillage des services secrets britanniques plagiant la thèse d’un étudiant américain, me laisse songeur. LE SYSTÈME A-T-IL PERDU LA TÊTE… OU NOUS TEND-IL UN PIÈGE?

Évidemment, je n’en sais rien. Mais quel est le résultat prévisible de ce schisme entre les peuples d’Europe et leurs gouvernants, si ce n’est de fomenter un peu partout le développement de partis politiques nationaux pro-européens? On remarquera que du même coup la crise actuelle redonne à la France son rôle traditionnel de hérault des libertés et vient couvrir d’un ultime vernis de pacifisme l’image inquiétante d’une Allemagne militariste qui persiste dans l’inconscient de biens des Européens.

Il y a fort à parier qu’on entendra bientôt clamer partout: « Nos gouvernements sont veules? Faisons l’Europe! » On voudra une Europe forte, capable de se tenir debout face aux USA. Faisons l’Europe. Bravo, n’est-ce pas? Bien sûr. Je suis entièrement en faveur de la création d’une Europe unie qui, d’ailleurs, est tout à fait dans la ligne de l’Histoire. Mais il faut être bien vigilant. Que sera cette Europe si elle est ainsi au départ orchestrée par le Système? Veut-on que l’Europe devienne une Nouvelle Société ou seulement un nouvel avatar du Système?

Le Système apparait aujourd’hui américain parce qu’il se manifeste en dollars, qu’il est protégé par les troupes et les bombes américaines et que son ultime rempart est constitués de ces dizaines de millions d’Américains qu’on a abêtis et dépolitisés à tel point qu’ils ne VOIENT même plus le capitalisme. LONG LIVE BIG BROTHER ! Mais le Système n’est pas américain, il est apatride. Un capitaliste n’a d’autre patrie que le capitalisme. Le capitalisme peut devenir européen…

En remettant leurs pouvoirs de création de monnaie et donc de vraie politique financière à la Banque Centrale Européenne, les pays européens ont crée les conditions pour que l’Europe devienne potentiellement aussi inféodée au système financier international que les USA. Pour compléter la mainmise du capitalisme apatride sur l’Europe, il ne reste qu’à niveler ces constructions historiques que sont la France, l’Allemagne, l’Italie et les autres, et dont chacune, au vu de ses intérêts propres, peut devenir un foyer de résistance au Système.

Une Europe unie serait plus facile à gérer. On pourrait la gérer »à l’américaine » avec deux partis interchangeables et parfaitement corrompus sans même traces de corruption. Le Système, rationalisant sa gestion des peuples comme il l’a fait pour celle des entreprises, en liquidant les cadres intermédiaires que sont ses Quislings locaux, pourrait alors n’avoir à administrer que la Maison Europe et la Maison Amérique, chacune sous la surveillance de son Président-concierge respectif.

Cette hypothèse se concilie bien, d’ailleurs, avec la façon provocatrice dont on fait la promotion d’un marché commun des Amériques (ZLEA), processus qui ne semble avancer que de manifestations « anti » en manifestations « anti », toutes bien visibles et remarquablement organisées. Le but visé n’est-il pas d’obtenir, au moment opportun, une demande populaire « spontanée » pour une union politique? Celle-ci rendant acceptable une union économique qui autrement ne rendrait de comptes à personne. Brésiliens, Honduriens, Canadiens, vous voulez une union politique? On vous a compris…

Et pendant que l’Amérique, allongée d’un pôle à l’autre, en aura plein les bras de l’exploitation de ses propres déshérités et se refermera sur elle même le temps de se refaire une vertu, le Système pourra continuer sous une nouvelle raison sociale. Pouquoi le capitalisme traînerait-il ces boulets devenant lourds de la bêtise et de l’arrogance américaine, s’il peut changer de domicile et se refaire une image de culture et de tolérance, vivre « à l’européenne » et n’avoir que des amis….. le temps de les flouer et qu’apparaisse son vrai visage ? Cette crise d’Iraq ­ dont les causes et les enjeux réels sonnent faux ­ ne serait-elle qu’une péripétie macabre d’un jeu plus vaste et beaucoup plus subtil?

Histoire-fiction ? Peut-être, mais supposons que cette hypothèse soit vraie, comment réagir? Il faut réagir en ne perdant jamais de vue les intentions de l’adversaire, qui sont de créer une Europe aussi apolitique que les USA et de garder les outils financiers hors du contrôle des institutions démocratiques. C’est là qu’il faut faire barrage. La création de l’Europe est un bien en soi et ne devient pas moins souhaitable parce que le Système a pris une longueur d’avance pour en tirer profit. Il faut encore travailler ferme pour la construction de l’Europe…, mais ne pas permettre que la politique perde son pouvoir ni la démocratie son sens.

Suite à cette « crise d’Iraq » dont la plupart des gouvernements européens sortiront déshonorés, prévoyons que s’accélérera la création d’une Europe politique. BRAVO ! Mais il faut s’assurer que le pouvoir financier qui a été délégué à la Banque Centrale Européenne en prenant pour prétexte la fragmentation politique de l’Europe retourne sous le contrôle du gouvernement démocratiquement élu d’une Europe unie. C’EST LÀ LE COEUR DU PROBLÈME.

Ce retour du pouvoir financier aux institutions démocratiques, le Système ne le permettra jamais de son plein gré. Il faudra que les peuples lui fassent la guerre pour le lui arracher. Et il faudra que cette guerre soit gagnée.

Pierre JC Allard

105. Junior s’en va-t-en guerre   03.03.30

« Si le nez de Cléopâtre avait été plus long…  » Eh oui ! Et si Georges Jr, à défaut d’avoir la tronche de Gary Cooper, avait au moins celle d’un faux jeton intelligent – comme Papa Bush — on n’en serait pas là non plus. Pas que l’on puisse penser une minute que le concierge-chef de USA Inc. ait vraiment un mot à dire dans la stratégie de la maison*, mais tout de même, surtout en démocratie cosmétique à l’américaine, il faut être bête pour faire sonner le clairon quand le type en avant a l’air de sortir tout droit de la couverture de MAD Magazine.

 » Malheur à toi, cité, dont le Prince est une enfant !  » Il faut que ceux qui mènent vraiment le monde aient eu un moment d’étourderie pour faire cette fleur à papa de passer le volant à fiston sur une route tout en courbes et c’est cette étourderie qui m’intéresse. C’est ça, qui prête à conséquences.

Qu’on aille tuer quelques milliers d’infidèles pour s’assurer une tête de pont au coeur de la zone pétrolière du Moyen-Orient est une horreur, mais n’a rien d’original; c’est l’essence même de l’impérialisme de contrôler la ressource rare. Le blé jadis, puis le fer, les routes maritimes… et maintenant c’est le pétrole. Le pétrole est nécessaire partout, et celui qui contrôle le prix du pétrole peut tirer sa livre de chair de vous, de moi et de tout le monde.

Qu’on aille prendre le pétrole manu militari n’a donc rien de surprenant. Ce qui est surprenant, c’est que le Système le fasse si mal. Tout se passe comme si, à prendre pour ultime rempart l’indécrottable ignorance soigneusement entretenue de l’Amérique profonde, le Système était devenu lui-même simpliste. Et ça n’augure rien de bon.

Qu’aurait fait un impérialisme intelligent pour mettre la main sur le pétrole de Moyen-Orient ? Il aurait profité de la prochaine lapidation de femme voilée en Arabie saoudite pour faire voter aux Nations Unies une intervention visant à défendre la plus élémentaire décence et la civilisation. Un corps expéditionnaire multinational de 25 000 hommes aurait suffi pour occupér toute la péninsule arabique, le temps d’y « établir la démocratie » et on aurait réparti la gestion du territoire entre les « Puissances », chacune selon son importance et ses intérêts. On aurait pu transformer La Mecque en une « cité sainte islamique » modèle Vatican … et en confier la gestion à la Ligue Arabe ou autre organisation du crû.

Tout le monde y aurait trouvé son compte, sauf quelques cheikhs qu’on aurait décollés pour la forme, les autres retournant jouir de la vie au Savoy ou sur la côte d’Azur. Il aurait fallu bien du temps avant que la démocratie fleurisse en Arabie. Le temps qu’il aurait fallu. Son avènement éventuel, d’ailleurs , n’aurait marqué que le passage de l’occupation militaire à un régime de corruption institutionnalisée, comme il en prévaut déjà en Afrique et en Amérique latine. Voilà ce qu’aurait fait le Système quand il était jeune. Cynique, méchant, mais efficace. Maintenant il est bête. Or, on peut se prémunir du mal, mais jamais de la bêtise.

Aujourd’hui, le système est vieux et bête. Alors il envoie les Américains qui n’y comprennent rien et les Anglais nostalgiques bombarder des enfants, sous prétexte que Hussein a peut-être caché quelque part une fiole de gaz moutarde, comme si le napalm n’était pas aussi un produit chimique dangereux ! Pour la multinationalité et la défense de la civilisation, on repassera, le seul soutien à l’agression étant les Bulgares et quelques autres gouvernements naïfs qui croient pouvoir tirer quelque chose de leur a-plat-ventrisme. Du chimique et du bio, on en trouvera, bien sûr (on n’en manque pas !) mais à la toute fin de la guerre seulement, pour ne pas effrayer le bon peuple

En attendant, c’est mal parti pour les Yankobritanniques. D’abord, pas de pot, les Iraquiens leur tirent dessus. Un rappel de la Baie des Cochons, quand les Américains se sont vus accueillir par une population cubaine qui ne voulait pas être « libérée » et les attaquait avec tout ce qu’elle avait sous la main. Ensuite, les centaines de journalistes qu’on a invités à venir couvrir la superproduction « IRAQ II » voient des choses qu’ils ne devraient pas voir. Ils voient « VIETNAM II » et ce n’est pas un bon scénario. Maintenant ils la ferment, mais après ils en auront des choses à raconter…. Qui va encore croire CNN et Fox ? Or, la crédulité est une condition sine qua non de la survie du Système**

Encore plus grave, on a donné au monde ordinaire, partout hors les USA, une raison de haïr les USA, (comme si John Doe, en Iowa, y était pour quelque chose!) Ils sont des millions dans la rue, partout dans le monde, a vociférer et chaque étudiant qui reçoit un coup de trique s’en souviendra. On a créé ainsi les conditions favorables pour que s’effectue un renversement brutal des alliances et que naisse une Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qui soit d’abord la rivale, puis hélas un jour l’ennemie des USA. Une Europe qui aura alors l’appui du monde musulman et pourra compter sur une neutralité bienveillante de la Chine.

Évidemment, le Système ne pense pas couler avec le naufrage, mais pouvoir sauter d’une Amérique en perte de vitesse à une Europe en plein essor, comme ces entités de science-fiction qui passent d’un hôte au suivant. Mais cette partie n’est pas jouée. En créant les conditions pour l’avenir d’une autre guerre civile de l’Occident, le Système adopte une approche suicidaire. C’est le comportement d’un Système sénile qui a remplacé l’intelligence par l’arrogance et qui commence à croire son propre radotage, alors que, gavé d’éducation depuis 50 ans, le monde ordinaire a changé et ne croit plus n’importe quoi. Sauf dans le Bible Belt américain, naturellement.

« La guerre », disait Clemenceau, « est une chose trop sérieuse pour qu’on la confie aux militaires ». Cette guerre est d’abord une catastrophe pour ceux qu’on a choisis pour victimes, mais le rejet general de cette guerre inacceptable en fait aussi une catastrophe pour tout le monde occidental. Et ça, même un impérialiste forcené, raciste, cynique et méchant aurait dû le comprendre. Pour qu’elle soit acceptée malgré sa turpitude, il n’aurait pas fallu que cette guerre paraisse dépendre du caprice d’un enfant, fut-il comme Bush Jr l’un de « ces imbéciles heureux qui sont nés quelque part ».

Si le Système ne ramène pas Junior à sa loge avant Pâque ou la Trinité, le monde entier va avoir de graves problèmes.

Pierre JC Allard

106. MADE IN USA: la parade   03.04.13

A moins d’un événement imprévu ­ – et ce qui se passe aujourd’hui en Iraq n’a plus rien d’imprévu – ceci sera mon dernier commentaire sur le cauchemar « Made in USA » que vit le Moyen-Orient, sur cette ignoble parade coloniale des Yankobritanniques en pays conquis. Ce n’est pas le rôle de ce site de faire du reportage de guerre. Je laisse ce soin aux pros. (Voir ci-dessous des extraits de l ‘article de Laurent Van der Stockt, de l’agence Gamma, sous contrat avec le New York Times Magazine, Cité par « Le Monde » 13/04/2003).

*

 » Je n’ai jamais vu une guerre avec aussi peu de « retours ». L’armée irakienne est fantôme, quasi inexistante. En trois semaines, je n’ai vu de l’adversaire que quelques roquettes, quelques tirs de balles, des tranchées désertées avec un soldat irakien mort à côté d’un morceau de pain et du vieux matériel. Rien qui concrétise une vraie confrontation, rien de comparable à la démesure des moyens américains.

Le 6 avril, nous sommes à la périphérie est de Bagdad, devant un pont stratégique que les Américains appellent le Bagdad Highway Bridge. Les zones habitées sont plus nombreuses. Les snipers américains ont reçu l’ordre de tuer tout ce qui avance vers eux. Cette nuit-là, un adolescent qui traverse le pont est abattu.

Le matin du 7 avril, les marines décident de franchir le pont. Un obus tombe sur un véhicule blindé. Deux marines sont tués. Le passage prend une allure tragique. Les soldats sont stressés, fébriles. Ils crient. Pour ma part, je considère que le risque n’est pas majeur et je suis le mouvement. Eux hurlent, se crient les ordres, leurs positions, entre le fantasme, la mythologie, le conditionnement. L’opération se transforme en passage du pont de la rivière Kwaï.

Après, c’est une portion de terrain ouverte, ils progressent et prennent position, cachés derrière des buttes de terre. Ils sont toujours très tendus. Une petite camionnette bleue se dirige vers le convoi. Trois tirs de sommation, pas très ajustés, devraient la faire s’arrêter. La voiture continue de rouler, fait un demi-tour, se met à l’abri, revient doucement. Les marines tirent. C’est confus, ils tirent finalement de toutes parts. Des « Stop the fire ! » (cessez-le-feu) sont criés. Le silence qui suit est accablant. Deux hommes, une femme viennent d’être criblés de balles. C’était ça l’ennemi, la menace.

Une deuxième voiture arrive, le scénario se répète. Les passagers sont tués net. Un grand-père marche lentement avec sa canne, sur le trottoir. Ils le tuent aussi. Comme la veille, les marines tirent sur un 4 X 4 qui longe la berge du fleuve, s’approchant trop près d’eux. Criblée de balles, la voiture part en tonneau. Deux femmes et un enfant en sortent, miraculés. Ils se réfugient dans une masure. Elle est volatilisée quelques instants plus tard par un tir tendu de char.

Les marines sont conditionnés pour atteindre l’objectif à tout prix, en restant vivants, face à n’importe quel ennemi. Ils abusent d’une force inadaptée. Cette troupe aguerrie, suivie de tonnes de matériel, appuyée par une artillerie extraordinaire, protégée par des avions de chasse et des hélicoptères ultramodernes, tire sur des habitants qui n’y comprennent rien.

J’ai vu directement une quinzaine de civils tués en deux jours. Je connais assez la guerre pour savoir qu’elle est toujours sale, que les civils sont les premières victimes. Mais comme ça, c’est absurde. (…)

J’ai emmené en voiture une fillette qui avait l’humérus transpercé par une balle. À l’arrière, le père de la fillette protège son petit garçon blessé au torse et qui est en train de perdre connaissance. L’homme dit au docteur, à l’arrière des lignes, à l’aide de gestes : « Je ne comprends pas, je marchais en tenant mes enfants par la main. Pourquoi n’avez-vous pas tiré en l’air ? Ou même sur moi ? » (…)

Le parcours se termine par le déboulonnage de la statue de Saddam. Il y a plus de journalistes que de Bagdadis. Les cinq millions d’habitants sont restés dans leurs maisons.

*

Que peut-on faire ? Défiler encore une fois dans les rues du monde entier ? Je crois que ce message a déjà passé. Les marcheurs ne peuvent que s’épuiser avec le temps, et des manifestations qui réunissent des foules moins denses transmettront à Washington l’impression qu’il suffit d’attendre pour que tout s’oublie.

Il faut trouver une nouvelle parade à l’agression. Avant de retourner à ma vraie tâche, qui est de préciser les structures d’une Nouvelle Société qui rendra ces horreurs impossibles, j’aimerais suggérer que ceux qui s’opposent à l’hégémonie meurtrière des Américains ripostent par un boycott total des produits  » Made in USA  » . Pas de tapage contre les franchisés de MacDonald et autres sociétés dont le nom est américain; vous ne privez alors l’Amérique que d’un royalty dérisoire. Faites le boycott primaire mais efficace de tout produit dont le label indique qu’il est fabriqué aux USA.

Ceci ne règle pas tout; le système a bien enchevêtré les intérêts des uns et des autres. Mais à défaut d’une stratégie plus subtile qu’il faudrait des mois sinon des années pour mettre en place, vous ne pouvez pas faire plus de mal aux USA qu’en remettant simplement sur la tablette tout ce qui porte la mention  » Made in USA « . Préférablement chez Wal-Mart, à la caisse, en enlevant du panier un à un les objets boycottés. Il faudrait environ 3 semaines pour qu’une baisse des ventes au niveau des grandes surfaces se répercute sur les carnets de commande des manufacturiers. Le temps qu’ILS ont mis pour se rendre à Bagdad.

Pierre JC Allard

107. Américanisme   04.01.28

On parle bien trop d’antiaméricanisme et pas assez d’Américanisme. On ne sait plus trop qui, de Huey Long, d’Upton Sinclair ou d’Albert Weisbord, a dit le premier, dans les années 30, que si le Fascisme s’établissait en Amérique, il s’appellerait «Américanisme». Ça n’a d’ailleurs guère d’importance : on l’a redit tellement souvent depuis !

Quand on lui propose le couple de mots-clefs « Fascisme/Américanisme », Google a 144 000 références à vous faire, dont une bonne part ne disent pas autre chose. Ce n’est pas un secret. Que les USA soient en voie de fascisation n’est pas non plus un phénomène nouveau. Eisenhower, en ses propres mots, l’annonçait dans son discours d’adieu comme Président des USA et, à défaut de prendre le pouvoir, le Sénateur McCarthy a eu sur la politique américaine d’il y a deux générations une influence délétère dont les artistes et les intellectuels ont fait les frais et qu’on ne peut décrire que comme parfaitement fasciste.

Le phénomène n’est pas nouveau, pourquoi en parler maintenant ? Parce qu’on vient d’entrer dans la phase finale de mise en place de l’Américanisme. Je ne parlerai pas ici de l’Iraq, ni même de Cuba, mais de deux faits qui font aujourd’hui les manchettes et qui sont extrêmement significatifs, parce que, chacun à sa manière, ils marquent la fin de ce qui restait de l’État de droit et de la démocratie en Amérique.

Premier signal – le plus brutal – la fin de non-recevoir des USA à toutes les critiques concernant le camp de concentration de Guantanamo. On garde des centaines de prisonniers de toutes nationalités en cages depuis des années. Anonymes, sans procès, sans avocats, sans même qu’ils aient été l’objet d’une accusation précise. On les garde dans des conditions inhumaines dénoncées par la Croix-Rouge Internationale. Au mépris des conventions internationales, au mépris des lois américaines elles-mêmes. Au mépris de la simple humanité. Selon la logique et la jurisprudence du Procès de Nuremberg, ceux qui ont conçu et qui gèrent l’opération de Guantanamo devraient être pendus.

Ce qui rend Guantanamo significatif, ce n’est pas que les USA s’en rendent coupables, c’est qu’ils l’avouent. Les USA opèrent depuis 30 ans des écoles de torture en Amérique Latine, mais ils le faisaient discrètement : c’est toujours des locaux qui pédalaient la « gégenne ». Maintenant, Guantanamo est une politique officielle connue de la population américaine et mondiale, comme jamais Auschwitz et Treblinka ne l’ont été lorsqu’ils faisaient leur travail meurtrier. On n’a rien à cacher : Guantanamo sert les intérêts de l’Amérique et est donc « BIEN ».

Comme il était « bien », à l’époque, qu’un Aryen puisse taper sur un Juif ou le tuer. Cette perversion de l’éthique au nom d’intérêts décrétés supérieurs, c’est ça l’essence du fascisme.

Deuxième signal – plus subtil mais tout aussi nocif – la déconstruction du Candidat Dean. Candidat à l’investiture démocrate pour disputer la présidence à Bush en novembre, Dean avait clairement dénoncé l’intervention américaine en Iraq. Il était le seul. Il menait dans tous les sondages. Mais en Iowa – où une procédure byzantine permet à qui en a les ressources de manipuler totalement les résultats sans qu’on puisse même jamais en faire la preuve – Dean a subi une défaite qu’aucun sondage ne laissait prévoir. Quand le Système le veut vraiment, la statistique peut cesser d’être une science

Ce n’est pas tout. Dean a subi une défaite et a réagi en faisant un discours. Quel discours ? Un tissu d’insignifiances, comme tous les discours de tous les candidats dans toutes les élections aux USA. Mais pour Dean, « on » a fait un spécial. Tous les médias, sans exception, ont crié haro sur le baudet. Chaque journal, chaque station de TV, le Système au complet, démocrates et républicains confondus – vulgairement, violemment ou subtilement selon sa clientèle – a « analysé » le discours de Dean pour en conclure qu’il n’avait pas l’étoffe d’un président. On l’a fait avec la même unanimité que la presse chinoise encensant Mao à l’époque de la révolution culturelle.

Quelques milliers de gens, sans plus, ont écouté le discours de Dean, mais c’est sans importance ; pour des dizaines de millions d’électeurs américains qui ne se renseignent que via les médias, Dean a dit des choses qui le rendent inapte à être élu. Quelles choses ? Tout le monde s’en fout. C’est la démocratie à l’américaine.

Résultat ? Dean a perdu les « primaries » au New Hampshire et n’est plus vraiment dans la course. Il ne faut pas de mouton noir sur la ligne de départ dans une élection américaine. Tous les candidats – 2 seulement, c’est plus facile – doivent n’avoir qu’une pensée : l’Américanisme. On ne peut pas avoir sur les rangs un candidat qui soit opposé sans nuances à la guerre en Iraq. On peut dire qu’il fallait la faire autrement, ou plus tard, mais dire que la guerre à l’Iraq a été une infamie, non. Ce n’est pas AMÉRICAIN.

Ce qui rappelle qu’il y a quelques années Perrot – LE CANDIDAT EN TETE DANS TOUS LES SONDAGES ! – et qui disait qu’il fallait revoir la démocratie en Amérique, a mis fin à sa campagne fructueuse suite à des menaces de mort précises contre sa fille. Un scandale inouï ? Le FBI en alerte pour la plus grande chasse à la vérité de l’Histoire des USA? Tous les médias qui ne parlent que de ça pendant des semaines ? Mais non. Quelques entrefilets sans commentaires et cette presse américaine, qui peut écrire cent fois la Bible sur le cigare de Clinton, n’a plus rien a dire sur le retrait de la candidature de celui qui semble en voie de devenir un président « différent». Être différent, ce n’est pas AMÉRICAIN

Cette façon de museler ou d’éliminer tout ce qui n’est pas conforme à la pensée correcte, ça aussi c’est le fascisme. Guantanamo, Dean, l’Iraq et ces histoires de contrôles vexatoires pour le simple transit par les USA. Le Brésil a bien raison de prendre aussi les empreintes digitales des Américains qui se pointent au Brésil : on ne sait jamais ce que peut faire un fasciste. Bien sûr, tous les Américains ne sont pas des fascistes, mais il y a certes moins de poseurs de bombes brésiliens que de fascistes américains.

L’Antiaméricanisme est aujourd’hui une grande vertu. L’antiaméricanisme n’est pas antiaméricain, il est antiaméricaniste. Il faudrait guérir les Américains de l’Américanisme avant qu’ils ne fassent un malheur. Gardons notre respect à tous les Américains qui ne sont pas des fachos et espérons que la population américaine, en novembre, désavouera Bush quel que soit son adversaire. Mais il ne faut pas trop se leurrer : quand le pouvoir contrôle une presse monolithiquement « américaniste », il est hélas bien possible que la population donne son aval a Bush et s’en fasse donc la complice. Pardonnons à l’ignorance. Souvenons nous que si l’on avait voulu jadis serré la main d’un Autrichien qui avait voté contre l’Anschluss, il aurait fallu cherché quelque temps…

Les sondages révèlent que dans tous les pays – sauf les USA – on considère aujourd’hui les USA comme une menace à la paix. L’Antiaméricanisme est devenu aujourd’hui un devoir. Toute concession à la politique américaine, toute sympathie envers la politique américaine a aujourd’hui une odeur de Munich. Appelons de nos voeux le changement qui ramènera à la raison l’Amérique qu’on aime.

Pierre JC Allard

108. Ah, si Choucoune ‘tait Fidel!   04.02.15

Encore une fois, des bandes de miséreux – qui ont compris que, quand il n’y en a pas pour tout le monde, le dernier quignon de pain est toujours pour celui qui a un fusil ­ marchent sur Port-au-Prince. Encore une fois, le guide providentiel qui était venu sonner un nouveau départ pour Haïti va se transformer en loup-garou.

Aujourd’hui, c’est Aristide, hier c’était Duvalier, avant ce fut Magloire. Je saute les transitionnels qui se sont bornés à encadrer le désordre et à en profiter. Il y a une constante dans cette farce tragique qu’est l’histoire d’Haïti : la capacité apparemment infinie de la dynamique haïtienne de corrompre ceux qui veulent la changer.

Magloire était venu avec l’armée, bâtir pour les pauvres et apporter une dignité nationale. Mais Magloire est vite devenu un simple relais des intérêts américains et l’armée une horde institutionnalisée de pillards. Duvalier, un ascète tout entier tourné vers des valeurs spirituelles, est venu délivrer Haïti de l’armée et du désordre qui avait suivi Magloire. Il apportait une ferveur religieuse, une milice populaire, l’honnêteté. Je me souviens de l’extraordinaire espoir que suscitait Duvalier en 1961.

Mais Duvalier est devenu Papa Doc, sorcier vaudou; la milice populaire est devenue les Tontons Macoutes – qui pillaient et tuaient comme jamais l’armée n’avait pu le faire, chacun le faisant désormais à sa guise et sans vrai contrôle – et Haïti s’est fait connaître comme le pays le plus corrompu d’une région où pourtant cet « honneur » n’est pas facile à conquérir. Ceci n’est pas du ouï-dire: j’ai négocié des contrats en Haïti durant l’ère Duvalier.

Maintenant, c’est Aristide, un autre « ascète tout entier tourné vers des valeurs spirituelles » dont le moins qu’on puisse dire est qu’il semble avoir déçu. Et il semble bien qu’Aristide soit aussi devenu multimillionnaire.

Qu’est-ce qui corrompt en Haïti. Ceci est un article court et je vais donc dire les choses brutalement. Ce qui corrompt en Haïti, c’est la pseudo démocratie qu’on y a imposée de l’extérieur, sans que jamais on n’ait fait l’effort d’y faire germer un sentiment de solidarité ou d’y enseigner les rudiments de la démocratie.

La démocratie, dans l’ignorance et sans solidarité, n’est qu’un jeu d’alliances précaires où chacun, quand le pouvoir lui échoit, n’a d’autre but que d’en tirer le maximum d’avantages personnels. Le maximum d’avantages personnels, on l’obtient en bouffant aux râteliers des plus riches pour leur permettre d’exploiter les plus pauvres et en vendant les ressources du pays aux étrangers. Et plus celui à qui la « démocratie » accorde le pouvoir est pauvre, le plus vite et pour le moins cher il se vendra.

Pour gouverner honnêtement, il faut se sentir soi-même au-dessus du besoin. Il faudrait à Haïti un président qui se sente au-dessus du besoin et pour qui le pouvoir ne serait pas une occasion de s’enrichir mais une mission. Cet homme n’existe pas en Haïti. Ses parents, ses grands-parents ou les parents de ses grands-parents ont émigré depuis longtemps à Paris, à Montréal ou a New York. Il y a bien des générations que d’Haïti, à chaque génération, les meilleurs partent. Si quelqu’un vient sauver Haïti, il devra venir de la diaspora haïtienne.

Mais un idéaliste au-dessus du besoin et qui vient d’ailleurs ne sera pas élu. Être au-dessus du besoin, en Haïti, c’est déjà être riche et des électeurs qui crèvent de faim ne votent pour des riches que s’ils sont payés pour le faire. Ils ne votent pas pour des idées mais pour des faveurs. Primo, vivere ! L’idéal ne vient que lorsqu’on est nourri.

Si on veut sauver Haïti, ceux qui veulent le faire auraient intérêt à mettre en veilleuse pour un temps l’idée de démocratie. Le temps qu’il faudra pour que la misère s’estompe et que puisse ENSUITE se développer à Haïti une conscience nationale, un sentiment d’appartenance, une solidarité et la démocratie. Ce sera long.

Celui qui sauvera Haïti devra pendre le pouvoir par la force et le garder par la force. Il devrait prendre Castro pour modèle. Pas le Castro jouant des rivalités russo-américaines – Haïti, aujourd’hui, n’a pas les ressources minimales pour une géopolitique ­ mais le Castro charismatique, réaliste, habile et autoritaire.

Ceux qui sanglotent sur le sort de la démocratie à Cuba ont oublié que la première force politique à Cuba en 1959 était la pègre et que, si on y avait alors tenu des élections, c’est le candidat du gangster Lansky qui les aurait gagnées. Si Cuba a aujourd’hui le meilleur système de santé et de sécurité sociale d’Amérique latine, et un taux d’alphabétisation supérieur à celui des USA, c’est parce qu’on n’y a PAS tenu des élections en 1959. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne devrait pas maintenant y en tenir, mais ceci est une autre histoire dont je reparlerai.

Si la communauté internationale veut sauver Haïti, elle doit trouver et y amener un Castro. Le Fidel haïtien, arrivant au pouvoir avec l’appui de l’étranger, devra montrer son génie en réussissant à se dégager peu à peu des influences étrangères et à mettre de l’avant les vrais intérêts d’Haïti. Il lui faudra du temps.

On espère qu’il sera jeune. On espère qu’il vivra vieux. On espère qu’il ne perdra pas son idéal. On espère que ceux qui, sous couvert de démocratie, ont pour principale activité de corrompre ne réussiront pas à le soudoyer ou à l’abattre. On espère qu’il mettra en place les conditions nécessaires à l’établissement d’une vraie démocratie.

Il faudrait faire plus qu’espérer. Il y aura l’an prochain 200 ans qu’on espère a Haiti. Il faudrait que quelqu’un emmène un Castro à Haïti. Il y a beaucoup plus en jeu qu’on ne le croit, car ce que l’on constate aujourd’hui à Port-au-Prince n’est qu’un avertissement. Si on ne met pas au point un modèle d’intervention qui permette d’ établir rapidement une vraie démocratie à l’abri de la corruption dans les pays comme Haiti, la même décomposition sociale que l’on voit maintenant en Haïti se produira, d’ici deux décennies, dans TOUS les pays décolonisés ne pouvant s’appuyer sur une tradition culturelle forte. Pensez a une trentaine d’Haïti(s) entre Le Cap et le Sahara…

Qui peut aujourd’hui emmener à Port-au-Prince le chef charismatique, réaliste, habile et autoritaire qui y ramènera l’ordre, galvanisera la population et lui redonnera une dignité, convaincra une part de la diaspora haïtienne de retourner au foyer et garantira les décennies de paix nécessaires pour que fleurissent en Haïti un minimum d’aisance et la solidarité qui y permettent une démocratie ?

Seuls les USA pourraient le faire. Est-il totalement irréaliste de penser qu’ils le fassent ? Peut-être pas . Considérant qu’il ne reste rien à sortir d’Haïti que le travail à rabais de ses travailleurs et que les entrepreneurs américains en ont d’autres sources surabondantes… et considérant que la misère en Haïti menace de catapulter à terme vers les côtes de Floride des centaines de milliers de réfugiés qui viendraient en compliquer davantage la structure démographique, il n’est pas impossible qu’on juge opportun à Washington d’installer en Haïti un chef qui n’ait pas pour mandat d’exploiter le pays et d’en tirer encore quelque chose, mais simplement de faire en sorte qu’on puisse l’oublier

Et si on fait ce choix, ironiquement, on peut parier que même si on lui impose un langage différent, le dirigeant choisi n’aura pas un profil si différent du Lider Maximo. Je ne suis pas un admirateur du paternalisme impérialiste américain, mais qui sait si une fois, par inadvertance, il ne pourrait pas en sortir quelque bien ?

Pierre JC Allard

109. Moi, si j’étais vous…   04.03.13

Monsieur le Président,

Je n’ai pas d’idoles, mais si j’en avais une, ce serait vous ! Évidemment, je suis un peu biaisé, puisque vous m’avez serré trois fois la pince au début des années soixante, quand je vous faisais livrer à partir du Canada du catgut, des aiguilles chirurgicales et autres armes dangereuses de guérison massive dont les Américains voulaient vous priver. Je vous dois aussi d’avoir serré la main de Gagarine, ce qui n’est pas rien non plus.

Bon, je suis biaisé, mais j’ai vu de mes yeux Cuba sortir de la régence du gangster Lansky pour retrouver sa dignité. J’ai vu se faire la réforme agraire et la campagne d’alphabétisation. J’ai jasé avec des gens qui étaient à la Baie des Cochons. J’ai écouté de mes propres oreilles des pêcheurs de Isla de Pinos me dire, les larmes aux yeux, qu’ils pouvaient enfin mettre le cap droit au large plutôt que de contourner la zone réservée aux yachts des millionnaires yanquis. Un détail, mais c’est ça la liberté.

Je suis biaisé, mais les chiffres, eux, ne le sont pas. Les logements qu’on a bâtis à Cuba sont bien là. Ce n’est pas un mythe si maintenant, à Cuba, non seulement on sait lire mais on va au collège plus que partout ailleurs en Amérique latine. Et quand les gusanos de Miami dénoncent le fait que les médecins cubains soignent des Américains à Cuba °© plutôt, disent-ils que de soigner des Cubains – ne comprennent-ils donc pas qu’ils proclament du même coup, d’abord la qualité des soins à Cuba et, ensuite, que malgré la propagande les Américains y accordent assez confiance pour aller s’y faire traiter ?

Et vous avez réalisé tout ça en supportant un embargo, une invasion, du sabotage et des épizooties made in U.S.A. Je pense que l’Histoire va vous tirer bien bas son chapeau. J’ai hâte qu’elle le fasse et moi, Monsieur le Président, si j’étais vous, je ferais en sorte qu’elle le fasse tout de suite. Vous n’avez qu’à lui donner rendez-vous.

Regardons la situation. Bush Jr. – qui a déjà fait ses preuves, si on peut dire – va avoir, en fin d’été sur les bras, plus de 100 000 soldats revenant d’Iraq et à mettre au travail dans une économie qui clopine déjà. Pas facile. Et si les « boys » promus héros se plaignent, ce sera bien mauvais pour sa réélection en novembre.

Mais il y a une autre solution. Ces 100 000 soldats qui ont reçu le baptême du feu peuvent être utilisés d’une façon « positive », pour défendre le monde libre et la démocratie En Iran, en Syrie, en Corée ou chez vous. Plutôt chez vous. C’est plus petit, et c’est tellement plus près ! Et ça lui permettrait de gagner vraiment, cette fois-ci, cette élection en Floride qui lui a donné la présidence mais dont tant de gens disent qu’il l’a volée. Si j’étais vous, je craindrais cette mauvaise coïncidence. Et pour les prétextes, on sait maintenant, depuis cette affaire d’Irak, qu’ils peuvent inventer n’importe quoi. Mais voyons un autre scénario

Qu’arriverait-il si, ayant atteint l’âge de la retraite – nous vieillissons bien tous les deux, vous et moi, n’est-ce pas ? – vous décidiez demain, alors que rien en apparence ne vous menace et que vous avez largement prouvé depuis près de cinquante ans votre capacité de survie, d’organiser à Cuba des élections parfaitement honnêtes sous la surveillance des Nations Unies… disons le 4 novembre prochain ? J’aime assez cette coïncidence qui rendrait impossible, non seulement une intervention armée, mais même une immixtion américaine sérieuse dans la politique cubaine.

Pourquoi la CIA ne viendrait-elle pas acheter les électeurs et falsifier les résultats d’ une élection tenue à Cuba le 4 novembre, comme elle le fait partout ailleurs? Parce que, pendant la campagne électorale américaine, tous ceux qui sont contre Junior sont vos alliés circonstanciels. Ce sont les Démocrates américains qui vont surveiller la CIA pour piéger Bush. Et si quelqu’un triche malgré tout, vous êtes toujours là. Vous êtes là jusqu’à la passation des pouvoirs au nouveau président et je n’ai pas de raisons de penser, d’ailleurs, que le nouveau président sera votre ennemi. Je pense même que sera élu sans peine le candidat de la continuité, celui qui dira « Cuba si, Yanquis no ! ».

Ils diront quoi le 5 novembre, à Washington, après une élection surveillée disons par des Canadiens, des Indiens et des Suisses et par laquelle les Cubains auront choisi la continuité plutôt que la rupture? Ils bredouillent quoi, quand on leur demande pourquoi ils étaient si certains depuis des décennies que la réponse serait non… alors que la réponse, maintenant, est oui ? Ils répondront quoi, quand Cuba demandera la levée de l’embargo ?

Et pendant ce temps, qui se promène à travers le monde avec la triple auréole d’avoir sorti son pays du sous-développement, de l’avoir tiré des griffes amerloques – (ils ne sont pas très populaires par les temps qui courent) – et d’y avoir rétabli, enfin, une démocratie libre de toute influence étrangère, ce qu’on ne peut pas dire de beaucoup de démocraties? La légende revient en rappel. Ovation dans la salle.

Quelle capitale refusera de vous recevoir ? Quelle tribune ne vous sera pas ouverte ? Y a-t-il une seule ville au monde, incluant Washington, où vous ne serez pas accueilli avec enthousiasme? Depuis Cincinnatus, il n’y a pas beaucoup d’hommes qui aient volontairement renoncé au pouvoir, mais ils manquaient d’imagination … Je me régale à la pensée de ce que vous pourriez dire si vous n’aviez plus qu’à parler. Vous avez fait à Cuba tout ce que vous pouviez y faire, pourquoi ne pas présenter partout le modèle « fidelista » ? Exporter une révolution a laquelle, après ces élections, personne ne peut plus rien reprocher ?

Et je me demande quelle excuse trouveraient les U.S.A pour y opposer leur veto, si une large majorité des membres des Nations Unies.vous choisissait comme prochain Secrétaire Général…

Pierre JC Allard

110. Intolérance 101   04.09.20

L’éducation moderne, c’est sur cassettes que ça se passe. Sur cassettes, sur DVD, en direct à la télévision. On peut même faire des études de cas et des travaux pratiques. Ça va pour l’anthropologie comparative, pour la cuisine, la couture…. Il y en a pour tous les goûts. On peut tout apprendre à la télévision. Dimanche dernier, Radio-Canada nous a offert un cours pratique d’intolérance.

Au Québec comme en France, il y a « Tout le monde en parle ». La couleur est annoncée, il faut être vu et faire jaser. On jase plus de ce qui est différent et on jacasse plus fort si l’on est irrité. Donc, choquer d’abord: « Dieu reconnaîtra les siens…. »

Dimanche dernier, on a mis dans l’arène un gourou/prophète/pape d’un culte qui joue la carte extra-terrestre, une bonne dame qui fait dans la politique et se voit en première Premier Ministre d’un Québec, préférablement souverain… et le caricaturiste d’un quotidien bien connu, avec une bonne tête et de gros bras.

Spectacle navrant. Le gourou fait son homélie – assez discrètement, il n’est pas bête – mais un caricaturiste qui ne fait pas sourire est hors de propos et celui-ci, de quolibets en insultes, finit par s’en prendre physiquement à celui-là qui porte une toque de samourai, trouvant amusant de le décoiffer devant 2 millions de spectateurs. Exit le gourou, drapé dans sa robe blanche et sa dignité.

Les animateurs pensent aux cotes d’écoute et aux actions en dommages. Ils disent des niaiseries pour meubler le vide. La cigarette après l’orgasme. Madame la politicienne ne voit pas qu’on lui a tendu un traquenard. Elle lève les yeux au ciel, jure qu’elle ne croit pas aux extra-terrestres et que Sa Sainteté Rael est un fou… mais néglige de souligner qu’on ne doit pas agresser les gens qu’on croit toqués. Néglige de dire, deux fois plutôt qu’une, que c’est même ça, l’essence de la démocratie… En quelques minutes, elle prouve donc qu’elle n’a absolument pas l’aplomb, la vitesse de réaction ni le sens des priorités qu’on exige d’un Chef d’État.

J’ai envoyé aux journaux locaux une lettre où je précise quelques points élémentaires qui ne pourraient intéresser les lecteurs de ce site, dont 94% sont des Européens. Ici, ce que je voudrais souligner – et qui vaut où qu’on soit – c’est la dérive vers le vaudeville des radios et télévisions d’État, au moment où l’on en a besoin comme outils subtils d’éducation de masse. Tirer les cheveux du voisin est le fait d’un goujat; le faire à quelqu’un qui ne fait pas la moitie de votre taille est le geste d’un pleutre. Le faire en bande et en public est dans la plus pure tradition fasciste. Le faire parce que l’on n’est pas d’accord avec lui est l’action d’un imbecile.

Il est stupide et irresponsable, de la part d’une télévision d’État. de laisser passer le message qu’il est acceptable de poser ce genre d’actions. On dira quoi, demain, aux petits voyous qui tireront les favoris des Hassidim ou arracheront le voile des petites musulmanes ? Qu’il faut quitter l’école et vieillir un peu avant de s’attaquer physiquement à ceux dont on ne partage pas les opinions ?

L’État n’a pas a donner la caution implicite d’un passage en ondes à ceux qui pensent qu’on peut insulter et au besoin tabasser ceux qui sont différents. À tous les dissidents, à tous les marginaux, oui; à ceux qui cognent au lieu de discuter, NON.

L’intolérance est une matière où il y a peu de décrocheurs. C’est au palier des inscriptions qu’il faut fermer les classes.

Pierre JC Allard

111. Le scénario parano   04.011.22

Quand Michael Moore nous présente Fahrenheit 911, son talent et son humour nous dissocient presque de la réalité. C’est le désavantage comme la force de l’image d’imposer une vision dans l’instant présent, avec des émotions puissantes qui ne doivent rien à la réflexion ni au contexte dans lequel elles devraient s’inscrire. On voit l’homme Bush comme un individu minable, Wolfowitz comme un goujat, les autres à l’avenant. Ce sont des « personnes » qu’on peut mépriser, dont on peut se moquer, mais sans la profondeur qui justifierait qu’on les déteste.

Le film ne leur donne pas de relief. On les laisse à leur ridicule, sans montrer le pouvoir qui est leur autre facette et qui transforme la comédie burlesque en tragédie grecque. On ne voit pas ces guignols comme une équipe qui est le fer de lance des maîtres du monde. Le film, en quelque sorte, les absout par le mépris..

Eric Laurent, grand reporter et journaliste d’enquête, n’est pas un petit plaisantin. On peut aimer ou ne pas aimer les gens chez qui il dîne, Roi du Maroc en tête, mais il travaille bien. Quand il nous parle du 11 septembre et des liens entre les familles Bush et ben Laden, il n’est pas amusant. Il ne nous montre pas des monstres de Disneyland qui font peur juste un peu, puis se mettent à chanter; il décortique une monstruosité. Il faut lire « La face cachée du 11 septembre » de Eric Laurent et ses autres enquêtes sur les Bush

Je ne vous les raconterai pas. Sachez, toutefois, que comme dans le film de Moore on parle de cette étonnante évacuation et mise en sécurité de la famille ben Laden par le gouvernement Bush, le lendemain des attentats du WTC. De la formation, aussi, dans des écoles de pilotage liées à l’armée américaine, des pirates de l’air qui ont plongé sur les Tours et qui, un détail qui passera à l’Histoire quand on écrira vraiment l’histoire de ces événements, se sont abstenus de suivre les cours de décollage et d’atterrissage… !

Il y a toujours des paranos qui voient l’Histoire dans des miroirs déformants. Des gens qui pensent que si le croiseur américain Maine n’avait pas explosé dans le port de la Havane, la guerre hispano-américaine n’aurait pas eu lieu et que les USA n’auraient pas eu Cuba ni les Philippines. Que si le Lusitania n’avait pas coulé en 21 minutes, de la torpille d’un sous-marin qui de toute évidence l’attendait – confirmant qu’il était chargé à bloc d’explosifs – l’Amérique ne serait pas entrée en guerre en 1917 et qu’on ne sait pas qui, des mutins allemands ou français, aurait alors eu raison le premier de ses propres militaires. Et ça faisait l’affaire de qui ?

Beaucoup de paranos disent que si l’on avait prévenu Pearl Harbour – il est prouvé que Churchill avait les codes de l’Amirauté japonaise – on n’aurait pas tué tous ces marins… mais que la population américaine n’aurait pas acccepté une guerre avec l’Allemagne et que l’on ne sait pas trop comment tout ça aurait fini. Il faut ce qu’il faut, n’est-ce pas ?

Il y a des paranos qui soutiennent que Rudolf Hess, en mai 1941, venait offrir à l’Angleterre la paix et le statu quo ante, en prévision de la guerre imminente de l’Allemagne contre l’URSS, mais que l’Angleterre avait d’autres plans… Comme de dire oui, de faire non et, surtout, ne rien dire aux Russes… On a longtemps chuchoté que De Gaulle et Pétain étaient les meilleurs amis du monde (Pétain a été le parrain du fils de De Gaulle!), que jusqu’à ce que le sort de la guerre tourne, il passait plus de renseignements de Londres vers Vichy que l’inverse et que, si la guerre avait tourné autrement, c’est De Gaulle qui aurait été a l’île d’Yeu, mais que la France n’en aurait pas moins été dans le cercle des gagnants… Après tout, la France d’abord, n’est-ce pas ? Comme il y en a qui trouve surprenant qu’un Premier Ministre se suicide avec le pistolet de son garde du corps, dans un régime où l’on n’en est tout de même pas à quelques indiscrétions près….

Le dernier scénario parano, c’est que l’Amérique devenue impériale, ayant besoin de fouetter un peu le moral de ses fermiers zélotes avant de lancer quelques razzias néo-colonialistes chez les Infidèles, on n’a pas tout fait pour surveiller l’agent Osama qui avait d’autres ambitions. On a laissé faire. Comme Pearl Harbour et pour les mêmes raisons. Ça n’a fait qu’environ 3 000 victimes, ce qui est bien bon marché pour la raison d’État. Il en est mort autant chaque jour à Stalingrad, pendant un an; 200 fois plus à Verdun pour défendre quelques mètres de terrain.

Les 3 000 innocents, à qui on va élever comme mausolée le plus haut bâtiment du monde, ont rendu un grand service à l’État. Le drame a effacé huit trillions de dollars (USD$ 8 000 000 000 000) de la valeur des stocks en bourse, ce qui permet maintenant de manoeuvrer plus à l’aise. On peut aussi, maintenant, en bonne conscience, bombarder les Afghans, les Irakiens, au besoin les Syriens et les Perses et contrôler le pétrole dont la vente est l’omniprésent droit de cuissage des shylocks sur le monde ordinaire.

Incroyable ? D’autre on fait pire pour moins. Pensez à Hitler, à Staline, pensez aux Croisades dont Bush parle si souvent… Si vous êtes parano, pensez à tous les scénarios, mais n’en parlez pas trop, surtout pas à des amis de Bush; ça pourrait leur donner des idées.

Pierre JC Allard

112. Bon voyage Marcel   05.01.28

Monsieur Marcel Tremblay d’Ottawa, 78 ans, vient d’annoncer qu’il va nous quitter. Il va voyager au moyen d’un petit ballon d’hélium qui, à défaut d’emporter dans les cieux son corps bien malade, va faire que s’envole sa vie, son esprit, son âme… Appelez ça comme vous voudrez, mais le petit ballon d’hélium va emporter l’essence de Monsieur Marcel Tremblay. Aussi définitivement qu’on puisse le faire, Monsieur Tremblay va partir. C’est son droit. Personne ne conteste que Monsieur Tremblay soit majeur et sain d’esprit. Personne ne conteste son droit au suicide.

Ce qui n’empêche pas une foule de gens d’y aller de leurs commentaires. Tout le monde et son père a, qui un vieux fond de religiosité qui le pousse à dire que lui ne le ferait pas, qui une expertise qui l’autorise à nous dire que personne ne devrait le faire. Comme si, qui que ce soit pouvait s’y connaître en « vie » et en « désir de vivre ». Peu de gens me mettent aussi en rogne que ceux qui veulent compliquer la décision déjà bien difficile d’un être humain de mettre fin à ses jours.

Cette fois c’est un quidam qui s’insurge que Monsieur Tremblay ait rendu public qu’on puisse se suicider – sans douleur, semble-t-il – avec une simple bonbonne qu’on trouve partout du gaz inerte dont on remplit les ballons qu’on laisse ensuite s’envoler dans les fêtes foraines. Il trouve inacceptable que les gens SACHENT comment mourir…. Si c’est trop facile, d’autres le feront, qu’il nous dit. D’autres qui sont vieux, malades, souffrants le feront…

Mais pourquoi ne le feraient-ils pas ? De quoi se mêle une société qui affirme que vivre est un bien en soi, quel que soit le mal que la vie apporte? Pourquoi véhiculer cette idée saugrenue que le courage est de s’y accrocher sans raison ? Pourquoi ? Parce que la vie…. bon.., bref.., vous savez… Non, je ne sais pas… et eux non plus.

Dès qu’on parle de suicide ou de suicide assisté, les imbéciles font dévier le débat vers l’euthanasie, vesr la dérive d’une société qui tue, alors que ce n’est absolumentpas de ça qu’il s’agit. Il s’agit d’un être humain qui évalue le coût/souffrance et le bénéfice/joie de l’espérance de vie qui est la sienne et décide qu’il n’est plus preneur. Une décision qui peut être parfaitement raisonnable.

Ne faudrait-il pas, au contraire, que TOUT LE MONDE sache comment mourir ? Que cette inévitable épreuve soit adoucie et que le choix d’en sortir avec dignité, quand la vie n’a plus de joie à offrir, soit facilité dans toute la mesure du possible ? On dirait que notre société ne peut échapper à cette vision moyenâgeuse d’une vie qui trouve son sens dans la souffrance.

Ce n’est pas manquer de respect envers la Vie que de n’en prendre qu’à la mesure de son appétit; ce sont ceux qui veulent gérer la vie des autres, pour apprivoiser leurs propres terreurs, qui manquent de respect à la vie et à leur prochain… et qui ne sont pas respectables. Même – et surtout – si ce ne sont pas des quidams, mais des gens qui se veulent des modèles. Car il n’y a pas que les ignares qui viennent dire des âneries quand on parle du suicide.

Margaret A Somerville, Directrice du Centre for Medicine, Ethics and Lawdel’Université McGill, est sans doute ce qui se rapproche le plus d’une référence en matière d’éthique au Canada. Elle a écrit un best-seller sur la question. On s’attendrait à ce qu’elle prenne une position rationnelle. Mais c’est le politiquement correct qui l’emporte et elle vient dire, aux journalistes qui l’interrogent, des fadaises sur le rôle des médias voyeurs qui encouragent indirectement ces décisions d’en finir par leur attention… et qui ne devraient pas. C’est un crime d’encourager au suicide, et blah, blah, blah…

« Si les journaux, n’en parlaient pas, la tentation serait moins forte de vouloir faire de sa mort un message… » nous dit Madame la Directrice. Mais pourquoi, justement, celui qui va mourir serait-il privé de l’ultime satisfaction d’en faire un message ? Pourquoi celui qui se hâte un peu de mourir pour quelque chose, en donnant tout ce qui lui reste à donner, – qui sont sa lucidité et son acceptation – devrait-il se joindre au troupeau des insignifiants qui le critiquent parce qu’ils trouvent, eux, plus correct d’attendre… et de mourir pour rien ?

Elle ne nous le dit pas. Elle ne dit rien de pertinent. Mais comme on ne peut pas, quand on est une sommité, dire seulement les mêmes bêtises que tout le monde, Dr Somerville ajoute une perle académique de son cru en mettant sur le compte d’un « intense individualisme » ces décisions de plus en plus fréquentes de quitter la table quand la valeur de la vie est desservie.

« Intense individualisme »…. Comme si mourir n’était pas, à bien juste titre, une décision individuelle et si décider de mourir, en effet, ne devrait pas être un moment de grande intensité. Elle propose quoi, la doctoresse, qu’on fasse un colloque et qu’on s’autorise les uns les autres à mourir quand ça ne dérange pas la société ? La doctoresse bien pensante me rappelle aujourd’hui ces médecins qui refusent de prescrire de l’héroine aux moribonds qui souffrent, sous prétexte que ceux-ci pourraient développer une dépendance…. Ce sont des gens que je ne trouve pas sympathiques.

Elle, vous, moi… on prendra tous le train. Marcel Tremblay prend le train qu’il veut. Il a tout mon respect. Bon voyage, Marcel.

Pierre JC Allard

113. Toto et l’alchimie populaire   05.02.27

« Tu vois, Toto, quand tu t’y mets, tu n’es pas si bête…. ». Pas facile, l’éducation des enfants. Surdoués comme Pierre, espiègles comme Jean ou type fort-en-thème, comme Paul, ils ont en commun de ne jamais écouter ce qu’on leur dit. « Je sais, je sais » – comme le chantait Jean Gabin ­ mais ils ne savent pas et ils font des bêtises. Ils suivent les mauvais conseils des grands qui jouent avec des allumettes dans le parc USA ou qui se tripotent la richesse virtuelle dans les ruelles du FMI. Ils se fichent comme d’une guigne de nous qui leur payons la bouffe et la piaule.

À moins qu’on leur mette une baffe. Avec des baffes, tout devient plus facile. Ainsi, les Canadiens qui essayaient depuis des lustres de convaincre leurs gouvernements successifs de faire un petit quelque chose pour les vieux, un petit quelque chose pour les enfants, de s’occuper de nous et de prendre leurs distances de la délinquance internationale américaine ont finalement eu gain de cause avec le budget du gouvernement libéral.

Oh, on est encore loin du prix d’excellence mais on a fait des « gestes » dans la bonne direction. On voit le Chef ouvrant les bras nous dire qu’il nous a compris. Ce qui est une heureuse surprise, de la part d’un parti dont l’arrogance historique est proverbiale et qui ne sort pas du bureau du préfet pour y avoir reçu des louanges, mais pour avoir dû s’expliquer sur cette menue monnaie du tronc des commandites qui s’est retrouvée dans ses poches.

Le gouvernement libéral a dit oui à la sécurité de la vieillesse, oui aux garderies et non au bouclier anti-missiles. Il est à s’acheter une conduite. Sur quoi les Américains ont pu mettre la main sous la table n’est pas clair, mais qu’ils ne le fassent pas sur la table et en rigolant est déjà une victoire pour la vertu du Canada. Les pauvres vieux ne toucheront qu’en 2006 ­ lisez : quand les libéraux auront été réélus ­ mais c’est un espoir. C’est important, l’espoir, surtout quand on n’en a plus beaucoup. Il semble que nous aurons quelques mois de bon gouvernement. Toto a compris quelque chose.

Avec des baffes, tout devient plus facile. En mettant le gouvernement libéral en minorité, on l’a forcé à écouter. En le menaçant de l’expulser carrément à la première incartade, on s’est assuré qu’il se conduirait correctement jusqu’à ce qu’on ait levé la menace. Après, bien sûr les choses redeviendront comme avant : Toto reprendra sa vie d’adolescent mal élevé. A moins que …

Pas facile l’éducation populaire. Essayez d’expliquer à votre beauf les subtilités du vote stratégique. « J’ai voté Le Pen contre Jospin, mais Chirac contre le Pen, parce que je suis de la « vraie » Gauche et que les Verts en menaient trop large » Ce que les gens ordinaires comme moi veulent, ce n’est pas qu’on leur explique Sun Tzu, c’est qu’on leur donne la formule de la potion magique.

Les Canadiens vont avoir un bon gouvernement. Ils ont trouvé la formule magique. En juin ou en août prochain, hélas, sur la foi d’un taux de satisfaction en hausse et des sondages qui le donneront gagnant, Paul Martin déclenchera des élections. Toto va vouloir s’émanciper. Comment mettre une autre baffe à Toto, sans qu’il se mette à pleurer, mais assez fort pour qu’il continue de faire ses devoirs ?

Est-il vraiment nécessaire de toujours savoir le comment des choses ? Tout était plus simple au temps de l’alchimie, avant que les chimistes nous disent pourquoi les choses fonctionnent. Une pincée de ceci, une graine de ça… BOOM ! On a trouvé la poudre à canon, sans même se poser de questions. Les Canadiens n’ont pas besoin de se poser des questions sur le vote stratégique pour que dure le bon gouvernement. Ils n’ont qu’a revenir à l’alchimie.

Quand nous aurons ces élections « surprise » que tout le monde attend, ne serait-il merveilleux que tous les électeurs canadiens se transforment en alchimistes et que, sans chercher à comprendre, sans prêter la moindre attention à l’insipide tissu de mensonges que leur serviront les partis traditionnels, ils votent tous EXACTEMENT comme ils ont voté la dernière fois ? Si chacun remet, qui la même pincée de ceci, qui la même graine de ça, nous aurons un résultat identique. Nous reporterons au pouvoir un gouvernement minoritaire et Toto continuera de nous faire plaisir. Un autre bon gouvernement.

Et, soit dit en passant, reproduire une expérience avec succès, c’est ça, le commencement de la science. Quand le monde ordinaire s’y met, peut-être qu’il n’est pas si bête.

Pierre JC Allard

114. Terri Schiavo et les débiles mentaux   05.03.18

Dans un monde qui a tout de même quelques autres problèmes, Terri Schiavo, sans rien faire pour ça, est devenue depuis quelques jours la manchette de tous les journaux. Cette pauvre femme est « cérébralement » morte, il y a une quizaine d’années, et n’est maintenue vivante dans un état végétatif depuis tout ce temps que grâce à un tube d’alimentation que la médecine moderne lui a implanté. Pendant des années et des années, Terri Schiavo a vécu, si on peut dire, une quasi-vie sans histoires. Comme des millieers d’autres « branchés » – dans un sens qui n’est pas celui de Saint-Germain – elle a coninué de respirer en symbiose avec un appareillage d’appoint, mais sans réfléchir. Sans penser.

Sans penser et donc n’étant plus un être humain, au sens où voudraient l’entendre une vaste confrérie de philosophes, mais toujours une petite enfant chérie du Père céleste, au sens où voudraient nous le faire croire une autre confrérie de non moins philosophes, qui ne nous disent cependant pas pourquoi une DPJ cosmique n’est pas encore venue jeter un coup d’oeil sur les gestes du dit Pere céleste et placer toutes les Terri Schiavo du monde en foyers d’adoption.

Terri Schiavo et sa quasi-vie n’auraient jamais fait la une, si on n’avait voulu mettre fin à cette vie. Si on lui enlève son tube, Terri va mourir. « Faites-le » – de dire les uns, – « elle est déjà morte » « . Oh que non, » – de dire les autres – « tout peut arriver, elle n’est qu’endormie… » Sous entendant ces derniers qu’il suffirait pour la guérir qu’une forme blanche translucide apparaisse, la prenne par la main et lui dise « Leve-toi et marche … »

Ce qui me choque de cette affaire, c’est le peu de cas qu’on fait de Terri. L’Amérique est à vivre son Affaire Dreyfuss. L’Affaire Schiavo oppose l’Amérique d’Hollywood et de Broadway, de Harvard, de la bombe atomique et des rayons laser à l’Amérique ignare et obscurantiste des « preachers » et de « revivals »: l’Amérique de Bush. Le commentaire de la Maison Blanche « regrettant » qu’un juge de la Floride ait refusé d’ordonner la réinsertion du tube est une attaque ouverte contre le principe de la séparation des pouvoirs sur lequel repose la constitution américaine

Ce qui est en jeu, dans l’Affaire Schiavo, ce n’est plus malheureusement la vie de Terri, ni même le sort des foetus ou des handicapés, c’est de savoir si la plus grande puissance militaire du monde va passer de plus en plus sous le contrôle de gens qui ne respectent plus l’indépendance du pouvoir judiciaire, mais croient que des formes blanches translucides peuvent leur apparaître et leur dire …. n’importe quoi.. Il faut distinguer le sort de Terri de l’Affaire Schiavo.

Concernant Terri, il me semble que les bonnes questions à se poser seraient d’abord de savoir s’il se passe dans le cerveau de Terri Scihavo une activité et si cette activité cérébrale fluctue au rythme de stimuli externes. Je suis certain que des millions de gens se posent cette question et sont comme moi abasourdis de constater qu’on ne le dise pas clairement. Si la réponse à cette question est non, ce que l’on fait de ce qui reste de Terri n’a plus, en effet, aucune importance pour feu Madame Schiavo. Ce que l’on fera de son corps n’a plus qu’une valeur de symbole. Si c’est ça, la situation, je voudrais le savoir.

C’est s’il y a encore chez Terri Schiavo une activité cérébrale qui répond à des stimuli qu’il faut se poser une deuxième question: existe-t-il, liée à ce corps branché, une conscience quelconque qui puisse souffrir ? Je ne dis pas « un être humain », seulement « quelque chose » auquel il ne soit pas indifférent qu’on lui fasse du mal. Il n’est sans doute pas possible de le savoir; la frontière entre réactions volontaires et tropismes est dans la définition d’une « volonté » qu’on pose où qu’on ne pose pas comme un a priori. Disons que s’il y a le moindre doute, il faut prendre pour hypothèse que « quelque chose » en Terri Schiavo peut souffrir… et agir en conséquence.

Ce qui amène la troisième question. S’il existe une conscience en Terri Schiavo, cette conscience veut-elle – ou ne veut-elle pas – continuer d’être en l’état où elle est et de « vivre » ce qu’elle vit ? C’est le SEUL critère qui devrait nous guider pour décider du sort de Terri. Ça non plus, on ne le sait pas, mais c’est partie de la dignité de l’ëêtre humain, justement, de réfléchir et de décider au mieux . La personne qui finalement en décidera devrait se demander si ELLE voudrait vivre la « vie » de Terri Schiavo et rendre sa décision sur cette seule base.

Si la décision est de permettre la mort clinique de Terri Schiavo, toutefois, celui ou celle qui rendra cette décision ne devrait certes pas se limiter à ordonner pudiquement qu’on lui enlève le tube et qu’on la laisse mourir de soif. Assumant pleinement les conséquences de sa décision, il devrait ordonner qu’on lui donne au moins ce qu’on donne aux vieux chiens qui ont été des amis quand le bon sens nous convainc qu’ils ne veulent plus vivre. Si Terri n’étant plus consciente ne souffre pas, finissons-en. Si étant consciente elle souffre… raison de plus pour mettre fin à sa souffrance. VITE.

Il faut affirmer le droit à ne pas souffrir. Il faut espérer que l’Affaire Schiavo permettra à l’Amérique de la liberté de renvoyer à ses amulettes l’Amérique des superstitions et des inquisiteurs. Vite, avant que les débiles mentaux qui y ont pris le pouvoir aux USA et dont l’activité cérébrale ne semble pas réagir aux stimuli de la simple décence ne nous ramènent tous au moyen-âge

Pierre JC Allard

115. Rogelio Maynulet et les débiles mentaux   05.04.01

Ce n’est pas une coïncidence si ce titre rappelle celui de l’article concernant Terri Schiavo que j’écrivais, il y a deux semaines ; ils ont en commun de traiter des déboires d’individus réduits en pièce par le Juggernauth USA sous contrôle des zelotes bushistes. Terri nous a quitté hier matin, après 13 jours sans eau ni nourriture, ce que la loi interdirait comme un « châtiment cruel et inusité », s’il s’agissait de châtiment, mais est considéré comme un moindre mal si on parle de « respect de la vie ».

Aujourd’hui, on a chassé ignominieusement de l’armée américaine le Capitaine Maynulet, soldat littéralement exemplaire. On est passé à deux doigts de le mettre en prison pour des années. Rogelio Maynulet est un criminel : il a tué quelqu’un. En fait, il a froidement abattu un blessé sans armes. Horrifiant ! Comme l’a dit le Major John Rothwell, de la même armée américaine : « What kind of institution does the U.S. Army become, if assault with intent to commit voluntary manslaughter is an honorable act ? » C’est une question que beaucoup de monde se posent, depuis quelque temps déjà, mais voyons d’abord le crime de Maynulet.

Averti en catastrophe de prendre en chasse un véhicule que l’on soupçonnait d’abriter Muqtada al-Sadr – héros de la résistance iraquienne ou leader terroriste, selon les points de vue – Maynulet le fait comme un bon soldat, le rattrape à la tête de son groupe et le crible de balle. Les deux passagers sont blessés. Manque de pot, il ne s’agit pas de Muqtadaal-Sadr : les Américains, on le sait ont un problème au palier renseignement/espionnage. Un problème d’ « intelligence », comme ils le disent si bien.

Mais les blessés, alors ? Dommage collatéral. 100 000 civils iraquiens sont morts depuis qu’a commencé le massacre des innocents. 100 000, 100 001, 100 002… Faudrait pas en faire un plat, n’est-ce pas ? Manque de pot, on l’a déjà dit. Manque de pot, manque d’intelligence… Pourquoi chercher plus loin ? Mais il y a tout de même deux (2) blessés. Un léger et l’autre que le toubib déclare irrécupérable. Qu’est-ce qu’on en fait ? Et c’est là que Maynulet me devient tout à coup sympathique.

Il pourrait décider qu’il a autre chose à faire que de ramener des blessés à l’hôpital et les abattre tous les deux. C’est la guerre, personne ne fait l’appel des Iraquiens au crépuscule: dommages collatéraux. Il pourrait les abandonner tous les deux au soleil en attendant le Medivac qui viendra à son heure : les Iraquiens ne sont pas prioritaires en Iraq. Il choisit une troisième voie, qui n’est pas celle du soldat exemplaire : il ramène le blessé léger pour traitement et achève celui qui souffre et pour qui il n’y a rien d’autre à faire. Une décision intelligente.

Un acte de compassion, enfin, dans cette aventure horrifiante qu’est la guerre en Iraq. Si un soldait américain me blessait mortellement, j’aimerais qu’un soldat américain intelligent m’achève. C’est la moindre des choses. Mais ce serait beaucoup demander. Que peut-on attendre de gens à qui on a tellement lessivé le cerveau qu’ils peuvent poser une question rhétorique, comme celle du Major Rothwell, sans en comprendre l’humour macabre ?

« Quelle sorte d’institution devient l’Armée américaine, si agresser avec l’intention de tuer devient un geste honorable ? » Si c’était un geste honorable, elle serait une vertueuse et héroïque institution. Mais puisque ce n’est pas un geste honorable, mais que c’est ce qu’elle fait sans arrêt, Major, l’armée américaine de Bush n’est plus qu’une horde de meurtriers et de barbares lâchée sur le monde. Les entreprises de Bush ont déshonoré l’armée américaine.

Celui qu’a abattu Maynulet était désarmé, mais les civils qu’on bombarde sans arrêt sont-ils tous armés ? La victime était blessée, mais combien d’enfants blessés mortellement par un obus ont été achevés par un deuxième, sans que la compassion n’y intervienne en rien ?

Faire un procès à un soldat qui tue par compassion, au cours d’une guerre où l’on tue pour rien et où l’on torture par plaisir, est un exemple de cette morale à laquelle on a réduit l’Amérique, une morale qui ne s’intéresse plus qu’à la forme – qu’on peut médiatiser – et qui ne comprend même plus la notion de bien et de mal. Il y a eu des empires plus cruels que les USA – du moins jusqu’à ce jour – mais il devient douteux qu’il y en ait eu beaucoup de plus déséquilibrés dans leur vision du monde. On est sur le chemin du « Deus Vult » des Croisés et du Herrenvolk aryen: la débilité mentale érigée en credo.

Il n’était pas « bien » de laisser Terri Schiavo mourir de dénutrition quand on pouvait mettre fin à ses souffrances. Il n’aurait pas été « bien » que Maynulet laisse crever dans la douleur le pauvre type qu’il avait mortellement blessé par erreur. Il n’aurait pas été politiquement acceptable qu’on prenne Terri en pitié et il faut bien évacuer Rogelio, puisqu’on l’a filmé, mais qui se demande où est le bien et le mal ? Répétez après moi, Major : est bien ce qui fait du bien aux gens et mal ce qui leur fait du mal. Répétez après moi, Monsieur le Président….

J’ai peur pour le monde de voir le pouvoir entre les mains de tartuffards à prétention de croisés, dont la spiritualité se borne à ânonner le mot Jésus, dont l’hypocrisie conduit à des arnaques du type Enron et dont l’absence totale de charité permet que se développent des chancres sociaux comme le Bronx ou South Central. Le rouleau compresseur de la pudibonderie et des slogans bondieusards qu’on a imposés aux USA est à broyer l’éthique millénaire de la civilisation occidentale.

Cela dit, il n’y a rien à gagner à décrire l’abject avec complaisance. Tout a été dit sur la politique de Bush et ce qui va suivre, hélas, est évident. Je ne reparlerai des USA que pour en dire du bien. Un jour. Quand l’intelligence y reviendra au pouvoir. Quand les débiles auront été traités. Guéris ou mis en garde-à-vue.

Pierre JC Allard

116. Un pape et UNE église   05.04.02

Jean Paul II est mort ce soir, 2 avril 2005. C’est la fin d’une époque. Il ne manquera pas de gens pour faire l’éloge ou la critique de l’homme et de son long pontificat de 27 ans ; ce n’est pas mon propos. Je voudrais seulement parler de l’avenir. Dans deux ou trois semaines, un nouveau pape, aujourd’hui presque un inconnu, ­ deviendra un phare pour un milliard de catholiques et donc une pièce maîtresse sur l’échiquier mondial. Pour le meilleur ou pour le pire. Il faut espérer qu’il portera un jugement lucide sur l’évolution du monde depuis 27 ans.

Que l’on ait ou que l’on n’ait pas la foi ­ et quoi que l’on pense de la mission de l’Église et de la façon dont historiquement elle s’en est acquittée ­ il faut être conscient de l’extraordinaire importance du rôle qu’elle peut jouer MAINTENANT. Il n’existe pas de plus grande autorité morale sur la planète que celle dont va hériter cet homme. Il n’existe pas de message plus motivant que celui du Christ, basé sur l’amour et la charité, pour rallier la résistance contre le système actuel qui repose sur l’égoïsme et la cupidité, l’injustice et la violence. Il n’existe pas d’autre structure crédible, riche, informée, solidement implantée partout qui puisse mieux encadrer un changement de paradigme. Il n’existe pas de plus grand potentiel pour le bien que celui dont l’Église et son prochain chef vont disposer.

Il suffirait qu’il le veuille. Qu’il se donne pour but un monde meilleur. Qu’il échappe au carcan des idées surannées, des phobies misogynes et des vésanies moyenâgeuses. Qu’il ne pense qu’à faire arriver Son règne – qui n’est rien d’autre que le triomphe du bien sur le mal ­ et à faire Sa volonté, qui est certes que chacun aime un peu plus son prochain.

Que devrait faire un pape pour que nous ayons un monde meilleur ? D’abord, battre le rappel inconditionnel de tous ceux qui veulent le bien. Ce serait un grand jour pour l’humanité, si un pontife mettait fin à 5000 ans de querelles, de croisades et d’inquisitions, en admettant humblement que nous ne savons RIEN – et ne pouvons rien savoir – de la nature de Dieu et que l’image de la Cause Première qu’a qui que ce soit en tête n’est ni meilleure, ni pire, que l’image qu’en a son voisin. En admettant que même celui qui n’en a pas d’image en tête n’en est pas pour autant un scélérat, mais manque peut être simplement d’imagination, et qu’il vaut mieux regarder comment il se conduit que de chercher à savoir ce qu’il pense.

Ne serait-ce pas merveilleux, si l’on mettait fin à tous les dogmes ­ qui, à vrai dire, n’intéressent plus que quelques théologiens ­ et que l’on déclarait que quiconque aime son prochain est en fait un Chrétien, sans préjudice à son droit d’être aussi bouddhiste, juif ou musulman, s’il croit que ça lui apporte plus… ou si ça fait plaisir aux voisins ? Il n’y aurait plus sur la terre que ceux qui pensent aux autres, se conduisent en Chrétiens et font du bien et ceux qui ne pensent qu’à eux, volent tout ce qu’ils peuvent et tuent quand il le faut, ce qui n’est le message ni du Christ, ni de Mahomet ni de qui que ce soit dont on a fait un Maître.

Celui qui serait devenu de fait, alors, le pape de tous les hommes de bonne volonté s’entourerait de ceux qu’il croit sages, qu’ils soient imans, rabbins, preachers baptistes ou francs-maçons. Sans interdire que se poursuivent leurs rituels, il conviendrait avec eux de ce qui est bien ou mal… et l’on verrait vite que nous sommes tous d’accord. De ce consensus naîtrait une autorité qui rendrait inutile pour l’Église tout pouvoir matériel.

Le pape et ses sages renonceraient à toute richesse, ne gardant que cette autorité. Ils diraient bien haut qu’ils n’ont d’ordres à donner à personne, mais qu’ils ne demandent qu’à donner des conseils à ceux qui veulent bien les suivre. Ils seraient devenus ce que devrait être l’Église : non pas un joueur en quête de pouvoir parmi les autres, mais l’arbitre. L’autorité à laquelle chacun se réfère, quand sa propre conscience ne suffit pas à lui montrer sans équivoque où est le bien.

Si une telle autorité morale universelle existait, le monde changerait, car il ne serait pas facile de ne pas en tenir compte. Quand une Eglise, dont l’immense majorité des gens croieraient alors, à juste titre, qu’elle ne veut ni pouvoir ni richesse, mais seulement le bien prendrait parti, qui prendrait le risque de s’y opposer ?

Qui refusera de donner plus aux pauvres, si le message est qu’il est bien de le faire et mal de s’en abstenir ? Une Eglise qui ajouterait la force de son exemple, un consensus oecuménique et la morale naturelle à l’emprise encore considérable dont elle dispose sur ceux qui ont la foi deviendrait un instrument irrésistible au service du bien.

« Unam, sanctam, catholicam » Espérons que celui qui prendra charge de l’Église en fera un instrument du bien. Au tournant où nous sommes, toute religion n’a de sens que si l’on peut, hors de tout doute, être convaincu qu’elle est dans le camp du changement et de la justice et non du côté d’un statu quo qui maintient l’exploitation. Elle ne mérite le respect que si elle consacre toutes ses forces au bien : le monde n’a que faire de religions qui ergotent sur le célibat des prêtres ou le sexe des anges. L’Eglise devra choisir de faire la différence dans le monde. Si elle ne le fait pas, le monde lui retournera son indifférence et c’est une autre structure qui reprendra le message chrétien qu’elle n’aura pas su porter.

Pierre JC Allard

117. Le vieux monsieur et la petite fille   05.05.18

Ce texte ne parle PAS de pédophilie. Encore plus décevant pour ceux qui cherchent des plaisirs défendus, ou du plaisir, tout simplement, ce texte traite de la politique canadienne. Un paysage politique généralement si morne, qu’il peut faire regretter même la politique américaine, laquelle, a défaut de grands débats idéologiques, apporte toujours des rebondissements divertissants. La politique canadienne ? Ne partez pas tout de suite, la politique canadienne est devenue passionnante.

D’abord, le Canada s’est donné l’an dernier un gouvernement minoritaire. Un gouvernement instable. Ce n’est pas encore la Quatrième République, mais ça donne déjà des palpitations à ceux qui n’ont pas l’expérience des Montagnes Russes, françaises ou italiennes. Ensuite, la malhonnêteté des élus – si omniprésente dans la plupart des gouvernements européens qu’on se sentait un peu gêné de ne pas avoir, nous aussi, au Canada, quelques ministres en prison ou au moins en sursis – vient de faire une apparition remarquée.

Je dis bien qu’elle vient d’apparaître. Elle était déjà bien là et, ayant personnellement vendu bien des contrats au gouvernement canadien, je puis rassurer les sceptiques : Ottawa était tout aussi corrompu que Paris, Rome, Kinshasa et sans doute Babylone. Mais la crapulerie vient d’apparaître dans la politique canadienne. Quelques millions de dollars qui disparaissent, réapparaissent, engraissent des intermédiaires et – horreur ! – servent même au financement des partis politiques.

Comme si tous les partis, au Canada comme ailleurs, n’avaient pas toujours été financés en proportion directe de leurs chances de prendre le pouvoir et de distribuer des faveurs … et élus, bien sûr, en proportion directe du financement reçu. ! Une virginité se perd cette année au Canada. Un hymen se déchire pour révéler toute une panoplie de maladies honteuses. Un scandale dit « des commandites », qui a brassé des dizaines de millions, en laisse surtout soupçonner un autre, dix fois plus juteux : le gouvernement a dépensé 2 milliards de dollars pour procéder simplement à l’enregistrement des armes à feu. C’est beaucoup d’argent. Qu’a-t-on fait de tout cet argent? Fermez les yeux, ça disparaîtra peut-être.

Mais les Canadiens, comme tous les naïfs, ne sont pas doués pour la cécité sélective. Quand les Québécois – pourtant pétainistes sur les bords en leur temps, pour l’amour du clergé – ont cessé de croire, 20 ans plus tard, que l’Église était la seule source de toute vérité, ils ne sont pas devenus ambivalents. Ils sont passés, en quelques années – à tort ou à raison, ce n’est pas notre propos – du cléricalisme le plus inconditionnel à un rejet de la religion comme il y en a peu d’exemples sur la planète.

Notre propos, c’est la réaction probable du Québécois et du Canadien moyen, dont la naïveté politique semblait si abyssale qu’on n’en trouverait jamais le fond, maintenant qu’il vient de découvrir que la politique se fait avec du fric et que l’on fait du fric avec la politique. Sa réaction probable, ce sera un rejet de la politique. Un rejet du parlementarisme. Un rejet de la démocratie.

Il faudrait s’inquiéter. Il faudrait que les politiciens canadiens fassent une démonstration éclatante, ostentatoire, spectaculaire d’honnêteté. Ils font tout, au contraire, pour augmenter le cynisme. Mis en péril de perdre un vote de confiance et de devoir déclencher des élections, le Premier Ministre canadien, un vieux monsieur assez roublard qui fait beaucoup d’argent dans le transport maritime sous pavillon de complaisance, a réussi à se maintenir au pouvoir… en séduisant une petit fille.

Séduction politique, bien sûr ­ et la petite fille est déjà dans la trentaine avancée – mais l’inconcevable manque de jugement dont celle-ci a fait preuve dans ce maquignonnage de ses faveurs laisse supposer une immaturité qui suggère une tutelle aux mineurs et qui permet de douter qu’elle ne devienne jamais une adulte politique. Pour les amateurs, rappelons les faits.

Belinda Stronach est membre du principal parti d’opposition au Canada, le Parti Conservateur, lequel veut – et semblait il y a quelques jours sur le point d’obtenir – la chute du gouvernement Libéral au pouvoir. Non seulement en est-elle membre, mais Belinda semble la personne la mieux placée pour succéder au Chef de ce parti, si celui-ci commet une erreur ou subit un échec. Or, si le gouvernement Libéral tombe, les sondages semblent prévoir que le Parti Conservateur ne prendra pas le pouvoir.

Si le parti Conservateur ne prend pas le pouvoir, son chef aura « subi un échec » et sera certainement contraint de démissionner. Vraisemblablement, Belinda Stronach le remplacera et deviendra Chef de l’Opposition. Considérant l’alternance du pouvoir et le désenchantement de la population envers les vieux messieurs de tout acabit, on peut penser que dans cinq ans au plus tard, mais bien plus vite si un autre gouvernement libéral minoritaire est élu et lui aussi rapidement défait, le Parti Conservateur sera élu. Belinda Stronach sera Premier Ministre.

C’est la chute du gouvernement Libéral qui peut mettre en marche ce scénario dont Belinda Stronach est visiblement la principale gagnante. La chute du gouvernement Libéral ne tient qu’à UN SEUL VOTE. Belinda Stronach n’a qu’à voter avec son parti et le gouvernement tombe. Affaire réglée ? Attention, méfiez-vous des vieux messieurs. L’inconcevable arrive. Belinda décide d’écouter les propositions du Vieux Monsieur, de trahir son parti et de sauver in extremis, par son seul vote, un gouvernement dont la chute lui serait pourtant tellement favorable. Pourquoi ?

On croirait à une corruption éhontée, venant s’ajouter à celle dont le gouvernement Libéral donne chaque jour de nouvelles preuves, mais Belinda est déjà immensément riche; il est difficile de penser qu’une somme quelconque ait pu la détourner de son ambition. Une menace bien musclée ? Qui sait, mais, dans le contexte canadien, l’hypothèse de la menace est moins crédible que celle de la simple bêtise. Qu’est ce que le Vieux Monsieur a offert ? Mystère…

Mystère, mais il y a fort à parier que la population ne s’intéresse pas tant à ce mystère qu’à la meilleure façon de protéger les petites filles contre les vieux messieurs. A protéger la population-enfant contre l’indécence des politiciens qui se disent ses tuteurs, mais qui la séduisent pour en abuser. Comment se protéger, en démocratie, contre la corruption et la bêtise ?

La population ne voit pas de réponse à cette question. J’ai peur de cette impasse à laquelle on a conduit une population trop naive, dans ce pays peut-être trop tranquille. Il est urgent que l’on établisse une autre démocratie… Avant que la population ne réclame autre chose que la démocratie

Pierre JC Allard

118. Innocente Homolka   05.06.03

La femme Homolka terminera d’ici quelques jours une sentence de 12 ans au pénitencier de Joliette, au Canada. Elle a purgé toute sa peine et, dès qu’elle aura été libérée, elle aura droit, comme vous et moi, à tous les droits et privilèges que confère l’appartenance à une société libre et démocratique. Elle pourra, à l’heure qui lui plaira, déambuler sur les trottoirs où marchent vos filles ou vos petites-filles : des adolescentes comme celles, dont sa propre jeune soeur, que Homolka a droguées, séquestrées, violées, torturées à mort pour son plaisir et celui de son conjoint. On parle d’imposer des restrictions à la liberté de Homolka. Pour rassurer la population

Je ne vois pas ce qui pourrait rassurer raisonnablement la population – sauf peut-être de mettre Homolka dans une cage au zoo, dans la section des grands fauves – mais le but devrait-il être de « rassurer » la population, ou ne devrait-on pas plutôt penser à la protéger? Jadis, les Homolkas étaient rouées en place de Grève, brûlées sur un bucher ou, en Chine, écorchées vives… Elles ne récidivaient pas. Maintenant que nous sommes devenus civilisés – et que l’on a même renoncé à la peine capitale – comment protéger efficacement la population de la folie sadique et meurtrière des Homolkas de ce monde ?

Pour une société qui a atteint le niveau de civilisation où elle ne veut plus se venger et punir, mais seulement se protéger des Homolkas, la meilleure approche est d’aller jusqu’au bout de l’approche éclairée qu’elle a choisie. LA SOCIÉTÉ DOIT RECONNAÎTRE LEUR INNOCENCE

Il faut constater – ce qui ne devrait pas poser de sérieuses difficultés sémantiques – que ceux qui, comme Homolka, commettent des crimes monstrueux, ne pensent pas comme des gens normaux. Il faut accepter qu’ils pensent même si différemment de nous, qu’il y a de justes et bonnes raisons de croire que leur processus mental ne se situe pas dans la fourchette, tout de même assez généreuse, où s’inscrivent, avec le monde ordinaire, même les grands excentriques et les doux toqués. Il faudrait reconnaître et dire – tout en trouvant le vocable politiquement correct qu’il faudra pour le dire – que ceux qui commettent des crimes monstrueux sont des fous.

Des fous et donc des innocents. Pour que tous les monstres deviennent ainsi des innocents, il suffirait d’apporter simplement un petit changement à la loi. Il suffirait de poser le principe que la commission d’un crime monstrueux crée une présomption d’insanité et renverse le fardeau de la preuve. Il faudait que la loi vienne corroborer la sagesse populaire: cette sagesse nous dit que ceux qui commettent des crimes monstrueux sont des fous.

C’est un petit changement à la loi qui est bien dans la ligne de l’évolution, mais qui règlerait aussi bien des problèmes. Déclaré fou, l’accusé, selon la loi, serait reconnu innocent. Innocent, mais, son comportement ayant prouvé sans équivoque qu’il est dangereux pour la société, il devrait, de toute évidence, être mis sous surveillance. Indéfiniment. Sur ordre du tribunal, il resterait sous surveillance aussi longtemps qu’il ne serait pas indiscutablement revenu à la raison, c’est-à-dire aussi longtemps qu’un comité permanent de psychologues et de psychiatres n’en arriverait pas à la conclusion unanime que, sa personnalité et ses motivations ayant changé, il ne présente plus aucun danger pour la société.

Ce comité de psychologues et de psychiatres en arrivera à cette conclusion plus ou moins rapidement, selon la « monstruosité » du crime. Car qu’est-ce qui est monstrueux ? Si l’on s’engage dans cette voie – qui est bien celle de la civilisation – la définition de « monstrueux » ne pourra qu’évoluer. Toute violence grave n’est-elle pas monstrueuse ? S’il y a récidive dans la violence, psychologues et psychiatres ne seront-ils pas bien prudents, au moment de suggérer l’élargissement du fou qui a commis un crime ?

On peut hésiter à permettre qu’un jugement médical vienne se substituer au jugement d’un tribunal, mais n’est-ce pas la voie correcte a privilégier, quand la théorie sociale prévalente tend à voir les malfaiteurs comme des victimes de la société, des victimes de leur famille, de leur condition, de leur éducation, en fait, comme des « malades » ?

S’il s’agit de crimes comme ceux qu’a commis Homolka, considérant leur horreur et les cas rarissimes de réhabilitation lorsqu’il s’agit de crimes à caractère sexuel, il est peu vraisemblable qu’un psychiatre affirme jamais que celui ou celle qui les a commis ne présente plus aucun danger pour la société, à moins qu’il ne cherche vraiment à occuper la chambrette capitonnée voisine de celle de sa patiente. La « chambrette », car il ne faut plus parler de cellules. On ne met pas les fous en prison : ils sont innocents. On les met en résidence surveillée, en milieu hospitalier et non carcéral. On ne les punit pas et on les maltraite encore moins, mais on ne les relâche pas.

On ne les relâche pas. Si l’on nous annonçait qu’une mine anti-personnelle qui peut exploser à tout moment a été cachée dans un quartier de Montréal, toutes les forces policières n’auraient de cesse qu’elles ne l’aient trouvée et désamorcée. Pourtant, dans quelques jours, un système qui ne pense pas, ne réfléchit pas, n’assume pas ses responsabilités va remettre en liberté une personne dont les statistiques nous préviennent que, tôt ou tard, elle « explosera » et fera au moins tout autant de dommage qu’une mine anti-personnelle..

Je n’ai aucune solution pour le cas spécifique de Homolka. Nous sommes une société de droit et l’on ne peut pas, rétroactivement, prendre des mesures qui brimeraient les droits d’Homolka: que ses voisins prennent garde… Il faudrait cependant que, TOUT DE SUITE, on prenne les mesures qui s’imposent pour l’avenir et qu’on ne relâche plus JAMAIS des Homolkas dans la rue. Quand ils sont en liberté, c’est la liberté et la vie des autres qui sont en danger.

Pierre JC Allard

119. La planche à desseins   05.06.19

La France a dit non. Sage décision, car pourquoi monter dans un train dont on ne connaît pas vraiment la destination, quand on sait qu’il ne sera pas facile d’en descendre ? Pourtant, tous les sondages démontrent que les Français veulent plus que jamais aller quelque part et que, pour une vaste majorité d’entre eux, c’est encore l’Europe qui est au bout du voyage.

Il faudrait qu’on libère vite la voie, et qu’arrive en gare le train en partance pour une Europe à laquelle on dira oui. Hop ! Retour à la planche a dessins. Mais pour faire mieux, il faut d’abord comprendre à quoi les Français ont dit non, car ils n’ont pas dit non à l’Europe, mais à tout autre chose En fait, ils ont dit NON à trois (3) choses.

Ils ont dit non, d’abord, à une question de confiance. On a voulu profiter d’un engouement pour l’Europe et présenter à la population un texte long et dense, une liste touffue d’hypothèses procédurales – dont on savait fort bien qu’elle ne serait pas lue – pour lui arracher son aval aveugle et un blanc seing. « Suivez-nous sans discuter » – ont dit les politiciens en place et les technocrates – « nous allons vous conduire à l’Europe ». C’est cette confiance que les Français, puis les Hollandais, viennent de refuser de leur accorder. La répudiation des élites politiques est parfaitement claire. La population ne fait pas confiance à ceux qui la gouvernent pour la conduire vers l’Europe. Mandat refusé.

Ils ont dit non, aussi, au concept d’une Europe en expansion indéfinie. Non au postulat implicite, hérité de l’époque de la CECA et du Traité de Rome, d’une Europe-Zollverein, d’une Europe qui ne soit qu’un « Marché Commun » et à laquelle on peut donc inviter, si le commerce y trouve son compte, aujourd’hui les Turcs, mais pourquoi pas aussi, demain, les Japonais, les Bantous et les Patagons. Les Français ont dit non à la notion d’une Europe-Bazar.

Les Français ont prouvé qu’ils avaient de l’Europe une vision moins réductrice que leurs élites, lesquelles, hélas n’y voient encore trop souvent qu’un espace où l’on ne paye pas de frais de douanes. Ils veulent une Europe que fondent une histoire, une culture, une tradition largement communes et où s’est forgée une même vision ­ ou des visions au moins similaires – de ce que sont l’éthique, la justice, la liberté. Ils veulent bâtir une Europe qui pourra et DEVRA susciter le développement d’un sentiment d’appartenance. C’est cette appartenance embryonnaire qui justifie aujourd’hui que les Européens veuillent se préparer un avenir commun ; c’est la réalisation progressive de cette vision de leur avenir qui rendra un jour l’Europe une et indivisible

En troisième lieu, les Français ont dit non à une Europe en simple attente d’homogénéisation. Une Europe dans laquelle on pourrait un jour passer de la Hollande à la Grèce sans s’en apercevoir, comme en va aujourd’hui sans s’en apercevoir de l’lowa au Nebraska et au Missouri. Ils ont montré, sans fausse pudeur, une certaine nostalgie pour les frontières qui séparent ce que l’on est de ce que sont les autres et qui permettent ainsi à chacun de demeurer soi-même et intéressant.

Ce refus d’une Europe monochrome de l’Atlantique à l’Oural – qui n’était certes pas la vision gaullienne de l’Europe ! – c’est l’essence du message de Bové qui a été accueilli. Ce n’est pas seulement qu’il est juste et bon que le risotto soit meilleur à Milan qu’à Marseille, le hareng à Copenhague et la sardine au Portugal; derrière la diabolisation du Big Mac, il y a tout le refus d’une perte d’identité, sur tous les plans et à tous les niveaux.

Que l’on parle de commerce, de migrations ou de modèles sociaux, c’est toujours la volonté ferme de maintenir une IDENTITÉ française qui est au coeur du débat. Sur le plan social, en effet, il ne va pas de soi qu’un « oui » aurait entraîné une détérioration de la situation sociale actuelle et le camp du non n’a rien mis de l’avant pour améliorer la situation. Le non, sur le plan social, tient tout entier à une méfiance a priori de la population envers un modèle qui ne soit pas français et dont elle craint qu’il n’évolue vers un modèle de type USA que, majoritairement, elle juge répugnant.

C ‘est à ça que la France a dit non : à la confiance aveugle, à une Europe qui, pouvant être tout, risque de ne plus être rien et au nivelage du paysage culturel européen au profit de valeurs exclusivement mercantiles, ce qui met en péril son identité. À quoi la France dirait-elle « Oui » ?

Dans un prochain référendum, c’est un texte fondateur de l’Europe qu’il faut soumettre, non seulement aux Français, mais à tous les Européens. Ce texte doit être court et signifiant. Il doit avoir la forme et la portée d’une Déclaration des droits de l’Homme. Ce n’est pas de nouveaux croquis que l’Europe a besoin, c’est de grands desseins. Un idéal doit animer l’Europe. L’accord sur ce texte fondateur doit marquer d’abord une étape dans le désir d’intégration. Il faut que ce référendum pose au départ la question d’un désir d’appartenance et c’est un texte dans lequel doivent se reconnaître tous ceux qui se savent Européens.

Dans ce texte fondateur, les impacts matériels ne doivent pas occuper toute la place, ni même la première place. Le négoce doit être une fonction de l’unité européenne, mais ce n’est en pas l’essentiel. Les Européens ne veulent pas voter sur des astuces de bureaucrates, mais sur un projet de société. Des considérations pratiques pourront peut-être convaincre certains pays européens de ne pas participer à cette « Europe » que l’on veut créer, comme suggérer que cette Europe accorde des conditions économiques privilégiées à des pays qui ne sont pas européens, mais ce n’est pas ça qui doit fonder l’Europe. Faisons l’Europe. Du négoce, on pourra discuter ensuite. Entre Européens, d’abord, entre les Européens et les autres ensuite.

Le prochain référendum doit obtenir aussi un accord sur deux points. Accord, d’abord, sur une structure qui maintienne la diversité européenne, car cette diversité ne doit pas être sacrifiée à la recherche d’un optimum économique. Accord, ensuite, sur un mécanisme référendaire permanent. Toutes les politiques qui encadreront les grands volets pratiques de la construction européenne ne doivent pas être prises à Bruxelles ou en vase clos, mais soumises à la population, une à une, dès que les États se seront mis d’accord quant à la probabilité que l’une ou l’autre de ces politiques puisse faire l’objet d’une large approbation populaire.

Accord sur une structure et cette structure européenne ne peut être que confédérale. La Confédération Européenne doit exercer les pouvoirs qu’on lui transporte. Il semble efficace que l’Europe ait UNE charte des droits et devoirs du citoyen, UN code de lois, UNE politique étrangère, UNE armée, UNE police et UNE politique du commerce entre États confédérés, et entre ceux-ci et le reste du monde.

Il faut déléguer à un pouvoir confédéral tout ce qu’il est efficace de lui déléguer, mais sans mettre en péril l’identité et la spécificité des États confédérés. Il faut que ces États – et aussi les autres entités culturelles qui constituent l’Europe – disposent ce qui est nécessaire à leur soutien et à leur développement. Il ne faut pas permettre que le pouvoir confédéral s’immisce dans la gestion des éléments culturels. Mieux, il ne faut pas permettre que l’exercice même des pouvoirs qui sont consentis à la Confédération, puisse porter préjudice aux cultures nationales. Il ne s’agit pas de préserver indéfiniment une « Europe des patries », mais il faut certainement conserver une Europe des cultures

Une monnaie européenne ? Oui à l’euro, bien sûr, mais l’émission de cette monnaie, comme la politique financière et fiscale de la Confédération, doit être sous le contrôle de son gouvernement confédéral démocratiquement élu. De tous les pièges qui guettent l’Europe, il n’y en a pas de plus dangereux que de laisser le contrôle de sa politique financière à cette Banque Centrale Européenne qu’on a créée et qui ne rend de comptes qu’aux shylocks qui en ont obtenu la création. Une guerre qu’il faut faire et gagner

Une politique sociale européenne ? Évidemment, mais en comprenant que l’égalité qu’on souhaiterait entre tous les citoyens de l’Europe ne peut pas être une condition de départ, mais un but à long terme. Il faut accepter que vingt ou trente ans au moins s’écoulent avant que l’effet de vases communicants ne réduise significativement les écarts de richesse entre pays pauvres et pays riches de l’Europe.

Tant qu’une quasi-égalité ne sera pas acquise, les droits sociaux de chaque Européen ne peuvent être que ceux de son pays d’origine OU de son pays de résidence, selon son choix mais dans le cadre d’accords bilatéraux entre les pays membres. Que les Européens circulent partout en Europe, soit. Mais il est contreproductif de permettre que quiconque puisse travailler n’importe où et bénéficier des avantages sociaux offerts par les structures nationales bâties à grand frais et dont il faut maintenir l’équilibre budgétaire.

La période d’accession à l’égalité au sein de l’Europe peut être abrégée, si la solidarité prévaut et qu’une forme de péréquation permet aux pays moins bien nantis de se rapprocher plus vite des meneurs, mais cette politique sociale doit être formulée clairement et faire elle-même l’objet d’un référendum ad hoc. Comme tout changement significatif doit faire l’objet d’un référendum populaire paneuropéen ad hoc et ne doit s’appliquer que dans les États confédérés où une majorité l’aura accepté.

Pierre JC Allard

120. Ahmadinejad et les serpents d’eau   05.07.04

J’ai rencontré un ami de l’Ange Exterminateur. Il lisait par-dessus mon épaule dans l’autobus et c’est lui qui m’a parlé. Je regardais la photo de Ahmadinejad, le nouveau président iranien, il la regardait aussi. – « Je le connais bien », qu’il m’a dit. – « Ah. Vous êtes Iranien ? » – « Oui » – « Qu’est-ce qu’il va faire votre nouveau président ? » – « Il va apporter la justice, moderniser l’Iran et il va attendre. » – « Attendre ? » – « Attendre que les Américains nous envahissent. » – « Moderniser et attendre que l’on vienne tout détruire, comme en Irak » ? – « On ne détruira rien en Iran; c’est l’Iran qui va détruire l’Amérique ».

J’ai rencontré ma bonne part de toqués au cours des ans. Joyeux ou tristes, optimistes ou pessimistes, ils ont en commun de porter des verres déformants : ils voient un monde différent. Parfois, c’est une question d’échelle, comme mes amis du Nicaragua qui voyaient leur pays comme « un géant qui s’éveille ». Parfois, c’est la nature humaine qui est sublimée, comme mes amis Cubains qui croyaient que l’enthousiasme altruiste de La Havane version 1960 durerait éternellement. L’Iran va détruire l’Amérique ? Bon, si vous le dites… À quoi bon discuter…

Mais c’est lui qui a continué : – « L’Iran va détruire l’Amérique » – « Avec l’aide de Allah et quelques bombes atomiques ? » – « Non, avec le Plan ‘kziwqkach’. » – « Le Plan QUOI ? » Il sourit : – « n’essayez pas de le prononcer. C’est le nom en farsi d’un minuscule serpent de mer qui pullule dans le Golfe Persique près de Bandar Abbas. Le « watersnake » : cent fois plus venimeux qu’un cobra. Morsure mortelle en quelques secondes. » – « Il y a un antidote ? ». ­ « Non, mais la prévention est facile: n’entrez pas dans son territoire; il ne vous suivra pas sur la terre ferme. Sortez de la mer et allez vous rhabiller avant qu’il ne vous attaque. »

– Et le Plan « Serpent de mer », si je puis dire ?

– « Il est déjà en marche. Dès que les Américains envahissent l’Iran, Ahmadinejad et son cabinet quittent le pays et vont créer ailleurs – on ne sait pas où – un gouvernement en exil. Ahmadinejad n’est pas Saddam. Ni lui ni ses hommes n’ont massacré de Kurdes, ni qui que ce soit, et ils ont été démocratiquement élus. Ils sont la légitimité. Ahmadinejad part et l’armée est licenciée. Les soldats rentrent chez eux. Ils partent avec un petit pécule qui leur permet de vivre sans problème durant quelques temps – on ne sait pas combien de temps – et avec leurs armes et munitions. Depuis deux ans, ce sont des fusils à lunettes et des grenades qu’on leur distribue.

– Vous vous rendez sans conditions et vous donnez le pays aux USA ? On est loin de « détruire l’Amérique »

– « Qui parle de se rendre ? Personne ne s’est rendu. Le pays est occupé, mais il reste en guerre. En fait, il n’y a même personne pour faire la paix; le gouvernement légitime n’est pas là et n’a rien à négocier que le retrait inconditionnel des envahisseurs et son remplacement par une force internationale qui s’engagera à ne pas les laisser revenir ».

– Mais qui assure l’ordre dans le pays, s’il n’y a plus d’armée ? La police ?

« Dès que les troupes américaines occupent une ville, les forces policières sont aussi licenciées, aux même conditions que l’armée. Toutes les archives sont détruites. Les ex-soldats et policiers ont des identités de rechange. Si on les cherche, il faudra les trouver un à un. La seule autorité qui reste en Iran est celle des ayatollahs et des mollahs; c’est une autorité morale qui n’a pas de pouvoir et qui n’a pas de responsabilité politique. Elle donne de conseils et les bons croyants les suivent. C’est tout. Pour la sécurité au quotidien, que les occupants la prennent en charge. Ce qui pourrait être compliqué….

– « …. »

– TRES compliqué, reprit-il – parce que si vous avez deux (2) MILLIONS d’ex-soldats, de réservistes, d’ex-policiers éparpillés dans la population, avec leurs armes et assez d’armes supplémentaires pour équiper légèrement quelques autres millions de résistants nationalistes islamistes…. une armée d’occupation, en Iran, va se sentir aussi confortable qu’un baigneur au milieu d’un banc de serpents de mer, dans un mètre d’eau, au large de Bandar Abbas.

Les instructions au peuple de l’autorité morale sur place des mollahs, ce sera : pas de terrorisme contre les civils, pas de dommages collatéraux, pas de violence gratuite, pas d’attaques-suicides. NE DÉTRUISEZ PAS L’IRAN. Mais les instructions du gouvernement en exil, ce sera que l’Iran est en guerre et que chaque Iranien a le devoir sacré d’attaquer et de détruire l’ennemi. Une grenade lancée en passant sur un poste de garde américain. Un franc tireur embusqué qui abat un ou deux marines à 30 mètres. Quelques gorges tranchées dans une maison de passe. Ne risquez pas inutilement une vie iranienne, mais ne ratez pas une occasion d’abattre un Américain.

Dans un pays de la taille de l’Iran, avec une population totalement hostile et bien armée, il n’est pas irréaliste de penser qu’on peut faire de 50 à 100 cartons par jours. Ceci, sans plan concerté qu’on puisse mettre à jour, sans une organisation rebelle formelle qu’on puisse démasquer, sans une force révolutionnaire qui occupe même un bureau de poste et qu’on puisse affronter dans une bataille rangée. Seulement des dizaines de millions de civils qui, s’ils en ont la chance, vous mettront une balle dans la nuque ou un couteau dans le dos. L’initiative personnelle et ce droit sacré, dont les USA sont si fiers, que doit avoir chaque citoyen de porter des armes…

Simultanément, quelques troupes d’élites rendues à la vie civile auront reçu, elles, des instructions bien précises, Elles s’assureront qu’il ne sortira jamais une goutte de pétrole de l’Iran. Un peu de syntex ici, un peu de syntex là… un long pipeline est un objet infiniment vulnérable. Quelques raids d’opportunité contre une caserne ou une patrouille américaine isolée, mais sans prendre de risques et sans rien qu’on puisse assimiler à un terrorisme aveugle. Une résistance passive, un sabotage omniprésent, un assassinat quand l’occasion se présente… L’Iran a tout son temps.

Une armée d’occupation qui subit des pertes intolérables et qui n’a que des civils à affronter va vite dériver vers les exactions, les exécutions d’otages, la destruction des villages. Dans un premier temps, le reste du monde, horrifié, mettra l’Amérique au ban. Beaucoup par principes, quelques-uns, comme la Chine et la Russie, par intérêts. Le monde va se couvrir de drapeaux américains barbouillés de swastikas.

Un milliard de musulmans, dans le monde, vont aussi être convaincus que c’est une oeuvre pie de tuer ou détruire tout ce qui est américain. Il est donc bien probable que les attentats-suicides reprennent, non pas en Iran, mais partout, surtout aux USA. Que se passera-t-il si la peur d’une valise bourrée d’explosifs fait qu’il n’est plus possible même de prendre le métro ou de marcher à Times Square avec un colis ? Dans un deuxième temps, quand non seulement le comportement des forces américaines d’occupation en Iran sera devenu totalement odieux, mais que la riposte face à ce comportement aura engendré une paranoïa qui détruira les libertés civiles et rendra la vie invivable aux USA, c’est la moitié gauche de l’Amérique qui va se dresser contre sa droite, refusant le rôle de bourreau qu’on lui aura imposé. Tous les Américains ne sont pas des monstres.

Si une solution politique intervient alors rapidement, amenant au pouvoir ceux qui ne veulent pas d’une Amérique impérialiste et universellement honnie, les Américains quitteront l’Iran, le gouvernement en exil reviendra à Téhéran. Chacun pensera ses plaies, mais nous aurons gagné. Si cette décision n’est pas prise rapidement, cependant, l’Amérique ne survivra pas.

L’Amérique ne survit à ses injustices flagrantes que grâce à la bonne conscience que lui distillent sans arrêt des médias qui constituent, sous leurs divergences apparentes, une colossale machine à propagande. Si l’Amérique perd cette bonne conscience, elle explose. Elle se dresse, ses pauvres contre ses riches, ses minorités latines, afro-américaines et asiatiques contre un establishment qui l’exploite. La peur jointe à la mauvaise conscience va créer une situation de guerre civile. Si l’Amérique ne sort pas d’Iran, elle sera détruite. »

– Et vous croyez que c’est ce que veut faire Ahmadinejad ?

– « Tout le monde en Iran connaît ce plan. Les Américains aussi, bien sur. Ce n’est pas un secret. Aucune raison de le cacher, d’ailleurs, car rien ne peut empêcher qu’il soit mis à exécution. Il n’y a qu’une façon de ne pas être tué par un serpent d’eau : restez sur la berge et allez vous rhabiller. »

J’espère que personne aujourd’hui, avec toute cette chaleur en Irak, ne songe à une baignade dans le Golfe Persique.

Pierre JC Allard

121. Vivement, doubler les frais de scolarité !   05.06.28

 

Vivement doubler les frais de scolarité ! Au moins pour commencer ; ensuite, il faudrait les augmenter sérieusement…

Je sens que je vais me faire des ennemis. Je sens déjà des milliers de petites aiguilles transpercer mon portrait et pas question que je laisse traîner une mèche de cheveux ou une rognure d’ongle. Je sens que tous les pouvoirs de la pensée magique vont s’activer contre moi. C’est comme ça que réagissent les tenants de la pensée magique quand on les contredit.

La pensée magique, c’est celle qui croit et affirme que ce qui est gratuit ne coûte rien, alors que ce qui est gratuit, en fait, est payé par quelqu’un d’autre. Parfois votre voisin, mais bien souvent par VOUS. Quand on comprend que la moitié du revenu brut des citoyens va à l’État, qui directement ou indirectement le redistribue, il ne reste qu’à sortir de la pensée magique pour comprendre aussi que c’est vous et moi qui payons ce qui est gratuit.

« Eux » aussi – les riches – payent une part de ce qui est gratuit, mais si vous croyez qu’ils en absorbent la grosse part, c’est que vous êtes sous hypnose. Ils sont peu, nous sommes nombreux et c’est surtout nous qui payons. Les choses pourraient être autrement, mais c’est une autre histoire. Hic et Nunc , Here and Now, Icitte et Astheure,’ stie, c’est surtout le monde ordinaire qui paye. Il paye, entre autres, l’éducation.

Le monde ordinaire, c’est ceux qui gagnent le revenu moyen, disons plus ou moins 100 %, pour ratisser large. Disons, encore plus largement, tous ceux qui gagnent entre rien du tout et 100 000 $ par année. Ils sont nombreux. Vous vous sentez chez-vous ? C’est eux – nous – qui payons l’éducation gratuite. On paye toute l’éducation de tout le monde. Oh, on peut demander des frais de scolarité, mais on ne couvre ainsi qu’une petite part des frais réels de l’éducation, l’équivalent d’un ticket modérateur.

Vous en êtes heureux ? Vous êtes d’accord avec cette proposition socialement progressive ? Tout va bien.. tout va bien… Tout va bien… 1, 2, 3 Click ! SNAP ! Sortez de la transe.

Ouvrez les yeux. Voyez-vous que, lorsque vous payez l’éducation gratuite du futur ingénieur, du futur MBA, du futur médecin spécialiste, vous êtes en train de financer à fond perdu le fond de commerce que constitue le diplôme du futur professionnel, lequel, dans 5 ou 10 ans et jusqu’à sa retraite, exploitera ce fond de commerce à SON profit ?

À SON profit et non au vôtre, car le futur spécialiste à 200 000 $ par année ne fera de cadeaux à personne. C’est l’État – vous, encore un fois – qui lui payerez alors, bon an mal an, 3, 4, 5 fois le revenu moyen de la population. Vous êtes bien bon. Seriez-vous prêt à payer aussi de vos deniers la construction de stations-services qu’on donnerait clef-en-main à des pompistes, lesquels vous vendraient ensuite l’essence au prix fort ? Non ? Où est la différence ?

Je suis un homme de gauche depuis bien longtemps, mais je nevois pas ce qu’il y a de socialement progressiste à faire payer par la classe moyenne la formation d’une élite qui gagnera plusieurs fois le salaire moyen de cette classe moyenne. Il y a ici un équivoque entre éducation et formation qu’il faut courageusement dissiper. Une vache sacrés à abattre.

Il est BON qu’une société paye à tous, toute l’éducation qu’elle donne à tous. Il est socialement progressiste que l’on augmente l’investissement dans ce tronc commun de l’éducation à la hauteur de nos moyens collectifs et en accord avec le consensus social. Il est MAUVAIS qu’une société prenne sur elle – et fasse donc porter par tous – le coût de la formation spécifique dont l’acquisition bénéficiera à quelques uns seulement.

Une générosité d’autant plus perverse. que les bénéficiaires se situeront dans les classe les plus élevées de revenu. On a ainsi un transfert systématique de richesse, direct ou en moins prenant, des pauvres vers les riches de la société. Ce n’est pas le seul de ces tranferts, hélas, mais celui-ci n’est pas plus vertueux, du seul fait qu’il se camoufle derrière l’étudiant impécunieux pour enrichir à terme le professionnel bien nanti.

On devrait doubler, peut-être tripler, les frais de scolarité pour toute formation professionnelle qui excède du tronc commun. On devrait, en fait, vendre cette formation à l’étudiant au prix qu’elle coûte. Pas plus, pas moins. On ne devrait rien donner à celui qui poursuit des études professionnelles supérieures, car il n’étudie pas pour nous, il étudie pour lui. Il est à bâtir SON avenir. Il travaille activement à SON enrichissement.

Cela dit, même si collectivement ces compétences nous seront ensuite vendues et non données, la société, vous et moi, avons intérêts à ce qu’elles soient disponibles. . Nous devons donc faire en sorte qu’elles soient acquises. Comment pouvons nous faciliter la préparation des ressources humaines compétentes dont nous aurons besoin demain ? En PRÊTANT aujourd’hui à ceux qui ont prouvé leur aptitude et leur ferme volonté à suivre des études universitaires.

Il ne faut pas donner, mais prêter aux étudiants. Il n’y a rien de scandaleux à ce que le jeune professionnel entre dans la carrière avec une dette, tout comme commencerait ses activités avec une dette le fabricant ou le commerçant qui lancerait une affaire aussi rentable qu’un cabnet de dentiste… s’il pouvait trouver aussi facilement qui le finance !

Il faut prêter à l’étudiant, pour poursuivre ses études supérieures, les sommes nécessaire pour qu’il puisse non seulement payer des frais de scolarité qui deviendront beaucoup plus onéreux quand on vendra la formation à son coût, mais aussi pour vivre au-dessus du seuil de la pauvreté durant ses études sans faire autre chose qu’étudier. Etudier est son travail.

Dans une société vraiment juste et socialement progressiste, ce travail d’étudiant pourrait être rémunéré, comme tout autre travail, mais, comme nous l’avons dit, ceci est une autre histoire. Aujourd’hui, il est malsain qu’une caste de travailleurs-entrepreneurs – les étudiants – jouissent d’avantages disproportionnés dont le coût est assumé par les autres travailleurs qui ne sont pas plus riches et qui ne sont pas, eux, sur une voie royale vers la « bourgeoisie »

Pierre JC Allard

122. Les nouveaux Goebbels de l’Occident     05.07.05

« À l’aube ce matin, des troupes polonaises ont massacré nos garde-frontières et attaqué férocement des soldats allemands qui faisaient quelques exercices en territoire allemand» C’est ce que Josef Goebbels a annoncé au monde, le 1er septembre 1939. On ne l’a pas cru.

On ne l’a pas cru à Paris, ni à Londres, ni ailleurs dans le monde, parce que l’idée qu’une Pologne – dont l’armée entretenait 100 000 chevaux et dont la stratégie reposait encore sur des charges de cavalerie ! – puisse attaquer les 14 divisions Panzer, les Stukas et le million de soldats du Reich massés à ses frontières était simplement saugrenue. Il faut garder un minimum de décence dans le mensonge.

Vraiment ? Dans son best-seller de 1925 – les plus grosses ventes de toute l’histoire de la littérature allemande ! – un certain Hitler, qui devait donner par la suite d’autres raisons de ne pas partager ses opinions, avait prétendu le contraire.

« Les gens ordinaires croient un mensonge énorme plus facilement qu’un petit, parce que, même s’ils mentent eux-mêmes souvent pour de petites choses, ils auraient honte de mentir pour des choses d’une extrême importance. Il ne leur vient pas à l’esprit de fabriquer des mensonges d’une colossale envergure et ils ne peuvent donc pas croire que d’autres puissent se permettre cette infamie. Même si les faits prouvent clairement qu’il s’agit bien d’un mensonge, ils continuent d’en douter et de penser qu’il y a peut-être une autre explication. » Mein Kampf (Traduction de l’édition anglaise de James Murphy, page 134)

L’ «autre explication » de Goebbels, ce 1er septembre 1939, c’était que la Pologne, en provoquant l’Allemagne, cherchait une riposte qui justifierait une intervention franco-britannique. Ça non plus, personne n’y a cru, car l’idée de mettre une baffe a un grizzly pour que le garde-chasse vienne l’abattre néglige cette évidence que vous serez mort et en pièces détachées bien avant que le grizzly ne soit mis hors combat, ce qui incidemment, a bien été le sort de la Pologne dans cette affaire.

Personne n’y a cru… sauf en Allemagne. En Allemagne nazie, avec les médias parfaitement sous contrôle, il est bien probable que des millions d’Allemands y ont cru. Ils ont voulu se « défendre » contre la Pologne et toutes ces nations qui leur déclaraient la guerre. Justice et Vengeance ! Dieu est avec Nous ! Excellent pour le moral des troupes et des civils. Ils y ont cru.

Que se serait-il passé si les Allemands n’y avaient pas cru ? Que se serait-il passé si junkers, hobereaux et ouvriers de Volkswagen avaient compris que c’étaient EUX les agresseurs ? Auraient-ils marché avec un indéniable courage jusqu’à Stalingrad et El-Alamein, s’ils avaient pensé qu’ils n’étaient pas les « bons », mais les « méchants » de cette épopée ? Si Goebbels ne les avait pas convaincus de leur bon droit, la Deuxième Guerre mondiale aurait-elle pu commencer deux jours plus tard ? Une guerre où chacun se croyait l’agressé et où sont morts le hâbleur Goebbels… mais aussi une cinquantaine de millions d’autres quidams.

Il n’est pas sans importance de croire qu’on a le Bien de son côté. C’est pour ça que les équipes sportives gagnent plus souvent à domicile qu’à l’étranger C’est pour ça que les Mao, les Castro, les Tito, les Gandhi, les Nasser, les Franco – qu’ils aient tort ou raison – accomplissent des choses surprenantes, alors que Français comme Américains, qui n’avaient pas la conviction profonde d’avoir raison, ont été tour à tour humiliés au Vietnam. C’est pour ça que les forces de la Coalition se couvrent de ridicule comme de honte en Irak.

On ne peut vraiment faire marcher les gens ordinaires dans une guerre d’agression – a fortiori dans une démocratie – qui si on les convainc qu’ils sont les agressés. Les « goebbels » sont indispensables à une politique d’expansion impérialiste. Qu’est-ce qui sépare un menteur ordinaire d’un goebbel ? La capacité de tout mettre sur le mensonge même et de ne pas accorder une minute d’attention à la vraisemblance.

Toute cette fable d’un Irak qu’on sait pauvre, meurtri par la guerre, sillonné par des équipes de contrôle… mais qui se dote néanmoins rapidement, en cachette, d’une force de frappe atomique et d’armes de destruction massive est du pur Goebbels. Du Goebbels en plus colossalement invraisemblable et donc en mieux. Quand on veut envahir le Moyen-Orient et contrôler le pétrole, il faut mettre en scène des goebbels, car il est encore bien plus absurde de prétendre aujourd’hui que les Irakiens ou les Afghans menacent l’Occident qu’il ne l’était en 1939 de prétendre que la Pologne menaçait le Reich hitlérien.

Il y a déjà quelque temps qu’on nous la fait « a la goebbels » chez les Yankobritanniques, mais ceux dont c’est la tâche de nous faire avaler des couleuvres nous présentent maintenant des pythons et des boas. Ainsi, Tony Blair, affirmant sans rougir qu’il ne voit pas de lien entre les attentats du metro de Londres et l’invasion de l’Irak. Tout le monde le voit, mais pas lui. Il peut fabriquer des mensonges d’une colossale envergure. Du grand Goebbels.

Ainsi le « Deuxième attentat de Londres ». Même heure, même poste, même scénario que le premier… mais pas de victimes ! .Les mêmes groupes mystérieux, mais ils ne savent plus s’y prendre. Toujours des suicidés en puissance, mais ils fuient AVANT les explosions – qui ne se produisent pas – et on ne les retrouve pas. Doubler la peur et donc le sentiment d’être agressé et la volonté de continuer le combat, mais sans se faire de mal. Du très grand Goebbels. Comme la « terrible » épidémie d’anthrax qui a paniqué l’Amérique après l’attentat du World Trade Center… et qui a fait une dizaine de victimes. Alors qu’une attaque bactériologique sérieuse, avec une maladie contagieuse, en aurait fait des millions. Ouvrez grand la bouche, c’est un anaconda.

Ainsi – mais c’est effroyablement plus grave – un tout nouvel Al-Qaeda apparaît, une filiale, juste pour le Levant et l’Égypte, qui tue une centaine de personnes à Sharm-el-sheikh, ce qui va aussi certainement saboter toute l’économie égyptienne. Pourquoi une organisation terroriste, qui prétend se battre pour l’Islam et qui n’a vraiment que l’embarras du choix des cibles, ruinerait-elle sa crédibilité dans le monde islamique en tuant des civils musulmans dans un pays musulman ? Cet attentat va évidemment nuire à Al-Qaeda et, quel que soit le terrorisme qui a frappé en Egypte, il ne pouvait évidemment que viser Al-Qaeda. Prétendre le contraire n’a aucun sens.

Mais tout ça a-t-il encore un sens ? Que vont nous donner en rappel les goebbels de la nouvelle « race des seigneurs » anglo-saxonne qu’on a réussi a fasciser malgré son attachement à la démocratie, pour nous convaincre que l’Occident doit se « défendre » et occuper aujourd’hui le Moyen-Orient, demain le monde entier ? Allons-nous y croire ? Allons-nous accepter de nous penser les victimes et monter à l’assaut, en oubliant que c’est NOUS les envahisseurrs, les occupants, les exploiteurs ? Allons-nous poursuivre de Kabul a Baghdad, puis à Téhéran, la meme course de la Wermacht de Danzig à Bergen à Paris, suscitant en chaque pays conquis une résistance farouche, jusqu’à ce que l’on arrive à quelque Stalingrad que l’on ne prendra pas ?

Notre salut est de décoder les mensonges de nos goebbels, de comprendre que c’est de NOUS qu’on veut faire les agresseurs et de refuser de continuer cette tentative de conquête du monde qui ne peut mener qu’à une catastrophe.

Pierre JC Allard

123. The Shoah must go on ?   05.09.10

C’est un ami juif qui m’a trouvé ce titre. Attention ! Je n’ai pas dit que j’avais des amis juifs ; ça, c’est bien connu, c’est une excuse d’antisémite avant de dire des horreurs. J’ai dit qu’un de mes amis qui fait dans le show business et qui incidemment est juif ­ – même s’il est juif comme je suis chrétien, ce qui veut dire qu’il porte l’étiquette du produit, mais sans suivre les instructions ­- m’a sorti ce jeu de mot tout à fait spontanément, pendant qu’on parlait de Palestine. Cachère ou pas cachère ? Allez donc savoir….!

Comment dit-on aux Juifs qu’on les aime ? Qu’on ne les aime pas toujours, mais qu’on les aime parfois, comme les autres ? Comme Jean Ferrat aime parfois la marine, quand c’est Potemkine qui est en vedette ? J’ai souvent peine à dire à certains Juifs que je les aime, parce qu’il est si difficile de leur dire quoi que ce soit sans leur faire de la peine. On lui dit qu’il est intelligent, il entend roublard ; on lui dit qu’il est gentil (sans jeu de mot, cette fois), il entend simplet. On lui donne raison ? C’est un piège… Je comprends qu’à être flagellé longtemps on a la peau qui devient sensible, mais comment s’y prend-on pour embrasser un écorché vif ? Problème pratique, car j’ai des Juifs à embrasser.

Il y a quelques jours, 8 500 Juifs ont été déportés de Gaza. Une goutte d’eau dans la Shoah, mais ces gens, depuis des décennies, s’étaient bâti non seulement une maison, mais un espoir. Une vie. Ce n’est pas rien. Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Pour montrer l’échelle, la Déportation des Acadiens, qui a marqué de façon indélébile, depuis des siècles, les relations entre anglos et francos au Canada, a touché 7 000 personnes. !

Le départ de Gaza n’est pas un sacrifice banal. Je voudrais dire qu’au nom de la paix et de la justice, j’apprécie ce sacrifice. Le monde entier l’apprécie, d’ailleurs. Je suis très connecté sur ce que les gens pensent et ressentent et je sais que l’image d’Israël a pris du mieux depuis cette opération. Beaucoup de mieux. On n’en est pas encore aux années 60, quand il suffisait, sur un bateau croisière, de dire qu’on venait d’Israël pour être applaudi, mais on est sorti de la spirale descendante qui, depuis des années et au rythme des événements palestiniens, semblait vouloir recréer inexorablement une dynamique d’hostilité envers les Juifs.

Le sacrifice de Gaza a eu son effet. Pas seulement pour la paix au Moyen-Orient, mais pour la perception que l’on se fait partout d’Israël et des Juifs. Je suis sûr que ceux qui suivent la courbe de l’antisémitisme vont en voir les résultats tangibles. Seulement eux, d’ailleurs, puisque c’est quand il n’y a rien à voir que l’antisémitisme est jugulé. On ne verra plus rien et tout ira bien. Gaza a été un beau geste et le résultat sera positif. Tout le monde y gagne…

Tout le monde, sauf, bien sûr, les 8 500 déportés de Gaza. Parce que j’aime bien les Juifs ­ – pas toujours, mais souvent – je pense à ceux de Gaza. Comme je pense à ceux dr Baghdad ou de New Orleans, mais avec une dimension de plus. Une dimension de constance dans le malheur. Faut-il vraiment que la judéité ne survive que de sacrifices en sacrifices ? Quand je demande de façon rhétorique si la Shoah doit continuer, je ne fais évidemment pas allusion à l’extermination ; je pense à la souffrance. J’ai l’impression troublante que le monde n’applaudit les Juifs que quand ils souffrent. Comme si c’était le seul rôle dans lequel ils soient exceptionnels.

Les tragédies grecques sont des escarmouches avec le destin ; elles ont un commencement et une fin, puis, comme le disait Melina Mercouri, « dimanche, tout le monde part pour la plage ». La tragédie juive a un air de permanence. 40 ans dans le Sinaï pour entrer, des générations à Babylone, 2 000 ans pour revenir … C’est une tragédie qui a un air de projet à long terme. Quand votre Dieu en personne vous interpelle, pour vous dire, d’abord qu’il vous a choisi et, tout de suite après, qu’il va vous « éprouver impitoyablement dans le creuset », est-ce qu’on peut se préparer à une partie de plaisir ?

Le creuset, c’est de l’or et c’est du feu. L’or est bien là. Il est absolument indéniable, m[eme pour leurs pires détracteurs que, compte tenu de leur nombre, les Juifs ont contribué beaucoup plus que quelque autre groupe à l’évolution de l’humanité. Le feu aussi, toutefois, car le plaisir n’a pas été souvent de la partie. Bénédiction ou malédiction, la promesse été tenue. Est-ce que les Juifs ­ – ceux qui y croient – peuvent et veulent poursuivre un destin qui soit axé sur autre chose que le malheur ? DEVRAIENT-ils le faire ? Sarah Bernhardt ­ – qui était aussi de la famille ­- aurait-elle dû laisser la tragédie pour jouer Bécassine et faire les Boulevards ?

Je n’ai pas de réponse à cette question. Une question qu’on ne me pose pas, puisqu’à moi l’on n’a rien promis…. Je n’ai pas de réponse. Je veux seulement dire merci à ceux qui ont organisé le sacrifice de Gaza et exprimer ma sympathie envers ceux qui en ont été les victimes expiatoires. Je souhaiterais sincèrement que de temps en temps, ne serait-ce qu’en rappel, on leur laisse ajouter quelque chose de plus gai à leur répertoire.

En attendant, leur malheur n’a pas été inutile. Comme on le fait aux grands acteurs qui nous touchent vraiment, je veux souffler un baiser de loin à ceux qu’on vient encore d’écorcher. Leur envoyer cette accolade, de loin pour ne pas leur faire mal, et leur dire que je les aime bien, même pendant les entractes.

Pierre JC Allard

124. New-Orleans: quand les digues cèdent   05.09.15

New-Orleans, a toujours vécu dangereusement. Iberville, Bienville, Laffite. Elle est née et a grandi dans une cuvette, 2 ou 3 mètres sous le niveau du fleuve, s’en remettant à des digues pour ne pas être inondée. Les digues ont tenu bon si longtemps, qu’on en est venu à croire que l’on était à l’abri des vents et marées. À l’abri des ouragans. Bien des experts ont dit, à maintes reprises, que New Orleans était  » une catastrophe qui ne demandait qu’à arriver », mais bof ! Est-ce qu’on arrête la fête, simplement parce que les experts ont des états d’âme ? Jazz, Bourbon, Julep, Easy City !

Katrina » a passé et a fait céder les digues. Déjà des centaines, sans doute des milliers de morts, et il est improbable que New-Orleans ne redevienne jamais ce qu’elle était. On peut reconstruire les édifices, mais on ne fera plus confiance à ces digues. On n’oubliera pas que, quand on en avait le plus besoin, elles ont été emportées par les éléments. On ne dort pas tranquille quand c’est une digue qui a déjà cédé qui vous protège. On se voit en dessous, avec toute cette eau par-dessus

Quel que soit le nombre de victimes à New-Orleans, la première dont il faut marquer le deuil, c’est la crédibilité de l’Amérique. Les USA sont apparus comme un pays sans chef, un bateau à la dérive dont tous les officiers sont en goguette. A rêver jazz, bourbon, julep… ou Irak, Afghanistan, Al Qaeda, ce qui, quand le navire est en péril est une distraction tout aussi condamnable. La crédibilité de l’Amérique ne redeviendra pas ce qu’elle était. Pas avant que l’on n’ait tout changé, ou que ne soit arrivée à l’âge mûr une génération qui n’aura pas connu Katrina.

On peut blâmer Bush, la FEMA, le Gouverneur ou le Maire, mais la réalité, c’est que tous ces gens et tous les autres autour d’eux, tous ces gens qui ensemble constituent l’ÉTAT se sont défilés et que, sapée par les bêtises et le manque d’éthique de l’administration Bush, cette digue d’autorité et de compétence qui doit protéger une nation, a simplement cédé. Quand on en avait le plus besoin, elle a été emportée par les événements.

Personne ne s’est préoccupé d’évacuer New-Orleans. On leur a dit de partir, puis l’on s’en est remis à la pensée magique. La pensée magique que QUELQU’UN, QUELQUE PART allait s’en occuper. Pas soi, un autre. Chacun a rempli le bout de rôle de sa description de tâche, puis s’est empressé de prouver aux médias qu’il avait fait sa part, mais personne n’a cherché une solution, personne n’a tenté de FAIRE quelque chose.

Peu de gens sont morts dans la tempête ; à 19 heures, on annonçait que le pire était passé ! Les digues ? Quelles digues ? Puis l’eau a monté et, pendant des jours, on a eu ce spectacle hallucinant de quelques hélicoptères rescapant quelques personnes sous les caméras de CNN, pendant que les autres crevaient. Alors que n’importe quel Indien de l’Amazone aurait pensé à construire des radeaux de fortune et à quadriller la ville en ramassant tout le monde. La haute technologie ne peut pas remplacer l’intelligence ; elle peut la faire oublier

Pour le transport des réfugiés, personne n’a pensé à réquisitionner les autobus de la Greyhound. Pas plus que les taxis : ils n’ont jamais entendu parler de la Marne. Pas plus que de lancer un appel aux simples citoyens, lesquels conduisent pourtant bien plus d’un million de grosses voitures dans un rayon d’une heure de route de la catastrophe. L’auraient-ils fait, d’ailleurs, qu’il est bien improbable qu’ils auraient eu la compétence logistique de gérer l’opération. L’ineptie et la désorganisation de ceux qui sont intervenus après Katrina ont été stupéfiantes. L’Amérique a été incapable de gérer une simple distribution de cartes de débit.

Pour l’hébergement, personne n’a pensé à ouvrir les bases militaires, les écoles, les églises, les édifices publics. Personne n’y a pensé, ou a-t-on simplement craint que tous ces noirs et ces pauvres salissent les parquets ? Comme il semble bien que l’aient craint les citoyens de la petite banlieue bien blanche et proprette de Gretna, dont les policiers ont arrêté, les armes à la main, les rescapés de New-Orleans qui voulaient se réfugier chez eux. Charité chrétienne ? Fraternité ? Simple humanité ? À la télévision, oui ; dans ma cour, non. Alors Superdome, Astrodome… le scénario des Rwandais sur les terrains de foot de Goma. On a violé et l’on a tué – toujours des noir(e)s, bien sûr – dans les stades américains, pendant qu’une Garde Nationale blanche rigolait et tirait des bouteilles d’eau dans la foule comme des bananes dans un zoo.

Ce n’est pas seulement l’État américain qui a craqué. Ce sont tous les lieux communs, les a prioris, les idées réconfortantes d’une Amérique compétente, riche, organisée et surtout SOLIDAIRE qui ont été balayés. Balayés à la face du monde entier. L’Amérique croyait avoir exorcisé les vieux démons du racisme, des inégalités de classe et de richesse ; elle croyait avoir convaincu le monde qu’elle l’avait fait. Mais l’Amérique bien pensante a réagi à la crise de New-Orleans avec arrogance, intolérance et une abyssale incompétence. Toutes les digues des formations réactionnelles soigneusement apprises et politiquement correctes ont sauté et l’Amérique a vu qu’elle vivait plusieurs metres sous le niveau de la plus élémentaire décence.

Comment un citoyen américain noir, latino, autochtone peut-il aujourd’hui se sentir protégé ? Comment peut-on lui demander sérieusement d’aller se faire trouer la peau pour la patrie en Irak, alors qu’il a vu l’Amérique de l’individualisme et de la religiosité bigote l’ignorer totalement quand il en avait besoin ? Comment un Africain, un Sud-américain un Arabe peut-il avoir du respect pour l’Amérique ? Même la dernière digue, celle de la crainte révérencielle de la puissance américaine est battue en brèche.

Quand une administration décente sera revenue au pouvoir, l’Amérique pourra reprendre le leadership des nations démocratiques. Pour que l’Amérique retrouve sa dignité, il faudrait que Bush et des douzaines d’autres qui l’entourent aient eux la dignité de se démettre. Je n’ai aucun espoir qu’ils le fassent.

Pierre JC Allard

125. Le pacte Dunant-ben Laden   05.09.20

De quoi s’agit-il ? De mettre fin au terrorisme. Entendons-nous bien ; « terrorisme » désigne beaucoup de choses et, comme je l’ai déjà dit (Le terrorisme), ce qui fait l’originalité du nouveau terrorisme, c’est sa composante irrationnelle, individualiste, suicidaire, pathologique. On ne passe pas de pactes avec des fous et l’on ne mettra donc pas fin par un pacte à tout terrorisme. On ne mettra pas fin à tout terrorisme tant qu’on n’aura pas mis en thérapie tous ceux qui n’ont plus rien en perdre et qui rêvent d’une apothéose. Ce n’est pas pour demain.

On ne peut pas mettre fin à tout terrorisme, mais on peut en limiter la prévalence et les effets en faisant un pacte avec le Diable. Le Diable est méchant, mais il n’est pas fou. On peut tenter une réinterprétation de la Convention de Genève, dont Jean-Henri Dunant avait été l’inspiration. Le même Dunant qui a aussi été à l’origine de la Croix-Rouge. Le même Dunant à qui l’on a donné le premier prix Nobel de la Paix.

Dunant aurait préféré qu’on mette fin à la Guerre. À toutes les guerres; ce serait aussi mon premier choix. Mais quand Dunant a vu et entendu des milliers de blessés agoniser sans soins dans les champs après la bataille de Solferino, il s’est résigné à proposer un pacte avec le Diable. Que les combattants combattent – puisque rien ne les en empêchera – mais qu’on tienne au moins les civils indemnes de leur folie. Qu’on mette aussi les blessés hors-jeu, qu’on les évacue et qu’on les soigne. Au moins ça. On aura fait un premier pas vers l’humanité.

Il en est sorti la Convention de Genève. Quand, durant le siège de Paris, on a brandi le drapeau de la Croix-Rouge et que l’artillerie prussienne a interrompu ses bombardements pour permettre l’évacuation des blessés, l’humanité a remporté une victoire autrement plus significative que l’issue du siège de Paris lui-même. Les exigences de base de la Convention de Genève ne sont pas toujours respectéees;, car il est difficile de faire confiance à des gens qui font la guerre… Mais dirait-on pour autant qu’il n’aurait pas fallu la signer ? Chaque petit pas vers l’humanitéest un acquis. Si on faisait un autre pas en avant ?

On n’empêchera pas que s’entretuent ceux qui ont une vision différente du monde et de son avenir, mais si on faisait un autre pas en avant et que l’on convenait de nouvelles balises ? Supposez qu’on mette vraiment hors du coup les non-bélligérants et qu’on interdise les « dommages collatéraux »? Supposez que l’on convienne qu’il est aussi inacceptable de brûler les enfantss au napalm dans un bombardement ou par l’explosion d’une bombe artisanale que de les faire frire à la poêle ? On n’arrêterait pas toutes les atrocités, mais peut-être quelques-unes.

Surtout, on saurait mieux de quel côté est le bien. Ce qui n’est pas sans intérêt pour ceux qui font la guerre. Dans le monde d’interdépendance qui est à se créer, chacun de nous a de plus en plus d’importance.(Rick et le char d’assaut) Il n’est pas nécessaire d’être un héros pour saboter le mal, souvent une omission suffit ; mais il faut savoir où est le bien. Aujourd’hui, ce n’est pas clair et le mal est partout.

On ferait un grand pas en avant, si les forces de la coalition en Irak et toutes les autres forces d’occupation, où que ce soit, s’engageaient à ne JAMAIS bombarder des civils. À ne JAMAIS ouvrir le feu sur des gens désarmés, même sous prétexte que quelques ennemis bien réels se cachent parmi eux et, à plus forte raison, si ceux-ci prennent ceux-la en otages ou s’en servent comme boucliers. Ne tirez pas : attendez. Assiégez. Comme on le fait dans les prises d’otages, dans les pays civilisés. Une supériorité technique ne devrait pas servir à élargir le carnage, mais permettre une totale sélectivité des cibles.

On ferait aussi un grand pas en avant si Al Qaeda – et éventuellement tous les autres groupes qui pratiquent un terrorisme indiscriminé – annonçaient urbi et orbe, par tous les moyens de communication dont il semble qu’ils disposent, que, dorénavant, ils ne s’attaqueront plus aux populations civiles, mais réserveront leurs attaques à leurs adversaires : ceux qui portent un fusil et ceux qui commandent ceux qui portent un fusil. S’ils le font, en évitant eux aussi tout dommage collatéral, ils deviendront des belligérants comme les autres. Aussi bêtes et méchants que les autres… mais pas plus.

Dans un monde où l’opinion publique a une importance cruciale, au palier des politiques, mais surtout des omissions qui découlent de la vision du bien de chacun, le Diable et son cousin gagneraient plus à se refaire une image qu’à faire couler un peu plus de sang sur les trottoirs du monde. Un pacte Dunant-bin Laden n’empêchera pas des aliénés de se faire exploser. N’empêchera surtout pas que le Diable signe des attentats du nom de son cousin et vice-versa. Mais on aura enlevé l’aura d’institutionnalisation du terrorisme qu’a créée la mythification de Al Qaeda. On saura qu’on a affaire parfois à des méchamts, mais aussi parfois à des fous. Et que ce sont deux défis qui exigents des réponses différentes.

Pourquoi parler d’un pacte Dunant-bin Laden ? En hommage à Jean-Henri Dunant, qui l’a bien mérité, mais en souvenir aussi, d’autre part, de tous ces prix Nobel de la paix qu’on a donné si souvent conjointement, sans distinction, à une figure de proue représentant l’agresseur comme à une autre représentant l’agressé. Qui signera ce pacte ? Personne, puisque Dunant est mort et que, même si le mythe bin Laden est bien vivant, on se demandera certainement un jour si l’homme a bien joué le rôle que le présent lui prête.

Personne ne signera ce pacte, lequel ne peut être que l’apposition de l’expression anonyme de deux bonnes intentions. Personne n’en assurera le respect, pas plus, d’ailleurs, que des autres pactes qui devraient aujourd’hui protéger les innocents. On jugera de la sincérité des parties selon leur comportement par la suite. Nous pourrons ainsi, malgré les astuces du Malin, trouver plus facilement, dans chaque cas de conflit, où diable le bon droit peut bien s’être caché.

Pierre JC Allard

126. Albia perfida   05.09.23

Dans le langage courant, au Québec, les Anglais sont des crosseurs . « Crosseur », de l’argot américain « doublecross » , pour désigner un traître, un transfuge, un agent double, un escroc, quelqu’un qui renie sa parole ou, plus généralement, quiconque vous a roulé dans la farine et berné comme un enfant. Avec circonstances aggravantes, le crosseur devient un « maudit crosseur » ou, au superlatif, un « ‘Osti de crosseur ». Le crosseur, en Québécois, est l’être perfide.

Idiosyncrasie d’un peuple conquis ? Pas tout à fait, car il y a quelques siècles que tout le monde le dit. Les Allemands, les Français, les Espagnols ont brandi à tour de rôle le poing contre l’Angleterre traîtresse – – la Perfide Albion – – en proportion directe du nombre de fois où celle-ci les a roulés dans la farine. Au moins depuis le Marquis de Ximenez en 1793, mais la rumeur publique se plait à faire remonter le sobriquet à Jules César, permettant de parler de « Albio perfida », ce qui fait tout de même plus chic que de déblatérer contre ces « ‘osti de crosseurs, les Anglais », comme le font sans doute dans leur propre slang ce matin, à Washington, George W. et ses sbires.

Moi, j’aime bien les Anglais. Ils sont polis, les Anglaises ont de longues jambes, ils ont tout dit avant tout le monde et les Lumières se sont allumées en Angleterre bien avant la France – – voir Bacon, Hobbes, Locke et compagnie…. Et à part ça, ils gagnent! Ils gagnent presque toujours. Rien ne décrit mieux l’Angleterre que cette petite phrase dans le film Beckett :  » L’honneur de l’Angleterre ? L’honneur de l’Angleterre, c’est d’obtenir ce qu’elle veut ! » Crosseurs ? Tut, tut ne soyez pas jaloux !

Le problème, c’est qu’on ne sait pas toujours ce que l’Angleterre veut. Ainsi, il y a deux jours, deux militaires anglais déguisés en Arabes ont ouvert le feu sans provocation à Basra, en Irak, sur une foule de civils et des policiers irakiens. Manque de pot, on les a attrapés et identifiés. On les a emprisonnés. Comme même Lawrence of Arabia pourrait avoir une faiblesse si on lui parlait brutalement, il était urgent de ne pas les laisser soumettre à un interrogatoire en règle.

Que font les Anglais ? Deux blindés, quelques soldats et « Hop, mates, on va chercher Tommy ! ». Les potes sont libérés. On discutera après. Si on veut leur poser des questions, il faudra envahir l’Angleterre, ce qu’on n’a pas fait depuis environ 1 000 ans. Je suis intimement convaincu que, s’il s’était agi des Américains versión Bush, on aurait fait une conférence de presse pour dire qu’on ne connaissait pas ces deux types ou, plus simplement, qu’une bombe « intelligente » aurait fait disparaître le poste de police au complet, avec les potes compromettants, tous les témoins et quelques civils irakiens traîtreusement déguisés en dommages collatéraux. C’est pour ça que je respecte les Anglais.

Je respecte Blair – – dont je trouve au demeurant la politique absolument ignoble — parce que si leur présence en Irak est une infamie, ils vont sans doute au moins en obtenir ce qu’ils veulent et ils ont l’intelligence de la solidarité ostentatoire. C’est rafraîchissant après les caracolades des Américains qui perdent 2 000 hommes en Irak sans résultats évidents, pendant que le tiers des policiers de New-Orleans désertent quand on a vraiment besoin d’eux.

Cela dit, on ne sait pas ce que veulent les Anglais. On ne saura jamais pourquoi ils ont fait tirer leurs hommes sur des civils et des policiers irakiens — n’en tuant aucun, d’ailleurs — ce que seul peut expliquer qu’on ait pris bien soin de ne tuer personne. Pourquoi ? On ne saura pas, non plus, pourquoi ils ont été capturés, et capturés « quelque temps » après l’incident. Un bout de tunique qui sort du burnous ? On avait certainement pris les plus habiles pour cette mission spéciale, les aurait-on capturés s’ils n’avaient pas voulu être capturés ? L’opération pour les libérer aurait-elle pu être mené si vite et sans aucunes pertes, si elle n’avait pas été préparée minutieusement au départ ?

Qu’est-ce que cette histoire du gouvernement irakien qui dit bien fort – – mais en prenant bien soin que ça paraisse du bout des lèvres — qu’il n’en veut pas du tout aux Anglais de tirer sur ses gens, pendant que la police locale donne des entrevues pour dire qu’ils sont furax ? Qu’est ce que c’est que toute cette histoire de fous ? Un piège pour démasquer des insurgés au sein de la police ? Une manoeuvre pour calmer un peu la guerre civile entre Sunnites et Shiites, en prouvant que ces derniers ne sont pas les amis de la coalition qu’on prétend ? Une opération charme pour le public anglais qui, sans le dire, bien sûr, va adorer cet épisode tout autant que la guerre des Malouines ? Toute explication simple ici, est bien simpliste.

La seule chose dont on peut être certain, c’est que ce n’est PAS une histoire de fous. La seule autre chose dont on peut être – à peu près — certain, c’est que cette escarmouche a été menée sans une participation américaine : elle porte la signature Albio Perfida. Je dis « à peu près ». parce qu’il y a une autre variante. Et si c’était les Américains qui avaient poussé les Anglais à cet attentat et qui avaient facilité la capture des agents ? En ce cas on a un motif plus « simple » : créer en malaise entre les Anglais et les Shiites, de sorte que, dans l’après-guerre, les Anglais ne reprennent pas, dans un sud de l’Irak shiite devenu autonome, l’influence que l’Angleterre a toujours exercée dans cette région. Dans le sud de l’Irak, mais aussi en Iran, aussi shiite, et qui va bientôt avoir bien besoin d’amis.

Je n’en sais rien. Tout ça est de la politique-fiction. Il reste que des Anglais déguisés en Arabes ont tiré sur la foule à Basra. Pourquoi ? Si vous avez une explication, dites-la moi. Dans les jours, les semaines et les mois qui suivront, on va voir changer des choses en Irak ou en Angleterre. Il sera intéressant de suivre le fil conducteur et de découvrir, a posteriori, à quoi a bien pu servir cette opération. Dans le « Matin des magiciens », Louis Pauwell nous dit que, « au niveau du cosmique, seul l’incroyable a une chance d’être vrai ». Les Anglais, c’est un peu la même chose. Crosseurs, va !

Pierre JC Allard

127. Enfants de la République   05.10.30

Pas de riches sans pauvres. Comme on pourrait dire pas de dessus sans dessous; richesse et pauvreté sont des termes relatifs et il faut bien se comparer à quelque chose. Que la pauvreté soit nécessaire à la richesse est vrai, aussi, dans un autre sens. Si vous voulez avoir plus que le fruit de votre propre travail, il faut bien que vous preniez le fruit du travail de quelqu’un d’autre.

On a eu les esclaves, puis les serfs, puis les colonies. Quand il est devenu peu rentable de faire patrouiller par la troupe les pays d’autrui, il est apparu plus raisonnable d’importer tout simplement leur main-d’oeuvre que l’on pourrait exploiter chez soi. Après les colonies, les immigrés.

Les riches ont toujours des immigrés à exploiter. Les Suisses ont eu 20 % de leur main-d’oeuvre en « travailleurs invités» et ils se sont enrichis. Les Allemands ont eu des Turcs et les Anglais ont fait venir leurs Jamaïcains et leurs Pakis. Il faut que quelqu’un accepte d’être en dessous de tous.

Les pays vraiment chanceux sont ceux qui produisent leurs propres émigrés. Ainsi, les Sud-africains avaient leurs « natives » dont ils avaient fait des immigrés chez eux. Les Brésiliens ont toujours leurs Nordestinos sambos qui descendent vers le « vrai » Brésil, celui de Sao Paulo et de Rio, au rythme où l’on en a besoin. Les Américains, depuis que le pays existe, ont leurs noirs de service, esclaves ou affranchis, mais sans que change vraiment leur position sociale. Ceci a permis que grimpent dans la société les autres immigrants, ceux qu’on voulait de bonne foi intégrer.

À la France, le sort a donné des Maghrébins et des Sahéliens ; on fait avec et l’on en tire un bon rendement. C’est d’une grande hypocrisie de prétendre que l’on accueille ces étrangers pour leur faire plaisir et leur rendre service. Ils font le sale boulot, et ils le font pour pas cher. Ils travaillent bien, ils nous enrichissent et, au lieu de réagir comme un Espagnol dont on insulte la mère, ils sont tout heureux quand on les traite de fils et de filles de la République.

De bien braves gens, les immigrés. Pourtant, quand il y a 25 % des jeunes au chômage en France, il y en a beaucoup qui ne voient pas pourquoi l’on s’inquiéterait s’il y en a 50 % chez le bronzés légers ou profonds. On les aime bien, mais puisqu’on en a plus besoin, n’est-ce pas…. ? Ils pourraient se laisser oublier. N’importe quel Français, quelle que soit sa couleur, est vite oublié dès qu’il sort de Paris; pourquoi ces dizaines de milliers de coolies en trop-perçus qu’on a parqués à distance respectueuse du périphérique ne peuvent-ils pas simplement se laisser oublier ?

Non seulement ils ne se laissent pas oublier, mais ils font tout pour se faire remarquer. Maintenant, ils ont leur façon bien à eux de se brancher et ils allument des feux de joie. Une autre culture. Un peu comme cette idée de se mettre un voile sur la tête, comme des Ursulines ou de vieilles Flamandes! Où ont-ils bien pu aller chercher ça ? Différents, que je vous dis !

Qu’est-ce qu’on fait, avec ces gens différents qu’on a laissé entrer, les premiers parce qu’ils avaient risqué leur peau pour la France et ceux qui ont suivi parce qu’ils voulaient bien se tuer au travail ? On leur paie tous un aller simple vers Casa ou Tombouctou ? Ça créerait un drôle de trou dans la pyramide du travail, niveau sous-sol. Comme le voient bien les Américains, qui veulent bâtir une « haute clôture » entre les USA et le Mexique, mais en gardant côté USA les 11 millions de Latinos sans-papiers et mal payés, sans lesquels l’économie américaine ne s’en sortirait pas si bien.

La réalité, c’est que la France elle aussi a besoin de ses pauvres importés. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Peut-être faudrait-il se créer une classe de pauvres Français, mais il est où, le jeune chômeur français, dont le coeur saigne parce qu’un Malien le prive d’un job d’éboueur et qui n’attend que l’occasion de reprendre la place que celui-ci lui a prise?

Soyons sérieux. Il n’y a plus depuis longtemps de France viable sans immigration. Regardez le générique des films à la télévision, ou l’annuaire téléphonique de Paris. Voyez cette majorité de patronymes qui ne rappelleraient strictement rien à Astérix, mais n’en désignent pas moins maintenant des Français. Être Parisien, disait Sacha Guitry, ce n’est pas « y être » c’est « en être ». C’est vrai pour toute la France.

Ce qui distingue la France du « melting pot » à l’Américaine, ce n’est pas le nombre des ingrédients, c’est qu’ils ont été liés au cours des siècles par une sauce qu’on appelle culture, au lieu de se fondre en moins de cent ans dans un magma type fast-food.

La recette française est la bonne, il faudrait continuer. Mais il ne faut pas renoncer à laisser mijoter. Il ne s’agit pas d’expulser les immigrés, mais d’arrêter ou, de façon plus réaliste, de ralentir considérablement l’immigration, le temps d’assimiler correctement les immigrés que nous avons déjà. Il faut se donner le temps d’en faire des Français. Il faudra au moins deux générations, pour le faire. Pour ceux-ci comme pour tous les autres avant eux. Deux générations, ou trois, selon, qu’on VEUT plus ou moins en faire des Français. Mais il faut se donner ce temps. Si on assimile au microondes, on gatera la sauce.

Je ne suis pas très à l’aise de me retrouver du côté de ceux qui disent qu’il y a une limite à l’immigration que la France peut supporter. Je ne suis pas à l’aise, parce qu’ils ont souvent d’autres agendas, ouverts ou cachés, que je ne cautionne pas, mais ici ils ont raison. Pour des raisons différentes, sans doute, je pense ici comme eux.

La République a besoin d’un peu de temps pour élever ses enfants à sa manière. S’ils arrivent trop nombreux, elle n’y mettra plus son coeur. C’est dangereux un projet de société sans coeur. Il est déjà bien dangereux qu’elle laisse ses enfants jouer si longtemps avec des allumettes.

Pierre JC Allard

128. La marée Boisclair   05.11.13

André Boisclair est un bien beau garçon. Élégant, intelligent aussi. Un verbomoteur dont le verbe précède la pensée de si loin que celle-ci ne nous apparaît jamais très clairement, ce qui, en politique, n’est pas un inconvénient. Habile, avec ça. Il fait ces jours-ci du slalom autour de ses concurrents et s’est monté une organisation qui fait paraître ridicules leurs organisations. La marée montante qui porte Boisclair est une grande martiale, une déferlante. Pariez 6 contre 1 que André Boisclair sera élu chef du Parti Québécois le 15 novembre prochain.

Ensuite, le 16 novembre, pariez aussi 6 contre 1 que le Parti Québécois mourra et sera porté en terre, bien peu de temps après les prochaines élections. Juste avant ou juste après le prochain référendum annoncé. Ce n’est pas Boisclair qui portera le PQ en terre. Il sera remplacé en temps et lieux par un nouveau chef plus vieux, plus austère, plus dans la note pour marcher devant le cercueil à enterrement. Tout ça va être bien triste et bien injuste.

Bien injuste, car c’est sans doute Boisclair qui portera le chapeau, même si ce n’est pas lui qui sera responsable de la mort du PQ. Boisclair n’en aura pas été le responsable, seulement l’occasion. Comme celui qui retire la flèche que la victime a reçue en pleine poitrine et lui donne le coup de grâce en provoquant l’hémorragie fatale. Le parti québécois est à mourir lentement ; André Boisclair va précipiter son décès. André Boisclair va faire ce qu’il faut pour ça, pas parce qu’il veut tuer le PQ, mais parce qu’il ne reste que ce risque désespéré à courir.

Ce qui est fatal pour le PQ chez Boisclair, c’est sa jeunesse. Sa jeunesse et toute cette cohorte de jeunes qu’il traîne derrière lui. Le Parti Québécois est un vieux parti et un parti de vieux. Je ne parle pas de ceux qui votent pour le PQ, mais de ceux qui le dirigent et qui l’animent. Le PQ est le parti d’une génération. De la génération qui s’est manifestée au début des années 60, la génération issue de la révolution tranquille et de l’ « équipe du tonnerre » de Jean Lesage. La génération qui est venue au pouvoir avec René Lévesque en 1976 et qui a plus changé le Québec en 3 ans qu’on ne l’avait changé depuis un siècle.

Les pionniers du PQ ont fait ce qu’ils avaient à faire, ce qu’ils pouvaient faire, puis ils se sont tus. Peu à peu ils se sont tus, puis sont partis. Un à un ils meurent. Il n’y a pas de relève. Ils étaient grands et ils avaient occupé toute la place.

Il n’y a pas de relève naturelle à la génération de 1976. Personne ne pouvait les remplacer, du moins, pas avant qu’on ne les oublie. Il en est résulté que celui qui succède à Bernard Landry est son cadet de 30 ans et non de 15. Toute une génération politique a été escamotée. Ce hiatus ne pourra etre comblé. Le nouveau PQ que bâtira André Boisclair ne sera pas la suite logique de celui de Bernard Landry. C’est un nouveau locataire qui va occuper la vieille maison. Un survenant et qui a ses propres idées, côté décoration.

André Boisclair va faire face à un dilemme insoluble. Il peut choisir de garder les vieilles photos jaunies sur les murs et de diriger un PQ de nostalgiques, voyant rapidement s’effilocher le nombre de ceux qui voudront voir un projet d’avenir dans une idée d’indépendance aujourd’hui bien dépassée. L’autre terme du dilemme, c’est que s’il repart à neuf, développe de nouvelles idées, apporte une nouvelle vision, s’appuie sur cette jeunesse qui le suit, les anciens qui forment la base solide et loyale du Parti Québécois ne le suivront pas. Comme ils n’ont pas suivi Johnson fils, pas plus quils n’ont suivi Bouchard.

Entre les deux voies, je serais surpris que André Boisclair ne choisisse pas de faire le ménage. Je ne vois pas sa promesse de tenir sans délai un référendum, autrement que comme une tactique pour vider cet abcès au plus tôt et passer vite à autre chose. Ce qui n’est pas bête, au contraire, mais c’est un défi insurmontable de réussir à ce que la vieille garde du parti renonce, après l’échec d’un nouveau référendum, à ce pourquoi elle a vécu. Elle ne suivra pas. Elle ne suivra pas un nouveau Parti Québécois à l’image d’André Boisclair.

Prendre cette voie, c’est retirer la flèche… André Boisclair peut faire le ménage, mais il ne rassemblera alors jamais une majorité au Québec. L’UFP à gauche, l’ADQ à droite, vont venir grignoter la clientèle déçue d’un PQ vieillissant. Sans la foi aveugle en un projet d’indépendance. Le PQ va mourir.

Ce n’est pas sans un petit pincement de coeur que j’annonce le décès prochain du Parti Québécois. Pas parce que je l’identifie à l’idée de l’indépendance; comme tous les anciens du RIN, j’ai toujours pensé que le PQ n’avait été qu’à demi indépendantiste, même à l’époque René Lévesque et que, sauf durant l’intermède Parizeau, il ne l’a jamais été beaucoup plus. J’aime le PQ parce qu’il nous a donné une raison d’aller quant même de l’avant, quand, dès le départ, il est vite devenu évident que l’indépendance était un mirage. Le PQ a vraiment eu la volonté de nous sortir de l’immobilisme. Même lorsqu’il a commencé à manquer de souffle, j’ai toujours gardé une grande affection pour le PQ.

Le Parti Québécois a vieilli et fait son temps. Je ne crois pas que la marée montante qui porte André Boisclair aujourd’hui sera suffisante pour emporter les digues de l’inertie, de l’apathie et de l’indifférence populaire qui « protègent » aujourd’hui le Québec du changement. Le serait-elle, d\ailleurs, que sous le meme vocable c’est un tout autre projet qui nous sera proposé. Cela dit, j’aime ceux qui relèvent des défis impossibles. La vie est un défi impossible. Il faut respecter la volonté d’André Boisclair de tenter de ressusciter Lazare et je lui souhaite la meilleure des chances.

Pierre JC Allard

129. America irredenta   06.01.19

J’ai dit dans un article précédent, il y a quelques mois, que je ne parlerais plus des États-Unis jusqu’à ce que j’aie du bien à en dire. Il m’a fallu quelque temps, mais je viens m’exécuter. Depuis quelques semaines, je suis inondé plus que jamais de lettres qui viennent me dire pour la N ième fois, mais avec encore plus d’insistance, qu’il y a l’Irak, qu’il y a Guantanamo, que les scandales n’arrêtent pas dans l’administration Bush, qu’il va y avoir bientôt l’Iran, et que, en somme, on est bien justifié de répéter que les États-Unis sont une menace pour la paix du monde, comme le croient d’ailleurs la plupart des gens. Rien de nouveau, rien à ajouter.

Il y a quelques jours, cependant, j’ai pris connaissance d’un dossier tout à fait inusité sur Internet. Un de ces dossiers de complots sur lesquels on attire souvent mon attention. Un dossier bien documenté qui explique pourquoi le 11 septembre n’a pas pu avoir lieu… Je ne tire pas de ce dossier la même conclusion que ceux qui m’en ont parlé.

Le 11 septembre n’a pas pu avoir lieu, s’entend, tel qu’on nous dit qu’il s’est passé. Toute une panoplie d’experts viennent nous expliquer pourquoi les tours ne pouvaient pas tomber, à moins qu’on ne les ait bourrées d’explosifs, et comment il y a bien eu, dans les semaines qui ont précédé l’attentat, des va-et-vient étranges qui auraient permis qu’on les bourre d’explosifs.

Toute une kyrielle de témoins oculaires viennent jurer aussi qu’ils n’ont rien vu. Naturellement, c’est un principe bien établi que voir quelque chose en fait la preuve, mais qu’on ne peut jurer qu’il ne s’est rien passé simplement parce qu’on n’a rien vu ! Il y a des détails, toutefois, qui laissent songeur. Prenons cette explosion au Pentagone. Pourquoi PERSONNE n’a-t-il vu cet avion qui est venu percuter l’édifice ? Pourquoi n’en a-t-on retrouvé aucun débris ? Pourquoi un appareil non identifié, qu’on a bien vu, lui, survolait-t-il le Pentagone au moment de l’explosion, alors que tous les autres avions des États-Unis étaient retenus au sol ? Pourquoi les dommages causés au Pentagone sont-ils tout à fait conformes à ce qu’aurait produit un missile air-terre, du type de ceux que l’on utilise en Irak ? Je ne m’étendrai pas davantage, consultez le site. Il en vaut la peine.www.loosechange911.com

Un dossier bien monté. En même temps, un autre dossier met en lumière un faisceau de références à des groupes de pouvoir qui préconisent une domination américaine sans partage sur le monde et qui viennent dire, avec un à-propos tout à fait remarquable, que malheureusement la population américaine n’acceptera jamais que l’on fasse ce que l’on devrait faire pour assurer cette supériorité, à moins qu’il ne se produise un événement du genre Pearl Harbour…. Une coïncidence qui laisse aussi songeur. Global Dominance

Nous ne parlons pas ici de groupes extrémistes, marginaux, lunatiques. Nous parlons de groupes de pouvoir auxquels appartiennent les plus hauts responsables de la politique américaine, dont l’impopulaire Ministre de la défense et le Vice président Cheney lui-même. Inquiétant… Mes contacts s’inquietent.

Inquiétant ? Au contraire, toutes ces rumeurs vraies ou fausses, toutes ces critiques virulentes et tous ces ragots me rassurent.

Je ne veux pas dire qu’il ne soit pas inquiétant que les hauts responsables de la politique américaine se rassemblent dans des groupes de pressions d’extrême droite pour discuter de suprématie globale et semblent appeler de leurs voeux une catastrophe comme celle du World Trade Center. Je veux dire qu’il est rassurant, si de tels groupes existent et que de telles phrases sont prononcées, qu’il soit tout de même possible de les débusquer, de les dénoncer, de les publier. Ces dossiers bien montés sont sur Internet. Le texte que vous lisez est sur Internet. Alors que, de passage à Cuba l’an dernier, j’ai pu constater de visu que mon site, qui pourtant ne dit que du bien de Cuba et de Castro, n’y est PAS accessible. Censuré à la sortie par les USA, ou par Cuba à l’entrée ? Allez donc savoir…

L’important, pour les fins de notre présent argument, c’est qu’il ne l’est pas aux USA. Ce qui est infiniment rassurant, car il importe peu, dans une perspective historique, qu’un chef de l’État soit maboul ou que des cohortes de conspirateurs apparaissent, pour autant qu’existe constamment la possibilité de les identifier et de s’en défaire. C’est ce que permet encore la démocratie américaine. C’est pour ça que l’on peut encore faire confiance à l’Amérique, alors que j’attends toujours qu’on me convainque qu’un Premier Ministre français, qui devenait bien gênant, s’est vraiment suicidé avec le pistolet de son garde du corps.

Il est plus rassurant, en fait, de savoir que des crimes ont été commis et dénoncés, que de n’entendre jamais parler de crimes, tout en soupçonnant qu’il s’en passe peut-être beaucoup qu’on garde sous silence. Il y a tellement de choses que l’on ne dit pas, tellement de choses dont on n’entend jamais parler. Malgré ses défauts, l’Amérique – qui est si vulnérable à la propagande, au lavage de cerveau et à un effroyable bourrage de crâne – est invulnérable à la censure. Il y reste toujours une porte ouverte, quelque part, à la possibilité d’une recherche des faits et à une interprétation correcte – ou incorrecte – de la réalité.

Je ne sais pas – et l’on ne saura jamais avec une totale certitude – si cette interprétation de l’affaire du 11 septembre comme le résultat d’un complot de ceux qui dirigent discrètement l’Amérique est ou n’est pas vraie. On ne saura jamais, sans un doute raisonnable, si les terroristes – si même terroristes il y a eu ! – n’ont pas été que les instruments, manipulés par ceux qui avaient intérêt à ce que le peuple américain se mobilise.

Ce qui ne fait aucun doute, toutefois, c’est que, même si l’horreur de ce scénario était avérée, la possibilité de ce complot demeurerait encore néanmoins, à long terme, un fait moins déterminant que l’extraordinaire capacité qu’a su construire l’Amérique, par sa constitution et toute son histoire, de permettre que tout soit dit et donc d’espérer que tout se sache et que toute horreur soit un jour corrigée.

C’est ça la grandeur de l’Amérique. Rien ne peut la lui enlever.

Pierre JC Allard

130. La migration des prédateurs   06 01.29

J’aime bien cette séquence d’un film de Disney ­ Nemo, je crois – où le requin bouffe le brochet qui vient d’avaler le goujon, pendant que derrière le requin se dessine le profil d’un monstre dont on peut à peine imaginer la taille. Quand celui qui a mangé son prochain est mangé à son tour, c’est un peu comme si la victime était vengée, le prédateur pardonné d’avoir ainsi expié sa faute… et toute la création, sinon justifiée, du moins révélée sans détour dans toute son absurdité.

Quand Mittal (Inde) veut acquérir Arcelor (Europe) qui vient d’acheter Dofasco (Canada), c’est un peu toute la vanité des grandes épopées corporatives qui transparaît et toute l’absurdité de leurs chevauchées triomphalistes transnationales qui nous est révélée.

L’absurdité et l’hypocrisie, car on se demande à quoi peut bien servir cette prise de contrôle ostentatoire, alors que rien n’empêche vraiment le patron de Mittal, par exemple, de prendre par personne interposée et en sous-main le contrôle de ses concurrents, de leur imposer la politique qu’il veut et d’en tirer tout le profit qu’on peut en espérer. Rien, mais parfois, c’est le geste qui compte…

Ainsi, quand le patron de Mittal, bien intégré à Londres – et certainement aussi « British » que pouvait prétendre l’être Sir Wilfrid Laurier – monte à l’assaut d’Arcelor, est-ce vraiment par un grand souci de transparence qu’il fait ouvertement ce qu’il aurait pu faire en cachette, ou n’est-il pas à vérifier, en son nom, mais aussi au nom de bien d’autres, à quelles conditions on a vraiment le droit de porter un double zéro (00) ?

Le double zéro (00), pour ceux qui ont été élevés par des loups dans la jungle et ne connaissent pas James Bond, c’est le code que l’on donne à ceux qui ont reçu le « permis de tuer » concédé à la crème des agents secrets. Il n’est pas mauvais, quand on est une transnationale, de savoir si on y a droit.

Être un prédateur, dans le monde des grandes affaires internationales, semble non seulement une qualité nécessaire, mais un statut qu’on obtient au mérite. Mais est-ce bien vrai ? Si une firme américaine, française, suisse, veut acquérir une compagnie indonésienne ou laotienne, personne ne s’en émeut: il est normal que les gros occidentaux bouffent les petits orientaux. Tout cela est en parfait accord avec le libre-échange, la liberté du commerce, les frontières ouvertes, les règles de l’OMC et autres rengaines des violoneux qui jouent la musique sur laquelle le monde danse. Mais le contraire est-il vrai ?

Peut-on admettre qu’une compagnie indienne soit non seulement la première dans son secteur, mais puisse occire son principal concurrent, doubler son volume d’affaire et prendre une avance qui paraît insurmontable sur tous ses concurrents américains et européens ? Est-ce que le monde est prêt à leur accorder le double zéro (00), acceptant ainsi de traiter d’égal à égal avec les prédateurs du tiers-monde ?

C’est ça la véritable question. Car il aurait été facile que l’affaire se fasse sans paraître se faire. Il aurait été tout aussi facile, avec quelques jeux d’écriture, de faire de Mittal une compagnie britannique. il n’était pas nécessaire de lancer ce défi au système. Si on l’a lancé, il y a une raison. Il y a des intérêts en jeu.

Simultanément à cette affaire de Mittal, et sans trop faire de bruit, il semble qu’une compagnie des Émirats du Golfe soit à prendre le contrôle de la gestion des ports américains. La laissera-t-on faire ? Est-ce une coïncidence … ou est-ce une opération concertée ? Pendant ce temps, l’Iran développe à une vitesse endiablée une capacité nucléaire et Téhéran propose d’ouvrir une bourse du pétrole ou l’on transigera en euros plutôt qu’en dollars. Un autre soufflet à l’hégémonie américaine. Quelque chose se passe.

Un défi est lancé. L’est-il par le tiers-monde émergeant lui-même, qui refuse d’etre plus logtemps infantilisé et a les moyens de ses nouvelles prétentions… ou par quelqu’un qui utilise ces attaques en provenance du tiers-monde pour modifier les règles du jeu et imposer une nouvelles distribution des cartes ? La réponse n’est pas évidente. On en saura bien plus quand l’affaire ira vers sa fin.

Que va répondre la communauté européenne à Mittal ? Que va répondre le gouvernement des États-Unis à ces gens du Golfe qui veulent prendre pied en Amérique dans un secteur éminemment stratégique ? Qu’est-ce qu’on va faire pour contrer les prétentions de Téhéran ? Fera-t-on même quelque chose ? Va-t-on, contre tout bon sens, pousser l’Amerique dans un guet-apens dont elle ne se sortira pas indemne ? (Voir le texte: Ahmadinejad et les serpents d’eau) Pourquoi ?

Il sera intéressant de voir si les prédateurs du tiers-monde peuvent aussi obtenir, comme toute entreprise occidentale, le double zéro emblématique de leur droit à trucider leurs concurrents. S’ils l’obtiennent, ne croyons pas que le Pere Noel sera passé par hasard. Un obstacle de plus aura été levé et l’on se rapprochera un peu plus de cette migration prévisible du capitalisme, hors des USA – où on lui reproche de plus en plus durement d’avoir sali son nid – non seulement vers l’Europe, mais surtout vers des pays où les dirigeants sont plus souples et les règles encore plus malléables. Les prédateurs n’ont pas de patrie. Il se prépare une grande migration. (Voir le texte: Une guerre qu’il faut faire et gagner

Il sera intéressant aussi, mais peut-être bien triste, de voir en quel état ils laisseront derrière eux l’Amérique. Quand les rats seront partis, il faudra nettoyer le logis et en refaire dans la réalité la demeure mythique qu’elle n’a que bien récemment cessé d’être dans l’imaginaire de tous ceux qui regardent vers l’avenir.

Pierre JC Allard

131. La bombe à fragmentation   06.02.07

Mme David et M. Khadir viennent de se mettre d’accord pour créer un nouveau parti politique : Québec Solidaire. Je partage à peu près toutes leurs idées – et j’en remettrais même avec lesquelles ils seraient eux-même sans doute d’ accord – sauf celle d’avoir d’avoir choisi d’exister. Je ne crois pas qu’il ait été sage de créer ce parti dans la conjoncture actuelle.

Je serais heureux qu’il y ait au Québec un parti de gauche qui devienne l’alternance et, même si je suis sceptique, je ne suis pas sûr que ce nouveau parti va échouer. Je ne crie donc pas au scandale, mais c’est l’immédiat qui m’inquiète. Car, si je ne suis pas sur de l’avenir de Québec Solidaire, je suis absolument sûr, cependant, que la création de ce parti assure la victoire du Parti Libéral aux prochaines élections et pousse le Parti Québécois un peu plus près de sa mort annoncée dont je parlais il y a quelques mois.

En effet, ce n’est pas la clientèle du Parti Libéral qui se joindra à Québec solidaire. Le succès de ce dernier passe nécessairement par la fragmentation du Parti Québécois entre, d’une part, ceux qui veulent l’indépendance du Québec et, d’autre part ­ – ce sont parfois les mêmes, mais pas toujours – ceux qui veulent un Québec socialement plus progressiste. Or, le Parti Québécois n’a pu s’assurer le pouvoir à quelques reprises ­ et faire quelques pas timides à gauche – que parce qu’il a réussi ce mariage, parfois d’amour mais toujours de raison, entre les éléments progressistes de la société et ses éléments nationalistes.

Ses éléments nationalistes de droite aussi bien que ceux de gauche, puisque l’idée d’indépendance primait pour ceux-ci sur leur prise de position sociale. Un nationalisme parfois de droite a donc instrumentalisé la gauche québécoise depuis 40 ans, mais ceci ne s’est pas fait sans concessions et j’ose penser que la gauche d’ici ne soit pas si bete quu’elle n’ait pas accepté les yeux bien ouverts ce mariage de raison, le meilleur auquel elle pouvait accéder. C’est ainsi que le PQ a pu constituer une majorité effective. J’ai aujourd’hui l’impression d’une gauche-autruche qui, lasse des redondances nationalistes, se ferme les yeux et file vers un mur de béton, en voulant croire que si elle le souhaite vraiment, le mur disparaitra et qu’elle passera dans une autre dimension où les Québécois sont ce que la gauche voudrait qu’ils soient

Il est ironique de penser que le parti qui se crée sous le signe de la solidarité va, au contraire, ruiner toute chance que persiste une telle solidarité entre nationalistes et progressistes et donc la possibilité que soit interrompue la course actuelle vers la droite, yeux grand ouverts, celle-la, du Québec qui se dit lucide. Et la ruiner sans y apporter une solution de rechange, car quelqu’un croit-il que, partant d’une base électorale qui oscille entre 5 et 10%, Québec Solidaire puisse rapidement faire le plein de tous les éléments progressistes au Québec ? Même s’il y parvenait, d’ailleurs, ne faut-il pas faire le constat que ces éléments progressistes ne représentent encore qu’une minorité de la population québécoise ? Québec Solidaire ne peut pas obtenir une majorité dans un avenir rapproché.

Privé de l’appui de tous ceux pour qui l’objectif de progrès social est plus important que l’objectif de l’indépendance, pour qui celle-ci est simple moyen et qui vont donc donner leur vote à Québec Solidaire, le Parti Québécois ne peut pas non plus former une majorité. Pis encore si André Boisclair joue la carte du renouveau du Parti Québécois, celle de la jeunesse et du changement, plutôt que celle de l’indépendance nationale. Il se retrouvera alors confronté à une ADQ qui, avec une sensibilité de droite plutôt que de gauche, se réclame néanmoins du même objectif.

Le scénario s’impose alors de trois partis qui veulent le changement – mais pas le même changement – s’opposant dans une lutte suicidaire à un seul parti réunissant tous ceux qui ne veulent PAS le changement. Est-il difficile de prévoir qui gagnera cette lutte inégale ? Face à ces trois partis qui se partageront un même bassin toujours insuffisant de rénovateurs, y a-t-il une autre majorité possible que celle de ceux qui n’ont pas de programmes, pas de volonté d’agir ? Dans une situation où de grands desseins affrontent donc aucun ne peut réunir une majorité, c’est toujours le parti du statu quo ante, le parti des « sans desseins » qui triomphe.

Dans ces conditions – gagnates pour lui si jamais il y en eut – même Jean Charest pourra être réélu. À plus forte raison, le Parti Libéral remportera-t-il une victoire écrasante sur une opposition ainsi divisée, si Jean Charest pose le beau geste de céder la place à l’image benoîte et paternaliste de Couillard, image sécurisante qui colle parfaitement avec la promesse d’un parfait immobilisme.

Cela dit, y a-t-il une solution ? Sous prétexte qu’elle ne gagne jamais, la gauche québécoise doit-elle renoncer à jamais tenter de gagner ? Sous prétexte que ceux qui croient au changement, doivent bien lucidement s’admettre qu’ils ne peuvent gagner aujourd’hui, doit-on cesser de promouvoir les idées auxquelles nous croyons ? Dans l’immédiat, la fondation de Québec Solidaire met évidemment les forces favorables aux changements en position de faiblesse. Cette initiative n’en aura donc valu la peine que si, après un dur moment à passer qui correspondra sans doute aux prochaines élections, un réalignement des forces permet que se constitue une alternative réelle au Parti Libéral.

Il faut penser tout de suite à faire de ce nouveau parti le véhicule d’idées et de solutions vraiment nouvelles. Québec Solidaire ne doit pas se contenter de récupérer du PQ les tenants de la gauche traditionelle. Il faudra que Québec Solidaire aille chercher l’adhésion de tous ceux qui veulent un monde meilleur. Qu’il propose un nouveau but et l’espoir d’une nouvelle société.

Pierre JC Allard

132. Une sacrée union 06.03.29

Quand l’homme au complet bleu d’Aznavour met la faute sur public, on sait qu’il faut lui donner tort. Si demain Villepin retournait sur ses terres en disant qu’ils n’ont rien compris, je lui donnerais raison. Parce que les CPE sont certainement une mesure dérisoire, mais ne sont certes pas l’ignominie qu’on prétend et qu’on ne peut pas vraiment faire beaucoup mieux sans changer tout le système, ce pour quoi la France n’a encore donné de mandat à personne.

Je pense que les Français n’ont pas compris et ne veulent pas comprendre. Il est « naturel » – dans le sens d’Alain MInc, disant que le capitalisme est l’état naturel de la société – qu’il y ait au chômage, en France, 23% des moins de 26 ans. Les compétences qu’ils ont et que l’on continue de leur donner ne correspondent plus aux besoins de la société. Il n’y a pas d’argent pour les mettre au travail à satisfaire les vrais besoins de la société actuelle et donc aucun intérêt à les former pour le faire. L’argent est thésaurisé, sert uniquement à la spéculation – 98% des transactions internationales n’impliquent PAS un échange de biens ou de services aux consommateurs – ou à produire des armes et des gadgets superflus. Les besoins essentiels du monde sont ignorés.

Dans cet état « naturel » des choses, toute hausse de la demande est précaire. Rien ne peut donc mieux convaincre un employeur d’embaucher pour profiter d’une occase que son droit à licencier quand la chance a passé. C’est d’une implacable logique. Descendre dans la rue pour dire que les choses ne sont pas ainsi est absurde. On pourrait descendre dans la rue pour dire que les choses ne DEVRAIENT pas être ainsi, mais il faudrait le dire autrement et ça demanderait un autre courage.

Un jeune s’électrocute en fuyant des policiers; une tragédie, mais est-ce las faute des policiers ? Si un jeune qui n’a rien fait de mal a une peur panique d’un contrôle policier, il y a un grave problème de société à résoudre, mais pourquoi vouloir le ramener au seul drame d’un seul individu dans une seule circonstance ? Est-ce que la médiatisation nous a conduit à ce point où seul un fait-divers porteur d’émotions peut susciter une mobilisation, celle-ci d’autant plus vaine et éphémère qu’elle ne s’attache qu’à l’effet, jamais aux causes ?

Même scénario quand l’on prend prétexte des CPE – dont on dit portant qu’ils vont créer 70 000 emplois – pour mettre 3 millions de manifestants dans la rue et dénoncer la précarité, alors que personne, la semaine dernière n’arrachait de pavés pour protester contre le fait qu’il y ait 2,6 millions non pas de précaires, mais de chômeurs en France et que la tendance lourde soit à la hausse depuis 40 ans. On fait de jolies images à l’écran, mais qui se préoccupe du vrai problème ?

Après l’affaire des banlieues et maintenant celle des CPE, on voit des Français qui semblent avoir perdu le goût des révolutions, se contentant, pour gratifier leurs velléités de changement de danser en rond dans les rues et de maintenir un état quasi-insurrectionnel permanent… Quand les leaders politiques et syndicaux ne prennent que les trains en marche et ne suivent que les manifestations qui se sont organisées sans eux, il viendra d’où le changement ? Ils viendront d’où, les empêcheurs de danser en rond ?

L’an dernier, dans le cadre d’une émission télévisée visant à choisir « Le plus grand Français de tous les temps », on a vu Claude François devancer Napoléon et Catherine Deneuve au-dessus de Jeanne d’Arc, Richelieu, Villon et tant d’autres étant simplement ignorés… À chacun ses modèles. Le choix est vaste. Mais en se contentant de peu, en ne faisant rien, en ciblant sans cesse l’insignifiance et en évitant soigneusement tout véritable virage politique et social, est-ce qu’on ne se prépare pas à créer les plus petits Français de tous les temps ?

Je rêve d’un gouvernement d’union sacrée qui ferait la guerre à l’insignifiance. Je rêve que nos élites qui ont déjà été ensemble une fois, le temps de se faire dire non à une certaine Europe, fassent la trêve des querelles byzantines et des intérêts à court terme, le temps de se faire dire oui à un nouveau projet pour la France. Chacun faisant le boulot auquel il semble prédestiné, Un Talleyrand à l’Élysée, une Jaurès à Matignon, Fouché ramenant un peu d’ordre dans la cité. Juste le temps de remettre le pays sur la voie et de lui proposer une destination.

Tous ensemble, ils y arriveraient peut-être. Et si tous ensemble ils n’y arrivent pas ? S’ils n’ont rien à proposer, il se pourrait bien que les Français – qui ne paraissent si petits que parce qu’on les regarde de haut – aient des propositions à leur faire. Le choix est vaste. Il y a des précédents. On ne semble pas voir le potentiel de violence que cachent des manifestations inutiles en cascade. Si trois millions de Français qui n’ont rien à faire viennent chahuter pour rien, il en viendrait combien et pour faire quoi, s’ils avaient une bonne raison et qu’il y avait quelque chose à faire ? Caveant consules …

Pierre JC Allard

133. Burlesquonie   06.04.12

Il y a quelques années que je parle de démocratie. J’en dis beaucoup de bien, mais ça ne m’empêche pas d’en voir les insuffisances et les défauts. Depuis longtemps aussi, je propose donc de mettre fin à la parodie que l’on en fait présentement et d’instaurer un système qui représente vraiment la volonté populaire.

Qu’il y ait des failles dans la démocratie, telle qu’elle est présentement appliquée, apparaît quand, lors des dernières élections présidentielles américaines, on a vu 8 % d’écart entre les résultats officiels et le résultat des sondages effectués à la sortie des bureaux de votation, ce qui est une impossibilité statistique. On voit la vulnérabilité de la démocratie, aussi, quand l’Ukraine choisit une voie puis son contraire quelques mois plus tard, sans qu’on sache si c’est un segment énorme de la population, manipulé par les médias, qui a si vite changé d’avis ou si ce sont les chiffres eux-mêmes qui ont été trafiqués. Sachant encore moins, bien sûr, lequel du premier verdict ou du second représente vraiment ce que la population veut.

On la voit tout aussi impuissante au Belarus, quand il semble que seule la force a assuré la réélection d’un président dont personne ne veuille plus … jusqu’à ce que l’on voie des dizaines de milliers de personnes dans la rue se réjouir de sa victoire. Une foule dont on ne sait pas si ce n’est pas aussi la force et la peur qui les ont rassemblées, ou si ce doute n’est encore qu’un effet de la propagande et de la publicité… Qui sait si la population du Belarus n’est pas vraiment entichée de son président et si ce ne sont pas les médias étrangers qui veulent le discréditer ? On ne sait plus. Le problème est justement qu’on ne sait plus. Il y a problème quand la démocratie ne fonctionne pas vraiment.

Quand la démocratie ne fonctionne pas vraiment, soit, mais quand elle fonctionne ? Quand elle fonctionne, elle offre d’autres sujets d’inquiétude. Cette possibilité apparemment illimitée, par exemple, de dire des bêtises.

Ainsi, en Italie, quand M. Berlusconi, milliardaire de son état, mais qui fait aussi dans la politique, change les règles du jeu pendant qu’il est au pouvoir pour s’assurer qu’une toute petite majorité électorale permettra de gouverner l’Italie, on a l’impression d’un pas dans la bonne direction. Une décision de l’État peut être bonne ou mauvaise, mais il y a tout à gagner à ce qu’elle soit prise efficacement et à ce que l’État puisse appliquer son programme. Ceci est vrai partout, mais particulièrement en Italie, ou l’anarchie et les gouvernements impuissants ont fait assez de mal pour qu’une proportion non négligeable de la population regrette le fascisme !

Pour éviter un retour à la confusion, M Berlusconi met donc en place les règles qui assurent qu’une mince majorité donnera néanmoins à celui qui l’obtient un pouvoir efficace. Jusque-là tout va bien, mais M. Berlusconi est BATTU aux élections par une mince majorité. Là, rien ne va plus. Comme Napoléon sous Bonaparte ou Mr Hyde sous le bon Dr Jekyll, sous Berlusconi battu perce BURLESCONI ! * … et tout devient vaudeville. Celui qui souhaitait un gouvernement fort – le sien ­ prétend désormais que s’il a obtenu 49% des suffrages il devrait avoir 49% du pouvoir. Ce qui, bien sûr, garantirait que le pays soit totalement ingouvernable.

La comédie dans cette affaire, ce n’est pas tant que l’Italie risque d’être mal gouvernée ; elle l’a déjà été souvent. C’est que l’on puisse ainsi dire, en toute impunité, le contraire de ce que l’on vient de dire sans que personne ne s’en offusque. Toute excuse semble acceptable pour dire que l’on n’a pas perdu. Comment peut-on, dans un pays civilisé, permettre que la politique devienne ce théâtre de boulevard ?

Sous la comédie perce un drame, car cette attitude révèle le peu de respect que l’on a pour la démocratie. L’Italie se partage aujourd’hui, semble-t-il, entre deux groupes irréconciliables. Dommage, mais c’est un fait. Ils ont le choix entre accepter l’arbitrage qu’offre le vote populaire et qui permettra sans doute une alternance… ou en découdre dans les rues.

Quand Berlusconi récuse le verdict populaire au nom des principes mêmes de représentation proportionnelle stricte qu’il a dénoncés une semaine plus tôt, il ne se transforme pas seulement en farceur. il appelle en fait les gens à ne pas respecter le processus démocratique, à ne pas accepter l’arbitrage démocriatque et, indirectement, à descendre dans les rues pour en découdre. C’est ce qu’il leur propose, quand il leur suggère d’exiger le pouvoir que leur nombre leur donne,.

Cette incitation à remplacer le droit par la force – quelque force que ce soit, ne serait-ce que le pouvoir d’imposer la stagnation – et à mettre au rancart l’arbitrage de la démocratie, c’est ça le véritable problème. Cette attitude n’est pas seulement burlesque, elle est essentiellement pernicieuse et peut être tragique dans ses conséquences.

Bien sûr, il est important que Prodi, élu, fasse la part du feu et tienne compte de cette minorité importante de gens qui ne sont pas d’accord avec ses idées. Mais quand Berlusconi se déguise en guignol et veut le lui imposer, imposant et du même coup un gouvernement impuissant et l’immobilisme, il rend un bien mauvais service à l’Italie. C’est quand rien ne bouge qu’apparaissent les Polichinelles en chemises noires. L’Italie doit s’en souvenir.

Il y a un inévitable gaspillage d’efforts quand une nation partagée entre deux projets de société choisit d’alterner démocratiquement entre l’un et l’autre, au rythme de ses déceptions. Ce va-et-vient entre la gauche et la droite, toutefois est générateur d’action et un moindre mal. L’immobilisme est pire qui, tôt ou tard, entraîne un sursaut de violence et, pire que tout, il y a le manque de respect pour la démocratie qui ne peut mener qu’à la mise au rancart de la liberté elle-même. Le spectacle de Berlusconi ne mérite pas de rappels.

Pierre JC Allard

* Ce calembour n’est pas de moi. Petit clin d’oeil, donc, à son auteur qui, compte tenu de ses fonctions, ne souhaiterait sans doute pas que je lui en donne ici le crédit.

134. La décrue   06.05.07

Je me trompe souvent. Malheureusement, je ne me trompe presque jamais lorsque je souhaiterais me tromper. Ainsi, en novembre dernier, quand je prédisais qu’André Boisclair, en y apportant des changements, allait faire mourir le PQ dont le pauvre coeur ne supporterait pas sa cure de rajeunissement, il y avait quelque chose en moi qui souhaitait que je me trompe. Mais j’ai bien peur d’avoir eu raison.

J’ai été indépendantiste militant à mon heure.J’ai frayé avec André d’Allemagne, Chaput, Bourgault, tout l’inner sanctum du RIN, organisant même sa première campagne de souscription ! Dois-je dire que j’ai été, moi aussi, traité de renégat, bien avant Michel Tremblay, quand, avant même le second référendum, j’ai dit et répété que le temps était passé de faire l’indépendance et que, même si ce serait bien chouette qu’on nous la donne, il ne fallait plus en faire une priorité.

Je crois encore qu’il aurait été souhaitable que nous fassions l’indépendance dans les années 60. Je crois que nous l’aurions faite, si Daniel Johnson n’avait pas été rappelé si inopportunément à la maison du Père. Mais le temps a passé. Le temps a fait deux choses.

D’abord, il a créé une grande lassitude. On se lasse de tout. Je me souviens d’avoir accueilli à 30 ans, sans enthousiasme excessif, les avances d’une jeune femme que j’avais pourtant poursuivie sans succès de mes assiduités, avec beaucoup d’empressement et de sincérité, 10 ans auparavant. On se lasse de tout. On se lasse surtout d’attendre. 45 ans, c’est bien long… Le temps n’a pas qu’apporté la lassitude, cependant, il a eu un autre effet, plus grave : ce n’est pas l’idée de l’indépendance du Québec qui est devenue moins fascinante, c’est le concept même d’indépendance qui a perdu son sens. Pas seulement pour nous, pour tout le monde.

L’idée qu’il est primordial d’être « indépendant » a perdu de son importance, parce que le monde s’est rétréci et que la réalité à imposé à tous l’interdépendance. Il est absolument certain que plus jamais un gouvernement, à Québec ni même à Ottawa, n’aura la liberté d’action d’un pays indépendant, au sens où on l’entendait, il y a 45 ans. Non seulement les décisions sont prises a Washington, à Bruxelles ou à Beijing, mais cette nouvelle interdépendance fait que nul État, quel que soit son pouvoir, n’a vraiment la libre disposition de son pouvoir, Et ceci, qui vaut pour les gros, vaut évidemment encore plus pour les petits. L’idée d’un Québec indépendant sera de moins en moins raisonnable, de moins en moins racoleuse. Elle ne portera pas un parti au pouvoir et ne déterminera pas un programme d’action valable.

L’idée de l’indépendance ne disparaîtra sans doute jamais de la conscience ni surtout de l’inconscient des Québécois; elle aura toujours des crues et des décrues. Je crois, cependant, que nous avons atteint la ligne historique des hautes eaux, dans la foulée de l’indignation qu’a causée le scandale des commandites. Elle a pris brièvement la forme de 52% des intentions de vote pour le Bloc Québécois, mais ces intentions, on le sait, sont demeurées velléitaires au scrutin de janvier.

Maintenant, c’est la décrue. Les signes avant-coureurs se multiplient. Qui aurait pensé en novembre, en décembre 2005, même, que le BQ, aux élections fédérales de janvier 2006, PERDRAIT des sièges au lieu d’en gagner ? Qui aurait pu penser qu’il les perdrait au profit du Parti Conservateur ? Qui prévoyait que la création de Québec Solidaire aurait un impact suffisant pour que le PQ perde une élection partielle contre le très impopulaire gouvernement Charest ?

Maintenant, les plaintes, les regrets, les désaveux, les quasi-défections se multiplient : Tremblay, Lepage, Massé … Ces gens n’ont pas renoncé à l’idée de l’indépendance, qu’on nous dit, c’est dans la forme, que ce n’est plus tout à fait ça. On s’interroge sur l’opportunité, sur la pertinence. Bien sûr, mais c’est justement de ça qu’il est question. Tout le monde veut être indépendant, mais est-ce opportun MAINTENANT ? Est-ce encore pertinent AUJOURD’HUI ?

Un récent sondage place lmaintenant le Parti de Harper en avant du Bloc dans les intentions de vote des Québécois. Un autre sondage nous dit que, dans les régions, le message de Boisclair ne passe pas. Est-ce une surprise ? Seule un message totalement émotif peut rassembler, les yeux fermés et la foi au coeur, l’avant-garde et l’arrière-garde d’une société en un mouvement de masse. La volonté d’indépendance n’a plus ce pouvoir mobilisateur : c’est une idée pour hier, pas pour demain.

Il faut voir au-dela de l’horizon. Quand la mer se retire elle va toujours quelque part. Apres ce projet d’indépendance qui a occupé toute la place depuis deux générations, il nous faut un nouveau projet qui fasse consensus au Québec. Y compris au sein des communautés ethniques, puisque notre survivance culturelle passe par leur assimilation. Nous devons nous donner un autre idéal, ouvert sur les autres, celui d’une plus grande justice sociale et de l’excellence. Il faut en faire la priorité et travailler tous ensemble à y parvenir. Il nous faut un nouveau projet de société.

Pierre JC Allard

135. Les boucs émissaires   06.07.18

En septembre dernier, je disais aux Juifs que je les aimais. Aujourd’hui, je ne les aime pas. Préjugé ? Je ne suis pas porté par un préjugé, mais je porte un jugement. Mon jugement est que ceux qui bombardent des enfants sont des meurtriers. Je n’aime pas plus les Juifs au Liban que je n’aime les Russes en Tchétchénie ou les Américains en Iraq. Quand ils cesseront de bombarder des enfants, quand ils le regretteront, alors, n’ayant pas de préjugés, je pourrai recommencer à les aimer. Pas avant.

Il y a maintenant une semaine qu’Israël tue des civils et détruit systématiquement les infrastructures du Liban. Pourquoi ? Pour trouver deus soldats enlevés par le Hezbollah ? Détruire des ponts et des centrales électriques ne facilitera pas leur recherche. Pour empêcher des tirs de missiles sur HaÏfa ? Pourquoi alors viser Beyrouth, loin au nord de la zone d’où la portée de ces missiles exige qu’ils soient tirés ? Pourquoi ce pilonnage intensif, bête et méchant dont les images rappellent celui du ghetto de Varsovie ?

Il y a une semaine qu’on tue des innocents. Ça pourra durer longtemps, puisque les Américains, qui seuls pourraient y mettre fin, semblent plutôt y trouver intérêt, comme s’il y avait quelque chose à apprendre de ce massacre aux airs d’exercice militaire. Qu’est-ce que cache cette stupide intervention ? On nous le dira dans 10 ou 20 ans, peut-être jamais. La raison d’État. Ce qui est sûr, c’est qu’elle a d’autres buts que ceux qu’on nous dit.

Si les Israélis avaient vraiment eu pour objectif de récupérer leurs soldats, ils auraient négocié un échange de prisonniers, comme ils l’ont fait maintes fois par le passé. Une concession qui ne leur coûte rien, puisqu’ils n’ont qu’une rafle à faire à Gaza pour en refaire le plein. S’ils n’avaient voulu qu’arrêter les tirs du Hezbollah, ils auraient pu le faire autrement, avec le plein soutien de la communauté internationale, en s’acquittant de quelques formalités préliminaires.

Quelles formalités ? D’abord, demander poliment au Liban de faire cesser ces tirs en provenance de son territoire. Si le Liban s’en déclare incapable, demander aux Nations Unies de le faire dans les 30 jours. Si les tirs continuent, demander au Liban la permission de pénétrer en territoire libanais pour les faire cesser.

Si le Liban refuse, alors, mais alors seulement, après un ultimatum à Beyrouth avec copie à Kofi Annan, une longue colonne de blindés israéliens entre au Liban et progresse, en ne faisant qu’un un minimum de dommages matériels et en ne tirant que sur ceux qui leur tirent dessus. Ils n’auraient pas été nombreux à le faire.

L’écrasante supériorité d’Israël en équipement et dans ce type de combats aurait fait que leurs forces n’auraient essuyé que peu d’attaques et n’auraient eu aucune difficulté à y résister. Quand on se serait opposé sérieusement à leur avance, une intervention aérienne bien ciblée serait venue à la rescousse. Comme les Stukas sur les Flandres en 1940, pas comme les Lancasters sur Dresde en 1945.

L’objectif ? Occuper la zone d’où partent les tirs de missiles jusqu’à ce que les rampes de lancement aient été détruites et ne quitter le territoire que pour y être remplacé par l’armée libanaise ou une force internationale crédible. Qui aurait pu blâmer Israël ?

Pourquoi ne pas avoir fait ça ? Pourquoi, à moins que l’objectif n’ait été justement de détruire ? L’opération israélienne ne se comprend que si l’on VEUT détruire. Pour tester de nouveaux équipements ? L’Iraq est là pour le faire. Pour détourner l’attention, alors ? Pour provoquer ? C’est sans doute sans cette direction qu’il faut chercher.

47 morts hier à Bagdad, mais ça ne vaut plus qu’un entrefilet dans les journaux : le Liban a pris toute la place. Justement parce que ce sont des enfants… Et si le Hezbollah s’énerve, une riposte de missiles longue portée sur Tel-Aviv, quelques enfants  – Juifs, ceux-la ­ – saignant sur les écrans de Fox et de CNN et l’Amérique s’émeut. L’Iraq passe aux oubliettes et Bush a son Sénat républicain en novembre.

Évidemment, il y a des dommages collatéraux. Quelques centaines de civils innocents au Liban, quelques dizaines peut-être en Israël, mais aussi, ce qui n’est pas négligeable, la sympathie renaissante pour Israël qui va en sortir gravement blessée.

Il n’y a rien de plus bête que le racisme. Rien de plus abject que de le fomenter. La plus pernicieuse des escalades qui résultera de ce massacre au Liban, ce n’est pas une intervention de la Syrie ou de l’Iran – hypothèse saugrenue, vu le déséquilibre des forces – ce sera une bien prévisible recrudescence de l’antisémitisme dans le monde. Bien de gens, partout dans le monde, vont se dire qu’une part de tout argent dépensé dans un magasin juif, où que ce soit, sert probablement à soutenir financièrement Israël et donc à financer les bombes sur les enfants du Liban.

Quelqu’un, quelque part, a misé sur l’indéfectible appui de la communauté juive internationale à Israël et sciemment sacrifié en cette affaire les intérêts de cette communauté juive dont le coeur et le cerveau sont encore dans la diaspora. La diaspora n’est pas protégée par des blindés ; elle l’est par le respect et la sympathie qu’elle inspire. Cette guerre, dont son appui à Israël la fait juger complice, ne lui attire ni respect ni sympathie

Cette intervention d’Israël au Liban est si ostensiblement bête et méchante, si néfaste pour l’image de la communauté juive, qu’elle force à se poser deux questions :

1) Le gouvernement actuel des USA a-t-il, pour des raisons de petite politique intérieure américaine, instrumentalisé Israël et fomenté ce massacre au Liban sans se soucier de l’odieux qui en rejaillirait sur la communauté juive, attribuant ainsi une fois de plus aux Juifs un rôle de bouc émissaire ?

2) Si, plutôt qu’Olmert, c’est Ariel Sharon qui eut encore été là, aurait-on pu manipuler ainsi le vieux renard et le pousser dans ce piège à cons ?

Il est bien malencontreux, Sharon s’ajoutant à Rabin, qu’un deuxième leader israélien ait été frappé par le destin et mis hors-jeu précisément au moment où il semblait vouloir vraiment engager un dialogue pour la paix. Quel malheureux hasard. Blâmons le hasard. Il serait hasardeux de blâmer ceux qui tirent profit du conflit en Palestine.

Pierre JC Allard

136. L’hommage-lige   06.08.14

Même si l’Évangile déconseille fermement de servir deux maîtres, le système féodal a joué à fond la carte des multiples allégeances, permettant à tout vassal d’optimiser ses avantages et ses soutiens en « rendant hommage » à plusieurs suzerains, aux uns comme aux autres, selon ses intérêts. Ces loyautés partagées ont rendu le Moyen âge intéressant et conduit aux fourberies et intrigues raffinées de la Renaissance.

Partager sa loyauté, toutefois, exige parfois des décisions cornéliennes. Pour s’y retrouver et choisir entre ses divers suzerains sans devenir félon, il était recommandé que chaque vassal ne rende qu’à l’un d’eux l’ « hommage-lige », l’engagement ultime envers celui auquel il serait fidèle advenant quelque mésentente entre ses divers patrons

Quand Hugo Chavez parle d’une « Grande Colombie » bolivarienne avec la Colombie et l’Equateur, il rend hommage à une idée qui a sa valeur et qui n’est toujours, d’ailleurs, qu’à une victoire près en Colombie de l’opposition politique ou du FARC de devenir une option immédiate bien réaliste.

Quand plus tard il se joint à la Bolivie et à Cuba, dans un cartel restreint des gauches continentales, c’est une autre loyauté qu’il développe, d’autant plus significative qu’il fait en même temps des appels du pied a la Chine, laquelle est de loin sa meilleure alternative pour des exportations de pétrole ailleurs qu’aux USA.

Enfin, il y a juste trois (3) semaines, quand, il s’engage avec le Brésil et l’Argentine dans une alliance qui donne au Mercosur les moyens financiers d’envoyer paître les USA et leur projet de zone de libre-échange (ZLEA), c’est encore une autre loyauté qu’il développe et qui a aussi beaucoup à offrir. Où Chavez met-il ses priorités ?

C’est à cette question qu’il vient de répondre en se précipitant au chevet de Fidel Castro, qu’on peut présumer moribond, pour être adoubé comme son fils spirituel et héritier idéologique. Chavez a choisi d’aller à La Havane rendre son hommage-lige au vieux lion. Ce faisant il prend des mains de ce dernier le flambeau de la Gauche. Alea jacta est.

Il n’est pas sans conséquences que ce soit le Venezuela – riche de tout ce pétrole qui est le produit ubiquitaire dont le contrôle permet au Système de tirer sa livre de chair de tout le monde — ­ qui prenne le leadership de la gauche en Amérique latine. Une gauche riche n’est plus du tout la même gauche bien gentille mais un peu jocrisse qu’on a vue si souvent. Comme personne ne pense plus que les gens de Dubaï ou du Qatar soient seulement des gardiens de chèvres.

Une gauche qui a des moyens n’est plus naïve ni velléitaire. Elle peut faire bien des choses. Elle peut obtenir du Brésil, par exemple, qu’il tolère les nationalisations de la Bolivie… et obtenir de la Bolivie que celle-ci prenne le risque de tirer la queue du tigre américain afin de tester les réactions du félin.

Elle peut obtenir de l’Argentine qu’elle reste sagement collée au Brésil dans Mercosur, au lieu de se plier aux diktats des USA, comme le Chili. Elle peut financer une option politique de gauche en Colombie qui puisse constituer une troisième voie, en alternative au duel FARC-Uribe: un parti qui pourrait prendre le pouvoir et accepter cette Grande Colombie qui lancerait en Amérique latine une dynamique d’intégration sans les USA.

Le Vénézuela, avec le pétrole, peut se faire une alliée de la Chine et devenir donc intouchable. A moins qu’il ne devienne une monnaie d’échange dans un jeu plus vaste, bien sur, mais les risques qu’il soit bradé sont minimes, si le Brésil est solidement avec lui.

Chavez, en riche héritier de Castro, peut surtout, ultime provocation aux USA, donner à Cuba les moyens de rester socialiste apres Castro et de ne pas devoir se jeter aux pieds des Américains en reconnaissant ses « erreurs » et en implorant leur pardon.

Si le Venezuela de Chavez devient chef de file de la gauche, la gauche devient solvable… et bien des scénarios captivants deviennent possibles. Peu de ces scénarios, cependant, iraient dans le sens des intérêts du Système néo-libéral. Souhaitons donc une longue vie au Président Chavez. Et espérons qu’il soit bien prudent.

Pierre JC Allard

137. Is fecit cui prodest   06.08.23

Je suis bien content qu’on interdise désormais sur les avions les vernis à ongles et autres substances nauséabondes qui mettent en grand péril l’air pur que devrait respirer tout bon Chrétien. Je suis moins content qu’on en profite pour y interdire les boissons gazeuses, le lait maternisé et même l’eau – H2O – dont le créateur – quelle imprudence ! -nous a fait à plus de 60%.

Je suis agacé, que le Système nous traite encore une fois comme des enfants attardés, avec cette histoire rocambolesque d’attentats en grappe sur l’Atlantique Nord. Je suis absolument écoeuré qu’on fasse monter d’un cran la paranoïa qu’on a placée au coeur de la société occidentale et qui est la vraie bombe à retardement qu’il faudrait au contraire désamorcer.

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de fous de jeunes islamistes londoniens sans casiers judiciaires, sans armes, n’ayant en main aucun des produits dont on les accuse de vouloir se servir, dont aucun ne s’est procuré le moindre billet d’avion et dont on veut tout à coup nous faire peur… et qu’on trouvera bien moyen d’accuser de quelque chose, quitte a les liberer apres avoir ruine leur vie.

Quels vols étaient visés ? Quand devaient-ils être attaqués ? A-t-on trouvé un plan d’action ? Quels produits devaient être utilisés, pour faire quel explosif ? Comment, concrètement, aurait-on utilisé cet explosif ? Pourquoi, sauf par amour gratuit de la complication, quiconque veut provoquer une catastrophe dans un appareil, utiliserait-il autre chose qu’un produit inflammable déjà prêt à servir, dans une bouteille de 1,5 l, comme tout le monde pouvait le faire la semaine dernière ?

Pourquoi un terroriste sérieux procèderait-il autrement que ces « islamistes » maliens qui, il y a quelques années, ont obtenu un résultat spectaculaire sur un vol en direction du pèlerinage de La Mecque, non pas par fanatisme, mais bien involontairement et par pure bêtise, en voulant se faire chauffer une tasse de thé sur un petit réchaud….

Et même si l’on veut bien penser que des mélanges dangereux peuvent être concoctés à bord des avions, pourquoi ne pas simplement interdire aux passagers l’accès a leurs bagages à bord des avions, plutôt que de les forcer à les mettre en soute ? N’est-il pas évident que le sacrifice des bouteilles de parfums, mis à la poubelle au départ, devant les badauds, n’a d’autre but que de faire peur ?

En interdisant mille produits inoffensifs et en créant de monstrueuses files d’attentes dans les aéroports, on crée un maximum d’ennuis. On embête assez de gens pour qu’une grande volonté populaire vienne exiger des mesures de sécurité plus strictes. Big Brother ne demande que ca. L’astuce est si grossière qu’on en désespère de la nature humaine qui sera ainsi manipulée et deviendra consentante à sacrifier un peu plus de sa liberté.

Il faut plaindre, surtout, Monsieur tout-le-monde qui sera ainsi amené insidieusement à se méfier un peu plus de tous les autres quidams – surtout s’ils sont un peu différents – et à chercher refuge dans le giron de Big Brother. Cette suspicion universelle qu’on cultive pour pouvoir l’exorciser procède exactement de la même astuce qui consiste à briser des vitrines pour vendre une « protection » à leurs propriétaires.

Le dommage collatéral de cette peur des autres que l’on encourage est la perte de cette amitié minimale pour autrui et de ce sentiment de solidarité qui sont les assises mêmes de la vie en société. On est à créer une société de paranoïaques, un monde de fous.

Aujourd’hui, le psychoguignol des « liquides dangereux » n’a sans doute pour but immédiat que de détourner l’attention du massacre au Liban, lequel a peut-être surtout pour but de détourner l’attention du massacre en Iraq. Ce serait une erreur, toutefois, de penser que cette diversion grossière passera et qu’on s’en tirera sans conséquences permanentes pour la santé mentale des populations. Cette comédie laissera d’autant plus facilement des traces qu’elle n’est que le dernier succès d’une saison de melodrames qui dure depuis maintenant 5 ans et qui a été riche en appels a l’hystérie.

D’où sort tout ce terrorisme aveugle qui est apparu depuis quelques années et dont on doit bien constater que, n’étant pas ciblé, il ne nuit en rien aux intérêts du système capitaliste néo-libéral. Quand fera-t-on enfin le constat que les seuls resultats en sont de permettre quelques prises de profit spectaculaires et, surtout, de rendre odieux aux gens simples TOUT changement de l’ordre établi en y associant cette notion de violence gratuite que propose le terrorisme ?

Quand un pauvre Arabe se fait sauter au milieu d’une foule de pauvres Arabes, ou est la menace réelle pour le Système? Tout ce qui accroît la peur du terrorisme et contribue à en faire une menace omniprésente n’est pas une attaque contre les « exploiteurs », mais produit, au contraire, le même double effet qui sert bien leurs intérêts: discréditer toute contestation du Système et justifier les mesures qui permettent de contrôler encore plus étroitement ceux qui le contestent.

Le Droit Romain avait pour principe que l’auteur d’un crime est le plus souvent celui qui en profite : Is fecit cui prodest. Sont-ce les fanatiques suicidaires qui profitent de leurs attentats insensés ? Sont-ce les innocents qui en sont victimes dans les marchés de Bagdad et dont la disparition ne remet rien en cause ? Ou ne serait-ce pas ceux qui en retirent une excuse pour affermir leur pouvoir ?

Ceux qui profitent de cette manipulation sordide de la crédulité humaine pour en tirer avantage pourraient s’apercevoir trop tard qu’ils ne sont pas eux-mêmes à l’abri des réactions irrationnelles et donc imprévisibles d’une population qu’on est à rendre démente en lui inculquant des phobies.

Pierre JC Allard

138. La queue et son chien   06.08.28

Le 17 juillet dernier, j’écrivais que le massacre des innocents perpétrés par Israël au Liban était non seulement méchant, mais si bête, qu’on ne pouvait s’imaginer quel cerveau fêlé en Israël avait bien pu le concevoir. Seule explication logique, personne en Israël n’avait conçu cette opération incroyablement néfaste pour l’image de la communauté juive ; elle n’avait pu qu’être imposée de Washington.

Intérêt de Georges W. Bush, d’abord détourner l’attention du massacre en Iraq, puis se gagner un vote de gratitude aux élections de novembre de la communauté américaine de culture juive, en considération de l’indéfectible appui des USA à Israël dans ce conflit où Israël ne se trouverait évidemment pas beaucoup d’amis. Les votes de la communauté juive aux USA étant, en circonstances ordinaires, majoritairement acquis aux Démocrates, cette opération de charme pouvait avoir des résultats bien avantageux dans certaines régions, dont New York, où le Parti Républicain traîne souvent de l’arrière.

L’importance du vote juif et la forte présence de la communauté juive dans le secteur des communications donne naturellement à celle-ci un pouvoir sur la politique américaine, menant certains à comparer la relation entre l’Amérique et Israël à celle d’un chien à sa queue…. mais où c’est la queue qui branle le chien !

Dans cette optique, les USA deviennent la grosse caisse de résonance des refrains made in Israël. Cette image du petit Israël, qui lance à volonté là où il lui convient le géant USA, colle si bien aux préjugés de certaines gens que, des commentaires que j’ai reçus pour cet article, bien peu m’ont accusé d’être trop dur envers Israël. La vaste majorité m’ont simplement traité de naïf. Les USA qui instrumentalisent Israël ? Allons donc ! C’est la « juiverie internationale » qui a tout fomenté ! Et patati, et patata

Il y a une semaine, cependant, j’ai reçu un appui inespéré. Eustace est avec nous ! Eustace, c’est le personnage allégorique du New Yorker, peut-être le plus prestigieux des magazines américains. Le New Yorker de la semaine dernière publie que les USA ont télécommandé l’opération au Liban, et l’on fait bien AVANT que l’enlèvement de deux soldats israéliens vienne servir de prétexte pour la déclancher. Ils ne l’ont pas imposé seulement pour faire oublier le drame en Iraq, mais pour en faire un test d’une prochaine attaque contre l’Iran !

Bien naïf de ma part, en effet, d’avoir imaginé que le gouvernement Bush ferait quoi que ce soit pour cacher une vieille saloperie sans profiter de l’occasion pour en préparer une nouvelle. En ce qui a trait à la relation USA-Israël, toutefois, il semble bien que le diagnostic était le bon. C’est bien le gros chien, qui a branlé sa queue.

L’article du New Yorker n’est pas signé d’un inconnu, mais de Seymour Hersh, Prix Pulitzer, l’un des journalistes les plus respectés des USA. C’est lui, en 1969, qui a dénoncé le massacre de My Lai au Vietnam, une révélation qui a fait beaucoup pour que le soutien à cette guerre parmi la population américaine s’effondre et que la paix revienne. C’est lui encore qui, récemment, a fait le jour sur la torture en Iraq et qu’il faudra encore remercier si les Américains, dégoûtés, confient le pouvoir à un nouveau Congrès qui mettra enfin un terme à cette invasion qui a tué 20 000 civils.

Seymour Hersh est un type sérieux et, ce qui ici n’est pas sans importance, aussi juif qu’on peut l’être. Pas facile pour un Juif de venir admettre qu’Israël a été, dans cette affaire, l’appendice caudal du molosse américain qui d’un coup de queue a fait valser la verrerie et que le gouvernement d’Israël a accepté ce rôle humiliant d’être l’exécuteur des basses oeuvres d’un régime infâme. Un régime qui déshonore l’Amérique et Israël avec elle.

Pas facile, mais bien utile, ce reportage de Hersh, car l’alliance politique contre nature entre la communauté juive, urbaine et intellectuelle et la paysannerie fondamentaliste bushiste, alliance que pouvait laisser craindre le soutien américain à Israël au Liban, ne se réalisera pas.

La communauté juive a été manipulée dans l’affaire du Liban et ce n’est pas un gentil chroniqueur du MidWest qui le leur a dit, mais Seymour Hersh. Elle ne l’oubliera pas. Sa réaction épidermique aux propos peut-être antisémites, mais certainement éthyliques, de Mel Gibson est bien symptomatique de la lassitude de la communauté juive face à une certaine Amérique. Cette Amérique dont est las aussi le monde entier.

Vienne le 7 novembre : les élections américaines du mi-terme qui peuvent vraiment changer la structure du pouvoir aux USA. Il est probable que le vote juif, le 7 novembre, sera plus démocrate que jamais. La communauté juive fera sa part pour que, comme je le souhaitais l’an dernier « l’Amérique de la liberté (puisse) renvoyer à ses amulettes l’Amérique des superstitions et des inquisiteurs » (5114).

Ce ne sera pas encore la victoire assurée, car il restera toujours à convaincre aussi de se débarrasser de Bush, cette « vieille dame de Dubuque » dont le New Yorker a fait cruellement, depuis son premier numéro, le symbole de l’Amérique bebête avec laquelle Eustace ne s’abaissera pas à converser. Ce ne sera pas encore la victoire, mais c’est un pas significatif vers une défaite de Bush. Hosannah !

Ce rejet de Bush sera du m[eme coup le geste purificateur qui permettra de voir à nouveau la diaspora juive comme une entité distincte d’Israël et de lui pardonner sa réticence à blâmer celui-ci pour les crimes commis au Liban. Un premier beau geste, en attendant qu’Israël même reconnaisse son erreur, limoge Olmert et se refasse une vertu.

Pierre JC Allard

139. Exit-polls   06 09.08

Je m’insurgeais en avril dernier (5132), contre les pitreries de Berlusconi refusant de céder le pouvoir à son rival Prodi sous prétexte que ce dernier n’avait obtenu qu’une bien mince majorité On remet ça aujourd’hui, au Mexique, avec le même scénario, à cette seule différence près que c’est la gauche, cette fois, dans le rôle du bouffon.

Dommage que ce soit ceux qui voulaient un changement ­- sans doute souhaitable – qui se rendent maintenant ridicules en contestant un résultat électoral trop serré, mais le ridicule n’a pas de parti et fait du tort aux « bons » comme aux « méchants ». Encore plus à ceux-là, puisque l’on croit spontanément que si la Droite dit des bêtises elle les dit par cynisme, en rigolant, bien sûre de ne pas être crue, alors que quand la Gauche joue les vierges offensées on a tendance à croire qu’on a vraiment abusé d’elle… et elle n’en apparaît que plus inepte.

Que les élections au Mexique aient été biaisées par d’innombrables magouilles, qui en doute ? Mais quand un parti qui veut le changement accepte de jouer le jeu électoral, il a responsabilité de laisser la naïveté au vestiaire et de s’assurer qu’à ce jeu, il ne se fera pas flouer. S’il a été cocu, qu’il taise au moins son infortune.

Mettre le peuple dans la rue pour une quasi-insurrection velléitaire ou avortée n’avance en rien la cause sociale au Mexique – on nous ferait regretter les Zapatistes et le Sub-Comandante 0 ! – ­ et n’arrange surtout pas la cause de la démocratie, laquelle a bien besoin d’attention.

Les résultats des élections au Mexique ont été bien serrés. De même ceux en Italie, ceux des référendums sur la constitution européenne ou la souveraineté du Québec, ceux des élections présidentielles américaines de 2004 et encore plus ceux de celles qui les avaient précédées. Rien là que de bien prévisible.

En démocratie, seule une position de consensus permet une majorité. Plus se développe la psychosociologie qui permet de comprendre ce que le citoyen veut vraiment et que la manipulation des foules remplace leur viol, plus les programmes politiques tendront donc vers le centre. Ils y tendront jusqu’à s’y rejoindre et à s’y confondre.

Le pouvoir est au centre. Quels que soient les agendas réels qu’ils dissimulent, tous les partis se maquillent dont en centristes et vise à une ambiguïté qui les rendra apparemment conformes aux désirs des électeurs. Sous leurs maquillages, ils sont méconnaissables. Leurs différences sont indiscernables. Les options devenant largement similaires, les choix deviennent aléatoires et l’on aura donc des résultats électoraux de plus en plus serrés. CQFD.

Quand les masques tombent, les promesses ne sont pas tenues. Il en sera ainsi jusqu’à ce qu’on ait corrigé les vices de la démocratie actuelle et mis en place une vraie démocratie qui obligera les candidats à dire ce qu’ils feront et les élus à faire ce qu’ils auront dit. En attendant, la démocratie offrant un produit qui bien souvent n’est pas livré, on peut la juger peu respectable, mais est-ce une raison pour ne pas la respecter ?

Accepter le verdict de la démocratie est le passage obligé vers un consensus social et la seule barrière qui empêche que toute frustration ne se transforme en violence. Si le processus démocratique est vicié, il faut le corriger et ce site indique des mesures à prendre pour que la démocratie reflète de mieux en mieux la volonté populaire (6 et seq.), mais la démocratie doit pouvoir être respectée avec ces défauts.

En attendant que des changements profonds soient apportés, y a-t-il quoi que ce soit que l’on puise faire, TOUT DE SUITE, pour que la population accorde plus de confiance au résultat des scrutins ? Ceci est d’une extrême importance, puisque c’est le scepticisme croissant envers le résultat des scrutins qui sert désormais de prétexte à leur contestation intempestive par tous les candidats défaits.

La solution-miracle serait le vote par INTERAC. Le système qui permet la transmission d’argent à l’échelle planétaire fonctionne. Il est aussi infaillible qu’un système puisse l’être, car l’argent est chose sérieuse. Ne serait-il pas opportun qu’on accorde à l’expression démocratique de la volonté populaire la même importance qu’aux virements de fonds ? L’utilisation d’Interac pour la tenue d’un scrutin ne soulève AUCUN problème technique.

Moins efficace que le vote par Interac , mais plus conventionnel, il y a aussi la rationalisation de la procédure connue des « Exit-Polls ». Cette démarche consiste à demander aux électeurs, à leur sortie des bureaux de scrutin, d’exprimer encore une fois leur préférence, de façon tout aussi anonyme, mais dans le cadre cette fois d’un scrutin non formel qui fera l’objet d’un dépouillement indépendant.

Aujourd’hui menés par des organismes non-officiels, les Exit-Polls ont valeur de sondage et ont la même crédibilité, ni plus ni moins, que ceux qui les réalisent et en diffusent les résultats. Quand les Exit-Polls de l’Ohio, aux élections Bush vs Kerry de 2004, ont divergé de 8% des résultats officiels, on a bien vu qu’il y avait là une impossibilité statistique, mais l’on n’en avait pas pour autant un argument de contestation des résultats. Comment savoir si l’erreur était dans les résultats officiels ou ceux des Exit-Polls ? Dans le doute, on doit faire confiance à l’État, n’est-ce pas ?

Mais supposons que les Exit-Polls soient réalisés de façon plus formelle, par des équipes composées de représentants de chacun des candidats faisant « voter » les électeurs à la sortie de TOUS les bureaux de scrutin et que les résultats soient aussi compilés par une équipe de représentants de tous les candidats et un arbitre impartial choisi par eux tous ? Il n y aurait aucune raison valable pour que le résultat qui découle de cette démarche ne soit pas le même que celui du scrutin officiel.

Tout écart significatif entre les résultats des exits polls et les résultats du vote lui-même serait étonnant. N’est-il pas clair que s’il y a un tel écart significatif ­- et en ce cas seulement – il serait opportun de procéder à un recomptage des votes du scrutin officiel et des Exit-Polls, partout où cet écart apparaît et que, si les résultats ne sont pas conciliés, un nouveau scrutin devrait avoir lieu ?

Bien sûr, les Exit-Polls font double emploi. Ils servent de CORROBORATION. Ils jouent le même rôle que cette question apparemment saugrenue de votre ordinateur qui vous demande si vous êtes bien sûr de vouloir effacer un dossier ou initialiser votre disque-maître. Une question dilatoire, mais qui a évité bien des larmes.

Ne serait-il pas sage de demander aussi deux fois à l’électeur s’il veut bien « effacer » son gouvernement ou le conserver inchangé ? Pas parce que l’on croit que l’électeur va se raviser bien souvent entre l’isoloir et le trottoir, mais parce que le système de captage, de transmission et de compilation des résultats devient de plus en plus vulnérable au fur et à mesure qu’on l’automatise. Même si les résultats ne sont pas trafiqués, ils PEUVENT l’être et la confiance s’émousse.

Trafiquer le calcul des votes n’est pas la seule façon de tricher en démocratie, mais c’est celle qui peut susciter le plus d’amertume, parce qu’elle rend inutile toute la démarche de l’électeur. On ne l’a pas seulement trahi, on s’est moqué de lui.

Pourquoi ne pa faire le calcul deux fois ? Faire cette vieille preuve par 9 d’avant l’électronique ? Le respect de la démocratie vaut bien cette formalité. Cette corroboration devrait être automatique et elle devrait être mise en place partout.

Elle devrait l’être partout, mais tout particulièrement lors des élections américaines du 7 novembre 2006, car nulle part ailleurs les systèmes ne sont aussi vulnérables, nulle part ailleurs un demi-scepticisme larvé n’est maintenant aussi répandu. Nulle part ailleurs, surtout, les conséquences d’une fraude ou de la croyance en une fraude ne peuvent être aussi dévastatrices.

Jamais, ni durant la guerre du Vietnam, ni durant les procédures de destitution de Nixon, un président des USA n’a fait l’objet d’une telle haine et d’un tel mépris. Les opposants de Bush ne sont plus des adversaires, ils sont devenus des ennemis. Pour la première fois peut-etre, depuis la Guerre de Sécession, les forces de divergence aux USA deviennent plus fortes que les forces de convergence. On ne devrait pas laisser planer de doutes quant à la légitimité des résultats de ce prochain scrutin.

Pierre JC Allard

140. À la brunante   06.09.20

La « brunante », c’est un néologisme québécois que je trouve bien joli. C’est la période – la longue période, dans un pays nordique – qui suit le crépuscule, avant qu’il ne fasse totalement nuit.

À la brunante, les objets ne se distinguent plus vraiment de leur ombre, les formes disparaissent, un nouvel ordre s’installe qui voile tous les désordres de la nuit, les désordres qu’on ne voit plus. La brunante, c’est le moment où, en voiture, on est aveuglé par les phares de ceux qui circulent en direction opposée. Ne pensez plus, regardez la ligne blanche. Suivez le guide, c’est plus sûr. La brunante, c’est aussi le moment d’allumer les bougies sur la terrasse.

Le monde entre dans un ordre nouveau. Le crépuscule wagnérien de la civilisation occidentale, qui s’est prolongé depuis cent ans sur le leitmotiv de la conquête, nous a apporté à ses deux premiers actes deux guerres mondiales, tout aussi tragiques que ce thème le laissait prévoir. Au troisième acte du ragnarökkr, la violence continue, mais il y a un raffinement : la volonté de puissance devient simple volonté de camoufler l’impuissance. Le désir de conquérir et d’établir l’ordre a dégénéré pour n’être plus qu’un désir de détruire, un désir de mort.

L’Empire Romain, quels qu’aient été ses défauts, apportait l’ordre. De même l’Empire Britannique, 2000 ans plus tard. L’expansion illusoire de la civilisation occidentale, sous le leadership de Bush, n’apporte que le désordre. La volonté de conquête de l’Empire Capitaliste ne vise plus à une intégration des autres, ne serait-ce que comme esclaves, mais répond à un voeu d’annihilation des autres comme êtres différents, par la destruction des structures qui pourraient, avec le temps, en faire une force et donc un danger. C’est le comportement du porc qui défèque dans l’auge quand il a mangé tout son saoul.

Typique de ce choix du désordre, celui de soutenir des chefs de clans en Afghanistan, pour contrer la présence soviétique, avec pour résultat le retour au tribalisme d’un vaste territoire que, pour l’avenir prévisible personne ne contrôlera plus.

Choix encore plus visible du désordre comme finalité, la déstructuration de la Somalie, où les USA soutiennent ouvertement le pouvoir des « warlords » contre un pouvoir émergent islamiste qui pourrait rétablir l’ordre, mais qui a le vice impardonnable, le démérite rédhibitoire de trouver ses valeurs ailleurs que dans le capitalisme

Même processus en marche en Iraq, avec le morcellement annoncé du pays en ses composantes, chiite, sunnite et kurde, au pouvoir de chacune desquelles on s’opposera ensuite, au nom d’une « identité iraquienne ». Une identité factice, désormais disparue, parce que l’invasion américaine a fait disparaître ce qui aurait pu en favoriser l’éclosion.

Dans le nouvel Iraq désuni, on brimera même l’autonomie de ces régions chiite, sunnite et kurde qui, avec le temps, pourraient rétablir l’ordre, y favorisant la création d’entités locales, encore moins viables, jusqu’à ce qu’apparaissent là aussi des factions, des « seigneurs de la guerre » dont la haine du voisin sera le moteur et dont le brigandage deviendra la seule activité rentable.

Afghanistan, Somalie, Iraq. Simple prolongement, désormais sans aucune pudeur, de la même stratégie de parcellarisation qui a fait de l’Afrique, à partir de sa décolonisation et aussi pour tout l’avenir prévisible, une zone corvéable dont aucune des parcelle n’a un contrôle même approximatif de ses ressources ni un sentiment réel d’identité, ni donc la moindre chance d’un développement autonome.

L’Empire Capitaliste est créateur de désordre. Il n’a pas la dynamique d’un empire traditionnel, mais celle d’une invasion barbare. Il est « incursionniste ». Il laisse systématiquement après son passage, non pas un désordre occasionnel, mais une volonté de désordre. Là où le désordre se développe de lui-même ­ au Darfour ou au Congo, par exemple ­ l’Empire n’intervient pas, il n’y a qu’à laisser faire.

L’Empire se nourrit du désordre à l’échelle globale. C’est pour ça, que ses chefs n’ont pas la tête ni les projets de César, mais ceux de Néron. L’Empire ne conquiert rien. Il se vautre dans une orgie de scandales. Il n’apporte pas l’anarchie ­ – un mot dont le sens est à revoir ­- mais l’ataxie : la désintégration de tout ordre et de tout principe structurant.

C’est pour ça que la nuit tombe.

Nous sommes à la brunante. Sans faire de bruit, les choses changent, les principes n’ont plus de contours bien nets et les valeurs s’estompent. Chacun va tout droit devant, avec de moins en moins de respect pour les opinions des autres, au risque d’aveugler ceux dont le but ne peut être que dans la direction opposée. Ainsi, il semble qu’on peut tout faire pour que le Dow-Jones franchisse la barre des 12 000, des 15 000, puis un jour des 20 000. Aveuglant. Pendant ce temps, la richesse est distribuée de plus en plus mal ; ceux qui veulent plus de justice vont dans l’autre sens

Il faut aussi assurer non seulement la paix, mais aussi la tranquillité des mieux nantis, en évitant toute contestation de l’ordre établi. Voyez le terrorisme. Bien utile, le terrorisme. Quiconque conteste est un terroriste en puissance. Arrêtons la contestation. Il n’y a pas que la nuit, il y a aussi l’aveuglement qui rend la nuit plus noire et qui confère son pouvoir hypnotique à la ligne blanche que tracent les « guides » autoproclamés qu’une pseudo-démocratie nous présente. Le terrorisme est bien commode.

L’aveuglement est prodigieux, car le terrorisme ne peut servir à ceux qu’on en accuse. Son expansion ne peut donc être que bien précaire, puisqu’il n’est pas dans la nature humaine de négliger ses intérêts. Pendant qu’on est obnubilé par le terrorisme, une criminalité se développe partout qui elle est un véritable danger, car elle correspond bien à la nature humaine et elle a donc un grand avenir.

La criminalité n’intéresse que médiocrement l’Empire, car ce sont d’abord les pauvres qui en souffrent ; les riches ont leurs gardes du corps et leurs murs de béton. Ils sont aveuglés. Ils ne voient pas que l’Empire, en propageant le désordre, crée les conditions pour que le désordre se propage encore davantage de lui-même, sans qu’on ait à y mettre d’autres efforts : on peut compter sur des « initiatives privées » pour le parfaire.

La Grande Noirceur avance, portée par l’aveuglement des États, mais aussi par une entreprise privée du crime. Quand la nuit tombe, les voyous sont partout. Un pouvoir parallèle à l’État se développe dans le désordre, dont les « warlords » sont ici les caïds des diverses mafias, les chefs des groupes de motard et des gangs de rues.

La nuit tombe d’abord, dans les marches de l’Empire. Durant quelques décennies, dans cette période bénie de l’humanité entre les derniers cannibales et la brunante, on a pu, en étant prudent, circuler presque n’importe où sur la planète. Kandahar, Goma, Beyrouth, Bagdad, Sarajevo, Djibouti. autant d’endroits ou j’ai pu siroter un thé ou un café sans m’inquiéter. Cette époque est révolue. Dans une bonne partie du monde, guerres et révolutions ont fait que l’ordre ne règne plus.

Dans une bonne partie du reste, l’ordre qui règne n’est qu’un leurre. Dans une ville d’Amérique centrale, qu’il serait malséant de nommer, puisqu’elle n’est vraiment pas si différente de douzaines d’autres villes du même genre, on tue en moyenne 12 personnes par jour. Il n’y a pas un commerçant au marché, pas un transportiste qui ne paye une « taxe » à des groupes d’extorsion. La police est absente, les juges terrorisés, les témoins menacés ou simplement abattus. Bien ouvertement et en toute impunité.

Des gangs de rue, les « Maras », venus du Mexique et de Los Angeles, ont essaimé vers le Sud et, dans bien des villes des pays latins, il est VITAL de savoir qui, de la Mara Salvatrucha, de la Mara MS, ou de la Mara 18, détient le pouvoir effectif dans le quartier où l’on circule. Même à l’échelle nationale, on ne sait plus qui, de l’État ou des bandes, a vraiment la force pour lui, puisque l’État vient de présenter comme une victoire d’avoir repris le contrôle d’un pénitencier dont, depuis plus de 10 ans, ce sont les détenus qui avaient la pleine maîtrise ! Les Maras sont puissantes . Le désordre a fait son nid.

Même dans les pays développés, l’ataxie progresse. On ne va plus sans risque dans les banlieues des villes d’Europe, ni au coeur des villes américaines, ce sont des jungles qu’on ne traverse plus qu’en suivant la voie balisée des grandes artères. À Montréal, ville encore relativement tranquille, une auteure vient d’accuser la police de cacher l’ampleur du phénomène des gangs de rues, pour ne pas alarmer la population. Mais all’ arme veut dire « aux armes ». Il faudrait que, sinon la population, du moins l’Etat s’alarme…

Il en est loin. Quand la nuit tombe, on ne la voit pas tomber. On voit seulement qu’on ne voit plus. Qui donne aujourd’hui toute son importance au fait que le désordre a rejoint l’injustice et s’est installé partout ? Qui s’alarme au fait qu’on va vers un nouveau Moyen-Âge, où les routes ne sont plus sûres et où avoir une lourde porte devient plus important que d’avoir le bon droit de son côté ?

Il fait de plus en plus noir. Il faudrait allumer des bougies. Qui a des bougies ?

Pierre JC Allard

141. La fin de la vérité   06.09.30

Je viens de recevoir un courriel bien intéressant. En fait, je l’ai reçu de plusieurs sources différentes. On m’y donne les références à quelques sites Internet qui décrivent l’attaque du 11 septembre 2001 sur le WTC en soulignant toutes les incohérences de la version officielle que le gouvernement américain en a donnée

Cette version n’ayant aucun sens, on peut supposer, commente le courriel reçu, qu’elle dissimule une réalité bien différente : un complot. Conclusion, l’attaque du 11 septembre a été une conspiration du pouvoir, un leurre, une façon de susciter l’indignation et un soutien populaire pour des mesures de répression. Le drame de 911 a permis un pas de plus vers un état policier, vers le contrôle de la société par une petite élite. Intéressant… mais je le savais déjà.

L’accusation était déjà là, à peine voilée, dans le film Fahrenheit 911 de Michael Moore et bien explicite dans le livre dans le livre d’Eric Laurent « La face cachée du 11 septembre ». Dans un article d’avril 2004 sur ce site (5111) non seulement j’adhérais à cette hypothèse, mais je citais quelques précédents qui rendaient encore plus vraisemblable qu’on ait bien agi de cette façon. Je le disais, il y a plus de deux ans.

Depuis, d’ailleurs, les choses ont tellement évolué que cette « hypothèse » du complot est devenue de plus en plus celle qui prévaut au sein de la population. Des journalistes, des politiciens, se sont rangés à cette opinion et accusent maintenant ouvertement le pouvoir d’avoir organisé ­- ou du moins laissé se produire en toute connaissance de cause, cette attaque qui faisait bien l’affaire du pouvoir. Pearl Harbour II.

Je le savais, beaucoup le savent et les vidéos auxquels on me renvoie ne sont pas originaux non plus ; ce sont, pour une bonne part, ceux-là mêmes auxquels je me referais dans un autre article sur ce site, en janvier de cette année (5129). À part ça, quoi de neuf ? Rien de nouveau, alors pourquoi m’en aviser ? Où est l’intérêt ?

Ce qui est nouveau et donc intéressant, c’est qu’à ces documents largement diffusés qui traitent de l’affaire du 11 septembre, on a joint d’autres documents qui font allusion à d’autres « conspirations »

Ainsi, les hommes sur la Lune, vous croyiez que c’était vrai ? Foutaise ! Simple montage cinématographique. USD $ 50 milliards de montages. Une conspiration ! Une conspiration ? Ah bon, ça ne me semble pas évident. D’autant moins évident que les Russes, qui avaient alors les moyens techniques de vérifier ce qui en était et un grand intérêt à dénoncer une supercherie n’en ont rien fait. Je ne crois pas à cette conspiration. Je crois que parler ici de conspiration est un canular.

Vous avez des doutes ? Les hommes sur la Lune, ça vous semble encore litigieux ? Passons donc à une « conspiration » plus simple et plus proche de nous. Le match France- Brésil, en Coupe du Monde 1998, vous croyiez que nous l’avions gagné ? Re-Foutaise ! En fait ­ – et avec une citation de Zidane pour faire la bonne mesure – on nous apprend que c’était du chiqué et qu’il ne s’agissait que de faire gagner Chiraq aux présidentielles. Vraiment ? Permettez que je sois encore sceptique, n’est-ce pas ?

La question, toutefois, n’est pas de ne pas y croire, un pas assez facile à franchir, mais de comprendre à quoi peut bien rimer tout ça. Un divertissement ? Peut-être, j’ai pensé m’amuser en « complétant l’information » de ceux qui m’envoient ces courriels.

Leur confier, par exemple, que c’est Joe Dimaggio, peut-être le plus célèbre des joueurs de base-ball – et héros populaire s’il en fut ! – qui t fait assassiner John Kennedy, pour venger l’honneur de sa femme, Marilyn Monroe, qui avait accepté de devenir la maîtresse du président, mais à laquelle celui-ci aurait manqué de respect. Joe aurait réalisé son plan grâce aux contacts dans la Mafia de son ami, Francisco (Frank) Sinatra . Est-ce vraiment plus incroyable que l’idée que la fusée Apollo n’a jamais été sur la Lune et que des milliers de techniciens ont comploté pour nous mentir, sans qu’aucun jamais ne s’en repente et ne révèle le pot aux roses ?

Ou mieux encore, révéler a mes informateurs COMMENT on a volé la Coupe du Monde aux Brésiliens. Simple, mon cher Watson. Puisque la partie se jouait en France, il a suffi de glisser dans l’assiette des joueurs brésiliens un coquetel de Ritalin et de Valium, façon bien efficace de réduire leur motivation et de ramener leurs réflexes au niveau d’une équipe de dernière division. Une manoeuvre sans risque, puisque les perdants ne sont pas soumis à des tests de dopage. Inventez votre propre rumeur, ce n’est pas grave…

Puis j’ai réfléchi. Réfléchissez. Est-ce que le fait de mettre ensemble toutes ces « conspirations » est vraiment innocent ? Ou ne s’agirait-il pas plutôt de discréditer la thèse du complot là ou elle semble justifiée ­- l’affaire du 11 septembre – en la mettant dans le même sac que d’autres « conspirations », moins crédibles ou simplement farfelues ?

On peut diminuer la crédibilité de la dénonciation d’un complot, en dénonçant aussi de faux complots, puis en apportant la preuve que ces dernières dénonciations étaient sans fondement ou que ces pseudo-complots dénoncés sont simplement loufoques. C’est le discrédit par association. Comme on peut discréditer toute contestation en associant contestation et terrrorisme.

Criez bien fort au Loup. Souvent. Si Peter n’est pas bouffé le soir même, ou au plus tard dans la semaine, il ne pourra plus jamais l’être. Il ne pourra jamais l’avoir été, même si on retrouve ses os, car le loup aura été discrédité et un loup discrédité ne peut faire de mal à personne, n’est-ce pas ? Attention à ce piege. Ne laissons pas associer, meme en badinant, vrais et faux complots car ils apparaîtront alors tous sans fondement. N’est-ce-pas le but que recherchent ceux qui véhiculent des messsages de complots invraisemblables ?

Ceux qui contribuent à nous amener à la fin de la vérité. Parce que si ceux qui dénoncent le mensonge mentent eux-mêmes pour mieux le dénoncer, ou mentent sciemment avec maladresse, pour être pris en défaut et mieux prouver le contraire de ce qu’ils ont d’abord prétendu, la question de Pilate à Jésus trouve enfin sa réponse.  » Qu’est-ce que la vérité ? » La vérité ? Rien n’est vrai. Tout est discrédité.

Quand la vérité est « déconstruite », on peut fomenter du terrorisme pour mieux nous protéger de que ce qui pourrait en devenir, discréditant du même coup toute contestation du pouvoir en place. On peut aussi faire assassiner ses propres alliés quand ils pourraient devenir gênants et en faire accuser ses adversaires.

Quand on renonce à la vérité comme réalité tangible à laquelle on peut s’accrocher comme à une bouée et qu’on la remplace par une brochette de demi-vérités dont on pourra choisir circonstanciellement la meilleure, c’est la fin de la vérité.

On refait tous les jours des procès de Galilée où réalité et vérité n’ont plus leur place. On met au rancart, par opportunisme et avec un infini cynisme, une valeur qui depuis la renaissance a servi de pilier à la civilisation occidentale. Et si elle s’effondrait ? Se contentera-t-on de dire que ce n’est pas vrai ?

Pierre JC Allard

142. Exhortation a l’Amérique   06.10.07

Quoi qu’on dise où qu’on fasse, nous sommes les sujets d’un empire dont le coeur bat à Washington. Hélas, il y a un caillot dans l’aorte. De toutes les stratégies pour bâtir un monde meilleur, il n’y en a pas de plus simple ni de plus indispensable que d’agir sur la politique américaine. Un simple pontage suffit pour que les flux de la science et de la richesse reprennent leur cours normal, pour que la fièvre baisse, que le pouls se calme, que la paix revienne et que notre civilisation survive.

Hosannah, l’Amérique a encore la santé pour que cette intervention se fasse sans danger. Le 7 novembre 2006, l’opération sera tentée. Une défaite des Bushistes aux élections pour le Congrès et le Sénat donnera aux partisans du bon sens les moyens d’arrêter les métastases de l’obscurantisme, de la corruption, du fascisme et de la simple bêtise qui s’apprêtent à faire mourir l’Amérique.

On ne réalise pas à quel point l’Amérique est au bord d’une guerre civile, à la merci d’un autre New-Orleans ou du premier accident boursicoto-monétaire. Si l’Amérique meurt ou paralyse, on la regrettera, car il n’y a pas encore en Occident un pays ou bloc qui puisse prendre sa relève.

Si vous connaissez un Américain… parlez-lui ! Exhortez-le à ne pas laisser passer ce rendez-vous avec l’Histoire auquel n’est invité que le « Civis Americanus » encarté, même si ce sont nous tous du reste du monde qui ferons aussi les frais de sa décision.

Il y a une multitude de bonne raisons pour arrêter Bush le 7 novembre. Ce site en a souligné quelques-unes que je rappelle ci-dessous.

Junior s’en va-t-en guerre


MADE IN USA:
la parade

Américanisme


Le scénario parano


Terri Schiavo et les débiles mentaux

Rogelio Maynulet et les débiles mentaux

New-Orleans: quand les digues cèdent


America irredenta


Is fecit cui prodest

La queue et son chien


Exit polls

Nous comptons sur l’Amérique. Elle a le choix… nous pas.

Pierre JC Allard

143. Nuremberg   06.11.14

Il y a 61 ans, il se passait des choses à Nuremberg. Quelques procès dont, au terme du premier, on a pendu 10 dirigeants allemands pour leur rôle durant la Seconde Guerre mondiale. Y ajouter Goering ­ – il s’était suicidé quelques heures avant qu’on ne l’exécute – et Borman, condamné à l’être, mais en cavale ou déjà tombé à la bataille de Berlin, selon la version que l’on retient.

Pas très réussi, Nuremberg. D’abord, les plus notoires responsables du massacre nazi — dont Eichmann, Himmler et Hitler lui-même — n’y étaient pas. Ensuite, on y mêlait dans le box des accusés, avec d’indéniables monstres, des banquiers, des hommes d’affaires et des diplomates qui n’y paraissaient pas vraiment à leur place. On faisait avec ce qu’on avait sous la main.

On a même, à Nuremberg – où pourtant l’on ne manquait pas de vrais coupables – jugé, condamné et fait pendre un innocent ! Alfred Jodl, militaire semble-t-il sans reproche, puisqu’on l’a réhabilité quelques années plus tard.

Cela dit, cette guerre ayant fait 60 millions de morts, on ne peut certes pas dire qu’on ait exagéré dans la vendetta. La grande faille du procès de Nuremberg, ce n’est pas qu’on ait condamné un innocent, c’est que tout le procès n’avait juridiquement aucun sens. Crimes de guerre, crimes contre l’humanité…. On y jugeait des accusés pour des gestes dont aucune autorité légitime n’avait fait des crimes avant que ces gestes n’aient été posés, ce qui en droit est inacceptable. Rien n’est parfait.

Un peu bancal, le procès de Nuremberg, mais éthiquement parlant, Nuremberg n’en a pas moins été un grand pas en avant dans l’histoire de l’humanité. Depuis Nuremberg, on SAIT qu’il y a des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. On sait que préparer une guerre d’agression et l’exécuter au total mépris des civils est un crime. On sait que torturer les prisonniers est un crime. La défense de rétroactivité de la loi, dont les accusés de Nuremberg pouvaient se prévaloir, n’a donc plus la moindre pertinence.

Georges W. Bush, Donald H. Rumsfeld et leurs complices, tous ceux qui ont fait envahir l’Irak et géré Guantanamo, Abu Ghraib et les autres camps de concentration américanistes encore mal connus éparpillés à travers le monde, n’ont plus cette défense à offrir. Ils sont des criminels de guerre et des criminels contre l’humanité. Seule distinction entre eux et les chefs nazis, c’est qu’ils n’ont pas perdu la guerre et ne sont donc pas en détention. Pas encore.

On doit souhaiter vivement qu’ils le soient bientôt. Ce serait un déshonneur pour toute l’humanité que ces hommes meurent dans leur lit, sans avoir été condamnés. Heureusement, l’humanité s’est maintenant donné les lois qu’il fallait et plusieurs État ­ – dont l’Espagne qui a innové en ce sens, mais aussi l’Allemagne ­ – se sont accordé juridiction sur ces abominations dont Nuremberg a maintenant formellement fait des crimes.

Tout est désormais en place pour que les monstres de Washington soient jugés, condamnés, punis. Vous n’y croyez pas ? Vous êtes certain qu’il resteront impunis ? Les Nazis ne croyaient pas, eux non plus, que viendrait la rétribution. Condamnés ? Entre collègues ? Ben voyons ! Et pourtant la rétribution est venue. Il n’est pas du tout impossible qu’elle vienne aussi pour Bush et les autres.

Une rétribution bien mitigée puisque, le monde se prétendant civilisé, on ne les pendra pas. Mais c’est parce que le monde se veut civilisé qu’il faudra tout de même condamner ces individus et pour un temps les retrancher dela société. Il est probable qu’on y arrivera.

Envoyer en tôle un président et quelques grosses pointures, en effet, est tout à fait le genre d’effets pervers ­ – ici, un effet vertueux ­- qui découlent parfois de la politique à l’Américaine, laquelle ne vit que de son image. Personne n’est à l’abri de servir d’exemple, s’il faut un exemple pour assurer la crédibilité de la démocratie américaine. Nixon, Clinton… Si la Jaggernaut de la moralité ostentatoire américaine démarre, rien ne l’arrêtera. : la logique des événements va suivre inexorablement son cours.

Quelle est cette logique ? Ele est la résultante de deux facteurs. Le premier, c’est que n’importe quel quidam peut porter plainte en Espagne contre Bush et al, comme on l’a fait contre Pinochet. Garzon, ou un autre juge, lancera l’affaire. Ils sont trop nombreux à en avoir l’autorité pour qu’on puisse tous les tenir en laisse. L’un ou l’autre émettra un mandat et tous les pays d’Europe seront tenus de l’exécuter. Comme le Royaume-Uni n’a pas osé ne pas exécuter le mandat contre Pinochet.

Dans le cas du gang Bush, il seront même ravis de le faire. Pinochet avait pour lui une grande partie des Chiliens et personne ne savait vraiment ce qui s’était passé au Chili. Toutes les populations d’Europe, au contraire, souhaiteraient voir Bush en prison. Sans exceptions. Pourquoi ne pas leur faire plaisir ? Condamnons, on sait bien que les USA ne permettront pas que la sentence soit exécutés…

C’est ici, cependant, qu’intervient le deuxième facteur. Depuis la victoire démocrate de la semaine dernière, au Congrès et au Sénat des USA, c’est le retour du pendule. Les deux tiers des Américains se sentent trahis et humiliés par Bush et ses cafouillages en Iraq. Ils veulent se redonner bonne conscience. Avec les présidentielles de 2008 qui sont en jeu, tous les coups sont permis. L’« union sacrée » entre Américains est rompue.

L’affaire une fois lancée en Espagne et un mandat émis en Europe, les Démocrates, au Congrès et au Sénat, vont lancer une multitude d’enquêtes sur tous les aspects scabreux de l’invasion de l’Iraq et celle de l’Afghanistan. Tous les mensonges, toutes les corruptions, les incohérences de l’attentat du WTC et les horreurs de Guantanamo. Ils le feront avec persévérance et application : la présidence est en jeu en 2008.

Le système américain a cette grandeur que toutes les horreurs seront découvertes et publiées. La compréhension de cette colossale monstruosité qu’a été l’invasion de l’Iraq va peu à peu germer dans le cerveau de l’Américain moyen. Quand il aura compris, ce grand naïf va réagir par une profonde colère contre ceux qui l’ont berné. L’image de dégoût que lui renverra le monde entier, à mesure qu’évoluera le procès en Espagne, le poussera à se dissocier des crimes commis en son nom.

Un fructueux renforcement en cascade va donc s’établir, entre les accusations au procès en Europe, qui encourageront que l’on fouille plus avant les dossiers aux USA… et les preuves que fourniront les enquêtes se succédant aux USA pour des fins partisanes, mais qui viendront étayer ces accusations en Espagne.

Une condamnation en Espagne – et la condamnation concomitante d’une opinion universelle qui cherchera un coupable à tout prix pour sa veulerie pendant qu’on massacrait des dizaines de milliers d’innocents ­- va conduire l’Amérique à se racheter une réputation aux yeux du monde entier en y mettant le prix qu’il faudra.

Ce prix, ce sera la reconnaissance par les USA du jugement extraterritorial qui aura été rendu contre Bush et ses complices. Le vieux fond d’arrogance des Américains fera que l’on voudra que ce soit la justice américaine qui s’applique et que les sentences soient purgées en territoire USA et non à l’étranger.

Cette exigence conduira à un autre procès aux USA, lequel se conclura cependant de la même manière que le premier, car, puritanisme oblige, les USA ne voudront surtout pas donner aux étrangers l’image d’être moins indignés qu’eux. Les accusés seront condamnés et cela conduira à leur incarcération. Une incarcération avec laquelle sera alors d’accord 90% de la population américaine. Surtout les Républicains, qui ont tant à se faire pardonner.

Évidemment, la symbolique de l’Histoire serait mieux servie, si le procès avait lieu à Nuremberg et l’emprisonnement à Spandau, mais rien n’est parfait…

La condamnation des dirigeants des USA pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité n’en serait pas moins un grand pas en avant dans l’histoire de l’humanité.

Pierre JC Allard

144. La brèche   06.11.25

Un bataillon de l’armée guatémaltèque vient de reconquérir Pavon. Pavon est un pénitencier à « haute sécurité » dont les détenus avaient pris le contrôle, il y a 9 ans, et qui était devenu depuis le siège social bien défendu d’où l’on importait et distribuait la drogue dans tout le pays, au su et au vu de tout le monde. Un pénitencier pendant 9 ans aux mains de criminels ! Surréaliste.

Reprendre le contrôle de Pavon n’était pas chose simple. Les occupants étaient riches, ils étaient armés et ils jouissaient de puissantes protections. Il a fallu neuf ans. Maintenant, c’est chose faite. Les militaires ont donné l’assaut et reconquis Pavon, au prix de quelques pertes. Les chefs du gang sont morts les armes à la main, bravement, en héros pour les jeunes mafieux qui ne demandent qu’à les imiter.

Ces gens étaient des bandits dangereux. Dangereux pour ceux qui les ont attaqués, certes. Dangereux les uns pour les autres, quand ils se disputaient les dépouilles du trafic de la drogue ? sSans aucun doute. Dangereux pour l’ordre public qu’ils bafouaient impunément ? évidemment. Mais étaient-t-ils dangereux pour qui que ce soit qui ne voulait pas s’interposer entre eux et leur profit ?

Bien sûr, ils l’étaient, comme est dangereuse toute personne armée qui ne respecte pas la loi, mais pas plus… Ils l’étaient beaucoup moins que les « mareros », les gangs de rue qui pratiquent l’extorsion au Guatemala, au Honduras et au Salvador, qui terrorisent les petits commerçants, agressent les passants, envahissent les domiciles, tuent au hasard ou par simple plaisir. La bande de Pavon était dangereuse, mais elle n’était pas le premier péril pour la population guatémaltèque.

Le premier péril, dans les pays d’Amérique centrale, c’est le crime au quotidien, le crime dans le désordre pour des profits ridicules, la violence gratuite ou insensée qui tue 12 personnes par jour dans la seule ville de San Salvador. Qui s’occupe du premier péril, qui est le crime au quotidien ? On ne s’occupe pas du premier péril, parce que, bien sûr, il faut régler le problème de la drogue. La drogue est prioritaire. Qui en a décidé ainsi ? Pourquoi en a-t-on décidé ainsi ?

Le monde – USA en tête – a décidé que la drogue était une terrible menace. Une menace assez grave pour qu’on y consacre la plus grande part des ressources des corps policiers du monde entier, pendant que d’autres crimes prolifèrent dont les victimes, elles, ne sont pas consentantes. Pourquoi cette aberration ? Qu’est-ce que la drogue a de particulier ?

Le propre de la drogue, c’est qu’elle crée un désir violent, irrésistible, insatiable, une assuétude ­ un marché totalement captif – et que, simultanément, elle ne coûte presque rien. Rien n’est donc plus profitable que la drogue La drogue, au palier des plantations de coca et de pavot, ne coûte presque rien. Celui qui la cultive, en Bolivie, en Afghanistan ou en Birmanie, n’en tire qu’un profit ridicule. Tout l’argent que procure la drogue est fait entre le moment où la nature a déjà fait sa part et le moment où le drogué pourra enfin l’obtenir. Tout le profit est dans le transit

Qui fait ce profit ? Une chaîne de distribution qui va du transporteur local au transporteur international (mule), à l’importateur, aux grossistes, aux distributeurs, aux petits revendeurs. Tous ces gens se partageront — très inéquitablement — environ 700 milliards de dollars par année. Le plus clair de cet argent reste aux mains de l’importateur et de grossistes: le « crime organisé ». Une partie significative de cet argent est ensuite distribuée aux politiciens, pour que la drogue demeure illégale, et aux corps policiers et militaires dont on achète la complaisance. Les autres intervenants n’en sortent que des broutilles.

Ceux qui y gagnent y gagnent beaucoup. Ils ont le pouvoir ou sont très prés du pouvoir. Le but de la guerre à la drogue est-il donc vraiment que les drogués ne se droguent plus, ou ne veut-on pas plutôt qu’ils refilent 700 milliards de dollars par années à qui de droit ? « À qui de droit » étant des politiciens véreux, des policiers corrompus et autres bandits de toutes sortes ?

Rien n’est sûr, mais bien des indices laissent rêveurs. Khun Sa, le roi du Triangle d’Or, aujourd’hui à sa retraite, mais alors le plus important producteur d’opium du monde, a publiquement offert en 1989, au gouvernement des Etats-Unis, de lui vendre sur pied toute sa récolte de pavot, libre a celui-ci de la détruire s’il le voulait. Il l’offrait au prix que lui-même en retirait, avant que ne commencent le transit et les prises de profit : même pas 5 % du prix de cette drogue sur les trottoirs de New York. Cette offre a été rejetée, bien sûr

Pourquoi a-t-on rejeté cette offre ? Si le but de la guerre à la drogue était vraiment d’empêcher les drogués de consommer, ne l’aurait-on pas acceptée ? Veut-on vraiment que cesse le trafic de la drogue ? Rien n’est moins sûr.

La guerre à la drogue est évidemment une entreprise rentable pour ceux qui en profitent, mais elle offre aussi d’autres avantages. D’abord, elle canalise les pulsions criminelles. Ce qui est d’une grande utilité, car le crime a un brillant avenir. Pour des milliards d’humains qui n’ont AUCUNE autre façon de se sortir de la misère, vivre du crime semble la seule solution. On ne devra pas s’étonner si de plus en plus de gens prennent cette voie. L’effroyable inégalité qui prévaut dans le monde ne peut que ramener une grande partie du monde au désordre et faire le lit d’une criminalité qui s’installera partout.

Le crime devient pour beaucoup une dernière chance, une lueur d’espoir. Le crime pour survivre, mais aussi, pour les doués et les ambitieux de pays pauvres qui n’ont pas joui de bonnes conditions de départ, le dernier chemin qui leur soit ouvert vers le pouvoir et la richesse. Or, il y a crimes…. et crimes. Vendre une poudre blanche ou brune à qui en veut n’est pas la même chose que d’arraisonner un paquebot et de massacrer les passagers pour les dépouiller, ou de prendre des enfants en otages et de jeter les corps aux ordures quand on a touché la rançon

Quand le crime est là pour rester, il n’est pas sans intérêt qu’il existe des crimes plus rentables que les crimes crapuleux. En luttant contre le trafic de drogues, on en assure la rentabilité. Quiconque veut vivre en marge de la loi serait bien bête de se livrer à quelque autre crime que le trafic de la drogue, car c’est de ce trafic, en prenant certains risques et en étant intelligent, qu’il obtiendra le plus pour ses efforts.

Si on exclut les fraudes informatiques, qui attirent une tout autre « clientèle » et ne suscitent pas non plus la même aversion que la prostitution des enfants, il ne reste que les marginaux, les pervers et les imbéciles pour préférer les crimes de violence traditionnelle au commerce de la drogue. On simplifie le maintien de l’ordre public. Ce serait un jour faste, au Guatemala et ailleurs, si tous les « mareros » cessaient leurs autres exactions et se limitaient au trafic de la drogue. Espoir irréalisable, bien sûr, ils n’ont pas le talent et le marché n’est pas là. Mais il faut comprendre que le commerce de la drogue n’est PAS le pire des crimes… et que, quand on lutte contre ce commerce, il nest pas nécessaire de reussir pour avoir fait oeuvre pie.

Le trafic de la drogue est dur. Il sépare donc les petits criminels des grands. Ceux qui y réussissent sont l’aristocratie du crime. La crème de ceux qui veulent vivre en marge de la loi. En rendant si attrayant le trafic de la drogue, on canalise la criminalité vers la transgression de cette prohibition et l’on s’assure que la plus grande part de la violence aura lieu entre les criminels eux-mêmes, et non entre un criminel et une victime innocente.

Autre avantage non négligeable, la rentabilité du trafic de drogues en fait un rite de passage et un passage obligé pour quiconque n’accepte pas sa pauvreté et l’ordre établi. Toute société qui veut évoluer et survivre doit accepter au sein de sa classe dirigeante les meilleurs de ses plébéiens et de ses déshérités; c’est ce qu’on appelle l’adjonction des compétences. Quand le crime devient une voie vers le succès, il produit aussi ses gagnants, ses candidats à la respectabilité, comme la contrebande du rhum a produit ses milliardaires.

Est-ce par inadvertance qu’on a laissé ainsi le trafic de drogue comme une brèche, dans les défenses qui protègent le Système de l’accès des péquenots à la richesse ? N’est-ce pas plutôt pour que s’y engouffrent tous ceux qui, autrement, pourraient prendre la muraille d’assaut ? Et si on fait tout pour rendre le passage difficile, c’est évidemment pour faire monter les prix de la drogue, mais n’est-ce pas aussi pour que l’épreuve d’en faire le trafic ait valeur de test et que ceux qui complètent le parcours du guerrier soient peu nombreux, mais admis alors sans ambages dans le cercle des gagnants ?

Le vrai but occulte de la guerre à la drogue n’est-il pas d’offrir une voie vers la richesse à ceux qui, ayant l’intelligence et l’audace et n’ayant pas d’autres façon de s’en sortir, auraient pu en d’autres temps faire des révolutions ? Pourquoi faire une révolution si, éduqué dès l’enfance à un pur égoïsme par un système qui est la négation de toutes les valeurs, on peut si bien tirer son épingle du jeu et vivre bien peinard en ce monde, en faisant le fric que procure le trafic de la drogue ? Beaucoup de ceux qui, à une autre époque, auraient contesté le système social pour satisfaire une volonté de puissance personnelle, sont aujourd’hui récupérés par le trafic de la drogue. Neutralisés.

700 milliards de dollars de profit, un espoir pour ceux qui n’en ont pas d’autres… et l’émasculation des contestataires vraiment dangereux. Trois « bonnes » raisons de mener la guerre à la drogue. Il serait bien naïf d’en chercher une autre, comme de penser que cette guerre cessera sans qu’une large prise de conscience n’y mette fin. Est-on même sûr, d’ailleurs, qu’il serait opportun qu’elle cesse avant que l’on n’ait apporté un peu plus de justice en ce monde et donc une vraie solution à l’essor de la criminalité ?

Pierre JC Allard

145. La drogue sous contrôle   06.12.02

Nous avons parlé fréquemment sur ce site de cette colossale escroquerie qu’est la guerre à la drogue. Nous avons montré ce qu’elle cache ( La brèche), une duplicité qui n’est pas bête, mais qui force à se poser des questions. Est ce qu’on ne pourrait pas arriver au même résultat, de façon plus satisfaisante et beaucoup moins coûteuse, en utilisant simplement pour lutter contre la criminalité ordinaire – et contre la contestation, si celle-ci prend une forme délinquante – une fraction des ressources que l’on consacre aujourd’hui à jouer au cow-boy avec les trafiquants à travers le monde ?

Faut-il vraiment enrichir de 700 milliards par années les éléments les plus nauséabonds de la société ? Il faudrait trouver une alternative à la guerre à la drogue, car comment peut-on éviter cette question tout simple, que l’État n’a de toute façon aucun droit à venir dire à un adulte qu’il peut ou ne peut pas d’absorber une substance quelconque. De quoi je me mêle ? Qui en a décidé ainsi ? Pourquoi ? Il faut que soit légalisée la consommation de toutes les drogues.

Il ne s’agit pas de savoir si la drogue est bonne ou mauvaise pour la santé ; le tabac, l’alcool, le café ne sont pas bons pour la santé. La pollution qui sort des tuyaux d’échappement des centaines de millions de voitures qui circulent sur les routes n’est pas bonne pour la santé. Bien sûr, la drogue est essentiellement nocive et il faut prendre toutes les mesures possibles pour que n’y aient pas accès les mineurs et incapacités mentaux, mais quand on parle d’adultes, toute prohibition qui ne protège pas les droits d’autrui est intolérable.

Chaque individu majeur et sain d’esprit doit avoir le droit inviolable de consommer ce qu’il veut. Comment concilier ce droit avec la volonté sociale bien justifié que la drogue ne devienne pas un pilier de notre culture ? Comment éviter, surtout, quand on légalisera l’usage des drogues dites « dures », la diffusion intempestive de leur consommation au sein de la population, en simple réaction à la prohibition dont elles ont fait l’objet. Une diffusion d’autant plus pernicieuse qu’une assuétude peut être vite créée ?

On peut contrer ce phénomène, si on exige que quiconque veut acheter et consommer légalement ces drogues ­ essentiellement les opiacés – obtienne un permis à cet effet. Un permis qu’on lui accordera sans discussion, mais qui ne lui permettra de s’en procurer que dans des boutiques de l’État et à la condition de les consommer sur place. Quiconque a son permis devrait pouvoir se présenter à une boutique de l’État et acheter la drogue qu’il veut, mais il ne doit pas quitter les lieux avant de l’avoir absorbée. La drogue ne doit pas circuler.

Évidemment, il est ennuyeux de devoir passer à la boutique pour se procurer une piqûre d’héroïne, mais le narcomane qui en a vraiment besoin ne reculera pas devant cet effort. Celui qui refusera cet effort, ce sera celui qui n’en n’a pas besoin. Celui qui veut essayer. Inutile de lui faciliter l’expérience.

La possession d’une drogue dure à l’extérieur d’un local prévu pour sa consommation ne devrait pas mener à une peine de prison, mais à une amende sévère. Celui qui payera 500 $ d’amende, parce qu’il ne s’est pas rendu à la boutique de l’État où il aurait pu obtenir sa dose pour deux dollars, y songera avant de refaire cette erreur.

Quiconque a son permis et veut un « fix » devrait pouvoir l’avoir immédiatement à crédit. On ne joue pas avec les dépendances. Il n’en aura pas un autre, cependant, avant d’avoir réglé son dû. Comme il s’agira d’un montant insignifiant, le seul qui ne pourra pas faire face à cette obligation sera celui que sa drogue aura amené à un état de turpitude tel, qu’il ne peut plus disposer du moindre revenu.

Celui qui se présente à une boutique sans avoir le prix de ce qu’il a déjà consommé et en redemande n’est plus fonctionnel. Il est devenu un danger social. Son manque est donc satisfait sur le champ, mais il est aussi mis sous arrêt et envoyé immédiatement en centre de désintoxication. L’ordre de cours pour sa cure fermée est automatique et il n’y a pas d’exceptions.

Il ne sera pas en milieu hostile, car quiconque en fait la demande doit pouvoir aussi être admis de son plein gré et gratuitement en centre de désintoxication, d’où il doit simplement accepter à l’entrée qu’il ne recevra son congé que lorsque, de l’avis des experts du centre, il sera désintoxiqué. Assez libre de sa dépendance pour faire un libre choix.

Celui qui y est assigné par la loi, comme celui qui va de son propre gré en désintoxication, en sort libre. Rien ne l’empêche de recommencer le lendemain, mais il aura eu sa chance…. et au besoin, il en aura d’autres. Meme s’il le fait cinq fois, dix fois, cent fois, il sera un fardeau pour la société, mais ce fardeau sera bien plus léger que celui de maintenir en place les forces policières requises pour tenter vainement de l’empêcher de consommer Et on aura substitué la liberté et la notion d’aide à l’intrusion de l’État et aux prohibitions.

En parallele à cette démarche d’accès contrôlé à la drogue – et de réhabilitation forcée dans les cas extrêmes – il faut mettre en place une politique d’information. Mettre en placea, aussi et surtou, une politique de conditionnement pour inculquer aux enfants, dès leur plus jeune âge, un profond dégoût de la drogue. Conditionnement ? Ne jouons pas les vierges offensées ; toute éducation est un conditionnement.

En légalisant toutes les drogues, mais en ne permettant l’usage des drogues « dures » que sous controôe, dans un cadre où le plein consentement de l’usager à en accepter les effets nocifs ne fait aucun doute, on fait tout ce qui est acceptable pour que le nombre reste gérable de ceux qui ont besoin d’une béquille pour vivre, mais on respecte la liberté individuelle.

Cette liberté n’est pas négociable. Personne n’a le droit de disputer à un autre être humain la béquille dont il veut s’aider pour faire face à sa condition humaine.

Pierre JC Allard

146. En intermède: Mickey Mouse   06.12.09

Quand j’étais étudiant en Droit, ce qui historiquement se situe quelque part entre maintenant et les dernières croisades, une guinguette à la mode nous disait que Mgr Maureault, recteur de l’université, ressemblait à son père, son père à sa mère… et sa mère… Bref, Mgr Maureault n’était pas beau. En fait, Mgr Maureault n’était pas laid ; il avait l’air d’un évêque, voilà tout. Mais, pendant qu’on parlait de la gueule de Mgr Maureault, on ne parlait pas des frais de scolarité, on ne disait pas que 4 % seulement des Québécois avaient accès à l’éducation universitaire et que, sans fric au départ, ils étaient fichus. La tronche de Mgr Maureault avait une utilité sociale. Elle gardait les carabins tranquilles.

Ceux qui disent, aujourd’hui, que Stéphane Dion a vraiment l’air de sa caricature, et que lui enlever ses moustaches de rongeur, c’est le réduire à rien, sont les victimes en puissance du même phénomène de manipulation qui permane toute la société actuelle. On ne devrait pas dire que Stéphane Diane n’est pas beau. On ne devrait pas dire qu’il a l’air d’un rat. On s’écarte du problème… On oublie l’utilité sociale. Est-ce que Dion peut garder les Québécois tranquilles ?

Il faut dire que Stéphane Dion, quelles que soient ses autres qualités, est totalement atypique. Il est le « non-québécois » emblématique. Tout ce qu’est Stéphane Dion, c’est ce que le Québécois n’est pas. Ça commence, mais ça ne s’arrête pas, avec ces invisibles moustaches que le caricaturiste a rendues plus ostentatoires en les lui coupant. Dion entre donc dans une souricière sans en sentir les parois.

Nous avons, au Québec, à peu près une personne sur deux qui réclame l’indépendance. De ces gens, la moitié la veulent pour vrai, les autres préférant en parler, se demandant jusqu’où ils peuvent aller trop loin en votant oui, alors qu’au fond, ils veulent non. On est normand; on négocie, on prend des risques. Le meunier achètera le manoir bon marché…

De ces deux Québécois, dont l’un veut l’indépendance, l’autre veut surtout que rien ne change. Celui-ci est un Québécois repu pour qui tout va bien — il y en a plusieurs — ou l’un de ce million de Québécois ambigus qui vivent parmi nous, mais qui ne font pas tout à fait partie de la famille, cette « nation québécoise » que vient de nous définir Stephen Harper. Stéphane Dion est délégué par ces derniers pour convaincre les premiers de changer d’avis. Faites-moi rire !

Il est clair que Stéphane Dion ne convaincra personne de changer d’avis. Si vous êtes un inconditionnel de l’indépendance, il n’y a qu’un choix : le Bloc. La question est donc de savoir si, parmi les Fédés repus ou ambigus, qui eux non plus ne changeront pas d’avis, un nombre suffisant seront assez impressionnés par la fermeté de Dion pour arrêter le marivaudage avec Stephen Harper et revenir au foyer libéral. La réponse probable… est que c’est bien improbable.

Ce que Dion, le Québécois atypique, ne peut comprendre et ne pourrait de toute façon changer, même s’il le comprenait, c’est que l’attachement à Ottawa, au Québec, n’est vraiment viscéral que dans quelques rues de Westmount, de d’Arcy McGee et du West-Island. Pour la vaste majorité des « Nous-autres », même fédéralistes, c’est un choix de raison. Quand il y a une bonne raison, on la voit tous … et le Québec tout entier se précipite en masse dans une seule direction. C’est ce qui donne au Québec son pouvoir politique au sein du Canada. Or, il est bien difficile pour Stéphane Dion de se déguiser en bonne raison.

Si, in extremis, les sondages nous disent que le reste du Canada adore Harper Alea jacta est ! Dion est un « loser », Dion est cuit. On l’assimilera alors gentiment à Mickey Mouse. Pensons pouvoir. Le ciel est bleu, votons conservateur. Les indécis du « beau risque » basculeront avec la vague bleue – on est normand, n’est-ce pas ? – et c’en sera fait de Stéphane Dion au Québec.

Si, d’autre part, le reste du Canada aime Dion, on va humer avec suspicion, au Québec, l’odeur de soufre que dégage la trahison implicite du franco-canadien Dion qui pactise avec l’ennemi héréditaire. « Qu’est-ce que ce rongeur que je ne saurais voir ? Il faut appeler un chat, un chat, n’est-ce pas ? Dion ? Qu’il en gagne une, on verra après…. » C’est Duceppe, sans avoir rien fait pour ça, qui apparaîtra messianique et fera alors le plein des indécis, faisant gagner Harper de tous ces sièges que Dion n’aura pas obtenus au Québec, parce que le Bloc les aura pris.

Dion peut-il gagner ces élections ? Se demander si Dion peut les gagner n’est pas tout à fait correct ; il serait plus exact de se demander si Harper peut les perdre. L’Afghanistan, le mariage des gais, le contrôle des armes à feu, Kyoto, l’aplatventrisme face aux Etats-Unis… Il y a bien des choses que Harper peut faire pour perdre. Mais il n’en tient qu’à lui. Stephen Harper peut offrir habilement aux Canadiens quelques concessions et être élu, ou ne pas les offrir et être battu. Ce que Stéphane Dion fera ou ne fera pas, au contraire, n’a aucune importance. Il est la quantité résiduelle, celui pour qui l’on vote si on n’aime vraiment pas Harper.

Dans ce contexte, l’accession de Stéphane Dion à la chefferie du parti libéral, n’est pas un drame, juste un inconvénient. Il ne va pas se démarquer par ce qu’il signifie, mais par son insignifiance. Attention, je ne dis pas que Stéphane Dion, comme l’individu, soit insignifiant ; il ne le mérite sans doute pas. Ce n’est pas l’homme qui est insignifiant, c’est le rôle qui lui est dévolu. Mais c’est lui qui a fait sa vie et qui maintenant se choisit ce rôle.

Bien sûr, Stéphane Dion peut gagner ces élections. Il peut les gagner en Ontario… Mais, s’il ne livre pas le Québec, il aura joué son rôle, mais n’aura pas fait son boulot. Les carabins vont chahuter, et ses jours au parti libéral sont comptés. On l’aura passé en intermède, mais on ne lui donnera pas la vedette. Kennedy, Cauchon, McKenna, bientôt Justin, c’est une autre histoire. Ce qui importe, ici, c’est que le rôle va façonner l’individu ; il nous aurait fallu un personnage qui façonne le rôle.

Ce qui est désolant de son accession à la tête du parti libéral, c’est qu’elle bloque la sortie de secours. Il n’y a rien, dans cette élection fédérale, qui offre au Québécois une option réaliste qui corresponde à ses choix. Rien qui permette une politique internationale sans l’interventionnisme et une politique intérieure basée sur la tolérance. Le NPD, qui aurait pu monter en puissance, est maintenant neutralisé par la création sur sa gauche des Verts, dont l’apparition est trop utile à la droite pour qu’on ne se demande pas qui, tout à coup, a financé ce parti. Ça aussi, c’est une autre histoire.

Tout devient tellement prévisible, tellement superficiel, tellement manipulé au Club House, entre deux cigares, qu’on se demande si les chevaux devraient même se rendre à la ligne de départ. Vont-ils vraiment courir ? Celui qui dirigera le Canada – ce pays auquel nous appartenons, qu’on le veuille ou non — ­ ne sera élu que sur la base d’une manipulation de dernière minute, décidée par des stratèges que n’intéressent vraiment, ni le Québec ni le Canada.

Dommage. La politique devrait être importante. Les élections devraient être un moment important de la vie d’une nation. De la politique, qui devrait être une activité de participation, on a accepté qu’on fasse un sport-spectacle qui ne demande rien du spectateur. Dites oui ou dites non. Applaudissez. Taisez-vous. On ne sait plus trop pourquoi s’y intéresser. D’ailleurs, la plupart ne s’y intéressent plus.

Je déplore qu’on ne s’intéresse pas à la politique. Nous avons la politique que nous méritons. Les outils de changement sont pourtant encore là. Voyez comment une campagne relativement discrète a permis, qu’on le regrette ou non, l’arrivée d’André Boisclair à la tête du PQ ! Nous avons le contrôle sur notre destinée que nous voulons. Avant que les manigances et les manipulations du pouvoir commencent, c’est nous qui vendons notre droit d’aînesse. Mickey Mouse n’était pas incontournable.

Pierre JC Allard

147. Des excuses, des excuses…   06.12.17

Un comédien américain bien connu, membre en règle de l’équipe Seinfeld, une création télévisée américaine qui n’a pour rivaux dans son insignifiance que les soap-opéras brésiliens, vient de se mettre dans une position difficile. Assumant le rôle, sans doute trop lourd pour lui de « stand-up comic », il a apostrophé un Noir de l’audience qui lui cherchait des poux en le traitant de « nigger », ce qui ne peut guère se traduire que par « sale nègre ».

Horreur et abomination ! Pendant six jours, le réseau Fox, rejoint après quelques heures d’hésitation par son rival CNN, n’a pas cessé d’en parler. Comment, dans cette société américaine présumée d’une totale égalité raciale, ce comédien a-t-il osé traiter de sale nègre quelqu’un qui l’enguirlandait !

Je ne pense pas qu’il faille traiter qui que ce soit de sale nègre. C’est une grossièreté. Un manque de civisme. Quelque chose que je situe avec la mauvaise habitude de se gratter les fesses ou de se curer l’appendice nasal en public. Cela étant dit, l’insistance des réseaux de nouvelles américains à en parler ad nauseam me chagrine, comme une autre preuve de cette plongée des USA dans la bêtise.

Vous n’allez vraiment rien d’autre à dire ? Ah oui, c’est vrai, j’oubliais : on a tout de même interrompu la couverture de l’affaire « nigger », pour nous donner tous les détails de la petite tumeur cancéreuse enlevée de la jambe gauche de Laura Bush, épouse de Georges W. bien connu dans le milieu. Cette intervention sur la femme du président a été miraculeusement découverte par un journaliste aux aguets qui a remarqué durant une réception, ce petit bout de sparadrap à sa jambe. Qui a bien pu oublier là ce morceau de sparadrap… Ça fait de la nouvelle.

Ça n’a pas duré. L’humiliation du nègre de services a vite pris le pas sur la petite inquiétude dans la vie de Laura Bush. L’insulte faite au Noir a créé un suspense. Ce comédien, il s’excusera où ne s’excusera pas ? S’excusera-t-il assez ? Ses excuses seront-elles suffisantes ? On a aujourd’hui l’excuse bien facile. J’avais déjà remarqué, lors de la dernière campagne électorale au Canada, que tous les partis politiques, sans exception, avaient demandé à tous et chacun de leurs adversaires de s’excuser de quelque chose. Il semble que l’on marque des points à réclamer des excuses.

Aux USA, c’est Kerry, le candidat démocrate malheureux à la dernière élection présidentielle, qui a mis son pied dans sa bouche, en disant qu’il ne fallait pas être bien doué pour aller se faire trouer la peau en Irak ! Insulte, bien sûr, à la glorieuse armée américaine. Allez, hop ! .. Des excuses ! « Que non ! » – de dire Kerry ­ « je voulais dire plutôt que le Président n’avait pas été très doué d’y envoyer des soldats ». – « Ah bon, puisque vous le dîtes…. Pourriez-vous, alors, vous excuser de ne pas avoir dit ce que vous vouliez dire ? » – « Peut-être, je vais y penser, mais vous ? Vous devriez vous excuser d’avoir pu penser que j’aurais pu vouloir le dire … »

A-t-on insulté le Président ­ ce qui est acceptable en politique américaine — ou le soldat américain, ce qui ne l’est pas ? L’exégèse suit son cours… Si Kerry, disant précisément ce qu’il avait en tête quand il s’est enfargé dans le texte qu’on lui avait préparé — et fait ce lapsus tout à fait freudien! –, avait rétorqué que ça s’appliquait à tout le monde, il aurait indubitablement commis un suicide politique. La rectitude politique obligeant, cependant, il a si bien expliqué que ça voulait dire n’importe quoi, ou ne rien dire du tout, qu’il a réussi à prouvé à tout le monde qu’il était un imbécile. Un de moins dans la course pour la prochaine… Sa mort politique n’a pas été un suicide, cependant, il est resté politiquement correct jusqu’à son dernier commentaire

Qu’est-ce que c’est que cette façon de s’excuser de tout et de rien ? On a insulté quelqu’un, on s’excuse, ca va se soi. Mais pourquoi Kerry devrait-il s’excuser de ce qu’il pense des G.I ? Est-ce que la liberté d’opinion cesse, quand on ne pense pas que du bien de quelqu’un ? Pourquoi est-il devenu indécent d’avoir une opinion, quelle qu’elle soit, dont on semble s’être mis tacitement d’accord qu’elle ne devrait pas être exprimée ? On ne devrait avoir aucun préjugé ethnique, racial ou religieux, mais je pense que ceux qui en ont doivent avoir le droit de le dire, comme ils ont le droit de dire tout autre bêtise. L’insulte n’est pas acceptable : les tribunaux sont là pour en obtenir réparation. Mais viser le préjugé derrière l’insulte est inepte.

Est-ce que l’on croit que ça nous fera une société plus forte, un débat social plus sain, si l’on demande à tous ceux qui ne sont pas d’accord de cacher pudiquement ce qu’ils pensent ? La solution à tous les préjugés, c’est d’abord de les débusquer. C’est ensuite de les confronter au bon sens et à la réalité. Je ne vois pas l’intérêt de faire du monde une société victorienne où toutes les turpitudes ont cours, mais dont aucune n’est avouée et où l’on rougit d’un mot à quatre lettres.

Cette hypocrisie ne peut mener qu’à une explosion brutale des préjugés qu’on a cachés. C’est la politique de l’autruche. Une concession à la façon de penser, qui mène au désastre, de croire qu’on a réglé les problèmes de la réalité quand on a dit qu’ils n’existaient plus. L’excuse en trop facile. L’habitude de demander des excuses est néfaste. Si les Noirs de New Orleans avaient été traités souvent de « niggers » par les habitants de Gretna, ils n’auraient pas cherché à y trouver refuge après Katrina… ou ils s’y seraient présentés autrement mieux préparés ! Quand les digues craquent

Je pense, pendant qu’on y est, qu’on y gagnerait si quelqu’un tranchait le noeud gordien de l’hypocrisie et que chacun appelait une casserole, une casserole. Pas une « sale » casserole, ce qui est déplacé, mais une casserole. Je crois que le premier qui dira, même crûment, quelque chose de vrai, qui dira non seulement que le roi est nu, mais qu’il devrait remettre ses mains sur la table, se rendra bien sympathique. Suis-je naïf ?  Je ne crois pas… Je crois qu’il y a un phénomène de pendule et que, lorsqu’on a dit assez de niaiseries, une demande populaire se manifeste pour que l’on dise quelque chose qui soit clair et honnête. Il y a une loi des moyennes qui devrait bientôt jouer en faveur de la sincérité.

Chacun devrait faire sa part pour qu’on parvienne à la tolérance, mais il y a rien à gagner à prétendre que nous y sommes déjà, alors qu’il reste encore tant de chemin à parcourir. Voyons plutôt franchement ce chemin qu’il reste à faire. C’est une erreur – et une tare pour celui de qui s’en glorifie – de porter un jugement de valeur global sur une ethnie, une race, une religion. On peut le lui reprocher, on doit certainement prendre les mesures nécessaires pour que personne n’en soit victime, mais lui demander de ne pas en parler me semble bien malhabile.

Ce faisant, on augmente la hargne. On prépare l’explosion. Le monde irait peut-être mieux si, au lieu de faire semblant de tous s’aimer — ce vers quoi l’on doit tendre, mais a quoi l’on n’est pas encore parvenu — on avouait simplement qu’on n’a pas tous les atomes crochus qu’il faudrait et que, parfois, l’on ne se sent pas à l’aise avec quelqu’un qui est « différent ». Nous avons des travers et de mauvaises habitudes; la faute à papa ou à grand papa. Prenons en acte.

Si le Christ revenait écrire dans le sable le nom des intolérants, il resterait bien peu de gens pour lapider… Ne nions pas nos préjugés, mettons les sur la table. Pas pour les défendre, mais pas non plus pour s’en excuser. Juste pour en faire le constat, faire ce qu’il faut pour que nous vivions dans un monde meilleur qui tienne compte de nos imperfections et permettre à l’État de faire son travail de justice.

En attendant que la tolérance soit partout, en effet, il y a un inévitable jeu de pouvoir, un jeu de pouvoir auquel ce n’est pas toujours celui qui a raison qui gagnera, mais où il gagnera certes plus souvent, s’il sait au moins qui sont ses adversaires et ce qu’ils pensent vraiment. C’est à la société de veiller à ce que le bon droit triomphe, éclairons-la. En avouant nos préjugés, on permet qu’on corrige mieux les conséquences de cette intolérance.

Comme société, nous avons des obligations à respecter. Respectons les. Quand on cache et qu’on fait semblant, cependant, on ne règle rien. Disons nous franchement que parfois l’on ne s’aime pas les uns des autres; on aura déjà fait une bonne partie du chemin vers la compréhension. Après la compréhension, la tolérance. Après la tolérance, l’amour. Allons-y dans l’ordre.

Pierre JC Allard

148. Ségolène… Royalement!   06.12.23

« Ça, je m’en fiche… royalement ! »… C’est la réponse que Hassan II du Maroc avait donnée en direct, à l’interviewer de TF1 qui lui demandait des commentaires sur les critiques que faisaient ses adversaires de la façon un peu cavalière qu’avait Hassan d’emprisonner ses opposants et de perdre la clef. La petite hésitation qui soulignait qu’il était le roi et qu’être roi doit vouloir dire quelque chose, prouvait que Hassan II, qu’il ait été ou non un homme de coeur, était un homme d’esprit. On peut aimer ou ne pas aimer ce que Hassan II a fait du Maroc, mais il a maintenu une politique de fermeté et d’intelligence. Une politique de roi.

Je ne serais pas surpris qu’un jour Ségolène nous dise aussi qu’elle s’en fout royalement. Ségolène, qu’elle soit ou non une femme de coeur, est aussi une femme d’esprit. Elle a peut-être laissé son coeur à gauche, on verra bien, mais sa tête s’est déplacée au centre. Là où l’on peut être élu. Ce faisant, elle fait faire un pas de géant à la politique française, qui se transforme pour devenir un jeu de société à l’américaine. La politique en France va cesser d’opposer deux visions de la société entre lesquelles on choisit, pour accepter qu’il n’y a plus qu’une politique, dont on présume qu’elle fait consensus et dont on se borne à décider qui la réalisera.

La voie de l’avenir… Pourquoi la voie de l’avenir ? Parce que la société et la technologie qui la sous-tend sont devenues tellement complexes, que l’interdépendance entre les acteurs rend un nombre croissant de gens indispensables. Des gens indispensables doivent être gardés heureux. Il ne faut pas les contredire. Ce qu’on voulait obtenir depuis des lustres, au nom des grands principes de la fraternité humaine, nous est donc finalement donné sans discussions à un niveau beaucoup plus pragmatique. Tout le monde est nécessaire, on ne peut donc gouverner que par consensus. En plein centre. Au métacentre du navire, là où s’équilibrent les poids politiques et les pouvoirs.

Ce qui ne signifie pas que l’on doive consulter ceux qui ne sont indispensables, surtout ceux dont la bonne volonté n’est pas nécessaire à l’accomplissement efficace de leurs tâches. Ce qui ne signifie pas, non plus, que l’on ne puisse pas, pour obtenir son accord, manipuler sans vergogne par la promesse, la menace, le pur mensonge, le groupe en expansion des indispensables, mais, au bout du compte, il faut un consensus. Tout ce qui est important doit faire consensus, car il suffit de bien peu de mécontents pour que la machine arrête. Sans crier gare, sans qu’on sache même qui l’a arrêtée.

Et ce qui ne fait pas consensus ? Ce qui ne fait pas consensus, par définition, est de moindre importance. La société ne s’en occupe donc pas. Elle privatise. Chacun fait à sa tête. La société arbitre entre les intérêts privés, dans la mesure où cet arbitrage est nécessaire, c’est-à-dire quand la force relative des parties n’est pas si disproportionnée que ces conflits se règlent par simple intimidation, sans que la société ait même à s’en mêler. Le gouvernement qui agit de cette façon n’a pas à se rendre impopulaire. S’il manipule bien, il peut même devenir extrêmement populaire.

Mais s’il ne plaisait plus ? Tout passe, tout lasse, bien sûr, mais dans une politique de consensus, pas de problème. Le gouvernement qui ne plait plus passe la main à un gouvernement copain qui a encore une virginité et qui appliquera la même politique. La même politique, de ne rien changer que lorsque la technologie l’exige et de ne faire quoi que ce soit que si une vaste majorité de la population est d’accord. Il faut obtenir un consensus. Si le peuple dit non ­- ou pire, oui et non ! – il faut le lui demander encore, autrement. Jusqu’à ce qu’il ait dit oui. Jusqu’à ce que l’on ait un consensus. La voie de l’avenir.

Bon ou mauvais ? Progressiste ou rétrograde ? Tout dépend de la façon dont le dossier est traité. Tout ce qui exige un consensus est, par nature, plus conforme à la démocratie et sans doute plus respectueux des libertés humaines. Une plus grande interdépendance ne peut mener qu’à une plus large solidarité. On revient au socialisme idéaliste. Ça, c’est le côté jardin

Mais il y a le côté fermé. La vue sur le mur en béton. Car, évidemment, le club n’est ouvert qu’à ceux qui sont « utiles », les eupatrides de la société-qui-tourne-comme-une-montre. Les autres sont simplement exclus. 80 % de l’humanité est exclue. Le quart des travailleurs des pays développés est aussi exclu. Évidemment, avec le temps, avec la complexité croissante, le nombre augmentera de ceux qui sont indispensables. Le soleil brille à l’horizon. On revient au communisme idéaliste. Encore quelques générations et ça y est ! Entendez-vous demain chanter ? En attendant, gouverner par consensus, n’a que la valeur de ce sur quoi on fait consensus.

Ségolène fait consensus. Elle ne dit que les choses qui plaisent. Ses réponses sont toujours satisfaisantes. Ce sont les questions, parfois, qui ne sont pas satisfaites, mais, si l’on y regarde bien, ce sont des questions qui ne sont pas au centre du débat. Des questions qui ne sont pas sur le cheminement critique qui va d’où l’on est vers là où nous voulons tous aller. C’est la question qui avait tort. Ségolène ne se laisse pas distraire. Les autres retrouveront le chemin.

Si ce n’était des gens qui n’écoutent pas et qui votent toujours simplement pour qui ils ont toujours voté, distraitement, sans lire les textes en petits caractères, TOUT LE MONDE voterait pour Ségolène Royal. Elle vient de la gauche, parce qu’il faut bien être né quelque part, mais elle est bien partout. Elle est avec tout le monde. Elle incarne le consensus. Il ne reste plus qu’à s’en apercevoir.

Et après ? Après, elle sera élue et zigzaguera avec dextérité entre tous les points où subsistent des contentieux. Mieux, elle élèvera le débat au-dessus des divergences. Au niveau où tout le monde est d’accord. Il y a trois générations, déjà, aux USA, que tout le monde est d’accord. Peut-on penser qu’en Angleterre, à la « gauche » droitiste de Blair, succèdera autre chose qu’une « droite » gauchiste qui en sera indiscernable ?

À vouloir jouer avec des idées, en France, on a pris bien du retard. Si on n’y prend garde, on se retrouvera en queue de peloton, avec la Italiens, qui trouvent encore sportif d’opposer deux visions du monde dans une seule société, alors que ce n’est plus possible. Il faut satisfaire tout le monde. Ségolène va nous faire un gouvernement dont tout le monde sera satisfait. Ceux qui ne seront pas d’accord auront le droit d’être dissidents et de faire eux-mêmes leurs frais tout ce qu’ils veulent, dans la mesure où ils ne troublent pas la paix publique, n’empêchent pas les roues de tourner et ne disent rien de grossier.

Au besoin, mettant à profit l’abondance croissante de notre société, on pourra donner une aide modeste, mais bien ostentatoire à ceux qui nécessitent un petit coup de pouce pour satisfaire leurs caprices. Les Européens devront se donner mille milliards d’euros à courte échéance, pour rééquilibrer la parité du dollar ; il faudra le faire avec astuce. Qui mieux que Ségolène ? Qu’est-ce qu’on peut reprocher à une société qui donne un peu à tout le monde et qui ne demande rien à personne ?

Les conflits sociaux et politiques qui ne peuvent pas être résolus dans les faits le seront au niveau du vocabulaire. La sémantique est le lieu béni de toutes les réconciliations. C’est ainsi qu’on aura une France socialiste, identifiée sans équivoque à gauche, mais avec une politique tout à fait de droite, propre à satisfaire, tout en les fustigeant, tous ceux qui veulent bien mettre un sou dans le tronc des pauvres, mais pas deux.

Ségolène sera élue, elle sera réélue, elle représentera la France avec courage et dignité pour la gauche, fermeté et élégance pour la droite. Elle va ouvrir un nouveau chapitre de l’Histoire de France. Un chapitre où il ne se passe pas grand-chose, mais où tout le monde est heureux. Les grands principes qui font pleurer, ou pour lesquels on veut mourir, prévoyez que Ségolène s’en fichera. Royalement.

N’est-ce pas exactement ce que la France veut ? De toute façon, on est sur cette Terre pour si peu de temps, qu’on peut se demander si ça vaut la peine de défaire ses valises. Je pense qu’il faut aimer Ségolène, elle est le présent et l’avenir prévisible. Mais il faut l’aimer les yeux grand ouverts.

Pierre JC Allard

149. L’Empire barbare… 06.12.31

Tous les hommes sont égaux. « Devant Dieu », s’empressait d’ajouter le Père Debeuklaere, Père Blanc belge au Congo, au début des années 60, juste après l’indépendance, pour bien souligner qu’il voyait tout de même quelques différences, entre nous et les autochtones. Les autochtones qui, tout à fait réfractaires aux cuisinières électriques pourtant toujours en état de marche qu’on y avait laissées, brûlaient sans malice, pour se faire la popote, sur les tapis de Perse, les meubles d’époque des maisons des colons belges qu’ils avaient occupées.

Nous sommes tous égaux, mais il y a des différences de comportement. Toutes ces différences de comportement entre nous et les autres nous les rendent parfois un peu gênants. Égaux mais dissemblables. Plutôt que de s’aventurer dans les terres mouvantes des différences raciales et génétiques, on règle bien des problèmes en se bornant à constater que nous sommes, les uns les autres, de « cultures » différentes. Pour le reste, Dieu reconnaîtra les siens.

Acceptons donc qu’il y a des cultures différentes. Acceptons que nous sommes tous trop obnubilés par les critères de notre propre culture pour porter un jugement objectif sur la valeur de la culture des autres. Cela admis, on peut en tirer deux conclusions. La première, c’est que puisque nous sommes les produits de notre culture, la paix n’est possible à l’échelle globale que si chaque culture ferme pudiquement les yeux sur ce qui, dans les autres cultures, lui semble de pures horreurs. La deuxième, c’est que chacun devrait être ultimement jugé à l’aune de ses propres principes. C’est au vu de ses valeurs qu’il faut décider finalement de ce qui pour lui est bien et mal et donc juger de sa conduite.

La première de ces conclusions nous invite à relativiser. Ainsi, je suis personnellement choqué de penser « cannibalisme », tout en reconnaissant qu’il n’est pas objectivement plus irrespectueux de servir le défunt en côtelette à ses amis que de le réduire en cendres ou de le faire bouffer par les vers ou les oiseaux. De la même façon, je n’aime pas la façon dont certaines cultures traitent leurs femmes et d’autres leurs vieillards. J’espère qu’un jour on verra toutes les cultures accorder à la femme tous ses droits. Cela dit, dans bien des pays musulmans, des partis islamistes qui affirment clairement la sujétion de la femme à l’homme ont remporté des majorités indiscutables, dans des processus électoraux tout à fait démocratiques auxquels a participé une vaste majorité de l’électorat féminin.

Il faut être fier de sa propre culture, sans quoi on n’a pas vraiment de culture. En être fier, soit, mais l’imposer, rien n’est moins sûr. Ne vivrait-on pas dans un monde meilleur, si on laissait les tenants de chaque culture ne passer à la culture voisine, même si celle-ci semble avoir le haut du pavé moral, que lorsqu’ils en ont été convaincus par l’exemple et leur propre réflexion ? Je ne crois pas que les femmes de Kabul et de Bagdad aient été toutes d’accord avec notre façon d’être venus les sauver …

Il est rassurant de se dire que l’on a indubitablement le bon droit pour soi et de rationaliser son bon droit en référence à une loi naturelle transcendante, mais il ne faut pas oublier que notre définition de cette loi naturelle est elle-même le produit de notre culture. Ainsi, il n’a fallu qu’une seule phrase de la Genèse pour que le destin des petits moutons soit d’être transformés en méchouis et il a suffi d’un rêve de Paul de Tarse pour que, chez les Chrétiens, le petit cochon Babe retrouve le chemin de la casserole… Les Hindous, dont le respect de la vie est plus intransigeant que le nôtre, auraient-ils tort de nous interdire d’élever des êtres qui « ressentent » (sentient beings ) pour les tuer et les dévorer ? Si l’Inde avait un jour le pouvoir global dont nous disposons aujourd’hui, trouverions-nous raisonnable qu’elle s’autorise de ses valeurs culturelles pour envoyer un corps expéditionnaire fermer manu militari les abattoirs de l’Occident ?

Que ces abattoirs, objectivement, puissent être vus comme une abomination, de Sirius aussi bien que de Bénarès, n’est pas ici la question à débattre, mais le droit d’une culture à imposer ses valeurs. Ériger des valeurs culturelles en absolus et en faire dépendre son bon droit est une source d’infamie. On ne devrait brûler personne pour sauver son âme, ni le bombarder pour en faire un végétarien ou un démocrate. La paix n’a pas de pire ennemi que la foi. Une croisade au nom d’une culture est une infamie. Dans un monde où la tolérance est la première condition de survie, le croisé n’a pas le bon droit pour lui.

L’invasion américaine de l’Irak a été une bêtise – ses résultats en font la preuve ­- mais il est important de comprendre qu’elle a été une bêtise SURTOUT parce que, déguisée en croisade, elle en est devenue une infamie. On n’a pas le bon droit pour soi quand on décime une population pour changer sa culture. C’est parce que l’Amérique n’a pas le bon droit pour elle, qu’elle est à perdre ignominieusement cette guerre.

Comment pourrait-elle la gagner, quand ceux de ses soldats qui la feraient pour une cause ne voient aucune raison d’y participer, que ceux qui ont une conscience morale n’y croient pas et préfèrent tirer de loin ou de haut, pour ne pas rougir en se voyant la faire ? Sans le bon droit avec eux, ses vrais patriotes font faux-bond à l’Amérique. Ses mercenaires aussi, car qui veut tuer pour une solde s’est aujourd’hui recyclé à profit dans le trafic de la drogue. L’Amérique est à perdre cette guerre parce que, sans héros ni mercenaires, elle ne peut plus mettre au front que des psychopathes, des abrutis et ceux qui n’ont pas le courage de déserter.

L’Amérique pouvait-elle faire pire ? Elle le pouvait en péchant contre les principes de la culture même dont elle se réclame, puisque, nous l’avons dit, nul ne peut jamais être jugé en dernier appel qu’à l’aune de ses propres principes. Or, c’est cette ultime condamnation que l’Amérique est parvenue à se mériter, hier, en faisant pendre Saddam par ses sbires iraquiens, puisque la voie de la culture occidentale est de traiter le mal comme une pathologie et n’accepte donc plus la peine capitale. L’Amérique s’est mise au ban de la civilisation même qu’elle prétend défendre.

L’Amérique s’est vengée du cannibale en le dévorant à son tour, ce qui n’apporte rien à la civilisation, mais tout au cannibalisme. Elle s’est ainsi rendue totalement méprisable. Même l’Angleterre et l’Italie, ses comparses européens les mieux inféodés, dénoncent aujourd’hui l’exécution de Saddam Hussein par l’Amérique. Les images de Saddam, insulté sur l’échafaud, affichant à son exécution la dignité d’un Christ au Prétoire, n’aideront pas les USA devant l’Histoire.

En fait, ce qui restera de cette incursion de l’Amérique en pays arabes, comme des croisades, ce sera une image flétrie de l’Occident. Toute civilisation qui s’étend commet des exactions, mais le pouvoir devrait apporter la mansuétude. Après Auguste, Titus. Le pouvoir absolu qu’exerce l’Occident depuis déjà longtemps aurait dû lui apprendre la magnanimité. Cette exécution du vaincu par le vainqueur, concluant cette invasion barbare en Iraq, vient rappeler que l’Occident n’a pas fait toutes ses classes.

René Dumont l’avait écrit, il y a déjà 15 ans, lors de la première intervention des USA et de ses alliés en Iraq : CETTE GUERRE NOUS DESHONORE ! Comment jugerait-il aujourd’hui notre déshonneur, s’il avait vécu pour voir cette nouvelle version revue et corrigée du film horreur tourné par l’Amérique en Iraq ! NOTRE déshonneur, car c’est en notre nom que cette abomination est perpétrée.

L’exécution de Saddam vient corroborer un comportement, dont Guantanamo est un autre exemple, qui semble indiquer que l’Amérique de Bush, comme jadis l’Allemagne de Hitler, s’est bâti une Weltanschauung différente de celle du reste de l’Occident. L’Amérique de Bush, dans le concert des nations occidentales, ne suit plus la mesure ni le rythme. Peut-on lui permettre, parce qu’elle détient la force militaire, de se réclamer de la civilisation occidentale et de s’en prétendre le leader ?

L’Europe doit prendre ses distances face à l’Amérique. Ce n’est pas une décision facile à prendre, car l’Occident est déjà contesté et une scission entre l’Europe et l’Amérique peut être le point tournant qui mettra fin à la primauté de l’Occident, ce qu’aucun Occidental ne devrait souhaiter. Mais c’est un risque qu’il faut prendre, car autrement, cette primauté ne sera pas seulement mise en péril. Elle sera irrémédiablement perdue.

Perdue, car la gestion d’un monde dont augmente la complexité – et où l’interdépendance et donc le pouvoir de l’individu augmentent constamment ­- exige la collaboration enthousiaste des participants. On ne peut s’y imposer efficacement qu’en obtenant leur libre adhésion et en étant reconnu comme un modèle, comme un exemple, comme le porteur des valeurs qui font consensus. Or l’Amérique n’est plus un modèle acceptable sur le plan des valeurs. L’Amérique n’a pas encore compris, que le pouvoir croissant de l’individu ne permet plus d’imposer une hégémonie qui ne repose pas sur le respect. Le pouvoir de celui qui est méprisé est nul dans un monde d’interdépendance, quels que soient ses armes et son pouvoir apparent, car l’exercice efficace en sera insidieusement contrarié à chaque pas, comme sont nuls l’autorité et donc le pouvoir du général que ses officiers ne respectent pas.

L’Amérique n’est plus exemplaire. Elle inspire aujourd’hui le mépris, alors même que d’autres cultures s’offrent à prendre la relève. Ce que je reproche à l’Amérique, ce n’est pas de vouloir garder sa place à l’Occident, mais de s’y employer avec une telle ineptie que nous en sortirons les perdants, sinon les vaincus. L’Occident ne peut garder son rôle de modèle que si l’Europe se dissocie des agissements de l’Amérique. On ne doit plus prendre pour acquis, ni surtout projeter l’image, d’une alliance monolithique entre Europe et Amérique.

Le refus par la France et l’Allemagne de participer à la razzia sur l’Iraq a été un pas dans la bonne voie. Il faut que les autres Européens fassent aussi le constat que le dernier-né de la famille Occident vit une crise, qu’il lui faudra du temps pour se refaire une vertu et qu’il n’a pas sa place à la tête du clan. Aussi longtemps que Bush et ce qu’il représente ne seront pas extirpés de l’Amérique, permettant que celle-ci redevienne un pays civilisé au sens où nous l’entendons, l’Europe, comme le reste du monde, doit se tenir aussi loin que possible de l’Amérique. Loin d’une Amérique qui se voudrait impériale, mais qui n’est que redevenue barbare.

Pierre JC Allard

150. Maginot et les Murs du Ridicule   07.01 21

«Par dix, par cent, par mille »… Comme Moustaki, Melina Mercouri chantait aussi « Le Métèque » En fait, les « métèques » nous arrivent maintenant par millions et, s’ils étaient Grecs, on n’en parlerait même pas ! Les millions d’immigrants qui nous arrivent sont de culture bien plus différente que ça de la nôtre, de sorte que, tous ensemble au salon, on n’est plus toujours d’accord sur ce qu’on veut voir à la TV. Il se pourrait que l’on sache de moins en moins quelle société l’on veut, ce qui n’améliore pas les chances de la bâtir.

On peut aimer ou ne pas aimer le brassage des cultures; j’en donne souvent le pour et le contre, ailleurs sur ce site. Ce dont je veux parler ici, ce n’est pas des mérites du multiculturalisme, c’est des mesures à prendre pour que le brassage qu’on souhaite soit bien celui qu’on aura. À chaque pays de choisir la teinte de son colorant, mais si on demande blond ou châtain, il ne faut pas sortir du coiffeur rose, cuivre, ni platine.

Il n’y a pas qu’en France que l’immigration cause problème. Aujourd’hui, les Américains sont inquiets. 11 millions de Mexicains et autres Latinos sont entrés illégalement aux USA. Ils y vivent, y travaillent, vont à l’école et payent des taxes. On les a laissé faire, ça faisait bien l’affaire. Mais maintenant, aux USA, on a la teinte qu’on voulait. Stop. On parle d’une politique d’immigration, mais qu’est-ce qu’on fait pour qu’elle soit respectée ? Les Américains vont bâtir un mur…

Pour quelques milliards de dollars, les USA vont mettre, entre eux et l’Amérique des métissés au Sud, un long mur de béton. On pense déjà à bâtir aussi quelques milliers de kilomètres de mur au Nord, à travers forets et Grands lacs pour bien dire où finit le Canada. On aura ainsi complété le dispositif de défense du nouveauYankee Festung. On réfère déjà à la première partie comme à un deuxième « Mur de la Honte »; pour l’oeuvre finie, l’Histoire retiendra peut-être une expression plus juste : les Murs du Ridicule.

Reprenant le vieux couplé de Hara-kiri, on peut dire que ces murs sont bêtes et méchants. Je ne reproche pas en ce cas aux USA d’être méchants – leurs ennemis s’en chargent ! – mais d’être bêtes, ce qui est le problème de leurs amis… Bêtes, parce qu’une digue n’arrête la marée que si elle est étanche. Une muraille n’interdit l’entrée que si toutes les portes en sont fermées. Elle n’est vraiment efficace que si elle est férocement défendue contre tout venant – comme le fut la Muraille de Chine – et si l’on ne peut pas, comme la Ligne Maginot, simplement en faire le tour. Or, qu’on les dise de la honte ou du ridicule, les murs que va bâtir l’Amérique ne rempliront aucune de ces conditions.

Ils ne le pourront pas, parce que des centaines de milliers de personnes DOIVENT chaque jour traverser la frontière entre les USA et le Canada pour leur travail. Des milliers de camions passent aussi du Mexique aux USA, avec tout ce que l’Amérique y fait produire à vil prix, pour le consommer elle-même ou le réexporter à profit. Incontrôlable. Les frontières des USA sont infiniment poreuses et, si on les scelle, l’Amérique étouffe. Une « Forteresse Amérique » est une aberration, ultimement aussi indéfendable que la Festung Europa de triste mémoire.

Les Murs de l’Amérique seront plus longs que la Muraille de Chine. On les verra peut-être eux aussi de la Lune, mais, sur la Terre, ils n’arrêteront personne ; ils ne serviront qu’à vendre quelques hectares d’épures et quelques tonnes de béton. Ils seront la version bushiste de la clôture barbelée texane, pour garder le bétail dans l’enclos et les coyotes à l’extérieur. Une Ligne Maginot, mais même pas fortifiée.

Ces murs n’arrêteront personne, car pour les franchir il suffit de faire un détour. Si on veut vraiment arrêter l’immigration illégale, ce n’est pas en cherchant à colmater les frontières physiques qu’on y parviendra, c’est en verrouillant la structure des services.

Il faut comprendre, en effet, que ce n’est pas à un territoire que l’immigrant veut accéder, mais à une société. Une société perçue, à juste titre, comme un lieu où l’on donne et reçoit des services. Plutôt que d’interdire l’accès au territoire, une mesure pénible et dont l’efficacité est douteuse, c’est l’accès à la structure de services qu’il faut contrôler. On peut ainsi n’admettre dans la société que ceux qu’on choisit d’y admettre.

Ce contrôle est facile. Il suffit d’exiger la présentation d’une « Carte de Citoyen » – ou donnons-lui le nom qu’on voudra – pour obtenir un emploi, toucher un salaire qui sera pour l’employeur une dépense reconnue, ouvrir un compte bancaire, obtenir un permis de conduire ou une ligne téléphonique, utiliser une carte de crédit, être admis à l’école ou à l’hôpital, toucher une aide sociale quelle qu’elle soit, etc.

S’il faut présenter cette Carte et prouver ainsi que l’on est formellement membre en règle de la collectivité pour pouvoir y obtenir des services, il devient alors sans intérêt de s’introduire subrepticement dans un pays pour en devenir illégalement résidant de fait, puisque c’est au palier de l’obtention des services que l’intrus est refoulé.

En restreignant l’accès aux services, on enlève les deux petites étoiles à côté du nom USA, dans le Guide Rouge du bonheur que la rumeur colporte dans les pays pauvres. Sans cet accès aux services, l’Amérique ne vaut pas le détour et l’immigration illégale va rayer l’Amérique de ses plans de voyage.

Plutôt que de bâtir des murs, pourquoi l’Amérique n’adopte-t-elle pas cette solution, de restreindre l’entrée à la structure de services? Parce qu’en Amérique – où la tradition du Far West veut que quiconque puisse errer incognito et porter un pistolet – exiger une identification pour avoir accès aux services ne semble pas si facile. L’Américain moyen, qui peut aller partout sans papiers, se plait à penser qu’il est anonyme, protégé par une sorte de « burqa » sociale

La réalité est bien autre. Le citoyen américain se promène déjà aussi nu qu’un ver, sous l’oeil des caméras et dans le champ des tables d’écoute de la NSA. Mais il l’ignore… Il va falloir montrer à John Doe que l’approche transparente qui consiste à s’identifier clairement serait plus respectueuse de sa liberté et de ses droits, que le contrôle occulte qui en tient lieu et que le gouvernement des USA a mis en place, lequel inclut le suivi de tout ce qu’il fait, la lecture de tout ce qu’il écrit, l’écoute possible de tout ce qu’il dit.

On va le lui montrer et l’on ne tardera pas trop, car la transparence nécessaire pour restreindre l’accès aux services et assurer ainsi un contrôle efficace de l’immigration illégale est aussi de plus en plus nécessaire pour tout et à chaque pas. Une société d’interdépendance ne peut tolérer l’anonymat. On se dévoile… ou l’on n’en est pas

On tardera un peu à le lui dire, toutefois, car il faudra trouver les mots politiquement corrects pour le faire. On comprend qu’il faille du temps, car on lui a dit le contraire si longtemps… En attendant, on va construire des murs pour ne pas le lui dire tout de suite, s’excuser de lui passer une ficelle au poignet, pour qu’il ne sente pas trop vite les chaînes qu’il a aux pieds et la corde qu’il a au cou.

En Europe, le problème de l’immigration est aussi grave qu’aux USA, mais il peut aussi être parfaitement contrôlé par un verrou posé à la porte de la structure des services. Cette solution y est plus facile à mettre en application, car il y a longtemps en Europe que l’on demande « vos papiers »… Il n’y a pas d’excuse valable pour ne pas le faire.

Évidemment, il faudrait aussi avouer qu’on en sait plus sur les individus que l’on ne prétend en savoir, mais ceci n’est pas en Europe un obstacle, comme ce l’est aux USA. Les Anglais ont appris l’an dernier, lors des attentats du métro de Londres, que dans la seule City 7 000 caméras les espionnaient ! La France est sans doute tout aussi surveillée.

Ce n’est PAS un scandale. Une société d’interdépendance est vulnérable et fragile. Cette transparence est une nécessité incontournable dans un monde complexe, où chacun a un terrible pouvoir de nuire. Il faut l’accepter et le dire. C’est une insulte à l’intelligence de la population de se défendre de regarder par le trou de la serrure, quand il y a bien longtemps que les fenêtre n’ont plus de volets

L’Europe a l’information et les outils nécessaires pour contrôler l’immigration à l’entrée de la structure des services plutôt qu’aux frontières. Ce serait une coûteuse duplicité de prétendre ignorer ce que l’on connaît, et de s’en autoriser pour ne pas faire ce qui doit être fait. Il ne faut pas gaspiller des milliards pour contrôler autrement ce qu’on contrôle déjà !

Il est urgent de le faire, car aussi longtemps que l’écart entre pays riches et pays pauvres ira s’aggravant, la question de l’immigration va se poser avec de plus en plus d’acuité. On ne pourra que voir de plus en plus de barques à la dérive cherchant à gagner les Canaries, puis la côte espagnole, la Sicile, les Îles grecques…

La seule VRAIE solution, ce serait que cet écart se résorbe et c’est ce que ce site propose. En attendant, cependant, il faut contrôler les flux migratoires qui s’emballent et, quelles que soient les limites posées à l’immigration, il faut que ces limites soient respectées. Pour l’Europe non plus, un contrôle frontalier ne sera pas la solution. En verrouillant la structure des services et en rendant l’Europe moins « attrayante », on ne stoppe pas l’immigration, mais on parvient à avoir précisément l’immigration qu’on veut. Pas cuivre, pas platine, juste la couleur qu’on veut.

On donne ainsi un nouveau sens au mot de Guitry. Pour immigrer, il ne s’agit plus seulement « d’y être » mais « d’EN être. On pourra continuer, bien sûr, à refuser l’entrée du territoire national à ceux dont on ne veut pas, mais il ne sera pas nécessaire d’en faire une chasse à l’homme. Ceux qui ne pourront pas « en être » n’y viendront plus.

Il est temps d’avouer que l’on peut contrôler l’immigration et que le problème n’est donc pas l’immigration illégale, ni en Europe ni aux USA, mais tout simplement le flux migratoire incontrôlé. Toute immigration culturellement inassimilable. Une immigration croissante, dont la cause est l’injustice, le déséquilibre des échanges mondiaux, une répartition inéquitable de la richesse.

Il faut avoir le courage, d\abord, de dire que l’on a ce pouvoir d’arrêter le flux migratoire incontrôlé. Le courage, ensuite, de choisir la politique d’immigration qui nous convient et de l’appliquer. Il faut que la population soit consultée, que l’on choisisse la teinte de la mixture sociale qu’on voudra… et que l’État annonce franchement la couleur.

Pierre JC Allard

151. Les accommodements raisonnables   07.02.10

Vivant désormais à l’étranger, j’ai pris face au Québec un certain recul. J’ai aussi plus souvent l’occasion de comparer les problèmes qu’on y vit à ceux auxquels les autres sont confrontés. Ce sont la plupart du temps les mêmes ­ – le monde devient bien homogène ­ – mais en moins aigus, en plus tolérables. De sorte que rien au Québec n’est bien pénible, ni donc bien urgent

De sorte que rien ne va très vite. On peut penser pendant 20 ans à bâtir un pont et il faut toute une génération pour que nos partis politiques, qui comme partout ailleurs sont nés à gauche et meurent à droite, soient remplacés, même si au Québec la distance qu’ils ont à parcourir pour le faire est dérisoire. Nous sommes un pays où il vaut mieux regarder le calendrier que consulter sa montre. Un pays de révolutions tranquilles et de réactions discrète : un pays heureux. Ah, si les Français, qui nous voient encore souvent comme des coureurs des bois, savaient que nous sommes, au fond, un exquis mélange de Belge et de Suisse … !

Les Français ne s’en doutent pas, mais le message n’est pas perdu pour tout le monde. Des millions et des millions de gens savent que nous sommes gentils, que nous faisons les choses tranquillement et que nous sommes un pays heureux. Nous sommes la seule nation dans l’histoire qui ait choisi librement DEUX (2) fois de ne pas avoir un pays à elle, mais d’en partager un avec son voisin. Nous nous sommes accommodés. Nous sommes le peuple le plus accommodant du monde. C’est exactement ce qu’ils cherchent. Il y en a donc des milliers, et des milliers qui viennent être heureux avec nous. Reste à s’accommoder. Une loi nous parle maintenant d’accommodements raisonnables.

« Raisonnablement », qu’on nous dit. Ça veut dire quoi, un accommodement raisonnable ? Considérant que les Québécois font des guerres qu’ils ne veulent pas faire, payent depuis toujours toute l’éducation des minoritaires dans la langue de la minorité et vont bient[ot bâtir pour celle-ci un hôpital qui coûtera le meme prix de celui qu’ils construiront pour la vaste majorité francophone, on peut s’attendre à ce qu’ils ne soient pas mesquins dans l’accommodement. Ce sera une loi vague, mais de toute façon, les tribunaux en décideront.

Rassurant. Mais la juge Cohen de Toronto vient de décider qu’il fallait enlever un sapin de Noël d’un lieu public, pour ne pas heurter la sensibilité des non-chrétiens qui pourraient s’en sentir exclus. Est-ce raisonnable ? Dans le meme esprit, j’aimerais suggérer qu’avec tout ce vacarme que font les cloches de Notre-Dame, il faudrait permettre l’appel du muezzin du haut de la Tour Eiffel, rebaptisée au besoin Tour Al Rasul, pour bien montrer qu’on est équitable.

L’intervention du judiciaire pour décider du raisonnable me rassurerait davantage, si je n’avais été avocat durant si longtemps. L’opinion de trois avocats, résumée dans le Journal du Barreau du Québec de février, m’a conforté, d’ailleurs, dans l’opinion que c’est l’essence même de la pensée juridique de pouvoir exprimer brillamment des choses vraies indéfiniment, en évitant habilement de jamais se rapprocher du coeur du problème.

Au coeur du problème des accommodements, il y a l’insoluble dilemme que posent les migrations de masses, qui vont s’accélérant, dans un monde où les inégalités sont croissantes et les frontières de plus en plus poreuses. Des migrations naît un multiculturalisme de fait ­ – au Québec, mais aussi en France et dans tous les pays développés – auquel on ne peut réagir qu’en faisant un choix net entre deux attitudes, totalement incompatibles. C’est le choix dont on veut éviter de ce rapprocher.

La première attitude, c’est de poser en dogme que notre culture est la bonne, que les autres n’ont qu’à s’y adapter, que s’ils ne le veulent pas ils ne sont pas les bienvenus chez-nous et que, de toute façon, il ne faut en admettre que le nombre que l’on peut assimiler sans difficulté.

La deuxième attitude, c’est de projeter sur les groupes les droits des individus, de traiter toutes les cultures comme égales, d’accepter que celle à laquelle nous nous identifions aujourd’hui n’a droit à aucun traitement de faveur, et donc d’accepter qu’avec le temps elle se fondra dans un magma culturel qui ne sera pas necessairement mauvais, mais qui sera « autre chose ».

Chacune de ces attitudes est defendable. Celle que l’on choisit, toutefois, peut ­- et doit ­- déterminer une panoplie de mesures cohérentes efficaces. Ce qui est incohérent et inefficace, c’est de ne pas faire le choix. Il n’y a pas d’opprobre à vouloir une fusion des cultures ; Francs, Lorrains et Burgondes ont bien dû laisser une part d’eux-mêmes pour que naisse une culture française. Ce n’est pas une aberration, d’autre part, de vouloir, comme les Japonais, rester ce qu’on est et évacuer tout ce qui ne peut être totalement intégré. C’est un choix.

C’est le non-choix ­ – et la cohorte de déclarations et de politiques contradictoires qui en découlent – qui est une aberration. Comme est une sottise, par exemple, la notion qu’on va faciliter l’intégration des immigrants, en accordant pleinement droit de cité à toutes leurs coutumes. Cette politique abaisse, au contraire, le seuil a partir duquel est atteinte la masse critique ou un groupe etranger devient inassimilable. On ne peut plus discuter des couleurs; mais si on veut rester ce qu’on est, il faut encore discuter des goûts.

Quelle que soit le choix qu’on fasse, la voie a prendre ne passe pas par des « accommodements ». Dans le premier cas, c’est l’intransigeance qui doit prévaloir et dans le second l’accommodation, c’est-à-dire la pleine acceptation du multiculturalisme et de la métamorphose culturelle qu’il annonce. Cette intransigeance, ni cette acceptation ne sont des abstractions. La première ferme les frontières à l’immigration et impose une vision restrictive des particularismes tolérés. La seconde marque la fin d’une politique d’assimilation et se manifeste immediatement par des regroupements scolaires qui tiennent compte des spécificités ethniques et religieuses.

La population a droit de faire ce choix. Qu’on ne me parle pas, cependant, dans le premier cas d’un devoir sacré d’accueil… ou alors que ceux qui en parlent ouvrent un Resataurant du Coeur dans leur salon. Qu’on ne me parle pas, dans le deuxième cas, de « ghettos ». Un ghetto est un lieu où l’on repousse ceux qu’on ne veut pas avec soi ; c’est une grande malhonnêteté intellectuelle d’appeler ghetto un lieu où les gens veulent et choisissent librement d’être ensemble.

Que l’on propose un choix a la popukation et qu’on accepte son verdict. IL FAUT QU’UN CHOIX SOIT FAIT. On peut dire que le problème au Québec n’a pas l’acuité qu’il a ailleurs, mais avec le temps, il le deviendra. Ce serait une grave erreur de tergiverser et de chercher a faire chaque chose et son contraire, en esperant que le probleme se resoudra de lui-meme. Ce n’est pas parce que le bât ne blesse pas au départ qu’il faut s’accommoder d’être un âne.

Pierre JC Allard

152. La santé, le fric… et le bon sens   07.02.26

Pour le Québec, ce qui se passe en France est souvent prémonitoire … et vice-versa. Ainsi, il y a présentement au Québec des élections dont le sort se joue sur une crise des coûts de la santé. N’avez-vous pas une impression de déjà vu ? La « crise de la Sécu », la grosse baleine, ça vous rappelle quelque chose ? Evidemment, la Sécu n’est pas morte… Mais la France n’a pas pris le chemin de la solidarité.

Pendant que la France, la main sur le coeur, jurait qu’elle ne renoncerait jamais aux acquis sociaux, on a mis tranquillement en place une stratégie dont l’objectif clairement exprimé est de réduire de 25% en 20 ans les effectifs médicaux. Les connaissances médicales doublant aux 8 ans, on ne sait plus trop qui appliquera tous ces nouveaux outils de santé offerts d’une science qui aura tellement plus à donner. Ou plutôt si, on le sait : la France va tout droit vers une privatisation de la santé. Il ne s’agit plus que de trouver un nom accrocheur pour le système de l’avenir.

Avec un peu de retard, le Québec a maintenant aussi des choix à faire. En 1996, le Gouvernement du Québec a pris la décision mal avisée de pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins en exercice. J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele). Le Québec ne s’est jamaisremis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à y bâtir à grands frais.

On a réduit le nombre des médecins au Québec, il y a 10 ans, parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que d’en diminuer le nombre.

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs. Bravo, mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, il y a dix ans, on les avait réduits, Augmentez les effectifs et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Un État qui veut maintenir la gratuité et l’universalité de la santé doit-il nécessairement choisir entre le sous-développement ou à la ruine, ou y a-t-il une issu à ce dilemme? OUI ! Il y en a une. La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales et, si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation, en deux étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout. Même aux USA, où ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation et chaque médecin payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste des spécialistes dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte, mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi avec équité la rémunération des médecins en place et respecté les droits acquis, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser. Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à salaires faramineux (9 fois le salaire moyen, au Québec !)

Une société n’en a pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération exorbitante est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans une deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra, mais, dans l’avenir, ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus.

On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique. On espère que, durant la présente période électorale, les partis en lice diront aux Québécois POURQUOI ils ne considèrent pas cette approche.

S’ils ne le font pas, on pourra penser que prévaut au Québec la même situation qu’aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est la PREMIÈRE source de financement des partis politiques ! Si le Québec, au contraire, en discute sobrement et fait le choix de la solidarité, Il y aura peut-être là une leçon à tirer pour la France

Pierre JC Allard

153. Les blogues   07.03.06

Il se passe quelque chose dans la société: on commence à passer le micro…. Il y a quelques années, j’avais souligné qu’on ne pouvait espérer que se développe une société vraiment démocratique, puisqu’il était impossible, pour qui que ce soit, de faire connaître une idée DIFFÉRENTE.. Comment avoir un impact sur le modèle politique et donc sur la structure sociale, si tout ce qui est novateur ne peut être que chuchoté de bouche de bouche, ne pouvant être diffusé que par le canal étroit de quelques journalistes, au service d’une poignée de journaux inféodés au système en place? Droit de parole

Des journalistes qui, sans même qu’on le leur demande, sans même s’en apercevoir, n’obéissant qu’à ce qu’ils sont, s’assurent sans même y penser que rien ne soit publié qui n’ait été rendu « correct », concilié avec

Immédiat et brutal, car les médias conventionnels, institutionnalisés, favorisent le statu quo ante et les idées reçues. Mêmes les journaux révolutionnaires véhiculent leurs propres idées reçues, alors que, sur le réseau des blogues, le préjugé favorable n’est pas pour l’inertie, mais pour le changement. Les blogues sont les feuilles de chou de la révolution permanente. Sur les blogues, c’est l’idée novatrice qui a une influence et les blogues sont donc un facteur de volatilité. les valeurs d’une société, pourtant ô combien incorrecte !

J’avais dit, alors, que la liberté d’expression n’était pas acquise dès qu’on accordait le droit de parole aux gens, mais seulement quand on leur passait aussi le micro. J’avais suggéré que soit mise en place, avec les moyens de l’époque, une structure citoyenne permettant de vérifier TOUS les faits par témoins oculaires et de confronter TOUS les commentaires, TOUTES les opinions. Laplupart étaient bien d’accord, mais, avec les moyens de l’époque… Pas facile. Je m’étais donc résigné à ce que passent deux ou trois générations avant que les idées ne puissent circuler librement.

Mais les générations sont courtes. Mes tiroirs sont pleins de textes que j’ai moi-même écrits, il y a cinq ans, mais qui me semblent maintenant des témoignages d’une autre époque et que je relis avec le même attendrissement que m’inspirait, étant jeune, la lecture des papiers de mon défunt grand-père. Les générations se bousculent.

La génération del’Internet est venue et, au lieu de parler à quelques personnes ou d’écrire un bouquin qu’on vendra à 1 000 exemplaires, en y mettant 6 mois d’efforts titanesques, on peut maintenant recevoir 200 visiteurs par jour sur un site perso et avoir vite plus de lecteurs que n’en ont eus de leur vivant la vaste majorité des penseurs politiques du passé, le passé étant tout ce qui a précédé l’Internet.

L’Internet a apporté beaucoup. Maintenant, c’est la génération des blogues. Les blogues qui se réfèrent les uns aux autres et constituent un réseau qui véhicule des faits, des opinions, des idées. Un changement de paradigme, car le réseau des blogues vient de rendre la société transparente. Après des millénaires de censure, alors qu’on n’y croyait plus, tout à coup, la transparence est là.

Le réseau de blogues est apparu sans crier gare, car il s’est développé relativement inaperçu, sous terre, au niveau de ses racines, jusqu’à ce que brusquement, cette année, il apparaisse au grand jour, la plante trop grosse déjà pour qu’on puisse l’arracher. C’est la nouvelle étape dans l’évolution de la communication sociale.

Qu’est-ce qui distingue l’idée qu’on met sur un site perso de celle qu’on met sur le réseau des blogues ? Sur un site perso, une idée doit être raisonnablement bien ficelée avant d’être mise en ligne ; c’est à cette condition qu’elle peut susciter une réflexion, convaincre et, du moins on l’espère, avoir à terme un impact significatif. Les idées à mettre sur le réseau des blogues, au contraire, ne sont pas des idées tout faites. Elles n’ont pas à être savamment construites, elles gagnent même à n’être qu’ébauchées.

Ce qui fait la spécificité du blogue, en effet, c’est que, partant d’un simple fait assorti d’un commentaire, souvent un fait d’actualité, on amorce une réflexion ouverte sur un thème ciblé et l’on crée un univers en évolution. L’idée sur un blogue n’est pas là pour conclure, mais pour initier un débat. On peut pontifier sur un blogue, bien sur, comme n’importe où, on peut y émettre des opinions définitives… Mais ces idées qu’on voudrait bien arrêtées et qui veulent faire du bruit sont vite dépassées, car la caravane passe. L’intérêt du blogue est tout entier dans ce qui passe. Dans les idées en gestation.

De ce qui n’est au départ que l’opinion d’un quidam naît donc sur les blogues une pensée collective qui va pouvoir circuler librement et largement. Cette pensée va pouvoir se diffuser en s’enrichissant de l’apport successif de ceux qui la reçoivent, y réfléchissent et la transmettent, au lieu d’être vidée de son sens et de toute originalité au premier passage obligé par les médias du Système.

Il sort ainsi continuellement du réseau des blogues une multitude d’idées-propositions inachevées qui ne sont plus celles de qui que ce soit, mais qui manifestent l’esprit d’un consensus populaire implicite. Ces pensées et ces opinions viennent d’en bas. C’est une grande nouvelle

On a déjà tâté de ce procédé de consultation itérative. Le cheminement d’une idée sur le réseau des blogues ressemble à celui d’un projet « Delphi », une technique jadis populaire dans le milieu des affaires, qui faisait circuler un concept entre les participants, chacun y apportant ses annotations avant de le passer au suivant. On faisait deux, trois fois le tour. On en tirait des consensus. Intéressant.

L’ennui est qu’il fallaitun mois ou deux pour terminer la démarche et qu’il fallait y affecter une logistique importante. Le réseau des blogues, lui, arrive au même résultat en 72 heures, sans encadrement significatif, sans frais et tout le monde peut participer : c’est ça, le changement de paradigme.

Les conséquences sociales et l’impact sur la culture et la pensée de l’émergence du réseau des blogues seront spectaculaires, mais n’apparaîtront que peu à peu : le cerveau humain n’a pas été recâblé haute-velocité. Sur le plan politique, cependant, l’effet des blogues est immédiat.

Avec les blogues dans l’arène, les joutes électorales ne seront plus jamais jouées avant la dernière échappée, car il devient possible que de vastes pans de l’électorat changent d’allégeance en quelques jours. Pour que des événements politiques imprévisibles arrivent, il suffit d’un message auquel sa diffusion confère une crédibilité et qui vole de blogues en blogues, sans que les médias puissent le discréditer.

Dangereux ? Bien sûr. Les rumeurs, la calomnie peuvent envahir le réseau. Mais il y a bien trop de vrais témoins, bien trop de point de vue pour qu’elles puissent y survivre longtemps. Les rumeurs sont testées de milliers de petits coups d’épingles et les calomnies sont vite dégonflées… La médisance, elle, fait son nid, mais la vérité y gagne et nous protège de la rectitude politique qui, peu à peu, est à peindre le monde des idées politiques dans ce même gris qu’on disait rose des sociétés totalitaires.

Le danger est bien là, aussi, que les politiques, qui ont vite compris le pouvoir des blogues, en fassent un outil de manipulation. Ils font déjà des efforts considérables pour noyauter le réseau, mais s’aperçoivent, à leur grand dam, que celui-ci est naturellement immunisé contre le microbe de la propagande, car celui qui fréquente les blogues n’est pas passif, il veut collaborer à la genèse d’une idée.

Il ne veut donc pas des réponses, mais des questions et le format même du blogue est ainsi fait qu’il met en évidence tout ce qui ressemble à une tentative de manipulation. La louange immodérée sur un blogue apparaît ridicule. Tout ce qui apparaît comme un message répétitif, tout ce qui semble vouloir convaincre plutôt que susciter un débat est perçu comme SPAM sur les blogues et rejeté sans effort, automatiquement. Les politiques peuvent aboyer, mais ils restent derrière. La caravane passe. en route vers l’imprévisible.

En France, c’est le candidat Bayrou qui, bousculant comme des fétus de pailles les organisations traditionnelles présumées invincibles de ses adversaires, a rejoint le peloton de tête en quelques semaines et pourrait bien sortir gagnant. Ce qui serait une surprise cataclysmique dans le paysage politique français et mettrait fin sans retour à ce gauche-droite qui encadre le jeu politique depuis plus de cent ans. Cette dichotomie traditionnelle pourrait bien disparaître d’un coup, sans même que la France y porte attention, d’un pays que les blogues auraient convaincu sa population de le diviser plutôt, comme dirait Daninos, en soixante millions de Français. Les choses ne seront plus comme avant.

Au Québec, 2007 apparaît pour les blogues comme un Mai 68 ou un Printemps de Prague. Ce n’est que sur les blogues que de vraies idées sont émises et même les journaux se sont mis en mode blogue. On le noterait moins, si un Grand Projet était soumis aux électeurs, mais, dans le cadre d’élections dont la signifiance reste hermétique, c’est le travail de déboulonnage des programmes mal ficelés et des candidats mal choisis que font les blogues qui est mis en évidence.

Pas plus que celle de Bayrou en France, les médias bien-pensants n’arrivent plus au Québec, à briser la dynamique de Dumont, la dynamique de l’imprévisible. Il est clair sur les blogues, là où elle peut le dire en ses propres mots, que la population ne demande pas vraiment à Dumont un programme, seulement de la débarrasser des autres partis !

Simultanément, deux « petits partis », que les médias traditionnels font tout pour négliger, conservent néanmoins, grâce aux blogues, les faveurs de 12% de l’électorat. C’est un niveau d’appui inusité. Une autre situation imprévisible, car ils se parlent par blogues interposés et vont choisir, in extremis, eux et d’autres avec eux, entre un ralliement stratégique aux partis qui peuvent gagner… et le plaisir de manifester jusqu’au bout leur ras-le-bol.

Dans le premier cas, leur appui fondra, mais, dans le second, il pourra bondir à 15, voire à 18%, déterminant en ce cas le vainqueur par l’absurde, puisque privant de leurs votes le parti qui aurait été leur second choix, leur défection pourra avoir été le facteur déterminant de la victoire de celui dont ils n’auraient voulu à aucun prix.!

Les blogues rendent probable l’imprévisible. Même si l’ADQ ne gagne pas ce scrutin et si les « petits partis » ne prennent pas 15 % du vote populaire, un scrutin fédéral, dans quelques mois, va venir donner un deuxième souffle au phénomène des blogues. Les gens se parlent. Ce que les gens pensent devient important. Les choses ne seront plus jamais comme avant.

Pierre JC Allard

ADDENDUM:   Cet article a été écrit le 3 mars 2007.   Le 3 mai 2011 est venu sa confirmation

154. Haliburton. Ne vous l’avais-je pas dit ?   07.03.09

Haliburton, cette société américaine dont le Vice Président Dick Cheney a conduit les destinées, avant de prendre en main celles des USA, avec les résultats que l’on sait, n’a eu, elle, qu’à se louer de ses services. La sous-traitance de tout ce que l’on pouvait normalement sous-traiter de la guerre en Irak et de tout ce qu’on a pu y ajouter a procuré à Halliburton entre 20 et 50 milliards de dollars de contrats. Le plus gros achat de services de l’Histoire. Dick a bien entretenu sa danseuse.

Vous me direx qu’il y a une marge, entre 20 et 50 milliards, mais tout n’est pas clair dans cette batterie de transactions, dont la plus juteuse seule valait 16 milliards. Tout ce qu’on sait avec certitude, c’est que Halliburton y a gagné et que, sauf verdict bien différent de l’Histoire, les USA, l’Irak et la civilisation occidentale y ont tous perdu.

Ce qui rend Halliburton assez antipathique. Antipathique même aux USA, de sorte que l’ingrate société se prépare à quitter le nid avant que son souteneur soit sans emploi, apres les élctions présidentielles de novembre 2008 et à filer au plus vite vers d’autres cieux. Halliburton part pour Dubaï. Novembre 2008, c’est la date d’échéance.

Ça presse. Disons un sursis, jusqu’à la prise formelle du pouvoir par le prochain Président en janvier 2009 et l’éviction plus ou moins brutale de Cheney, mais ce serait imprudent de trop attendre. Les maitresses royales quittent la Cour avant l’aube, et celle de feu Sa Majesté Cheney quittera sans doute la Cour de Washington de nuit, avec une toute petite sacoche. Ne pleurez pas, on peut mettre beaucoup d’argent virtuel dans une petite sacoche.

Je vous prévenais, il y a plus d’un an, quand Mittal pourchassait Arcelor, que l’on était à tester le climat et les aménagements dans les colonies, pour un vaste exode hors des USA et même de l’Occident des corporations trillionnaires. La migration des prédateurs Halliburton prend la tête du vol, elle sent — et pour cause ! — le vent de l’hiver plus vite que les autres, mais tous les autres rapaces vont suivre comme des oies, en formation V serrée. Le temps est venu.

Qui vient confirmer ? Le Professeur Alhajji, bien connu pour son opposition au concept de l’indépendance énergétique des pays occidentaux et qu’on ne peut accuser de ne pas connaître les pays du Golfe, annonce déjà, dans le New York Times d’aujourd’hui, 13 mars 2007, qu’il n’y a aucune raison pour que toutes les compagnies qui font dans le pétrole n’aillent pas s’installer à Dubaï ou dans sa banlieue.

Hop ! C’est parti. On va pouvoir gérer le fric au soleil, à l’abri des questions ennuyeuses, dans un pays où l’on bâtit les plus hauts et les plus luxueux buildings du monde, où il n’y a pas de démocratie, pas de manifestants, rien que la sécurité absolue de la richesse acquise au prix d’un dur labeur.

Halliburton parti, le fric à l’abri, il restera bien sûr à mettre aussi à couvert les principaux artisans de cette extraordinaire création de richesse qu’a été l’invasion de l’Irak. Il est écrit dans le ciel — Maktüb, maintenant qu’on va parler arabe entre copains — que certains fauteurs de trouble vont vouloir demander des comptes à Cheney et à ses comparses. Est-ce qu’il n’y a pas une loi contre le massacre des innocents ? Nuremberg

Quand, comme le dit si à propos la traditionnelle expression américaine, toute cette matière fécale va arriver de plein fouet dans le proverbial ventilateur, quelle sera la réponse des accusés ? La première, bien sûr, le silence. Mais si ça se corse ? Alors, on jouera la Défense Pinochet, un giuco pianissimo, la meilleure stratégie quand on a les noirs, qu’on joue contre la justice et que c’est la vindicte populaire qui ouvre avec fracas.

Normalement, la Défense Pinochet devrait être suffisante pour que les Bourreaux du Golfe meurent tranquilles dans leur lit, mais qui sait ? Le monde change bien vite. Supposons que, parmi les fauteurs de trouble, il y ait quelques uns de ces milliers de G.I et Marines dont on vient de faire la preuve qu’on les avait mal soignés retour du front ? Quelques uns de ces dizaines de milliers qui en sont revenus avec des troubles psychologiques graves ? Sans parler de ces emmerdeurs d’étrangers qui restent accrochés à la Convention de Geneve et autres foutaises qui ne devraient pas concerner l’Amérique…

Si les exigences byzantines de la politique américaine exigeaient un proces sérieux aux USA ou une extradition, ne serait-il pas prudent pour eux que les accusés soient déjà ailleurs ? Loin, dans l’équivalent terrestre du Jardin d’Allah, mangeant des figues et des dattes, tous vêtus de blanc en symbole de leur virginité retrouvée ? À l’aise, dans un pays où l’on torture, c’est vrai mais pas n’importe qui…

Les rapaces corporatifs vont prendre leur essor d’abord, mais on fera une place ensuite à l’initiative personnelle; surveillez bien, dans leur sillage, tous ces décideurs. organisateurs et profiteurs du massacre en Irak, probablement Cheney le premier, qui comprendront que leur arthrite, leur goutte ou leur coeur artificiel leur impose un long voyage dans un climat sec. Plus sec que la Florde, plus sec que Hawaii… Dubaï.

Si ce scénario se produit, j’espère que la foudre du ciel ou la justice humaine les y rejoindra. Je suis contre la peine de mort, mais si je devais pendre quelqu’un, Dick Cheney serait indubitablement mon premier choix.

Pierre JC Allard

155. Mario Dumont et le Plan Stalingrad   07.03.15

Pour le Québec, ce qui se passe en France est souvent prémonitoire … et vice-versa. Ainsi, il y a présentement au Québec des élections dont le sort se joue sur une crise des coûts de la santé. N’avez-vous pas une impression de déjà vu ? La « crise de la Sécu », la grosse baleine, ça vous rappelle quelque chose ? Evidemment, la Sécu n’est pas morte… Mais la France n’a pas pris le chemin de la solidarité.

Pendant que la France, la main sur le coeur, jurait qu’elle ne renoncerait jamais aux acquis sociaux, on a mis tranquillement en place une stratégie dont l’objectif clairement exprimé est de réduire de 25% en 20 ans les effectifs médicaux. Les connaissances médicales doublant aux 8 ans, on ne sait plus trop qui appliquera tous ces nouveaux outils de santé offerts d’une science qui aura tellement plus à donner. Ou plutôt si, on le sait : la France va tout droit vers une privatisation de la santé. Il ne s’agit plus que de trouver un nom accrocheur pour le système de l’avenir.

Avec un peu de retard, le Québec a maintenant aussi des choix à faire. En 1996, le Gouvernement du Québec a pris la décision mal avisée de pousser vers la porte une partie non négligeable des médecins en exercice. J’ai dit à l’époque tout le mal tout le mal que je pensais de cette décision (Le Prix Mengele). Le Québec ne s’est jamaisremis de ce sabotage de l’excellent réseau de santé que l’on avait mis une génération à y bâtir à grands frais.

On a réduit le nombre des médecins au Québec, il y a 10 ans, parce que les médecins, payés à l’acte, y coûtaient trop cher. Un médecin payé à l’acte fixe sa propre rémunération, puisqu’il peut compenser une baisse du nombre de ses patients par une augmentation des actes médicaux par client. L’État n’a donc pas de contrôle réel sur le revenu d’un médecin. Pour diminuer les coûts, au poste de la rémunération des médecins, l’État n’a pas d’autre solution que d’en diminuer le nombre.

Diminuer le nombre des médecins, alors que les progrès de la médecine exigeraient plus de ressources, signifie une détérioration progressive des services. Aujourd’hui, on console les Québécois du délabrement du système de santé en promettant une hausse prochaine des effectifs. Bravo, mais penser que l’on va régler ainsi le problème suppose qu’on a oublié pourquoi, il y a dix ans, on les avait réduits, Augmentez les effectifs et les coûts de la médecine vont augmenter et devenir intolérables. Après un intermède qui permettra aux gouvernants actuels de terminer leur mandat et de prendre leur retraite, on sera prêt pour le déluge. Le Québec pourra alors choisir, définitivement, cette fois, la voie de la privatisation

Un État qui veut maintenir la gratuité et l’universalité de la santé doit-il nécessairement choisir entre le sous-développement ou à la ruine, ou y a-t-il une issu à ce dilemme? OUI ! Il y en a une. La solution passe par une rationalisation de la rémunération des ressources médicales et, si l’on veut un système de santé gratuit et universel de qualité, en n’y consacrant que les ressources qu’une société peut se permettre, il faut procéder à cette rationalisation, en deux étapes.

Premièrement, pour les omnipraticiens et les spécialistes dont l’intervention auprès de leurs patients est récurrente ou de longue durée et devrait comporter une part de prévention, il faut remplacer le paiement à l’acte par un régime de capitation. Ce n’est pas une trouvaille, ce régime fonctionne un peu partout. Même aux USA, où ce sont les assureurs qui en tirent parti !

Pour mettre en place ce mode de paiement, chaque détenteur d’une carte de santé s’inscrit aux cabinets du généraliste et des spécialistes de son choix. Le montant de la capitation, pour chaque type de patient, est fixé par négociation et chaque médecin payé selon le nombre de ses clients inscrits. Puisque l’on connaît la population inscrite, le budget de l’État est sans surprises.

Il reste des spécialistes dont l’intervention est ponctuelle et ils sont encore payés à l’acte, mais ce sont ceux dont les « actes » sont bien identifiables. Les statistiques permettent de fixer le coût des interventions pour assurer aussi à ces spécialistes le revenu moyen que l’on souhaite.

Ayant rationalisé ainsi avec équité la rémunération des médecins en place et respecté les droits acquis, on peut, dans une deuxième étape, se doter pour l’avenir des ressources médicales que va exiger une demande pour la santé que les progrès de la médecine et le vieillissement de la population vont faire exploser. Il ne faut pas tenter de répondre à cette demande en créant plus de spécialistes à salaires faramineux (9 fois le salaire moyen, au Québec !)

Une société n’en a pas les moyens et, surtout, ce n’est pas nécessaire. Au lieu de spécialistes dont la rémunération exorbitante est au moins en partie justifiée par une formation prolongée – 6 à 10 ans, au Québec – il faut, dans une deuxième étape, créer une nouvelle classe d’intervenants qui recevront, DANS LE DOMAINE DE LEUR SPECIALITÉ, une formation identique à celle des spécialistes actuels, mais dont la formation de tronc-commun aura été réduite à un an.

On donnera à ces intervenants spécialisés le titre que l’on voudra, mais, dans l’avenir, ils pourront prendre en charge l’immense majorité des tâches des spécialistes actuels. Il est bien difficile de croire que psychiatres, ophtalmologues et obstétriciens doivent tous, pour être performants, passer 4 ou 5 ans à apprendre la même chose

En allégeant ainsi les programmes, on ne réduit pas seulement les coûts de formation ; on ramène surtout les attentes de revenu des nouveaux spécialistes au niveau de celles des autres diplômés universitaires formés en 4 ans. Si ce nouvel intervenant touche le tiers ou la moitié de la rémunération d’un spécialiste actuel, on peut en avoir deux ou trois fois plus.

On peut en avoir assez pour une médecine humaine, ouverte à l’innovation. Les délais d’intervention et les listes d’attentes disparaissent. La rareté disparaît. L’offre devient abondante: c’est une nouvelle dynamique. On espère que, durant la présente période électorale, les partis en lice diront aux Québécois POURQUOI ils ne considèrent pas cette approche.

S’ils ne le font pas, on pourra penser que prévaut au Québec la même situation qu’aux USA, où songer à réduire le revenu des médecins est une idée séditieuse, blasphématoire…. puisque l’American Medical Association est la PREMIÈRE source de financement des partis politiques ! Si le Québec, au contraire, en discute sobrement et fait le choix de la solidarité, Il y aura peut-être là une leçon à tirer pour la France

Pierre JC Allard

156. Mère, gardez vous à droite !   07.03.21

Il y a quelques mois, lorsque Madame Royal a obtenu l’investiture du Parti Socialiste, j’ai écrit un article triomphaliste qui, par la suite, est apparu bien prématuré. Parce qu’elle avait réussi à prendre la gauche presque sans lutte et ne devant rien à personne, il semblait que la candidate n’avait qu’à poursuivre le même plan de match et à parler au peuple par-dessus la tête de ses tribuns autoproclamés pour être portée au pouvoir par la marée montante de tous ceux qui veulent aujourd’hui échapper aux vieux schèmes partisans.

Il semblait qu’elle allait le faire sans difficulté, car ce n’est pas qu’à gauche que la France voulait prendre ses coudées franches des idées d’hier. Le même phénomène était apparu à droite, où l’on avait parlé de rupture, et surtout au centre, où l’on ne parlait même plus de partis. Quand on écoute ce qui se dit et qu’on lit ce qui s’écrit sur les tribunes libres, on s’aperçoit bien que la France ne va pas vers l’affrontement, mais vers le consensus.

La tendance lourde, en France comme dans tous les pays de haute technologie, est nécessairement d’aller vers le constat qu’une seule politique est possible: celle qui répond aux exigences des impératifs techniques et économiques, dans un monde où tout et tous sont devenus interdépendants. Sans une politique qui fasse largement consensus, un pays moderne n’est pas gérable. Mme Royal semblait incarner ce consensus.

C’était un avantage pour Mme Royal de ne pas être trop étroitement liée à une politique de parti. Elle apparaissait indépendante d’une machine et confiante de pouvoir susciter par elle-même des structures populaires ad hoc capables de l’amener au pouvoir. En prenant ses distances des monstres sacrés de la gauche, elle semblait avoir réussi à se positionner comme une nouvelle force attentive aux messages venant de la base.

Une force capable de ratisser large, d’occuper toutes les cases du centre de l’échiquier et donc de prendre le pouvoir, puisqu’en démocratie, le pouvoir est toujours au centre. Vous n’avez pas de parti ? Moi, la Nation, je serai votre parti, je vous aime ! Libérée des « éléphants », elle semblait avoir toute latitude pour amorcer un dérapage contrôlé vers la droite. Tout était prêt pour un nouveau et imparable « Françaises, Français… Je vous ai compris !…».

Puis, tout à coup, alors qu’aucune force à sa gauche ne semblait la menacer, elle est allé donner des accolades aux vieilles gargouilles de la lutte des classes, reprenant à sa charge les vieux thèmes qui ne sont plus porteurs et dont elle avait justement réussi à se dédouaner. Bien triste qu’elle n’ait pas eu, comme Jean le Bon à Poitiers, un jeune fils loyal et doué pour lui crier que c’est à droite, qu’il fallait se garder. En s’identifiant de nouveau à la gauche traditionnelle, qui ne lui a d’ailleurs donné en échange que le soutien du bout des lèvres de ceux qui sont jaloux, elle a pris le risque de rappeler toutes les compromissions qu’elle aurait pu consentir lors de ses passages précédents au pouvoir.

Pourquoi avoir viré à gauche, radicalisé son messager et choisi de faire un pas vers un passé qu’on avait oublié ? Pourquoi avoir risqué de se confiner dans un coin, quand une solide majorité de la France, semblait l’attendre au centre, les bras grand ouverts ? Le besoin nostalgique de revoir les copains et d’entendre les antiennes de naguère ? Comme si le succès n’avait tout son charme que si les potes sont là pour applaudir ? Une décision difficile à comprendre, puisque sa victoire au palier du Parti, avait prouvé sans équivoque la perte d’influence, le discrédit, même, des élites partisanes. Un rejet qui venait corroborer, d’ailleurs, la magistrale rebuffade servie par la population à tous les partis bien-pensants, lors du vote sur la constitution européenne.

Dans un climat politique où il était clair que la France se voulait non partisane et au centre, la grande force de Ségolène était justement que sa gauche apparaissait plus centriste que la droite de Sarkozy. Évidemment, le danger était que cette force ne devienne une faiblesse, si apparaissait un candidat raisonnablement crédible qui assume pleinement son centrisme. Et, bien sûr, c’est ce qui est arrivé…

En faisant un pas vers la gauche, la candidate Royal a ouvert à sa droite un corridor où a pu se glisser un troisième candidat. Elle s’est donc retrouvée coupée du centre et en grand péril, car Bayrou, s’étant faufilé à sa droite, c’est lui désormais qui pouvait s’appuyer sur tout ce centre qui ne demandait qu’à appuyer quelqu’un qui ne suivait personne. Comme la force de Mme Royal avait été de ne pas sembler une créature du Parti socialiste, mais plutôt d’avoir conquis le Parti socialiste, de haute lutte contre ceux qui s’en croyaient les propriétaires, Bayrou apparaissait à son tour providentiellement non partisan.

Non seulement il ne semblait pas inféodé à l’UDF, mais, de toute façon, qu’est-ce que l’UDF ? Qui peut voir l’UDF comme une chose dangereuse à laquelle on puisse significativement s’inféoder ? Bayrou est apparu non seulement comme un homme sans vrai parti, mais comme une créature de ce centre malléable de la nébuleuse politique où il n’existe même pas de vrais programmes. La radicale modération. La parfaite disponibilité. La parfaite écoute. À moins que Bayrou ne commette l’erreur de faire un pas vers la droite et de la laisser le doubler, Ségolène Royale ne pourrait pas reprendre le contrôle du centre. Une partie difficile…

Baisser les bras ? Jamais ! Face au spectre de la déroute, Ségolène a prouvé qu’elle avait la classe d’un champion. Elle a lancé une manoeuvre audacieuse, rappelant les stratégies du jeu de go, où l’attaque réussie de MacArthur au nord de la Corée, coupant les lignes d’approvisionnement de son anniversaire qui s’apprêtait au sud à le chasser de la péninsule. Ne pouvant compter que Bayrou se déplacerait vers la droite et la laisserait passer, elle est elle-même passée à droite de Bayrou. Loin à droite.

Profitant de l’inattention de Le Pen, occupé à se rendre tolérable aux minorités ethniques et à courtiser le Cameroun, elle est entrée en territoire que le FN croyait conquis et est revenue avec un précieux butin. Elle a regagné le centre avec dans sa musette Jeanne d’Arc et la Marseillaise. Ce n’est pas rien. Et elle est allé loin dans l’imaginaire de la Droite, sans s’en compromettre avec aucun des poncifs.

Conclusions de cette manoeuvre, Le Pen et Sarkozy sont à se battre dans les marécages, aux confins imprécis de la Droite et du centre-droit, pendant que Bayrou, victime finalement du manque de panache qui le rendait rassurant, a laissé l’incursion flamboyante de Ségolène lui ravir les manchettes et donner une apparence de médiocrité poussiéreuse à cette neutralité centriste qu’il incarnait aux yeux des Français. Bayrou ? Un homme de la IVe république. Peut-être de la IIIe… Un homme de mesures prudentes.

Qu’est-ce qu’on fait en 2007 avec la prudence! Maintenant, Bayrou redescend dans les sondages. Ségolène est une femme de gauche, mais elle a repris sa liberté de la gauche. Elle n’est pas de la gauche, c’est la gauche qui est à elle; Holland assure les fonctions vice régales. Elle n’est pas que la gauche, elle est aussi la droite, Jeanne d’Arc, le pays réel… On ne les laissera pas brûler Ségolène. Les Camelots du Roi seront là, ma mère !

Mère, gardez vous à gauche, mère, gardez vous à droite. Ségolène n’est ni à gauche, ni à droite. Je suis persuadé qu’elle n’a aucune autre politique que celle de faire plaisir aux Français, ce qui arrive à point au moment précis où les Français ne veulent rien d’autre qu’on leur fasse plaisir. Elle a l’intelligence de comprendre que nous sommes à une époque où c’est le courant qui impose la direction et que le bon barreur est maintenant celui qui garde la barque à flot et évite les écueils.

La partie n’est pas encore jouée. J’ai dit, il y a quelques mois, qu’il fallait aimer Ségolène les yeux grand ouverts. L’inconnue est de savoir si les Français le comprendront avant le scrutin et ne voteront pas pour des idées préconçues, mais pour l’intelligence qui permet d’en changer. Pour un barreur qui, dans les remous, sait se garder à gauche comme se garder à droite.

Pierre JC Allard

157. Le DERNIER référendum   07.03.22

Si le Parti Québécois gagne le scrutin du 26 mars 2007, il s’est engagé à tenir un référendum dont les deux tiers des Québécois ne veulent pas. Si le PLQ ou l’ADQ est porté au pouvoir, il n’y aura pas de référendum et 40 % des Québécois diront « à la prochaine ». Est-ce bien le contexte que l’on veut pour créer au Québec plus de richesse et plus de justice ?

On discute ad nauseam de la légitimité d’une sécession s’appuyant sur 51% des électeurs, mais est-ce bien la bonne question à se poser ? La question honnête et pragmatique ne serait-elle pas plutôt de se demander si on veut vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas ?

Ces deux solutions sont absurdes. Elles négligent la possibilité d’un consensus. Il y a 45 ans que les Québécois tentent de dire ce qu’ils veulent et on ne les écoute pas. Ils veulent au palier du Québec tous les pouvoirs qui garantiront le développement d’une collectivité francophone ; ils veulent AUSSI appartenir à un ensemble canadien qui leur donne la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde.

Pour avoir ce qu’il veut, le Québec doit le négocier avec ses partenaires du Rest-of-Canada. Sereinement, mais sans complaisance. Cette négociation sera d’autant plus efficace que le gouvernement du Québec aura une plus grande marge de manoeuvre. C’est cette marge de manoeuvre que voulait René Lévesque quand il demandait un OUI à la souveraineté-association et l’Histoire décidera s’il a jamais vraiment voulu plus que cette marge de manoeuvre.

Pourrait-on l’avoir, nous, maintenant, cette marge de manoeuvre ? Oui, si on pose la bonne question aux Québécois. La bonne question n’est pas celle qui fait choisir la population entre être ou ne pas être canadien, car le meilleur scénario pour le Québec est probablement entre ces deux solutions simplistes. La bonne question à poser, c’est celle du vote de confiance, permettant au gouvernement légitimement élu du Québec de déterminer ce qui est le MIEUX pour le Québec et de faire tout ce qu’il faut pour l’obtenir. Le faire sans le fil à la patte de quelque consultation populaire ultérieure.

Le gouvernement du Québec devrait recevoirle mandat de négocier une nouvelle constitution canadienne qui donnera au Québec ce qui est bon pour le Québec. Il doit pouvoir, donnant-donnant, négocier habilement les concessions sur certains points qui permettront de se gagner des avantages sur certains autres. Il doit pouvoir négocier une constitution sur mesure.

Il doit pouvoir la négocier sans parti pris et surtout avoir reçu, quand il engage cette négociation, un mandat non équivoque des Québécois confirmant qu’il parle en leur nom et peut — ne DOIT pas nécessairement, mais PEUT, s’il le juge nécessaire — dire que c’est assez, déposer les cartes sur le tapis vert, puis fermer doucement ou claquer la porte. Il doit avoir la discrétion explicite de choisir une déclaration unilatérale d’indépendance.

Ce mandat, non pas impératif, mais largement discrétionnaire, devrait faire l’objet du prochain référendum. Le DERNIER référendum.

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une nouvelle constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs au sein d’une Confédération canadienne, à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, selon des modalités à définir avec le gouvernement du Canada ou par déclaration unilatérale d’indépendance, selon qu’il le jugera opportun. »

Un « OUI » à ce référendum ne signifie pas la sécession du Québec, mais signifie que celle-ci peut être déclarée en tout temps. Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui en découle, — et la contester serait un suicide politique pour le gouvernement qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Dans la situation ainsi créée, le Québec EST souverain et son gouvernement choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Je crois que c’est ce qui donnerait satisfaction à une majorité de Québécois. Pas à 51% des Québécois, mais à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voterontt OUI à ce référendum,… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada. L’indépendance, mais SI nécessaire…

Une « Souveraineté-Association », mais avec des dents. Est-ce que ce ne serait pas ça, la véritable autonomie ?

Pierre JC Allard

158. NON, à la représentation proportionnelle   07.04.02

À la une du journal Le Devoir, la semaine dernière, j’ai trouvé encore une fois une apologie de la représentation proportionnelle. Parce que le Québec, habituellement aussi dichotomique en politique qu’on puisse l’être, vient de s’offrir la fantaisie de se partager en trois – et de s’ajouter par surcroît quelques particules à gauche dont la noblesse ne cache pas qu’on ne sait trop qu’en faire – les sages de notre société sortent avec nostalgie cette vieille marotte.

On vient nous dire que si l’on construisait une Assemblé Nationale où chaque parti avait le poids exact du pourcentage des votes qu’il a obtenu, tout le monde serait équitablement représenté et que nous serions démocratiquement heureux. Au Québec, on voit la représentation proportionnelle comme une idée neuve et l’on est tout titillé à l’idée de vivre dans ce que l’on verrait en France comme un retour à la Quatrième République.

Est-ce que personne n’a remarqué que la France, qui se partage aujourd’hui entre Royal, Bayrou, Sarkozy et Le Pen, vit aussi des moments palpitants, mais que personne n’y demande que l’on passe à une démocratie parlementaire jointe au scrutin proportionnel ? Quelqu’un recevra, au deuxième tour de la présidentielle, une majorité des suffrages et aura le mandat de conduire l’État vers son destin. L’idée que quelqu’un recevra l’appui d’une majorité des Français et deviendra le maître que la Divine Démocratie aura donné à la France est sans doute là pour rester. Elle y restera sans doute au moins aussi longtemps que survivront des Français qui se souviendront de la Quatrième république.

Non, la représentation proportionnelle n’est pas la solution au problème que pose la gouvernance d’une société comme la nôtre qui se veut démocratique. C’est une forme de fuite en avant, comme toutes ces autres fuites en avant auxquelles nous assistons aujourd’hui dans le monde, allant de celle relativement bénigne du PQ qui veut « durcir » son programme que la population a rejeté, à celle meurtrière du Président Bush qui veut AUGMENTER la présence de l’armée américaine en Iraq.

« Fuite en avant » est bien descriptif de la panique, jointe à l’entêtement, qui caractérise l’attitude de ceux qui n’ont pas le talent d’apprendre des événements, ni la modestie de subordonner leurs théories à la réalité. Si la population du Québec ne veut même pas d’un référendum sur la souveraineté, on lui proposera une façon plus radicale d’accéder à la souveraineté; si la violence en Iraq ne fait pas naître la paix, c’est qu’elle n’a pas été assez violente !

C’est dans cette même optique que, confrontés à un désintérêt croissant pour le processus démocratique de la population — qui voit bien que celui-ci ne lui donne pas la gouvernance à laquelle elle aspire — les sages de notre société québécoise veulent corriger ce « déficit démocratique » en mettant en place un mode de représentation proportionnelle. On veut fuir en avant

La population se détourne des institutions démocratiques ? C’est qu’elles ne sont pas assez démocratiques… Vous êtes sûrs ? On veut fuir en avant vers une application mathématiquement plus stricte de la théorie démocratique. Mais est-ce vraiment la solution, ou ne va-t-on pas plutôt aggraver le problème ? Supposons que ce ne soit pas d’une démocratie plus pure que le peuple veuille, mais d’une démocratie plus efficace ?

J’ai bien peur qu’on n’aggrave le problème, car on réagit comme si la démocratie était une fin en soi, alors qu’elle n’est qu’un moyen. Elle est l’un des moyens de concilier la liberté que veut l’individu avec les contraintes à sa liberté qu’impose la vie en société. La démocratie joue son rôle, dans un groupe, si quand on n’est pas tous d’accord sur tout, mais qu’on l’est sur la nécessité que la raison du groupe prévale sur celle des individus, on choisit de voter et d’accepter l’arbitrage du nombre.

La démocratie a été un grand pas en avant pour la civilisation. Le meilleur moyen de conserver en paix un maximum de liberté, tout en retirant les avantages de l’appartenance au groupe. Le meilleur moyen? Sans doute, mais il n’est pas parfait ! « La démocratie n’existe » – disait Churchill – « que parce que toutes les autres formes de gouvernement qu’on a essayées sont encore plus mauvaises ! » La démocratie n’est pas un idéal, elle n’est qu’un moindre mal…

L’idéal, c’est le consensus. Il faut se souvenir que la démocratie n’est toujours qu’un accommodement et un piètre succédané au consensus. Il ne faut pas se laisser obnubiler par les clichés que rabâche une société qui dissimule, derrière le décor de la démocratie, sa mauvaise volonté parfois évidente à chercher de vrais consensus.

Quand nous constatons une désaffection de la population envers nos institutions, il ne faut donc pas penser que la population nous dit nécessairement que la démocratie est insuffisante et croire que l’amour reviendra si la démocratie devient plus pointilleuse ; il faut songer que ce n’est peut-être pas « plus de démocratie », mais une meilleure utilisation de l’outil démocratique que la population réclame.

Il faut résister au viol des foules et à l’abêtissement par les mots vidés de leur sens. Il faut demeurer conscients que la démocratie n’est pas une vertu théologale et que ce n’est pas vers « plus de démocratie », mais vers plus de consensus qu’il faut tendre.

La démocratie est un outil qu’il faut améliorer, car elle repose sur une manipulation éhontée de l’ignorance et de la faiblesse. Elle produit une gouvernance qui engendre des compromissions honteuses et où naît la corruption. Elle menace sans cesse d’installer une tyrannie de la majorité au mépris des droits naturels des gens et de marginaliser ou d’exclure toutes les minorités.

La démocratie, surtout, charrie son lot d’imperfections qui sont inhérentes à ses deux (2) faiblesses conceptuelles de départ, lesquelles sont que la majorité n’a pas toujours raison – Hitler a été démocratiquement élu, et régulièrement réélu jusqu’en 1944 ! – et qu’une majorité numérique n’est pas toujours une majorité effective qui a la force de s’imposer, auquel cas elle cache simplement le vrai pouvoir. La démocratie n’est ni omnisciente ni omnipotente.

Il faut changer le mode d’emploi de notre démocratie, car la désaffection de la population envers la chose publique est bien réelle, de même que l’exclusion des tiers partis qui fait entrave à la diffusion d’idées nouvelles et à l’émergence de nouveaux leaders. Mais il ne faut pas juger de la valeur de notre démocratie en la comparant au concept théorique de démocratie, lequel est boiteux, mais à l’aune de ce qu’elle nous apporte.

Il faut avoir le pragmatisme pour critère et, quand on juge de l’arbre à ses fruits, la solution n’est pas toujours la représentation proportionnelle. En fait, dans notre contexte de démocratie parlementaire, la représentation proportionnelle est néfaste.

Néfaste, car est-ce qu’on comprend bien que, si la représentation proportionnelle est adoptée et joue efficacement son rôle, nous aurons presque TOUJOURS des gouvernements minoritaires ? Des gouvernements qui ne pourront gouverner que par des accords conclus entre eux, toutes portes closes, après des tractations dont le premier but sera toujours l’intérêt de ceux qui concluront ces accords ? Ou croit-on que la nature humaine va changer parce que la représentation donnera une voix à toutes les tendances ?

Une représentation proportionnelle, favorisant l’émergence de groupes parlementaires nombreux, mène à une situation ou personne n’a le pouvoir de décider. Les discussions entre ces groupes créent des compromis qui sont des compromissions et conduisent à l’adoption de politiques incohérentes, lesquelles sont adoptées parce qu’elles ont surtout le mérite de l’ambiguïté et celui de ne déranger personne.

Légiférer est le produit d’une réflexion qui gagne à être collective ; il est bon qu’on discute et que tous soient entendus. Mais cette discussion y gagne-t-elle si ce sont des partis, avec ce que ce terme signifie de contrainte, et non des individus ou des groupes plus ouverts qui discutent ? Pire au palier exécutif de la gouvernance, là où le pouvoir s’exerce, où il faut qu’une décision soit prise et que l’Exécutif prenne action. Quand on passe à l’action, celle-ci ne gagne ni aux atermoiements, ni aux demi-mesures. On FAIT ou on ne FAIT PAS.

L’action est un jugement de Salomon et le bon sens veut qu’on ne tranche pas le bébé en deux. Si on coupe la gouvernance au palier exécutif, on la tue. Il faut discuter AVANT d’agir. Si des compromis interviennent sans cesse qui limitent la marge de manœuvre de l’Exécutif, l’efficacité en souffre.

L’instabilité et les tergiversations inhérentes au système de représentation proportionnelle ne sont donc acceptables que dans un régime présidentiel, quand la population garde le pouvoir d’élire directement l’Exécutif. Dans un régime comme le nôtre, où exécutif et législatif se confondent, la représentation proportionnelle qui fait dépendre l’allocation du pouvoir réel de tractations entre partis réduirait à rien le contrôle de la population sur la gouvernance. Est-ce bien ce qu’on veut ?

Plutôt que la représentation proportionnelle, on pourrait choisir un autre type de changement. On pourrait distinguer clairement entre l’élection de l’Exécutif et celui du député qu’on veut un législateur Rien d’original ici, c’est le système de démocratie présidentielle à l’américaine. On pourrait aussi, cependant, ce qui l’est davantage, changer notre système de scrutin uninominal pluralitaire à un tour par un système majoritaire binominal à deux tours.

Pourquoi deux tours de scrutin ? Parce que la population a le droit de se reconnaître dans un paysage politique qui soit plus que la simple alternance d’un parti du centre avec un autre parti du centre. Chaque citoyen doit pouvoir s’identifier à la vision politique qu’il juge la meilleure, aussi divergente soit-elle de ce que pense la majorité.

Dans un scrutin à deux tours, la population vote au premier tour pour celui qu’elle juge  » le meilleur  » puis, ensuite, au deuxième tour, pour celui qu’elle considère  » le moindre mal « . Le consensus porte au pouvoir le  » moindre mal « . C’est l’essence même d’une démocratie où chacun, par respect pour les autres, renonce à ses prétentions exorbitantes ou trop avant-gardistes et accepte au centre un consensus imparfait, mais tolérable.

Pourquoi majoritaire ? Parce que celui qui gouverne, dans une vraie démocratie, doit avoir reçu son mandat de la majorité et non d’une pluralité des électeurs. Il n’y a donc que deux candidats au deuxième tour et celui qui est élu a alors la légitimité d’une vraie majorité.

Pourquoi binominal ? Parce que le deuxième tour est celui du consensus. Il faut donc éviter les résultats aberrants découlant d’une fragmentation du vote et qui mèneraient à la situation absurde de DEUX (2) partis extrémistes se glissant au deuxième tour et enlevant à l’électeur tout choix d’un juste milieu. Que se serait-il passé en France, à la dernière présidentielle, si le deuxième tour avait opposé le Front National au Parti Communiste ?

Pour éviter ce piège, nous proposons un correctif d’apparentement. Chaque électeur, au premier tour, devrait indiquer non seulement pour qui il vote, mais aussi son second choix pour un autre parti qu’il juge apparenté au sien.. Dans le cas d’un deuxième tour – presque toujours – les deux candidats qui y sont appelés ne sont pas ceux qui ont obtenu le plus de votes, mais ceux qui ont obtenu le plus de votes ET de seconds choix. Avec ce correctif, le deuxième tour tend à opposer des candidats perçus comme plus rassembleurs. Le consensus se situe au centre.

Le premier choix de l’électeur n’en demeure pas moins d’une vitale importance, puisque c’est ce premier tour qui, au palier de l’exécutif, détermine le véritable niveau de popularité des partis et de leurs idées. Un (1) représentant de chaque parti qui a obtenu 1% des suffrages devrait, d’ailleurs être, toujours invité è énoncer devant l’Assemblée son point de vue sur chaque projet de loi soumis aux législateurs. Les médias se chargeraient de diffuser ces commentaires, les petits partis augmenteraient leur crédibilité par de propositions constructives et c’est ainsi que l’avenir politique se dessinerait.

Il y aurait beaucoup plus à dire sur la démocratie, mais on s’écarterait alors de la seule discussion du thème de la représentation proportionnelle. Pour ceux que ça intéresse

Pierre JC Allard

159. Choisir le changement   07.04.05

Le Québec veut-il encore des années de Jean Charest ? Il existe une alternative qu’il ne faudrait pas écarter et qui offrirait de nombreux avantages : un soutien du PQ à l’ADQ. Si Dumont et Boisclair votent CONTRE le cabinet que proposera Charest et lui refusent leur confiance, les Libéraux ne reviennent pas au pouvoir. On donne suite à la claire volonté de 68% de la population du Québec : on choisit le changement.

Si Charest désavoué, Boisclair soutient Dumont lorsque celui-ci sera appelé à son tour à tenter d’obtenir la confiance de l’Assemblée, nous aurons un gouvernement adéquiste, mais qui, dépendant du soutien du PQ, sera excusé de mettre en veilleuse certains points de son programme qui seraient en totale contradiction de la pensée du Parti Québécois.

Il suffit que le PQ mette aussi en veilleuse ce référendum dont la population ne veut pas, pour qu’un gouvernement adéquiste puisse aussi réaliser sans se renier certains éléments du programme du PQ. Il y a place pour un travail en commun. Un espace pour la bonne volonté.

Outre celui de renvoyer Charest sur ses terres, cette alternative a bien d’autres avantages, dont le moindre n’est pas de donner tant à Boisclair qu’à Dumont l’expérience du pouvoir dont ils ont besoin, et de permettre aux Québecois de mieux les connaître tous deux, leurs divergences nous étant cautions que rien d’extrême ne nous sera imposé aussi longtemps qu’ils devront travailler ensemble.

Ce qui ne réduit pas à néant leur champ d’action. En fait, le PQ de Boisclair et l’ADQ ont tous deux une certaine virginité politique dont le Québec a bien besoin et ils ont – on l’espère et on est prêt à le croire – une commune volonté de CHANGEMENT, d’INNOVATION, de TRANSPARENCE, DE COMMUNICATION AVEC LA POPULATION. C’est ce dont le Québec a le plus besoin. Une équipe en laquelle il peut croire. Tout de suite.

Une bouffée d’air pur. Ne serait-ce que le temps de faire la lumière sur cette affaire de « vote anticipé » dans Sherbrooke, qui va devenir grave, à mesure que la population va comprendre les questions qu’elle soulève. La lumière, aussi, sur le rejet de la proposition Siemens, qu’il faut se pincer pour croire qu’elle ne cache rien de plus sordide qu’une incroyable bêtise.

PQ et ADQ ont des visions différentes de l’avenir de la société ; on ne peut imaginer une alliance à long terme entre ces deux acteurs, lesquels semblent plutôt destinés à occuper les pôles d’une nouvelle alternance, mais ils pourraient faire ensemble la première étape. Une première étape dont les points marquants seraient de refaire des vertus de l’écoute des gens et de la responsabilité fiscale, de remettre la santé et l’éducation sur le rail, de corriger les aberrations du système judiciaire, de présenter un front uni pour une négociation ferme, mais sans acrimonie avec le gouvernement fédéral.

Il y a assez de choses qui devraient être faites au Québec et sur lesquelles pourraient faire consensus tous les Québécois de bonne volonté, pour qu’on puisse déclarer la trêve de Dieu pendant 2 ans, reportant à cette échéance le grand match qu’on nous prédit entre la Gauche et la Droite. Dans l’immédiat, les deux protagonistes éventuels pourraient consacrer tous leurs efforts contre l’ennemi commun : l’immobilisme.

Pourquoi ne pas mettre au travail tous ces éléments du 68% d’entre nous qui avons voté pour que les choses changent, faire une union sacrée contre la médiocrité, aller chercher des ministres encore apolitiques dans la société civile et unir nos efforts pour remettre en marche le Québec que nous aimons tous. ?

Bien sûr, cela n’est possible que si c’est bien ce que le Québec veut. Il faudrait le lui demander. On a tellement usé et abusé des sondages durant cette dernière campagne, ne vaudrait-t-il pas la peine que PQ et ADQ sondent les intentions de leurs supporters ?

Il serait intéressant de vérifiier si ceux-ci ne préféreraient pas un pouvoir partagé qui permettrait d’assainir la situation et préparerait un avenir dynamique dont on choisirait dans deux ans la direction, plutôt qu’une « restauration » de Jean Charest – qui « n’aura rien appris, ni rien oublié »- pour d’autres années d’une gouvernance aussi léthargique que celle que nous venons de connaître ?

Supposons que Dumont et Boisclair reçoivent tous deux de leurs troupes le message que c’est bien le changement que la population veut, pourraient-il faire la preuve qu’ils sont de la graine de chefs d’État, en conciliant pour un temps leurs divergences et en réalisant ensemble un programme de consensus qui, tout en laissant l’avenir ouvert, remettra immédiatement le Québec en marche ?

C’est la grâce que je nous souhaite.

Pierre JC Allard

160. Une vie après la mort, en politique ?   07.04.23

20 H 21. Bon, c’est joué. On peut feindre de croire que le deuxième tour apportera une surprise, mais c’est pécher contre la plus élémentaire lucidité : Sarkozy sera le prochain Président de la République. Quiconque a suivi les débats qui ont eu lieu à la télévision après l’annonce des résultats ne peut pas en douter.;

C’est la logique implacable des chiffres, mais ce n’est pas qu’une affaire de chiffres. Le premier sondage suivant le premier tour, dont on nous a livré les résultats dans les deux heures qui ont suivi le scrutin, annonce déjà 54% vs 46 % d’intentions de vote pour le candidat de la Droite, mais c’est déjà ce qu’on anticipait AVANT que les chiffres ne tombent. On s’attendait au pire, dès qu’on a vu que la Gauche ne croyait plus à son projet, pas plus que la France n’y avait cru.

Regardez et écoutez Holland. Regardez et écoutez Lang et Fabius, voyez les ralliements du bout des lèvres de Voynet et des autres, jusqu’à Besancenot, qui lui ne se rallie pas du tout. La candidate elle-même se réfugie dans un discours redondant, morne, dans un « sérieux » qui souligne surtout que l’enthousiasme, le cœur, la foi n’y sont pas. Ils n’y croient plus.

Pénible, mais le pire est à venir, il vient quand Bernard Tapie vient nous dire qu’ils n’y ont jamais cru. Et, ça, lui, il le dit avec truculence. Comme si la seule consolation de la Gauche était que la défaite de Ségolène n’ait pas été vraiment leur défaite, mais celle d’une hérésie qui maintenant sera corrigée…

En quoi ils ont bien raison, mais en négligeant que, si victoire il y avait eu, ce n’aurait pas été non plus la leur et que tout semble indiquer que, sans Ségolène, la Gauche aurait fait encore pire ! Holland, Lang, Fabius et les autres projettent une image vieillotte. On ne peut pas vraiment penser confier l’avenir à ces gens du passé. Cette Gauche est morte.

Disons plutôt comateuse. Si l’on dit « Gauche » en pensant solidarité, partage, justice, il y aura toujours une Gauche. Elle renaîtra de ses cendres et on se battra pour elle. Mais si on pense à la Gauche comme à ces gens qui répètent les vieux clichés, si on l’identifie à une série de vieilles recettes du Front Populaire à remettre au menu, cette Gauche est morte. Il n’y a plus, pour vouloir la garder momifiée au lieu de l’enterrer, que ceux qui préfèrent que la Droite n’ait pas de sérieux adversaires.

Le monde a changé. Les « damnés de la terre » ne travaillent plus en usine. Ils sont en chômage, en emploi précaire, aux études à la poursuite d’un diplôme qui ne leur assurera pas un avenir. Ils sont travailleurs autonomes dans un monde où les besoins changent, petits entrepreneurs sur un marché où les règles du jeu s’effilochent. Ils sont trop jeunes ou trop vieux, ou encore mi-Français seulement, dans une France qui elle-même ne se reconnaît plus dans beaucoup des « enfants de la République ».

Si on accepte de voir la Gauche comme la somme de ceux qui veulent le changement, il ne manquera pas de volontaires pour soutenir ses combats, mais il ne faut pas croire qu’on va régler les problèmes d’aujourd’hui avec les remèdes d’hier. Il y a des douzaines de batailles qui sont livrées aujourd’hui pour défendre l’indéfendable, dont la plus bête est celle pour assurer la sécurité d’emploi, alors que c’est la sécurité du revenu qu’il faut assurer.

Il est simplement désuet de parler de lutte des classes, dans une société et un système de production où le consensus est un préalable à tout progrès et où l’interdépendance entre les acteurs mène NÉCÉSSAIREMENT à une redistribution plus équitable de la richesse. C’est cette redistribution qu’il faut gérer, pas par la confrontation, mais par la simple lucidité.

C’est dans le cadre d’un Centre collé sur les impératifs d’une société moderne que doivent évoluer une Gauche démocratique qui négocie le passage rapide à une société plus égalitaire et une Droite, qu’on souhaite tout aussi démocratique, qui fasse valoir les avantages de ne modifier la structure sociale qu’en protégeant les droits acquis. Droits acquis, ne l’oublions pas, qui sont ceux des travailleurs et des rentiers encore plus que ceux des millionnaires, lesquels se feront bien une place dans quelque environnement que l’on construise.

Parce que la Gauche reste prisonnière d’une problématique dépassée, elle n’arrive pas à mener aux combats ses alliés naturels ni à les motiver. Jusqu’à ce que s’organise une Gauche lucide, moderne, porteuse d’un nouveau projet de société qui tienne compte de la réalité, le choix ne peut être qu’entre la Droite et le Centre. Un Centre en gestation, dont c’est aujourd’hui Bayrou qui porte les couleurs.

Le mouvement est vers le Centre, vers le consensus. Comment interpréter autrement le recul à la fois des partis d’extrême gauche et du Front National? pourtant, malgré cette évolution, les vieilles structures en place ont créé une situation où, le 6 mai, on va donner le pouvoir a la Droite plutôt qu’au Centre et retarder cette évolution vers un indispensable consensus national.

La partie est jouée. A moins qu’un grand sacrifice ne soit consenti. Car Sarkozy va écraser Ségolène, mais entre Bayrou et Sarkozy, c’est Bayrou qui gagnerait… Ce serait une chance d’aller vers une nouvelle société de participation et non d’affrontement. Evidemment, ce n’est pas tous les jours que Cincinatus reprend sa charrue ou que San Martin se retire devant Bolivar… Mais ce sont de beaux moments de l’Histoire

Pierre JC Allard

161. Vae Sinistris !   07.04.23

On parle beaucoup, depuis les dernières présidentielles, d’une refondation de la Gauche. Nécessaire non pas tant à cause d’un échec ­ — la Gauche en a vu d’autres — que d’un hiatus entre le projet socialiste et les espoirs qu’on souhaiterait qu’il véhicule, cette métamorphose est annoncée par tous les candidats et crypto candidats au leadership du PS. Comme est annoncée sans preuves et dénoncée sans conviction, d’ailleurs, la mort imminente de ce parti.

Mort ou métamorphose d’un parti sont elles si importantes ? N’est-ce pas plutôt la direction que prend la société qui importe ? A ceux qui se sont réjouis que la victoire de l’UMP ait semblé marquer le déclin du FN, n’a-t-on pas été bien prompt à faire remarquer que c’est toute la France qui avait fait un pas à Droite et que l’échec électoral de Le Pen coïncidait avec une incontestable progression de ses idées ? Je me sentirais plus rassuré si c’est sur la Gauche qu’on pouvait porter ce diagnostic. Mais il faudrait voir de quel mal elle souffre.

La Gauche est malade de ses Gauchistes. Pas seulement de ceux qui filent, qui fuguent et qui fuient leurs responsabilités ­– rarement navire en péril a été abandonné si vite, alors que, comme les Législatives l’ont montré, il reste tant de passagers à bord et tant de bon grain dans les cales — ­ mais malade aussi de ses penseurs qui n’ont pas une bonne pensée à offrir et de ses chantres qui ne turlutent que des refrains sans entrain. 35 heures ? Est-ce qu’on a lutté 70 ans à gauche pour s’éviter 5 heures de travail ? Est-ce ainsi qu’on va mettre un peu plus de justice dans la société ?

La Gauche est sinistrée, parce qu’elle a rentré les voiles et ne va plus au large, mais fait du sur place. La Droite, elle, peut motiver ses gens par le succès personnel, mais la Gauche qui n’a pas un projet de société, un espoir collectif, un grand dessein à proposer n’intéresse pas. Nous avons une Gauche sans dessein… et elle ennuie.

Il faut faire le constat que la Gauche s’est scindée entre une faction organisée, corporatiste, qui a réussi sa rentrée à la mezzanine, sinon au piano nobile de la société moderne … et les autres, dont cette faction s’est sommairement délestée pour parvenir à ses fin : les démunis, les marginaux, les précaires, les irrécupérables, dont on n’assume plus vraiment les combats, sauf du bout de la plume, tenue à longueur de bras par des intellectuels qui ne voient même pas le clivage.

De telle sorte qu’on a une Gauche pusillanime qui devient de centre gauche, qui ne demande qu’à devenir le parti d’alternance à un parti de centre droite, dans une démocratie à l’Américaine où il n’existera qu’un seule politique qui fait consensus et dont tout désir de changement sera exclu. On a une Gauche qui se veut « Mouvement Démocrate », n’attendant qu’un « Mouvement Républicain », collé tout contre elle à sa droite, qui naîtra pour lui donner la réplique. À gauche de cette Gauche sans dessein, se coagulent en groupuscules ceux qui voudraient des changements plus radicaux, mais qui n’ont ni la voix ni les moyens de devenir un parti sérieux.

Ce sont ces radicaux à gauche qui pourraient innover et tracer les plans pour une nouvelle société, mais seuls ils ne constitueront jamais une option électorale crédible. Il resteront du folklore, si les mutins et les naufragés du PS ne leur tendent pas la main, mais préfèrent se mettre en ligne au centre, pour avoir épisodiquement accès au peu de pouvoir que peuvent avoir les gouvernements élus dans un régime néolibéral.

Si c’est ce choix que font les sinistrés, les radicaux à gauche ne pourront espérer un progrès lent, mais au moins constant vers la justice sociale par les voies de la démocratie. Il faudra une génération, peut-être deux, mais tôt ou tard ces démunis, ces marginaux, ces précaires, ces irrécupérables dont le nombre et la colère augmenteront reviendront en force et par la force. Il est dommage qu’on ne lise plus l’Histoire.

Si la Gauche veut se refonder sur ses racines, et non dans une potiche, il faudrait qu’elle se donne pour but de changer la société. Changer la société prend du temps, mais la Gauche pourrait tout de suite se fixer au moins quelques objectifs, donc j’indique quelques-uns ci-dessous, à titre d’illustrations seulement, car il y a bien plus à faire…

1. Mettre en place un programme universel de recyclage/formation afin que TOUS puissent être réinsérés dans le processus de production ;

2. Augmenter les salaires et le prix du travail, pour qu’ils coïncident avec le niveau de consommation compatible avec la production ;

3. Éliminer toute sécurité d’emploi et la remplacer par une sécurité du revenu par paliers ;

4. Modifier le système électoral pour que les élus représentent leurs électeurs et non des partis ;

5. Nationaliser les banques et redonner à l’État le contrôle direct sur l’émission de monnaie ;

6. Eliminer l’impôt sur le revenu et la TVA, ainsi que toute mesure fiscale directe ou indirecte, à l’exception d’un impôt sur le capital;

7. Rembourser la dette publique en la portant au patrimoine des contribuables au prorata de leurs avoirs;

8. Restructurer la profession médicale et augmenter le nombre des ressources en santé pour en faire la première priorité

9. Nationaliser la recherche médicale et l’industrie pharmaceutique ;

10 Assurer la totale gratuité de tout processus judiciaire et universaliser l’arbitrage en matières contractuelles;

11 Reconnaître la violence comme une pathologie et en tirer les conséquences sur le crime, la récidive et le système carcéral ;

12 Rendre toute immigration conditionnelle à l’adhésion formelle à un Contrat Social explicitant les valeurs républicaines ;

13 Mettre fin à toute immigration illégale, en réservant l’accès aux services aux signataires du Contrat Social ;

14 Alléger la fonction publique et en accélérer les processus, en réglant par internet la plus grande partie des contacts avec les administrés ;

15 Remplacer le mondialisme par un politique d’import-export en complémentarité avec l’optimisation de la production interne ;

16 Reconnaître les effets négatifs de la colonisation et payer durant 50 ans aux ex-colonies une compensation annuelle à débattre ;

17 Assurer la défense nationale, mais en réaffirmant les principes de non agression et de non ingérence ;

18 Favoriser l’intégration à l’Europe et l’appartenance à des entités supranationales, en ce qui ne contrevient pas aux objectifs ci-dessus.

Cela pour un début, bien sûr, pour que renaisse une façon de voir le monde qui fasse la part belle à l’innovation et à un progrès vers l’égalité. Citant le Sage Vyasa, cependant, « si ces mesures ne sont pas suffisantes, qu’on s’en remette à l’inspiration »

Pierre JC Allard

162. Le Monde à l’envers   07.04.24

C’est un grave gambit qu’a pris le journal Le Monde en soutenant Ségolène et en jetant sa plume dans la balance. Pas que l’on ait tort de préférer la gauche à la droite, mais parce qu’il est irresponsable d’exiger qu’un duel ait lieu, quand il y a beaucoup en jeu et qu’on n’est pas du tout sûr du résultat. Vous vous souvenez qu’en 40, on allait gagner « parce qu’on était les plus forts » ?

Monsieur Colombani, qui devrait savoir lire les sondages – et qui sait sans doute mieux que la plupart de nous ce que ces sondages cachent – ne trouve-t-il pas téméraire d’imposer cet affrontement Royal-Sarkozy où ce dernier est donné gagnant, alors qu’une retraite stratégique sur Bayrou laisserait à la gauche le temps de proposer plus tard à la France un projet de société qui susciterait un véritable consensus ? Alors qu’aujourd’hui…

Je n’aime, ni n’aime pas François Bayrou. Je ne pense pas qu’il soit un homme providentiel ; je crois seulement providentiel qu’il soit là. Je crois que le vent souffle dans les voiles de la droite et qu’il vaudrait mieux chercher un havre au centre, le temps que passe l’intempérie . Je crois que la droite est portée par un zeitgeistqu’on aurait tort de défier et qu’il faut jeter l’ancre.

Je pense que Bayrou, s’il est élu, sera le premier d’une lignée de gouvernants qui, pour un temps, chercheront surtout à ne rien changer du système politique. Qui ne prendront pas facilement l’initiative de modifier les rapports de force dans la société, mais chercheront plutôt à s’adapter sans heurts aux modifications qu’imposent l’évolution rapide des techniques et celle beaucoup plus lente de l’éducation..

On peut parler de « la fin de l’histoire », ou le dire autrement en parlant d’une nouvelle société, mais l’idée maîtresse, en politique, est que l’on va vers plus de démocratie, que le pouvoir croissant de l’individu devenant indispensable ne permet plus de gouverner que par consensus et que chaque État n’a plus qu’une seule trajectoire possible, celle qui rallie une majorité effective des citoyens. Cette trajectoire est au métacentre de l’éventail politique.

La population veut comme « chef » celui qui correspond le mieux à ce métacentre, celui donc qui incarne la volonté collective. Quiconque a des idées et un projet de société qui promet des bouleversements ne peut donc faire recette que dans un pays où les injustices sont insupportables. Dans un pays développé, comme la France, où l’on s’affaire à rendre les injustices tolérables, la population cherche quelqu’un qui éliminera les irritants, mais ne touchera pas à la structure sociale, sauf pour réagir à un déplacement du consensus provoqué par de nouvelles circonstances.

La population veut que ce soit la société civile qui fasse connaître ses désirs et que le gouvernement soit à l’écoute des gens, habile, mais obéissant. Elle se méfie donc de tout ce qui semble une idée préconçue, de quiconque a un « grand dessein » personnel ou partisan à réaliser. La France veut un État-gérant et un État-arbitre. Un État sans desseins. La démocratie s’adaptera à cette nouvelle dynamique. Le premier pas, vers cette adaptation, c’est l’élection de Bayrou.

Pas parce qu’il est Bayrou, mais parce que c’est lui qui est le plus près du métacentre. Le plus loin des parti pris. J’ai cru longtemps que Ségolène réussirait à placer sa boule plus près du cochonnet, mais le temps passe… La mathématique est cruelle, mais incontournable, car si Bayrou est éliminé au premier tour, la moitié de ses supporters basculeront à droite plutôt qu’à gauche, alors que si c’est Royal qui est éliminée, toute la gauche ira vers Bayrou plutôt que vers Sarkozy.

Trivial et tous les sondages confirment, d’ailleurs, qu’au deuxième tour, entre Bayrou et Sarkozy ce sera Bayrou… mais qu’entre Sarkozy et Royal, ce sera Sarkozy. La France ne peut donc choisir qu’entre le centre et la droite. Choisir le centre serait le choix raisonnable – le plus court chemin vers l’État sans dessein qui à moyen terme est incontournable – mais il faut que les pions soient avancés dans le bon ordre, si on ne veut pas un petit intermède musclé avant que la raison ne prévale.

Le bon ordre, c’est Bayrou au deuxième tour. Il est donc de bonne guerre de bluffer, mais il faudrait tout de même, avant que la musique ne s’arrête, qu’un accord intervienne qui permette un transfert de votes de la gauche vers le centre où ils seront plus utiles. Cela en espérant qu’une droite disciplinée, pour considération à venir, ne vote pas pour Segolène, afin d’assurer une finale Royale – Sarkozy dont ce dernier sortirait vainqueur…

Quand, d’ailleurs, à quelques jours du scrutin, 42 % des Français se disent encore indécis, peut-on penser qu’ils ne savent pas encore quel candidat et quelle politique ils préfèrent, où n’est-il pas plus raisonnable de croire que, cynisme et calculs politiques plus sophistiqués aidant, ils sont plutôt à se demander comment voter « utile » et avoir en bout de piste le président ou la présidente qu’ils veulent ?

Dans la situation actuelle, il faut être conscient que le résultat de cette présidentielle dépendra de votes stratégiquement déplacés. Il serait temps que ceux qui peuvent influer sur ces déplacements assument leur responsabilité et conseillent leurs ouailles en s’adressant à eux comme à des adultes consentants. S’ils ne le font pas, le résultat dépendra des calculs d’apprentis sorciers de milliers d’ individus qui, sans en avoir le doigté, « tireront à la boule » plutôt que de viser au plus près. Le résultat sera aléatoire, peut-être encore plus aberrant qu’une finale Le Pen – Chirac…

Dans le contexte faisant consensus d’un « État sans dessein », cette situation d’un électorat tripartite – gauche-droite-centre – va se reproduire sans cesse, le centre normalement en position de force, sauf quand celle de la gauche ou de la droite qui sera en position de faiblesse ne saura pas lire les augures et n’aura pas l’humilité d’accepter ce centre comme un moindre mal, offrant alors le pouvoir à son adversaire…

Il sera intéressant de voir si cette présidentielle sera la première sous le signe de la stratégie ou la dernière sous celui de l’obstination.. Le Monde prêche pour l’obstination. On saura bientôt s’il s’agit de courage ou d’une assez regrettable témérité.

Pierre JC Allard

163. OUI…dans ma cour   07.06.02

Le bar gai Le Stud refuse l’admission aux femmes. Illégal. Scandale ! La Longueuilloise Audrey Vachon a porté plainte à la Commission des droits de la personne après s’être fait demander de quitter le bar. L’animatrice de Rythme FM, Marie-Hélène Proulx, a invité ses auditrices à un 5 à 7 au Stud pour dénoncer la situation. « Il ne faut pas que le quartier gai devienne un ghetto d’hommes», explique-t-elle.

Comment peut-on, à la fois, avoir raison et tellement tort ! Parce qu’il est évident que tout endroit public doit être ouvert à tous et qu’on ne peut y tolérer aucune exclusion, mais il est normal, aussi, dans une société, que ceux qui se ressemblent veuillent parfois se rassembler. Personne ne veut qu’on lui dicte avec qui il doit passer ses soirées.

Pour ma part, je veux, comme tout le monde, pouvoir inviter à ma table qui je veux ­… et seulement qui je veux. Je ne veux pas que le droit à être différent, pour lequel on a tant lutté, soit brimé par l’obligation d’avoir toujours avec soi en public le lambda moyen qui serve de caution à la rectitude politique.

Je n’apprécie pas plus qu’on créé des situations équivoques où, au nom du droit de tout le monde d’aller n’importe où, on cherche en fait à marquer des points pour sa propre supposée marginalité affichée aux dépens de celle des autres. Ainsi, il y a quelque chose de pas tout à fait honnête à laisser entendre que les clients du Studont un préjugé contre les femmes, alors qu’il est bien évident qu’ils ne veulent qu’être entre eux.

Il faut distinguer entre ce qui est le rejet des autres et le simple choix de se retrouver avec qui l’on veut. Il est inapproprié et un peu inconvenant d’assimiler à des ghettos, comme le fait Marie-Hélène Proulx, les endroits ou des quartiers où les gens d’une minorité CHOISISSENT de se confiner ? Hampstead ne répond pas à la connotation usuelle d’un ghetto.

Il est facile de passer du « un peu inconvenant » au vraiment bête. La prochaine étape sera-t-elle qu’il est injuste, que de deux WC ou vestiaires à la piscine, l’un soit réservé aux femmes et l’autre aux hommes ? Ce pourrait l’être, bien sûr, si les commodités offertes à certain étaient systématiquement de moindre qualité, mais quelqu’un le prétend-il ?

Et qu’en est-il des simples codes vestimentaires ? Le port du chapeau, en situation courante, étant tout à fait discrétionnaire, mes droits humains sont-ils en péril, si l’on me demande d’enlever mon chapeau dans un église ou de le mettre dans une synagogue ? Le ridicule ne tue pas. Il ne peut même pas servir de prétexte à enfreindre la loi. Mais est-ce qu’un « accommodement », ici, ne serait pas raisonnable ?

Je trouve déraisonnable que des femmes cherchent à s’immiscer dans un groupe d’homosexuels mâles sans y être invitées, comme je trouverais inacceptable que des hommes cherchent à s’introduire aux ébats d’un groupe de lesbiennes. Le voyeurisme n’est permis qu’entre adultes consentants.

Si, comme je le pense, l’invasion du Stud ne vient pas d’un désir de participer, mais d’une volonté de perturber, je trouve malsaine cette démarche pour souligner grossièrement que la femme a le droit d’aller n’importe où. Ce droit n’est plus contesté. Je trouve désolant qu’à ce droit maintenant conquis ne vienne pas toujours se greffer spontanément la bienséance de ne pas en abuser.

Comme tant d’autres, je me suis laissé porter avec enthousiasme par la grande marée qui, depuis les années soixante, a permis d’extirper les préjugés et d’assurer le respect à ceux dont le comportement est perçu comme marginal par la majorité. Je crois, cependant, que la tolérance a atteint ses objectifs, qu’elle a été amenée à la ligne des hautes eaux et que ce fait-divers du Stud en marque l’étale. Si ce mouvement continue sur son erre, il va mener à des aberrations.

J’ai été un peu agacé, quand j’ai vu que Québec Solidaire annonçait fièrement « avoir DÉPASSÉ l’objectif de l’égalité » en désignant plus de femmes que d’hommes comme candidats aux dernières élections. On peut dépasser l’objectif du nombre de femmes qu’on s’est fixé, bien sûr, mais on ne « dépasse » pas l’objectif de l’égalité : c’est un non-sens.

Pour se donner bonne conscience de ne pas faire ce qu’il faudrait pour éradiquer les inégalités qui ne demandent qu’à l’être ­ – comme la pauvreté et l’ignorance – ­ notre société sans vrai projet, dirigée par des chefs sans desseins, s’amuse, au nom du « politically correct » à prendre la tolérance à revers. STOP ! Ça ne va plus. On va sombrer dans le ridicule. Il faut revenir au bon sens

Comment revenir au bon sens ? Peut-être en redéfinissant espace privé et public. En reconnaissant que peut exister un espace privé ouvert au public où l’on a le droit de n’accepter que ceux qui ont des choses en commun qu’ils veulent partager, pour autant que, ce faisant, la majorité ne soit pas privée d’obtenir ailleurs un service équivalent.

C’est le privilège, d’ailleurs, dont jouissent déjà les clubs privés de toute nature. Il suffit que la loi accepte que soient simplifiées les règles de membership et d’admission à ces espaces « à accès réservé », pour qu’un bar comme Le Stud puisse légalement écrire à sa porte en gros caractères qu’il n’accepte que les homosexuels mâles.

Ce qui serait une excellente chose, car la société vers laquelle on va ne sera pas un creuset « à l’Américaine » , lequel ne réussit plus, de toute façon, même l’amalgame de sa minorité hispanique. Nous allons vers un monde où l’on sera différent, selon l’une ou l’autre d’une multitude de variables. Cette société devra être, non seulement respectueuse des différences, mais tolérante des appartenances à des sous-groupes et des signes par lesquels celles-ci se manifesteront. Se rencontrer facilement et se réunir publiquement, seuls, entre gens qui ont quelque chose en commun, est un objectif socialement acceptable qui ne doit pas être confondu avec une forme de ségrégation

Pierre JC Allard

164. La crise des retraites au Canada   07.06.21

En début de semaine, David Dodge, Gouverneur de la Banque du Canada, est venu sonner l’alarme en nous rappelant que l’on vieillit et que toutes ces décennies d’après-guerre où l’on a fait des tellement enfants – suivies de celles où l’on en a fait tellement moins – nous ont bâti une drôle de pyramides des âges. Le secret de cette pyramide, c’est qu’elle n’en a pas, car la démographie est une science exacte. Il y a 30 ans qu’on nous prédit des problèmes, ils sont là.

Il y a bien une trentaine d’années, en effet, que les actuaires de Québec, Yves Guérard le premier, nous ont prévenu que ce serait dur, le début de siècle. Le rapport de recherche de Statistique Canada, sorti le 15 juin, est venu confirmer le message de Dodge et nous dire que la population active ­- la population de plus de 15ans, présumée en âge de travailler – commencera à chuter dès 2011. En 2011, les premiers « baby boomers », nés en 1946, auront 65 ans – la démographie est bien une science exacte – et ils vont se présenter au guichet.

Oh, il y a déjà des baby boomers qui ont accroché leurs patins ­- Liberté 55, ce sont eux, qui y ont pensé, n’est-ce pas ­ – mais la majorité des nouveaux vieux, traditionalistes comme il se doit quand on est nombreux, vont commencer à se faire pensionner en masse dans 3 ans. Commencer. Après, ils en auront pour longtemps. Une vingtaine d’années chacun et leur espérance de vie devrait grimper encore d’un an ou deux, avant qu’ils ne cessent d’espérer.

Donc les problèmes sont là. Premier problème, moins de travailleurs au boulot. Donc, des pressions sur les salaires et j’entends déjà Sherry Cooper, économiste chez Nesbitt Burns, venir nous dire que l’on pourrait s’écarter du chömage « naturel » au Québec, qu’elle fixait à 10.5%. Je ne sais pas si Madame Cooper pris sa retraite, mais je ne pleurerai pas si le chômage baisse et si les salaires augmentent un peu… On en aura bien besoin.

Parce que le deuxième problème, le vrai, c’est que, les cohortes suivant celle des prochains retraités étant moins dodues, il y aura de moins en moins de gens au travail pour assurer le paiement des pensions à de plus en plus de retraités. Nous avons aujourd’hui quatre (4) personne au travail pour une personne à la retraite. Nous allons tendre rapidement vers une situation où il n’y en aura plus que deux (2). Ce n’est pas une surprise, Guérard l’avait dit, mais ce sera lourd à porter. Qu’est-ce qu’on peut faire ?

La solution démographique, ce serait d’inviter des milliers de jeunes immigrants pour remodeler la pyramide. Disons pudiquement que les conséquences sociales seraient significatives, tout en nous souvenant qu’on a déjà bousillé tout le système de santé pour atteindre le déficit-zéro et que l’hypothèse d’importer des contribuables pourrait bien sourire à un futur Lucien Bouchard. On en reparlera certainement.

Y a-t- il une alternative ? Oui, refouler les pensionnés vers le marché du travail. Il n’est pas dit dans la Bible ni le Coran que la retraite est à soixante-cinq ans et l’on pourrait donc prolonger la vie active de 65 à 70 ans, s’inspirant de la science qui a déjà prolongé la vie tout court de plus de 5 ans, sans que personne ne s’insurge. Si on le fait, on ajoute 8% de travailleurs contribuables et l’on réduit du tiers le nombre des pensionnés. On change la donne. Une bonne solution, au moins pour une génération, le temps que l’on se mette dans la tête de vivre encore davantage.

Une bonne solution, mais qui demande un peu de doigté. Supprimons d’abord, bien sûr,  sous réserve d’un examen médical annuel à partir de 65 ans pour faire foi de sa capacité au travail, toute règle qui oblige qui que ce soit à prendre sa retraite. Il y a 17 % de la population qui déclare souhaiter ne JAMAIS prendre sa retraite ; ce n’est donc pas une mesure triviale.

Ensuite, il faut inviter bien poliment à rester au travail ceux qui ont cotisé le temps requis pour avoir droit à leur pension, mais sans rien leur enlever des sommes qui leur sont dues. Il faudra leur offrir des avantages suffisants pour qu’ils acceptent cette proposition. L’important est de les garder comme travailleurs et donc comme contribuables à des taux d’imposition plus élevés.

Enfin, en fixant dorénavant l’âge de la retraite à 70 ans, il faut naturellement recalculer les primes pour tous ceux qui sont au travail et cotisent déjà, de sorte que le sacrifice exigé soit équitable pour tous, ce qui est une opération mathématique simple.

Peut-on faire autre chose ? Faire, peut-être pas, mais prévoir, oui. Lorsqu’il n’y a plus, pour payer la pension du retraité, que deux travailleurs plutôt que quatre, tout se passe comme si l’on ajoutait une personne à charge par couple. Normalement, on ne verra pas ce retraité qui restera fantôme, c’est la fiscalité qui fera la compensation. Mais la charge fiscale augmentant, qui sait si beaucoup de contribuables ne seront pas heureux d’avoir papy et/ou mamie comme colocs pour participer aux dépenses du ménage ?

Les avantages et désavantages de cette cohabitation intergénérationnelle exigeraient un long développement. Je ne mentionne ici ce phénomène que pour attirer l’attention sur cette option que les circonstances économiques pourraient rendre attrayante et dont les impacts sociologiques seraient énormes. En effet, les enfants aux études restent chez les parents de plus en plus vieux, parce que c’est leur seule façon de s’en tirer. Si, devenus contribuables, ils accueillent à leur tour ces parents pour boucler leurs fins de mois, on n’est pas loin de faire le pont et l’on tend vers un modèle de famille élargie qu’on croyait bien disparu depuis la révolution industrielle.

Les bénéfices seraient considérables. Gains psychologiques en rompant l’isolement et la solitude qui sont des fléaux de notre époque, souvent dénoncés comme facteurs contributoires à la criminalité et aux maladies mentales, Gains financiers, aussi, puisque l’habitat est rentabilisé et qu’on apporte une solution bien terre-à-terre au gardiennage, dont on a eu la surprise de constater qu’il était la plus forte dépense liée à l’éducation des enfants.

Une affaire à suivre. Qui sait si la catastrophe annoncée de l’explosion des coûts liés à l’arrivée des baby boomers à la retraite ne se soldera pas, en définitive, par le passage à un nouveau modèle de société plus humain ?

Pierre JC Allard

165. Un temps pour l’anarchie   07.06.07

Les G8 sont devenus les spectacles à grand déploiement incontournables du vaudeville contestataire. Pour les effets de cavalerie, mieux vaut à Saint Fargeau qu’à l’Odéon ; on ne les tient donc plus en ville, mais à la campagne, ce qui permet vraiment de s’exprimer. En vedette cette année : le Schwartzer Block (Black Block). Recevra-t-il une ovation ? Surtout, y tiendra-t-il un rôle ou est-ce qu’on improvise ?

Lors des manifestations anti-ZLEA (Zone de Libre Echange des Amériques) de Québec, en avril 2001, j’ai vu un « Black Block » efficacement organisé, incroyablement équipé (avec masques à gaz dernier cri) et dont l’action, pour quiconque y regardait de près, paraissait étrangement coordonnée avec celle des forces de l’ordre. J’avance, tu recules… à vous madame! Tango. Les troupes du Black Block semblaient bien jouer le rôle d’agents provocateurs, à la toute limite de ce que la naïveté populaire pouvait ne pas voir.

Est-ce à dire que le Black Block n’est qu’un outil du pouvoir ? NON, mais sa structure souple le rend vulnérable à l’infiltration et fait qu’il soit systématiquement instrumentalisé. Il faut juger de chacune de ses interventions, de chaque arbre à ses fruits et avec un oeil sur les résultats à moyen terme de chaque action. « Gouverner, c’est prévoir » mais s’opposer au pouvoir l’est aussi.

Il faut d’autant moins faire l’impasse sur les mouvements de type Black Block, toutefois, que c’est leur composante anarchique qui en fait désormais les seuls mouvements efficaces. Seul un mouvement fluide et dont la motivation et les tactiques sont internalisées peut désormais offrir une parade efficace au pouvoir.

Pourquoi ? Parce que le Système Vous avez dit… le Système ? ne sera détruit par aucune organisation. De deux organisations qui s’opposent, la plus forte vaincra ; comment croire que le Système n’est pas plus fort que toute organisation que l’on pourrait constituer pour s’y opposer ?

Il est le plus fort, non seulement dans une bataille rangée, mais surtout entre deux batailles, par le pouvoir de séduction et de corruption que lui confère son contrôle de la richesse qui, devenue virtuelle, est donc devenue aussi une création discrétionnaire du pouvoir. C’est cette capacité de corruption illimitée qui permet au Système de désintégrer, à sa convenance, toutes les organisations qui se forment contre lui et de ne plus avoir comme ennemis sérieux que les mollahs et autres irrationnels.Les alliés circonstanciels

Le terrorisme, cependant, Dieu merci, n’a pas un grand avenir : ce qui est contre nature ne dure jamais très longtemps (Le terrorisme). Et dire « terrorisme », ne veut pas dire seulement des attentats sanglants. Le terrorisme, comme politique de transformation sociale, commence dès qu’on veut obliger quiconque à collaborer contre son gré à cette transformation.

La terreur est là en germe, dès qu’un travailleur en grève veut s’opposer par la force à ce que son compagnon travaille. Cette approche à la Germinal est non seulement immorale, mais inefficace. Elle est bête, parce qu’elle n’est pas adaptée à une société complexe d’interdépendance.

Pourquoi se colleter à la porte de l’usine entre travailleurs ? Croit-on qu’une entreprise industrielle moderne peut fonctionner, si la moitié de son personnel n’entre pas au travail ? Le pourrait-elle, même s’il n’en manquait que le tiers ou une demi-douzaine d’intervenants pivots ?

Pourrait-elle fonctionner efficacement, si ceux qui sont insatisfaits n’atteignaient plus jamais leurs quotas, ou ne respectaient plus jamais leurs échéances ? Quand on en tient déjà à sa merci la rentabilité de la firme, ne comprend-on pas qu’imposer « l’unité des camarades » est une voie vers la zizanie ? Et pourquoi arrêter les transports en communs et s’aliéner la sympathie populaire, quand il n’y aurait qu’à « négliger » la perception et le contrôle des titres de transport ?

Pourquoi la contestation suit-elle des chemins qui la condamnent à l’échec, alors que le succès est à prendre sans effort ? N’est-ce pas que le Système aiguillonne la contestation vers des interventions futiles, dont il veut nous faire croire qu’il a très peur, alors que la psychosociologie, qui est devenue une science exacte, détermine maintenant avec précision le rapport coût/agacement au bénéfice qui en découle pour le désamorçage des tensions sociales ? Il est difficile de ne pas voir la manipulation comme totale.

Ce calcul du coût bénéfice du désordre est fait au G8, également. On y tolère la contestation, parce que la contestation ne peut rien y accomplir. Les gouvernements modernes gèrent leurs contestataires et en provoquent les manifestations, tout en en contrôlant la durée, l’intensité et les conséquences.

La futilité des actions de revendications sociales, d’ailleurs, trouve son pendant au palier du terrorisme « musclé ». Qu’un pauvre Arabe se fasse exploser au milieu d’autres pauvres Arabes ne constitue pas une attaque dangereuse contre le Système. Pas plus, d’ailleurs, que l’attentat du 11 septembre contre le WTC. Le résultat n’en est qu’un renforcement des moyens de contrôle de la population.

À chaque attentat, le Système marque des points. Il est toujours sage de se demander le rôle qu’ont pu jouer, dans chaque événement, tous et chacun de ceux qui en ont profité. (Is fecit cui prodest) Il faudrait s’interroger sur le bien fondé d’escalader des murailles qui ne protègent rien, pendant qu’ailleurs de vraies luttes pour plus de justice sont perdues tous les jours.

La logistique de la contestation, sans laquelle un pouvoir devient absolu, doit donc être repensée. Si l’on ne peut s’organiser contre le Système, parce que toute organisation est infiltrée et qu’on ne peut lui résister en masse, parce que toute action collective est manipulée, ceux qui le souhaitent ont-ils encore une façon de garder le pouvoir à sa place ?

OUI. Le système peut être jugulé, abattu, même, en mettant à profit le désir de résistance qui existe en chaque individu. L’interdépendance inhérente à une société complexe technologique donne à l’individu un pouvoir énorme ; le fonctionnement de la société, au quotidien, est une constante démonstration de ce pouvoir.

Que se serait-il passé, si je n’avais pas été là ? Surtout, que ne se serait-il PAS passé, si je n’avais pas été là ? Si je n’avais pas fait ce qu’il est implicite que je fasse dans une société de solidarité à laquelle je m’identifie ?

Si l’individu fait le constat que la société que gère le Système n’est pas une société de solidarité et qu’il décide de ne plus s’y identifier, s’il ne pose plus les gestes implicites que l’on attend de lui, la société s’effondre. Rapidement. Il existe déjà des sociétés dont la solidarité est largement disparue… et qui n’ont plus de société que le nom. Sauver l’Afrique

Il suffit que l’individu comprenne sa propre indispensabilité, sa propre position stratégique et névralgique à l’intérieur du Système pour qu’il puisse, s’il en fait le choix, collaborer bien efficacement à la détruire.

Vivre en société est un acte d’amour. Celui qui laisse paraître qu’il n’y prend pas plaisir le vide de son sens et il en faut de bien peu alors, dans une société de complémentarité, pour que les gestes nécessaires au maintien de cette société ne soient plus posés. La société meurt.

Une société moderne ne peut survivre que si elle jouit d’un très large consensus. C’est ce pouvoir de l’individu que le Système veut cacher, en montant des spectacles de contestation

L’individu qui veut détruire la société peut le faire par simple omission, c’est ce qui rend son action ultimement imparable. Il le peut d’autant plus facilement, que cette société est complexe et que les fonctions assignées aux sociétaires sont mutuellement complémentaires. Il peut aussi multiplier l’impact de son inaction essentielle, toutefois, en y joignant des actions ponctuelles. Il peut poser sciemment et consciemment des obstacles indiscernables à la réalisation des tâches des autres.

Il suffit qu’il ait une bonne connaissance du fonctionnement du système. Qu’il sache les moyens qui, en privant le système de son apport, lui permettront d’en saboter le fonctionnement de la façon la moins périlleuse pour lui-même et pour les autres: Dans une société de complémentarité, c’est cette façon ­ qui est à l’opposé du terrorisme ­ que le contestataire sérieux peut choisir.

L’individu peut apprendre seul comment, à partir de ses propres ressources, sans constituer une alliance formelle avec qui que ce soit, sans violence et dans la plus grande discrétion, il peut faire seul sa part pour la déconstruction du système. Les moyens de communication modernes permettent même de le lui enseigner !

La contestation efficace du système ne passe donc plus par la constitution d’organisations de résistance, car regrouper les contestataires ­– en plus du démérite évident de permettre de les stopper en grappe ! – en a aussi deux autres.

D’abord, il est évident que la contestation du système par l’individu vient de sa propre insatisfaction, laquelle vient de sa propre faiblesse. Si l’individu est rendu plus fort, par son appartenance à une organisation, il cesse d’être aussi faible et sa motivation à détruire le système diminue. S’étant défini par son rôle et son opposition, il est insidieusement récupéré par le Système . S’il reste seul, au contraire, l’individu reste faible — et dangereux — jusqu’à ce que sa contestation ait porté ses fruits.

Ensuite, ce que l’individu sait du groupe lui donne aussi un pouvoir. Il devient alors vulnérable à la corruption. S’il est corrompu, il règle son problème personnel – ce qui était toujours, au moins inconsciemment, son premier motif initial – mais l’injustice, elle, demeure et perdure.

Les complots et conspirations sont désormais trop fragiles et n’ont plus d’avenir. C’est la somme des attaques individuelles et rien d’autre, qui abattra le système. Il est donc inévitable que la contestation prenne cette voie.

Ceux qui veulent substituer un nouveau paradigme à celui de la société actuelle vont le faire à partir d’une même problématique et en visant un même but. Ils le feront, cependant, en ajustant leur action à un plan maître découlant de leurs valeurs et qu’ils auront internalisé. Ils le feront sans créer entre eux, au palier de leur action, des liens qui permettraient de les débusquer et de les mettre hors-jeu.

Il faut donc prévoir que la contestation revête de plus en plus la forme d’une myriade de petits sabotages de ce qui est, au profit de ce qu’on voudrait qui soit. Ce sont les points vulnérables de la société – l’organisation et la communication – qui seront surtout visés, détruisant la cohésion de l’ensemble sans que les éléments constitutifs en subissent de dommages importants.

Nous vivrons donc l’équivalent d’une guérilla au niveau des idées, pour valoriser et faire connaître de nouvelles idées de substitution aux idées reçues, mais cette guérilla sera menée par des francs-tireurs, chacun selon son initiative.Cette guérilla intellectuelle est devenue la seule façon de s’opposer efficacement au Système, pour la même raison que la guérilla conventionnelle est la seule façon de s’opposer militairement à une force supérieure. On frappe, on s’esquive, on reste dans l’ombre

Cette nouvelle forme de contestation est inévitable, puisque toutes les autres issues sont bloquées. Sera-ce une amélioration ou une régression ? La bonne nouvelle, c’est que l’approche « 1984 » sera contrée par la pensée personnelle. La population développe déjà des anticorps contre TOUTE manipulation. Le pouvoir ne réussira plus très longtemps à la maintenir en état d’hypnose.

La mauvaise, c’est qu’en devenant une initiative personnelle, plutôt que la simple substitution d’un contrôle à un autre, la nouvelle contestation du Système devient largement « inprogrammée ». Le risque est donc grand que soit sciée la branche sur laquelle nous sommes assis, sans qu’il n’existe de points de soutien auxquels on puisse se raccrocher.

Le système ne doit pas disparaître pour laisser la place au vide, à l’ataxie. Il faut que, simultanément à la déconstruction du Système, des efforts encore plus grands soient consentis pour l’établissement des structures qu’on y substituera. Des structures qui devront être établies par consensus, puisqu’elles sont si faciles à détruire. C’est ce à quoi vise le concept d’une nouvelle société. Une Nouvelle Société … en 3 minutes .

Dans une société d’interdépendance et donc de diffusion plus large du pouvoir, il est clair que va se développer une forme d’anarchie dans le sens étymologique du terme. Il faut en tenir compte. Ce qu’on en fera reste une histoire à écrire.

Pierre JC Allard

166. Extra ! La guerre est finie!   07.08.10

Une bonne nouvelle qui nous arrive de Baghdad et de Kabul: la guerre est finie. Ce qui n’empêchera pas les Irakiens et le Afghans de mourir demain, mais est un espoir pour les autres. Les civils morts par milliers ne seront pas morts en vain. La bonne nouvelle que véhiculent les massacres en Irak et en Afghanistan — la seule, hélas — c’est que la guerre est un concept fichu. L’idée de faire la guerre est un anachronisme. Parce que la guerre n’apporte plus rien… et qu’elle crée vraiment trop d’ennuis au gagnant…

Jadis, on faisait la guerre pour asservir une main-d’oeuvre, contrôler des ressources, détruire un rival commercial. Trois (3) raisons qui n’ont plus de sens. Aujourd’hui la main-d’oeuvre est surabondante et un envahisseur a sur les bras une multitude pauvre et incompétente qu’il faut nourrir. L’accès aux ressources rares s’obtient par la simple corruption des potentats locaux, soutenus au besoin par quelques bataillons d’élites. L’élimination des rivaux commerciaux se fait sur les marchés boursiers ; Mittal n’a pas occupé Arcelor à la tête d’une horde de cavaliers en turbans.

La guerre va disparaître. Elle ne disparaîtra pas parce qu’elle est abominable – elle l’a toujours été – mais parce qu’elle ne constitue plus une opération rentable pour ceux qui ont le pouvoir de la faire. On se doutait qu’elle était inutile, on est à prouver une fois pour toutes en Irak et en Afghanistan qu’elle est impossible.

Quand la première puissance du monde ne peut imposer sa volonté à quelques millions de paysans et de bergers sur quelques milliers de kilomètres carrés de sable et de reg, peut-on penser que quelque pouvoir militaire que ce soit pourra jamais affirmer sa domination tranquille sur un territoire disputé ? Le monde a changé. La guerre n’a plus d’avenir. Comment la donne a-t-elle changé ?

Traditionnellement, on faisait la guerre à une nation ennemie, perçue comme une masse homogène, et essentiellement malléable. Parce qu’elle était homogène, on pouvait la considérer comme globalement hostile, ce qui pouvait servir de prétexte aux exactions en pays conquis, aux prises d’otages puis, avec le temps, au bombardement des populations civiles et autres horreurs, culminant avec Guernica, Dresde et Hiroshima.

Parce que la masse de la nation était malléable, on pouvait penser qu’il suffisait de défaire son armée en rase campagne, d’obtenir la reddition de ses leaders et de les remplacer pour avoir gagné la guerre. S’il subsistait des velléités irrédentistes, il n’y avait qu’à faire régner la terreur quelque temps, pour obtenir de la population de nouveaux comportements. Une population était là pour obéir à ses maîtres et on avait changé le maître.

C’est avec les guerres de religions, d’abord, que les choses sont devenues moins simples, avec ces hérétiques qui ressemblaient tout à fait aux bons croyants et vivaient dans la maison voisine. Ensuite, est venue l’émergence de la conscience de classe et la loyauté au Parti qui, chez certains, pouvait prendre le pas sur la loyauté à la patrie, sans qu’ils jugent nécessaire d’émigrer. Avec la constitution de grands ensembles multiethniques, toute la notion d’appartenance s’est finalement transformée en casse-tête, compliquant la tâche des envahisseurs. Bien hasardeux de penser que l’on a nécessairement en face de soi un opposant… et donc bien plus habile de chercher des soutiens parmi les adversaires, que de les massacrer tous sans discernement.

Quand les nations sont devenues hétérogènes, certains ont compris que la zizanie pouvait être une arme et ont marqué des points. Le Japon de 1937 l’a utilisé en Mandchourie contre la Chine. D’autres ne l’on pas vu. Si Hitler l’avait compris et avait traité les Ukrainiens comme des amis libérés du joug soviétique, il aurait traversé l’Ukraine comme à la parade. Il serait entré à Stalingrad, puis à Bakou, avant que ne tombe un premier flocon de neige, changeant du tout au tout l’issue de la campagne de Russie et peut-être le sort du monde.

Le Viet-Cong l’a compris et, contrairement aux idées reçues, n’a torturé que bien peu de prisonniers américains, il en a plutôt endoctriné beaucoup, ce qui était une défense efficace contre une force d’invasion multiraciale. Ensuite, le concept s’est raffiné. Israel, dès sa première invasion du Liban, a bien profité de la scission de la population libanaise en une multitude de factions, l’encourageant jusqu’a ce qu’il ne reste plus du Liban une entité capable d’opposer une résistance sérieuse. Une nouvelle façon de faire la guerre.

Une vieille façon, en fait, puisqu’on ne faisait que revenir à l’adage romain qu’il faut diviser pour régner. Depuis lors, on a utilisé à fond la zizanie programmée. Toutes les guerres récentes en Afrique et au Moyen-Orient ont obéi à la même règle. L’Afghanistan en est devenu le cas d’école et la rivalité entre Chiites et Sunnites en Irak, portée à son paroxysme par l’invasion américaine, en est la toute dernière illustration. Tout ça est connu, mais pourquoi en déduire que la guerre devient impossible ?

Parce qu’il y a un effet pervers à la zizanie, spontanée ou implantée. Quand l’hétérogénéité augmente et que la zizanie est partout, les conflits n’opposent plus deux camps, mais une multitude de factions ; la loyauté et la discipline sont peu à peu redirigées vers la base, à mesure que l’on passe de l’identification à la nation à l’appartenance au clan. Le rapport de force entre les protagonistes fluctue donc sans cesse, au rythme de la cohésion entre leurs composantes, auxquelles ils ne commandent plus, mais qu’il leur faut désormais convaincre.

En l’absence de groupes identitaires forts, on peut même sauter l’étape clanique et arriver directement à l’égocentrisme primaire ; on n’est plus jamais, alors, qu’à une formation réactionnelle près de voir chaque individu se transformer en pur prédateur. Chacun n’agit plus que pour soi et sa motivation suit strictement ses intérêts. Le sort des batailles en vient alors à dépendre de la capacité de persuader ou de soudoyer et ce n’est plus tant du charisme de César que le général a besoin, ni même de la duplicité de Machiavel. Seulement d’une propagande à la Goebbels et d’une promesse crédible de butin.

Quand l’hétérogénéité atteint un seuil critique, la population cesse aussi d’être malléable. Chacun a son objectif et l’on a autant de factions qu’il y a de belligérants. Chaque mousquetaire est contre tous et tous contre chacun. Comment faire la guerre, quand le monde ne se divise plus en unités territoriales peuplées de gens ayant des intérêts communs permanents, mais en regroupements précaires d’individus créant et défaisant leurs alliances au gré de leurs objectifs immédiats ?

Quand c’est chacun pour soi, il n’y a plus de guerre possible, car l’ennemi n’est pas là. Le défi n’est plus de triompher d’un adversaire évanescent dont on ne connaît même pas les intentions réelles, mais de rétablir l’ordre entre des gens dont chacun a son agenda, qui n’ont en commun que leur haine de l’envahisseur et qui n’ont évidemment nul respect pour l’ordre que celui-ci voudrait imposer. Comment remporter une victoire dont on ne peut même pas définir les conditions ?

La guerre est une partie perdue pour l’agresseur et chaque manche est l’occasion d’une défaite. Avec les techniques modernes, chaque belligérant dispose d’un pouvoir terrifiant qu’il peut exercer SEUL. Chaque individu du pays agressé peut se dire combattant ou non-combattant et en changer à sa guise. Il a le choix du temps et du lieu. Il n’est plus possible de tirer vengeance d’une attaque ou d’un attentat en s’en prenant aux alliés de celui qui en a été l’auteur, car celui-ci n’a plus d’alliés, ni même une population civile à laquelle il s’identifie. Ce n’est plus SA population. Il est à lui seul son parti tout entier.

Pour l’agresseur, le seul ennemi visible est le désordre. Un ennemi invincible, car plus l’on se bat, plus il augmente. Sans un adversaire bien identifié à combattre, chaque soldat devient un agent libre et devient vite aussi dangereux pour celui qui l’emploie que pour celui contre qui on a voulu l’employer. Le conflit ne peut cesser, puisqu’il n’y a personne qui ait l’autorité d’y mettre fin. L’envahisseur n’a le choix qu’entre une retraite ignominieuse ou un génocide qui le mettra au ban de l’humanité

Le génocide conduira à un élargissement du conflit dans lequel l’envahisseur pourrait bien se retrouver l’envahi. Si c’est le retrait qu’il choisit, les querelles intestines dans le pays envahi continuent longtemps après son départ. Pour créer une nouvelle solidarité, on doit y refaire le chemin qu’on avait mis des siècles, parfois, à parcourir. Il n’est pas sûr quc cette solidarité renaisse avant des décennies, des générations, si la cohésion initiale était faible .

L’envahisseur, pour sa part, n’a aucune raison de chanter victoire. Il n’a rien gagné qu’il n’aurait pu obtenir autrement, sans violence et il s’est créé un épouvantable problème. Il doit, en effet, rapatrier ses soldats auxquels il a inculqué le mépris de la discipline, du bon droit, du respect des autres et de la vie. Beaucoup ont été physiquement blessés, encore bien davantage l’ont été mentalement; ils sont aigris et, en l’absence d’une victoire, ils se sentent trahis. Un nombre significatif d’entre eux se perçoivent comme des pillards et des assassins. Leur plan de carrière dans la criminalité et la violence est tout tracé.  L’envahisseur est envahi. La guerre aura couté bien cher à l’État qui se sera voulu conquérant. Trop cher.

On ne fera plus la guerre. On fera encore des razzias, des expéditions punitives brèves, mais on ne fera plus la guerre L’Afghanistan et l’Irak ne sont déjà plus des guerres. Seulement des espaces-temps mal définis de violence gratuite d’où l’on sortira après y avoir tué, détruit et bêtement créé le désordre.

Pierre JC Allard

167. Dessine moi un monstre…   07.08.19

J’ai bien voyagé en pays musulman. Depuis longtemps. Tunisie, Algérie en 1956. Ghardimaou, à la frontière où les forces françaises m’ont retenu – poliment, je le souligne – le temps de s’assurer que je n’étais pas ce journaliste canadien, dont on les avait prévenus de la venue et qui viendrait voir de près ces histoires d’atrocités. Ce n’était pas moi…. . Beyrouth, en 1958, avec les Américains — déjà ! — sans qu’on sache trop ce qu’ils y faisaient. Au cours des ans, Damas, Bagdad, Téhéran, Karachi, Kandahar… L’Égypte, le Maroc et j’en passe Je me suis beaucoup déplacé. J’ai connu des pays musulmans avant.

Avant quoi ? Avant la guerre de 6 jours, avant le premier choc pétrolier de 1973. A l’époque où, si on parlait de terrorisme et de bombes à Jérusalem, ce n’était pas d’eux qu’on se souvenait. Des femmes voilées, à Téhéran ? Vous voulez rire ! Ce qui s’en rapprochait le plus, c’était de merveilleuses créatures juchées sur 10 centimètres de talons, laissant au passage des effluves de Chanel No 5 et arborant une voilette transparente. A Beyrouth, encore moins, sauf au Casino du Liban, ou au Saint-Georges, dans les spectacles, bien sûr. Même au Caire, on n’en voyait qu’en périphérie, ou dans les quasi-souks, là où on allait pour le pittoresque, manger des taamea en marchant entre les crottes de dromadaires, dans des rues non pavées.

L’islamisme ? Dans les campagnes, oui. Je me souviens d’une scène extraordinaire, sublime, quand le train de Wadi Halfa à Khartoum s’est arrêté en plein désert nubien et que des centaines, et des centaines de croyants ont étalé leur tapis de prière sur le sable, pour la prière du soir, avec le soleil couchant derrière eux. Dans les campagnes, oui, mais dans les villes, à Istanbul ou à Casablanca, on ne voyait plus l’islamisme. Le marchand n’arrêtait pas de vous vendre un tapis, parce que le muezzin avait appelé ; il fermait la porte de l’échoppe et vous servait un autre thé, ou un autre café, selon le lieu. L’islamisme n’était pas en perdition, mais il s’estompait, comme le christianisme.

Attention. Je ne dis pas que les musulmans n’étaient plus fanatiques ; toutes les religions monothéistes le sont. Quand papa est à la fenêtre à vous encourager, on prend goût à taper sur les petits voisins qui sont différents… Je dis seulement que la violence, il y a 40 ans, n’était pas omniprésente en pays musulmans et que la violence, surtout, n’était pas essentiellement islamiste. On ne se battait pas à Alger en 1956 au nom d’Allah. On n’a pas pris le Canal de Suez pour l’islamiser, ce n’est pas vrai.

Les pays musulmans de l’époque, comme les autres pays du tiers-monde, étaient des pays pauvres en crise identitaire. Bien sûr, il y avait les Frères musulmans, mais ils jouaient un rôle secondaire. Marx était au moins aussi populaire que Mahomet dans les classes musulmanes éduquées et, si on avait fait une révolution, elle n’aurait rien eu de religieux. Le nationalisme était « à la Saddam », d’autant plus agressif qu’il était laïc. Les leaders voulaient bien chanter qu’Allah seul est grand, mais ils ne se voyaient pas eux-mêmes sans importance.

Comment l’islamisme, bien sage depuis des siècles, est-il redevenu militant ? Ne faudrait-il pas se demander plutôt, comment la militance et la violence qui en découle sont redevenues islamiques ?

Quand le capitalisme s’est cherché un alibi, après la spectaculaire arnaque de 1973 sur le pétrole qui a causé bien des larmes, on a pris les cheiks et les émirs comme boucs émissaires. L’idée de mettre le blâme sur des bédouins — des types bizarres qui ont des harems et qui donnent des montres en or en pourboire au Dorchester — semblait opportune, même si ceux-ci ne gardaient qu’une petite part de la cagnote et que le reste retournait vite en Suisse et aux USA, dans les coffres des pétrolières et autres sociétés bien de chez-nous. On a donc crié haro sur la chèvre et brimé, insulté, humilié le monde arabe, « pétrolé » dans tous les sens du terme, sans perdre une occasion de rendre le monde arabe haïssable…

Quand les USA on voulu se défaire du Shah, devenu bien embêtant, l’idée de blâmer les turbans n’avait rien perdu de son intérêt. Mais comment soulever une population, ce qui est plus compliqués que de mouvoir quelques émirs ? Pour un mouvement de masse, rien de mieux qu’un réveil religieux. Rien de plus facile à promouvoir qu’une guerre de religion, puisqu’elle cible ceux qui y croient le plus — et donc les plus bêtes — lesquels sont toujours aussi ceux qui rêvent le plus d’une bonne bagarre.

On a donc ramené de Paris un personnage charismatique et on a financé la prise du pouvoir en Iran par un mouvement religieux. Une gageure d’apprenti sorcier, pour quiconque connaît l’Histoire, mais pour les Américains, qui ne voient que confusément ce qui est loin des USA dans l’espace ou le temps, c’était une solution expéditive. Après la prise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1979, on a compris un peu mieux les forces qu’on avait libérées, mais on en a surtout vu le côté « positif »

Le côté avantageux du fanatisme, c’est qu’il n’a vraiment pas besoin « d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer ». C’est ce dont on avait besoin pour régler un problème sérieux avec les Russes qui avançaient vers le sud en Afghanistan, dernière manche de la « grande joute » qui les avaient opposés aux Britanniques en Asie centrale au siècle précédent. D’abord, contrer les Russes ; on règlerait après la question des gardiens de chèvres illuminés. Il fallait donc AIDER les Islamistes en Afghanistan contre l’URSS.

Pendant une décennie, l’Amérique a mis des milliards de dollars à armer, mais surtout à former des fanatiques. Elle a financé la convergence de toutes le rancoeurs et de toutes les frustrations vers l’Islamisme militant. Elle a utilisé comme agents des gens comme Osama Bin-Laden, pour battre le rappel vers la résistance aux Russes de tout ce que le monde comptait de fanatiques musulmans et en créer d’autres. Elle leur a appris à gagner. Un dur défi, mais elle y est arrivée. L’Amérique a réussi. Les Américains ont réussi à créer un monstre.

Un monstre inquiétant, car il grandissait… et grandissait ! Quand le Mur de Berlin est tombé, en 1989, les USA — qui ne peuvent vivre qu’en économie de conflit — n’ont donc pas cherché longtemps l’ennemi à haïr qu’il leur fallait ; dès 1991, ils ont envahi l’Irak pour « libérer » le Koweït, faisant cette guerre dont René Dumont a dit qu’elle avait déshonoré l’Occident. Ils ont diabolisé l’Islam, un adversaire qui ne pouvait en aucune façon menacer l’Amérique. Ils croyaient le dompter, mais ils ont seulement nourri le monstre.

Pourquoi l’islamisme se développait-il si vite ? Par défaut… Deux générations de nationalistes musulmans s’étaient imbues de marxisme. Maintenant, le communisme était vaincu. L’Islam, bien implanté et structuré depuis des siècles, était pour tous les Musulmans le plus évident des signes de ralliement. Quand sont revenus d’Afghanistan ceux qu’on avait entraînés à se battre, ils ont proclamé la renaissance de l’Islam conquérant. Pour être conquérant, d’abord être fanatique. Les voiles sont sortis des campagnes illettrées pour réapparaître dans les métropoles, au Caire, à Alger, à Téhéran, à Beyrouth. Erreur de penser que c’est l’islamisme militant qui a conduit à la violence ; c’est la violence qui ne demandait qu’à s’exprimer qui s’est voilée sous l’islamisme.

Quand est survenu 9/11, on a convaincu les Américains — soigneusement dépolitisés et abêtis depuis des décennies, pour en faire les protecteurs dociles d’un capitalisme pur et dur — que lancer une croisade sur les Infidèles était faire oeuvre pie. Pour lancer cette croisade, on a donné un nom au monstre : islamisme. Il fallait une cible, on a choisi Al-Qaeda, cellule insignifiante la veille, promue desormais multinationale du terrorisme. On lui a créé un chef, l’agent Bin-Laden ; un chef grand, rusé, fort, impitoyable, mythique… Insaisissable, surtout, car il faut qu’il dure : en créer un autre demanderait trop de travail.

Tout ce qui ne va pas dans le monde est donc devenu la faute d’Al-Qaeda. Même si ce sont les USA qui tuent en Afghanistan, en Irak, en Somalie, même si leur action n’a d’autres fins que de produire des milliards pour Halliburton et autres marchands de mort et de servir d’atouts dans un jeu de pouvoir entre politiciens tarés, c’est la violence fanatique des musulmans qui est tenue pour responsable

Cette condamnation d’une RELIGION est l’une des erreurs de jugement les plus bêtes de l’histoire de l’humanité, pour deux (2) raisons. D’abord, parce que rien n’est si difficile à abattre qu’une religion et les USA, en pleine décadence, se sont choisi un ennemi trop coriace. Ensuite, parce qu’en disant ainsi que toute violence prenait sa source dans l’Islam, ils ont stoppé net l’acculturation tranquille du monde entier que l’Occident poursuivait depuis longtemps avec succès, à son rythme et sans effort. Les civilisations ont parfois une chance d’établir une hégémonie librement acceptée, mais il est bien rare qu’elles en aient deux. La civilisation occidentale ne séduira plus. Maintenant on nous déteste un peu plus tous les jours. Le monstre qu’on a créé a atteint sa taille adulte et il est à nous dévorer.

Pierre JC Allard

168. Ne tuez pas Georges Bush!   07.08.28

Un film de fiction a été tourné ayant pour thème l’assassinat du Président américain. On en a vu des extraits sur le Web. Personne, cependant, ni aux USA ni en Europe, ne semble jusqu’à présent se bousculer au portillon pour en faire la distribution. Pas la censure formelle, mais parions que quelqu’un n’aime pas beaucoup et l’a laissé savoir. De sorte qu’il se pourrait bien que ce film ne soit jamais montré en salle. Il se pourrait même, avec le temps, qu’on finisse par croire qu’il n’a jamais existé.

Je ne compatis pas tellement avec le producteur qui en sera pour ses frais, car je dénonce la censure, mais je trouve l’idée d’assez mauvais goût. Parler de l’assassinat de Georges W, par les temps qui courent, semble un truc assez gros pour s’assurer la sympathie et engranger du fric. Un peu comme ce descriptif bien graphique sur la passion du Christ que nous a servi Mel Gibson, ou comme ces documentaires, toujours les mêmes, sur les petits canards couverts de mazout au Koweit ou en Alaska.  J’ai compris le message, n’insistons plus.

Allant au fond des choses, d’ailleurs, même si elle est à première vue séduisante, comme toutes ces scènes de kung-fu où le méchant est foudroyé par le Ciel ou le Hasard au nom de la justice immanente, l’idée d’assassiner George W. Bush me semble un mauvais scénario.

Pour la morale, d’abord, car on ne devrait pas inciter les jeunes enfants ni les innocents à se réjouir de la mort de qui que ce soit. Pour l’avenir immédiat du monde, ensuite, car ce serait Cheyney qui le remplacerait et les séides seraient les mêmes. Pour tout le développement subséquent de la pensée politique, enfin, car ce serait tomber dans le piège de PERSONNALISER le Mal, alors que l’horreur que nous vivons présentement est systémique.

L’horreur que nous vivons presentement n’est pas le geste d’un seul homme, mais le fruit d’un collectif de production d’abominations, auxquels bien nombreux sont ceux qui collaborent, au moins par omission, et dont chacun est responsable à la mesure de son inconscience.

Tuer Bush serait dans la logique de charger le bouc émissaire, ce qui ne serait ni efficace ni même juste. Dire qu’il n’est pas doué est une évidence, mais dire qu’il est méchant est gratuit. C’est prétendre qu’il est une singularité significative dans le système, ce qui n’est pas vrai.

L’Histoire a connu des personnages qui, pour le meilleur ou pour le pire, ont courbé l’univers des événements par leur seule force gravitationnelle. Alexandre, César, Napoléon, Lénine, Mao… On peut penser que, sans eux, le monde aurait été différent.

À côté de ces géants, cependant, il y a ceux qui ne font pas l’Histoire, mais que les circonstances déposent, un peu par inadvertance, dans le Maelström des événements et qui reçoivent ­ ou ne reçoivent pas ­ la grâce d’état qui en fait les symboles et les porte-parole du destin.

Personne ne peut penser que la Grande Guerre de « 14 n’aurait pas eu lieu, si c’est Cabrinovitch, plutôt que Gavrilo Prinzip, qui avait tué L’archiduc François-Ferdinand. Personne ne peut penser que Mai  » 68 n’aurait pas eu lieu, si Cohn-Bandit avait pris à cette époque un mois de vacances. Tout était prêt. La logique des événements se serait manifestée d’une autre façon sans eux et aurait suivi son cours, pas tellement différente dans ses effets. Il n’y a que dans les romans qu’on peut revenir dans le passé et sauver l’empire en clouant mieux le sabot du cheval, parce que les empires qui ont de ces négligences en ont aussi bien d’autres.

Grave erreur, donc, de penser que c’est Bush qui a rendu l’Amérique monstrueuse. Il y a longtemps qu’un monstre qu’on pourrait appeler « Américanisme » se développe au sein de l’Amérique; se donner un président comme Georges W. Bush n’est que la dernière étape de son développement. Bush n’est que le vecteur du mal, le porteur des « memes » de la violence, la preuve vivante de la thèse de Dawkins.

Le mal en Amérique n’est pas une personne. Ce n’est même pas un groupe d’individus ,dont on pourrait souhaiter comme Marat ou Saint-Just, je ne me souviens pas, « qu’ils n’aient qu’une seule tête que l’on puisse la trancher d’un seul coup ». Le mal en Amérique est un égrégore. Une monstruosité culturelle palpable, issue de ces memes de la violence qui se reproduisent dans le cloaque des films d’action de Hollywood, grandissent dans les salons de l’Américain moyen qui regarde la télévision 7 heures par jour, puis rampent de son inconscient vers les gangs de rue du Bronx, vers Guantanamo, Abu Ghraib…

Considérant Bush lui-même, il ne faut pas le voir comme une « incarnation » du mal – ce qui signifierait qu’il en assume la conduite, est libre et donc responsable de ses actes – mais uniquement comme un « manifestation » d’un mal sous-jacent, de cet égrégore dont il est en quelque sorte possédé. Possédé, mais sans violence ni souffrance, puisque aucune part en lui ne résiste à cette possession. Il y a eu en lui parfaite métastase des memes de la violence.

Il ne faut pas tuer Bush. Ne tuez pas le messager pour la nouvelle. Il faut le voir comme la victime d’une pathologie et cette pathologie, véhiculée par les memes de la violence qui ont infiltré la culture américaine, est celle de millions d’Américains. Si Bush partait, il serait vraisemblablement remplacé par la même chose… ou pire.

Inutile, donc, d’entretenir vis-à-vis Bush, Cheney et les autres bourreaux de Washington, des velléités homicides. La nature a déjà porté sur eux cette « sentence plus lourde » dont l’exilé athénien admonestait ses juges et elle l’exécutera à son heure. En attendant, on ne devrait souhaiter que leur mise au rancart permanente et que la clef soit bien gardée.

Trop peu pour trop ? Souvenons-nous que la mort n’est que naturelle et inévitable. Le MAL, c’est la souffrance, la cruauté et l’on ne peut souhaiter la mal à personne qu’en étant soi-même victime de la contagion, en devenant aussi alors soi-même un vecteur du mal.

Ne souhaitons donc rien aux méchants que leur disparition tranquille, qui n’a d’autre mérite que celle d’enlever un hôte docile au mal qui est en eux. Même l’Histoire verra la vraie responsabilité ailleurs et ne retiendra sans doute d’eux que l’image de quelques immondices jonchant le sentier de l’évolution, dont on préservera d’autant mieux la mémoire collective qu’on les contournera sans trop s’y attarder.

Tuer Bush est sans intérêt. Tuer les memes de la violence serait autre chose, ce serait changer la culture américaine… mais ce serait un tout autre combat.

Pierre JC Allard

169. Le capital déserteur   07.09.07

Il y a des concepts qui sont promus au rang de vertus, sans qu’on y regarde de trop près. Parmi ces concepts, on trouve en bonne place la foi — qui consiste à faire abstraction de sa raison — et le patriotisme, lequel permet d’être fier de ses origines, sans avoir à s’en expliquer. On ferme les yeux sur le fait que croire sans raison est plutôt une sottise et que se penser meilleur parce qu’on est né quelque part frôle dangereusement le racisme.

Généralement, ces vertus équivoques et qui cachent des vices ont surtout le mérite initial de servir les intérêts de ceux qui les érigent en vertus. Leurs autres qualités sont ensuite exaltées par ceux qui s’en croient dotés, en proportion directe des sacrifices qu’ils ont du consentir pour qu’on les leur reconnaisse. Les martyrs ont la foi et les héros sont patriotes.

Aujourd’hui, le mondialisme est devenu le dernier ajout à la liste de ces vertus équivoques. Le mondialisme, c’est l’ouverture et la générosité, c’est l’avenir… Celui qui n’est pas mondialiste, aujourd’hui, est bien suspect. Pourtant, le mondialisme a de GROS défauts, dont le moindre n’est pas de voir le monde tout autrement qu’il n’est. Le mondialisme a deux (2) volets, dont chacun a ses vices..

Le premier volet supprime les entraves au commerce. Dans la vision mondialiste du monde, l’ouverture des frontières permet que chacun fasse concurrence à tous. C’est donc aux services de celui qui dispose des avantages lui permettant d’offrir plus pour moins qu’on fera appel. On fera du blé dans la Beauce et des bananes en Ecuador, ceux qui ont du pétrole nous le vendront et ceux qui ont des idées s’instruiront et géreront le monde dans l’intérêt commun. Chacun sera utilisé au mieux et nous serons tous plus riches.

Inspirant… Mais le monde n’est pas ça. Les ressources ne sont pas équitablement réparties et l’Histoire a donné une longueur d’avance à certains sur les autres. Presque tout, partout, appartient aux mêmes intérêts. Seule impose une limite à la concentration de la richesse, la nécessité de maintenir une demande effective suffisante pour que ce qui est produit soit vendu. C’est une contrainte technique puissante, mais, si ce n’est pas ceux qui travaillent qui consomment, il n’y a plus de limite à leur exploitation. Or, c’est précisément la situation qui est créée quand les frontières s’ouvrent.

Toutes frontières ouvertes, les travailleurs des pays pauvres ne produisent plus pour leurs besoins, mais pour la demande des pays riches. Pas du manioc ou du maïs, mais du café ou du cacao. L’industrie ne s’automatise pas progressivement, comme elle le devrait, mais se concentre sur ce qui est à forte intensité de travail. Pour leurs besoins, les pays pauvres deviennent donc dépendants des pays riches. Or, on leur achète tout au prix que nous voulons – puisque nous sommes leurs seuls clients – et on leur vend aussi tout au prix que nous fixons, car c’est nous qui avons le pouvoir. Ils seront donc éternellement pauvres.

Qui gagne ? Le consommateur des pays développés croit faire une bonne affaire, en achetant bon marché les produits d’ailleurs, mais le travail fait ailleurs signifie moins de travail pour le travailleur des pays riches et le revenu global qui y est distribué tend donc à dépendre de plus en plus d’un assistanat plus ou moins déguisé. Ce revenu global peut être diminué, d’ailleurs, sans mettre à mal la demande effective, de la somme de tout ce qui est vendu aux pays pauvres. Vendu avec des marges bien plus intéressantes qu’en pays développés, puisque tout s’y fait par cartels et monopoles, que les contraintes de santé et de sécurité ainsi que les exigences environnementales sont moindres et que la fiscalité s’y règle à l’amiable.

Qui gagne vraiment au mondialisme? Y gagnent ceux qui tirent parti des frontières qui disparaissent pour se prendre un agio sur tout ce qui s’échange et qui peuvent maintenant, à leur convenance, consommer le travail des mal nantis du tiers-monde sur place ou se le faire livrer à domicile.

À domicile ? Bien sûr, c’est le deuxième volet du mondialisme. Le volet qui supprime les entraves aux migrations, en présentant l’accueil des immigrants comme un geste de compassion, ce qui est une imposture. La compassion exigerait que les termes d’échange entre pays riches et pauvres soient assainis et que le niveau de vie des habitants du tiers-monde soit élevé. Pas qu’on accueille les pauvres en pays riches, pour y rendre la main-d’oeuvre surabondante et parfaire les conditions de son exploitation.

L’immigration est un pur subterfuge. Prétextant respecter l’esprit de l’ouverture des frontières, elle permet d’opposer aux exigences des travailleurs des pays riches, non seulement la menace des importations, mais la disponibilité sur place des travailleurs immigrants, ceux-ci souvent en situation illégale et donc prêts à accepter des conditions de travail moins avantageuses.

Conditions moins avantageuses qu’on peut cyniquement prétendre devenues incontournables, à cause des exigences de la concurrence avec les biens importés …et qui peuvent être imposées sous la menace de la délocalisation des industries elles-mêmes ! La montagne peut aussi aller à Mahomet. Dans une société qu’on a voulu assimiler à son économie, il est difficile de voir l’entrepreneur qui délocalise autrement que comme la capitaine qui quitte le navire en perdition. Celui qui delocalise est un déserteur.

Une société repose sur une solidarité implicite, laquelle suppose que chacun ait, sinon,la générosité, au moins l’intelligence de subordonner la recherche de son plus grand profit immédiat au maintien des conditions minimales de cohésion sociale qui assureront la continuité de ses activités. C’est ce qu’a compris le libéralisme classique, quand il a accepté jadis, l’assistanat qui assurait qu’il y aurait assez de richesse redistribuée pour que les produits se vendent et que les roues puissent toujours tourner. Il faut distribuer un revenu : le travailleur EST le consommateur.

De cette acceptation d’une redistribution est né le « néolibéralisme », sans lequel le capitalisme aurait déjà été remplacé par autre chose. Il semble que l’on oublie maintenant cette leçon. Le capitalisme qui importe et surtout délocalise, se conduit comme si l’on pouvait déconstruire la main-d’oeuvre en France et ne payer des salaires qu’au Hunan ou au Tonkin, tout en continuant de vendre en Lorraine ! Ou serait-ce qu’un capitalisme apatride voit son avenir ailleurs et ne se préoccupe plus du tout de la Lorraine ? C’est ça, la désertion.

Cette déconstruction du travail est occultée par des opérations monétaires spéculatives, qui substituent des valeurs factices là où la réalité est en manque. Nous conduisons en regardant le « miroir » – speculum veut dire miroir – et nous allons droit vers l’abîme. Si on veut que le système fonctionne, il faut maintenir le niveau de consomation effective. On ne le fera pas en delocalisant, car la consommation effective, c’est d’abord le travail rémunéré. Il faut cesser de suivre le mouvement politiquement correct vers la mondialisation. IL FAUT FERMER LES FRONTIERES. Les frontières de la France ou de l’Europe, c’est un autre débat, mais fermer une frontière et poser une cloison étanche entre nous et le tiers-monde. L’Occident doit ré-apprendre à se suffire à lui-même.

Pierre JC Allard

170. Les quant-à-soi   07.09.14

Quand on parle de mondialisation, on voit d’abord des flux de marchandises. On voit le port de Rotterdam, les pétroliers, le blé de l’Ukraine, les babioles de Corée et de Chine, qui tout à coup deviennent des bicyclettes, puis des voitures, bientôt des avions On voit les Borinages sans charbon, un textile qui ne vit plus qu’en sortant ses griffes.

On voit ensuite les flux financiers. Ces trois trillions par jours de dollars (USD$ 3 000 000 000 000) qui sautent d’une banque à l’autre, entre continents, en ne faisant RIEN sauf enrichir ou garder riches ceux qui doivent l’être. On pense à ATTAC, qui dit à raison que 0,1% prélevé sur cette masse règlerait le problème du sous-développement, mais qui feint de croire qu’on pourrait le faire facilement, alors que Tobin savait, mieux que personne, que cette ristourne est précisément celle qui va aujourd’hui vers les shylocks qui mènent le monde et que vouloir les en priver exigerait qu’on leur passe sur le corps.

Après les biens et l’argent, seulement, on voit la troisième image de la mondialisation : tous ces désespérés du tiers-monde qui prennent le radeau de la Méduse en croyant s’embarquer pour Cythère et qu’on retrouve dans les banlieues rouges de l’Europe, devenues, beiges, brunes, noires… C’est cette troisième image, pourtant, qui doit être déterminante. Parce que c’est le symbole de ce qui nous détruit. Nous et eux comme nous.

C’est SURTOUT pour arrêter ce brassage de populations et le nivellement pervers des spécificités culturelles qui l’accompagne qu’on doit fermer les frontières. Pour que l’Europe reste l’Europe. Pour que nous puissions évoluer sans fracture, de la culture « post-chrétienne laïque » qui aujourd’hui définit largement l’Europe, vers quoi que ce soit que ce que nous sommes nous a préparés à vouloir devenir.

Cette évolution naturelle, sans solution de continuité, n’est possible que si la composition démographique de l’Europe n’est pas fondamentalement bouleversée et si les repères culturels sont maintenus. Surtout, ne pas me croire xénophobe ! J’ai vécu la moitié de ma ­ longue ­ vie ailleurs, avec d’autres et avec plaisir. Il y a plus de cinquante ans que je lutte contre le racisme et les préjugés et que je défends les causes de l’égalité, du respect et de la bonne entente entre les peuples. Au vu de mon cheminement, me voir « alterophobe » serait une erreur. MAIS…

Mais, je ne crois pas qu’on puisse aimer et respecter les autres tels qu’ils sont, si on pose insidieusement tous les gestes requis pour nous les assimiler ; pas plus qu’on ne peut avoir la passion et se sentir la mission de poursuivre le développement de sa propre culture, si on trouve souhaitable que ce développement soit systématiquement modifié par les apports massifs d’autres cultures.

Il y aura toujours de tels apports et il faut les accueillir, mais je ne crois pas à l’évangile de la mondialisation, qui prétend qu’il faille maximiser ces apports ; je suis persuadé, au contraire, qu’il est dans l’intérêt de chaque culture — et de l’humanité elle-même — qu’ils soient réduits au strict minimum et que soient encore explorées toutes les pistes concurrentes de civilisation.

Aucune culture ne devrait se sentir forcée de devenir autre que ce que souhaitent qu’elle soit ceux qui s’en réclament; c’est sa propre évolution qui, le cas échéant, doit l’amener à converger et à se fondre dans une autre. Comme nul individu ne devrait être obligé par les circonstances à renier sa culture pour en accepter une autre, si ce n’est lorsque sa propre démarche l’a convaincu librement de faire ce choix. L’émigration des riches et des puissants est leur libre choix ; celle des pauvres et des faibles ne l’est pas

L’humanité a encore besoin de sociétés. Une société, c’est au départ des gens qui choisissent d’être ensemble. Ensemble, on développe des habitudes qui surgissent des idées qu’on partage et, de ces habitudes encore plus que de ces idées, naît un sentiment d’identité et d’appartenance. Nos habitudes nous rendent prévisibles et donc rassurants, confortables les uns aux autres, ouverts à supporter nos travers. Ensemble, on s’apprivoise. On apprend à tolérer nos différences, même à s’aimer — un peu — les uns les autres.

On veut apprendre à s’aimer. Pour autant, bien sûr, que l’on perçoive toujours en filigrane la similitude essentielle qui est le non-dit initial. Pour autant que l’on reconnaisse chez son voisin ces points communs qui ont fait que l’on se choisit l’un l’autre. Ces repères qui justifient que l’on souhaite être à ses côtés plutôt qu’avec d’autres et que, même si on veut parfois le changer, on ne veuille pas le quitter. Le voisin, comme un vieux conjoint, est présumé là pour le pire comme pour le meilleur. Aux coups durs, il va aider, ne pas nuire. On le connaît. On se ressemble.

Quand une société grandit, on devient nombreux et l’on se divise en classes sociales. Parfois, on ne se fréquente plus, mais on se reconnaît. Quand on se croise au crépuscule, à l’orée du bois, on ne fuit pas : on se salue de la main. Si on ne se reconnaît plus, si on ne sait plus comment se saluer, il n’y a plus de société.

Nous partageons cette planète entre humains et il est probable et souhaitable que, tôt ou tard, chacun s’y sentira chez-soi partout, mais il faudra du temps. En attendant, une Nouvelle Société, comme l’ancienne et toutes les autres, exigera que l’on se reconnaisse et que l’on s’apprivoise. On vivra plus heureux dans cette société si on VEUT y vivre ensemble.

Les circonstances peuvent parfois forcer une cohabitation et imposer une assimilation. Aryens et Dravidiens peuvent faire des Indiens, Espagnols et Quechuas des Péruviens, Saxons et Normands des Anglais… Mais il y a alors celui qui apprivoise, souvent la cravache à la main et l’autre qui est apprivoisé. L’amalgame a un prix. Parfois un prix en sang, toujours un prix en larmes et elle prend du temps. Des siècles.

Si on accélère, elle coûte plus cher et payer plus cher ne garantit pas qu’elle se fera. L’Histoire est pleine de ces voisinages entre Tutsis et Hutus, entre Serbes et Croates, entre Hébreux et Philistins, qui ne conduisent pas nécessairement à des fusions réussies. Souvent, on a bien des raisons de penser qu’il aurait mieux valu que chacun puisse rentrer chez soi.

C’est aussi ce que l’on pense quand l’immigration dépasse un certain seuil. Ce qui distingue l’immigration d’une invasion barbare, c’est que l’immigré vient seul, et qu’on présume sa volonté d’être assimilé ; quand on dépasse le seuil où il veut être assimilé et que l’étranger veut plutôt mettre son empreinte, on est envahi. Quand l’étranger veut imposer un changement, il dérange. Quand il exige que chacun y mette du sien, il oublie que, lorsqu’il est chez moi, le sien qu’il y met est aussi du mien

L’étranger qui s’installe à demeure modifiera inévitablement la culture du pays -hôte — et c’est bien ainsi que les choses devraient être — mais il doit y mettre le temps qu’il faut pour que ce changement ne dérange pas. Il doit s’efforcer que son apport soit littéralement imperceptible. Chaque autochtone devrait accueillir son nouveau voisin avec courtoisie, mais peut d’autre part s’attendre à ce que ce dernier ait la bienséance de pas se faire remarquer.

L’étranger qui fait remarquer ses différences abuse de l’accueil qu’on lui réserve. Il n’a pas d’autres droits que ceux dont on a convenu dans la société où on l’accepte. S’il veut plus, il est un envahisseur. Chaque individu est tenu au respect de la loi du lieu ; le lieu n’a pas à accommoder pour lui sa loi ni ses coutumes ; seul le consensus peut décréter des accommodements. Agir autrement n’est pas raisonnable.

Aujourd’hui, le consensus est qu’il y a assez d’étrangers dans la maison. Assez ou trop. Ceux qui le nient ne pensent pas culture ni appartenance ; ils pensent pyramide des âges, consommation, profit. Ils pensent comme des cuistres. Ce qu’ils pensent n’est pas respectable. Le vrai consensus, c’est que le nombre des étrangers dans la maison les dissuadent de vouloir être assimilés et les rend donc inassimilables. Que faut-il faire ?

D’abord, FERMER LES FRONTIÈRES. Il faut réagir au conditionnement, par ceux qui profitent de l’invasion, qui veut rendre malséant de dire qu’il faut arrêter l’immigration. Il faut arrêter l’immigration, pour le bien des autres encore plus que pour le nôtre. L’immigration, c’est l’instrumentalisation et l’exploitation des pauvres par les riches qui continuent sous un nouveau masque.

L’Europe a une dette envers le tiers-monde. Payons-la. Mais on ne la payera pas en acceptant chez-nous une toute petite minorité de ceux que NOUS avons envahis, laissant sur place une majorité à laquelle nous avons enlevé toute chance d’autosuffisance. C’est LEUR maison qu’ils doivent reconstruire selon LEURS plans. Pour y vivre chez eux, pas chez-nous. Aidons-les. Cessons de détruire systématiquement leurs économies et que l’Occident verse une rente à ses anciens souffre-douleur. L’Occident doit payer une compensation, une rente expiatoire au tiers-monde. Un trillion de dollars (USD$ 1 000 000 000) par année, pendant 50 ans, semble raisonnable. C’est ce que rapporterait la taxe Tobin que propose ATTAC. Payons la rente, puis laissons-les tranquilles

On ferme la porte, mais que faire de ceux qui sont déjà dans la maison ? D’abord, il faut distinguer entre ceux qui sont vraiment des étrangers et ceux qui n’ont que l’apparence d’étrangers. Quiconque est déjà citoyen n’est plus un étranger; dans le respect des lois, il a tous ses droits à toutes ses idiosyncrasies. À la société, pour éviter tout malentendu, de modifier ses lois pour qu’elles interdisent, non pas aux seuls « étrangers », mais à tous, les comportements dont le consensus social considère qu’ils choquent les coutumes et les valeurs de la collectivité.

Quand ces lois qui devraient s’inspirer d’une grande tolérance seront édictées, si certains jugent inacceptable de si soumettre, rien ne les retient. Partant du principe, toutefois, que les nouvelles règles qui les incitent à partir leur causent un préjudice immérité, puisque ces règles n’existaient pas lorsqu’ils ont décidé de venir se joindre à nous, ceux qui choisiraient de partir devraient recevoir toute l’assistance requise et une généreuse compensation.

En agissant de la sorte, on aura bâti une société qui sera notre quant-à-soi et où la culture à laquelle s’identifie une vaste majorité de la population pourra se développer selon sa propre dynamique, sans concessions aux autres cultures, lesquelles doivent aussi avoir ailleurs leur quant-à-soi, car une parfaite réciprocité est nécessaire pour qu’il n’y ait pas d’injustice.

Pourquoi ce retrait de chaque culture à l’intérieur de son territoire, puisque l’objectif ultime ne peut être que de rassembler ? Parce qu’il est encore trop tôt. On voit chaque jour que le choc des cultures produit la frustration et la violence. L’humain n’a tout simplement pas atteint le niveau de développement qui lui permettrait de faire fi de ces différences. Pendant des siècles, la civilisation occidentale a voulu croire que ce problème n’existait pas, uniquement parce qu’étant en position totalement dominante, elle retirait les avantages d’un contact inégal dont les autres portaient tous les inconvénients.

C’est le début d’un rééquilibrage entre l’Occident et les autres cultures qui, aujourd’hui, fait apparaître le problème. La marée va vers l’étale. Il se crée une fenêtre d’opportunité dont on doit profiter pour réduire les occasions de heurts. Si, aveuglé par son arrogance et inféodé au profit de quelques-uns, l’Occident ne prend pas l’initiative de ce retour de chacun sur ses terres, pendant qu’il en est temps, il n’est pas exclu que notre civilisation se retrouve un jour en position de faiblesse. Une autre culture dominante jugera peut-être alors, à son tour, qu’il n’est pas avantageux de laisser à chacun son quant-à-soi et que c’est faire preuve « d’ouverture d’esprit » de bousculer un peu les dominés que seront devenus nos arrière petits-enfants pour qu’ils s’intègrent aux valeurs de ceux qui auront alors le pouvoir.

Aujourd’hui que la décision nous appartient, ce serait justice de laisser à chacun son quant-à-soi. Les civilisations qui nous ont précédés ne l’ont pas fait. Elles sont mortes.

Pierre JC Allard

171. Karcher   07.10.07

D’où nous est venu ce Sarko autoritaire, farouchement LUI, qui arrive dans la vie politique française comme un anachronisme? Un anachronisme, tout au moins, pour ceux qui sont encore bien jeunes. Ceux qui pensent que la république est la seule réalité et qu’il n’y en a pas d’autre. Ceux qui trouvent un peu agaçant qu’on ait tous les problèmes de la démocratie, mais qui sont convaincus qu’on ne peut pas en avoir d’autres. Ceux qui ne s’inquiètent pas des autres problèmes, comme le fascisme, le stalinisme, l’américanisme… des maladies honteuses, depuis longtemps contrôlées chez nous. La peste ? Bien sûr, la peste, on connaît, mais pas en France !

Ne voyant qu’aujourd’hui, ils oublient que la France, depuis la Révolution, est passée par trois monarchies, deux empires, une dictature et cinq républiques, sans compter les consulats, directoires et autres originalités. Ils ont le double défaut de trouver plus tolérables qu’ils ne le sont objectivement les problèmes de la démocratie — incluant tout ce verbiage inutile et cette corruption débridée — mais sans entrevoir dans la pénombre la possibilité même d’un État où l’on n’ait personne à qui se plaindre, ni députés, ni avocats, ni journaux, si quelqu’un en uniforme vient vous casser la gueule ou vous jeter au trou parce qu’il en a envie. Nous vivons en république.

Nous vivons encore en république, mais ça pourrait changer… Pas le mot « république » – il est aussi confortable qu’une vieille paire de pantoufles et on ne le laissera pas partir – mais l’idée de république, le concept tenu fermement pour acquis d’un État de droit absolu. Ça, ça pourrait partir. Pourquoi ? Parce qu’on est heureux et que tout va bien. La vie en France est devenu un fleuve tranquille. On glisse au fil de l’eau et le courant n’est pas très rapide…

Le fleuve coule trop doucement pour charrier tous les déchets qui s’accumulent le long des berges et nous avons quelques problèmes… Le plus grave de ces problèmes, c’est que, dans notre « État de droit « , se sont développés, comme des colibacilles, une foule d’éléments qui ne sont plus soumis à la loi. De petits éléments malins pour qui la loi n’existe pas et qui deviennent autant d’irritants. Trop de gens qui ne payent pas les impôts qu’ils devraient payer. Trop de compagnies qui traitent l’environnement comme il n’est pas permis de le traiter… et qui s’en fichent. Trop d’arrogance, par trop de fonctionnaires qui, protégés par leur syndicat, mais surtout par la nonchalance des gens ordinaires, peuvent faire n’importe quoi et surtout rien du tout.

La loi ? Trop d’éléments criminels ont maintenant une parfaite connaissance de la loi et peuvent l’utiliser à mauvais escient pour voler et tromper. Trop de politiciens mériteraient d’être pendus, à qui l’on donne le droit, après leurs crimes, de revenir gentiment redemander qu’on leur fasse confiance. La loi est devenue comme ces tests qui cessent d’être discriminants, parce que les « autres » connaissent les réponses. La loi n’empêche plus rien, parce que ceux qui le veulent savent tous comment la circonvenir et qu’il n’y a rien au-dessus de la loi: nous sommes un État de droit. C’est bien ce qu’on veut, n’est-ce pas, un État de droit ?

Oui, c’est ce qu’on veut. La démocratie, c’est pour ça qu’on s’est battu. Mais, il y a des choses que la démocratie ne peut pas faire. La démocratie ne peut pas régler les problèmes inhérents à la démocratie elle-même. Le problème de la majorité qui s’impose aux minorités, le problème de ceux qui ont toujours la force de l’État de droit pour eux, puisqu’il est dans la nature du jeu que gagnent ceux qui le jouent bien et qu’il y a des règles du jeu qui mènent à l’injustice. Sans rémission. Alors, une certaine nausée chronique s’installe. C’est pour ça que, depuis qu’on a dit « démocratie », on sait que, quand la loi n’apportera plus ce qu’elle devrait apporter, ni la sécurité, ni la justice, ni l’espoir, on la mettra en congé.

Aussi sûrement que les glaciations et les phases de la Lune, on sait que, quand il y a trop de déchets le long du fleuve trop tranquille, vient un pouvoir autoritaire. Un pouvoir qui n’est PAS démocratique et qui ne s’embarrasse pas des règles écrites. Pas un pouvoir fasciste corporatiste, collégial comme celui de Bush, mais un pouvoir personnel, comme celui de Louis XIV ou de Napoléon. Un pouvoir si absolu qu’il en devient débonnaire et qui vient faire un bon ménage. Le consensus populaire, tout à coup, est que, entre deux démocraties, quelqu’un vienne trancher le noeud gordien et remettre les pendules à l’heure… Naturellement, ce sera l’heure que voudra celui qu’on aura choisi, mais ce sera aussi l’heure que nous voulons tous. Parce que c’est pour ça que le consensus l’aura choisi.

Vraiment choisi, parce que l’autoritarisme n’est plus le mode par défaut dans une société moderne. Dans un État moderne, l’interdépendance entre les partenaires sociaux est telle, qu’il est impossible de transgresser le consensus social bien longtemps. L’autoritarisme vient quand on le réclame. Il va sur son erre, le temps d’épuiser l’indignation qui la mis en action et qui lui a donné le pouvoir d’agir… puis disparaît. La dictature demeure une abomination, mais elle a désormais la qualité rédemptrice qu’elle ne dure jamais. Elle ne peut pas durer. Une société, paradoxalement, ne peut renoncer au consensus que le temps qu’il y a consensus pour y renoncer ! C’est toujours le peuple qui décide, même quand la démocratie est en congé.

Où en sommes-nous, aujourd’hui, dans la marche vers l’autorité ? Peut-être plus loin qu’on ne le pense. D’abord, les problèmes sont là : la corruption, la violence dans les rues, l’invasion des « autres » que l’on prétend différents et qu’il est facile de voir comme la source de tous nos maux. Les atermoiements infinis qui font que justice n’est jamais rendue, que le progrès n’arrive jamais et que l’on n’a pas ce sentiment de devenir chaque jour un peu plus prospère, un peu meilleur, un peu plus heureux. Il y a une majorité – qui s’ignore encore – qui veut que l’on sorte le balai, que les choses changent, que la justice soit telle que chacun, en lui-même la voit. La demande est là. La réponse aussi, peut-être. Elle s’appelle peut-être Sarkozy. Il est venu parce que c’est ce que nous voulons.

Sarkozy a des idées et aussi des émotions, ce qui est indispensable. Il est bien inspiré et totalement sans scrupules. Comment peut-il accéder au vrai pouvoir, à l’AUTORITÉ ? Les étapes sont simples. D’abord, rendre inutiles tous les autres pouvoirs de l’État, qui s’équilibrent et qui font une France où tous les droits sont respectés… mais aussi où tous les abus sont permis. Dans un premier temps, on peut reconstituer, au niveau de la Présidence, une représentation pluraliste de la France. On peut y emmener assez de gauche, avec ce qu’il faut de droite, pour que des débats entre factions ressorte clairement ce que veut la population. On se parle, on écoute les doléances, on accepte quelques remontrances délicates, puis le Chef de l’État – qui est celui qui sait ce que la France veut et qui peut donc agir comme arbitre – donne des instructions pour que chacun fasse ce que doit. Tout se règle au Palais. Le législatif, ce qui porte le nom d’exécutif et même le judiciaire obéissent aux directives. Ce sont, de toute façon, les directives que le peuple veut qu’ils reçoivent… Regardez les sondages… Chaque semaine, dans les sondages, la France plébiscite son Chef.

Quand tout fonctionne bien, il ne reste qu’à institutionnaliser cet ordre nouveau. D’abord, un gouvernement d’Union Nationale. Une crise, n’importe laquelle, et ça deviendra un devoir pour chacun de se joindre à un gouvernement monolithique. Tous ceux qui ne sont pas encore venus d’eux-mêmes à la Présidence seront alors priés et convaincus de s’y présenter, de Besancenot à Marine en passant par Bayrou. Dans un deuxième temps, une nouvelle constitution : une VIe République.

Avec un Exécutif qui se confond avec le Président, un législatif qui ne s’organise plus en partis politiques, mais est composé de députés indépendants qui représentent directement les électeurs, comme des États Généraux permanents de la nation française. Ce sont eux, que le Président veut écouter. Pas les préjugés, les éléphants, ni les rhinocéros engoncés dans leurs idées d’hier et leurs privilèges. Une Assemblée de députés indépendants, issus du corps de la nation – éviter de dire du pays réel – et les lois leur sont soumises. Une vraie démocratie populaire, presque directe. Par la grâce et sous l’égide, bien sûr, du (Prince) Président, formellement et massivement plébiscité…

Après, on règle les problèmes. On remet les pouvoirs financiers à leur place, en confisquant, dans la mesure du nécessaire, ce qu’ils ont pris de trop. Sans discussions, car bien des secrets sont sortis et la France est indignée… Heureusement le Président est là, pour assurer l’ordre… Qui a dit que le Chef était de droite ? Puis, on remet une frontière autour de la France, et une autre autour de l’Europe qui se confond avec la frontière de l’Occident. De ces deux frontières, la première est bien poreuse… dans la mesure où la seconde est bien étanche. Libre à l’Allemagne d’accueillir des Turcs, mais s’ils viennent en France, ce sera comme touristes. Le commerce international ? Oui, s’il fait l’affaire de la France. Les migrations de population ? Oui, si elles font l’affaire de la France… L’Europe ? Oui… puisqu’elle fait l’affaire de la France. Qui a dit que le Chef était de gauche?

Tout cela ne peut durer qu’un temps, car si on se lasse de l’ineptie de l’attentisme et des remises à demain de la démocratie, on se lasse encore plus vite, quand on y est soumis, des remises en question en cascades et de l’arbitraire érigé en dogme des pouvoirs autoritaires. Il n’y a pas de terrain plus fertile pour faire croître une démocratie que le terreau de l’absolutisme. On la regrettera, elle reviendra… Quand les problème sont réglés, l’indignation cesse, on envoie Sanson lui-même à la guillotine et l’on recommence une autre histoire d’amour avec la démocratie….

Une nouvelle démocratie virginale, bien proprette dont ont été brossés au karcher les entourloupettes, les privilèges éhontés enchâssés dans un fatras de formules illisibles et toutes ces cohortes de petits copains, toutes ces théories interminables de petites fourmis profiteuses…. Combien de temps pour que revienne la démocratie, si elle part en vacances ? On ne sait pas, tout change très vite… Pour parodier la phrase de Lamartine, les 18 ans depuis la chute du Mur de Berlin ont été 18 siècles pour le monde… Dans une société de tradition démocratique et avec l’Internet qui assure la transparence, des vacances dans l’absolutisme ne devraient pas durer bien longtemps….. Un mauvais moment à passer… Je serais bien surpris que « cette génération passe, avant que toutes ces choses n’arrivent »…

Pierre JC Allard

172. 911 Le remake   07.10.22

Des édifices qui tombent tout seul, des avions qui disparaissent, des morts qui réapparaissent… Quel scénario ! Tout le monde a une théorie du complot pour l’Affaire du World Trade Center de New York. Ceci est la mienne. Pure fiction, bien sûr, autrement j’irais me cacher en Amérique Centrale. Il n’y a aucune raison pour que cette historiette soit vraie, mais aucune pour qu’elle soit fausse. C’est ce que Einstein appelait « a thought experiment ». Une « expérience pensée »…

1. Depuis le début des années 80, un certain Osama Bin Laden est en contact avec la CIA, mais sa famille a des contacts privilégiée directs avec la famille Bush. Ils font du fric ensemble dans le pétrole. Osama porte trois (3) chapeaux. Premier chapeau, il est milliardaire et il fait des affaires. Deuxième chapeau, il est agent du CIA pour le financement de l’opération qui consiste à envoyer en Afghanistan tous les islamistes fanatiques du monde, pour y lutter contre les Russes. Troisième chapeau, il fait partie du Saint des Saints des multimiliardaires saoudiens qui contrôlent non seulement l’Arabie Saoudite, mais ont infiltré le Pakistan et ont leur propre vision d’un nouvel ordre mondial : islamiste.

2. Osama, financé par la CIA d’une part, mais par les Saoudiens d’autre part, a dans sa mouvance une panoplie de toqués qui sont payés pour planifier des centaines de complots. Ils ne les exécutent pas, bien sur, mais ils ont le fric pour les préparer. Faire exploser le Kremlin, assassiner le pape, empoisonner les aqueducs de Beijing, lancer des avions sur le WTC… Ça les tient occupés: douces vésanies.

3. Cheney, Wolfovitz, Rumsfeld et toute leur cohorte de suprematistes americanistes pérorent et se content des histoires, dont l’une passe par un attentat spectaculaire contre les USA qui réveillerait la fibre nationaliste des Américains et leur redonnerait le goût de prendre charge du monde, avant que Jésus ne revienne le faire.

4. Au 19ème trou d’une partie de golf, un grand ponte de Halliburton laisse tomber à Cheney qu’il y aurait 100 milliards à faire vite dans un guerre n’importe où, et Cheney, entre deux martinis, dit qu’il verra ce que l’on peut faire.

5. Cheney explique a Bush qu’il faut VRAIMENT sauver le monde et Bush répond qu’on le fera à la première occasion, mais qu’il ne voit vraiment pas comment…

6. Un agent de Osama, très près de Bush et qui écoute tout, passe le message aux Saoudiens que ces chiens de Chrétiens cherchent un os a ronger et les instructions de Riyadh sont qu’on pourrait reprendre cette vielle affaire de mettre le WTC par terre, vu qu’un type bien qui a une option sur l’achat des tours est toujours prêt à avancer les frais de l’opération… et à donner 20% de ce qu’on toucherait des assurances, ce qui fait tout de meme un petit milliard.

7. Osama demande à Cheney – entre deux Logavulin 16-ans bien tièdes – comment les USA réagiraient, si un attentat significatif avait lieu aux USA qui permettait d’envahir l’Irak et de réchauffer un peu l’ardeur des Américains, en ne refroidissant que quelques mauvais sujets, dont Saddam qui se pète la gueule depuis 10 ans qu’on la doublé dans cette affaire du Koweit. Un attentat ? Cheney, qui n’y croit pas une minute – et de toute façon n’écoute pas – répond que ce serait « a mighty good idea« .

8. Les Saoudiens parlent avec l’acheteur des tours, qui lui écoute très bien et allonge un million à Osama pour l’argent de poche. Osama refile le million de dollars et une bénédiction à l’un de ses sous-fifes, le leader du groupe de toqués numéro 13, le leader de ceux qui, depuis 5 ans, rêvent de faire tomber les Tours. Ceux qui travaillaient sur le Lincoln Tunnel, le Golden Gate et l’enlèvement du fils d’Eisenhower sont déçus, mais on ne peut pas tout faire.

9. Avec le fric en poche et quelques laisser-passer obtenus par Cheney – qui ne sait pas trop de quoi il s’agit, mais qui s’en fiche – de vrais pros, payés par les Saoudiens, mettent en place les explosifs dissimulés. Tout ce qu’il faut pour que les trois (3) tours tombent. Un travail propre.

10. Le matin du 11, Osama explique à Cheney – entre deux Remy Martin Louis XIII – que c’est pour aujourd’hui. Réponse de Cheney, qui ne se souvient plus du tout de quoi que ce soit : « What do you mean?  » Explications, affolement, il est trop tard pour reculer.

11. Cheney à Bush, 20 minutes plus tard : « Something BIG, but don’t worry ». Rien à faire, seulement laisser faire. Garder la chasse au sol. On verra après…

12. Bush – qui a un programme chargé ce matin là et n’a pas très bien saisi – apprend la nouvelle dans une école. Son visage prend cet aspect de profonde incrédulité, parfois éclairé d’un éclair de compréhension confuse, que nous avons tous vu à la TV et qui passera à l’Histoire.

13. Tout le reste se passe « bien », sauf un avion qui se perd en route. Le # 7 du WTC – 47 étages – tombe donc tout seul, sans que rien ne l’ait frappé, quand les explosions programmés se déclenchent… Mais, bof, on trouvera bien une explication.

14. Il y a aussi les pros qui ont mis les explosifs et que la police surprend en train de surveiller les tours avec des jumelles, au moment du premier impact. Curieusement, ils se tapent dans les mains et ont l’air ravis Evidemment, si on savait le bonus à la performance qu’ils viennent de se mériter, on ne verrait là rien de curieux !

15. Le lendemain, exit subito toute la famille Bin Laden des USA. Juste au cas ou l’un ou l’autre saurait quelque chose et dirait quoi que ce soit dont on pourrait tirer un indice … Ils ne sont pas tous astucieux.

Je cède mes droits sur cette ébauche de scénario à quiconque veut s’en servir, en considération de 6 bouteilles de Romanée-Conti 1990, livrables le soir du lancement du film…

Toute ressemblance de cette fiction avec la réalité serait naturellement due au hasard.

Pierre JC Allard

173. Un brin de causette   07.11.13

 » La dictature, c’est ‘ferme ta gueule’; la démocratie, c’est ’cause toujours..’.  » Ce mot, qu’on a prêté à Coluche et à Woody Allen, est en fait de Jean-Louis Barrault. Bien d’actualité, au moment où le gouvernement Charest, bien démocratique, vient d’inviter les Québécois à faire un brin de causette sur l’immigration, l’hospitalité, les accommodements raisonnables, la tolérance et l’altérité en général, toutes choses au demeurant fort sympathiques. Nous sommes tous démocratiquement invités à aller en parler chez les Bouchard-Taylor, un couple de papis de mon âge, eux aussi bien sympathiques. Venez, on va jaser…

Disons tout de suite que je n’aime pas l’immigration et que je suis pour l’hospitalité quand c’est moi qui ai invité. Je suis tout à fait pour la tolérance de laisser les gens être ce qu’ils veulent être, mais pas celle de leur permettre de vouloir changer ce que je suis. Ce qui m’amène à trouver tout accommodement déraisonnable. J’aurais pu traduire ce texte en « politically correct », mais je suis sûr que d’autres le feront et je pense que nous avons mieux à faire.

D’abord, avant qu’on me traite de sale facho ou de raciste, je précise que j’ai vécu la moitié de la vie ailleurs, côtoyant les autres et, parfois, m’immergeant dans des cultures fort distinctes avec lesquelles j’ai fait bon ménage. J’ai trouvé à toutes ces cultures des vertus et, chez la plupart, des leçons à apprendre que j’aimerais bien que nous apprenions. En un mot, j’aime bien les « Autres ».

Je dis bien « les Autres », car étranger serait ici bien mal choisi ; je les ai vus chez eux et c’était moi, l’étranger. Un étranger qui les respectait et s’accommodait. Depuis 50 ans, j’ai écrit des centaines de textes qui n’ont eu d’autre but que de nous rapprocher les uns des autres. Prétendre que je suis xénophobe serait incongru. Pourtant, je n’aime pas qu’on fronce les sourcils quand les Québécois s’expriment chez les Bouchard-Taylor. Je n’aime pas qu’on leur dise que ce qu’ils disent n’est pas bien…

Je suis contre l’immigration, parce que je crois qu’aucune culture ne devrait être forcée de devenir différente de ce que veulent qu’elle devienne ceux qui s’en réclament. Parce qu’aucun individu ne devrait être obligé, non plus, par les circonstances, de renier sa culture propre pour en accepter une autre. Il peut le faire si c’est sa propre évolution qui l’a librement convaincu de faire ce choix, mais pas autrement. Pas parce qu’il crève de faim ou est pourchassé par une police politique.

C’est un consternant déni de la vérité de prétendre que l’immigrant qui nous arrive aujourd’hui au Québec est venu ici parce qu’il préfère notre culture. Ce sont les circonstances économiques et politiques de son propre milieu qui l’y ont poussé. Il ne s’est pas embarqué pour Cythère, il débarque du radeau de la Méduse…

Et à qui la faute, s’il l’a fait ? C’est nous, les Occidentaux qui avons détruit son foyer. Acceptons en la faute, mais ne créons pas un second problème sans aucun espoir de régler le premier. Ceux qui pensent qu’un peu de générosité ici, à l’accueil d’une minuscule fraction de la population de ces pays ,va régler les horreurs commise là-bas mériteraient une paire de baffes. En facilitant l’immigration, on compromet irrémédiablement l’évolution normale de la culture postchrétienne laïque qui est celle de l’Occident… ET ON NE RÈGLE RIEN !

Si on veut vraiment aider le tiers-monde, Il faut d’abord sortir de chez eux, où nous allons uniquement pour exploiter, piller, voler leurs ressources. Il faut ensuite cesser de feindre qu’on les accueille ici pour leur rendre service. On les a jadis importé comme du bétail sur pied pour avoir une main-d’oeuvre bon marché et on veut maintenant continuer à les exploiter, en mode génisses gestantes, pour rebâtir notre pyramide des âges. C’est une infamie.

Il faut leur donner une aide pour qu’ils construisent leur propre maison chez-eux.. Avec discernement, car il y a deux (2) tiers-mondes. Le premier n’est pas une victime, il est un concurrent. Ce sont des pays qui s’enrichissent et qui montent à l’assaut de nos privilèges. Ce qui est de bonne guerre… mais reste une forme de guerre. Il n’ y a rien de raisonnable à aider les pays d’Asie à nous rattraper et à nous dépasser. Le monde tourne et ils le feront certainement sans nous. Je ne vois pas l’utilité de les y aiguillonner.

C’est le deuxième tiers-monde qu’il faut aider, une zone sinistrée que nous avons saccagée et à laquelle nous devons certainement une réparation. On devrait donner des milliards à l’Afrique – à qui l’on a fait tant de mal – et à beaucoup de pays en Amérique latine, aussi, à qui l’on n’a pas fait que du bien non plus. C’est à ça que servirait la taxe Tobin que préconise ATTAC, si ceux qui nous dirigent en comprenaient le sens et la portée d’abord et avaient ensuite la dignité de l’accepter.

Pour aucun pays du tiers-monde l’émigration n’est une solution. C’est une aberration de penser que l’on va régler les problèmes du tiers-monde en acceptant chez nous 1, 5, 10 % de leur population, le moindre de ces chiffres représentant déjà cinq (5) fois la population du Québec tout entier. Pour nous ? Pour nous, l’immigration intensive est une MAUVAISE SOLUTION. Il ne faut pas accepter un seul immigrant dont nous ne sommes pas sûrs que nous pouvons l’intégrer à notre culture et en faire un Québécois tricoté aussi serré que si la laine avait été tissée chez nous. Ce n’est pas impossible, mais ce n’est possible que s’ils ne sont pas trop nombreux et s’ils VEULENT s’intégrer à notre culture. A ceux qui ne le veulent pas, Il faut fermer les frontières.

Il faut fermer immédiatement les frontières à l’immigration réticente, quémandeuse, celle qui vient établir ici un avant-poste en pays à conquérir et ne veut pas devenir comme nous, mais nous rendre semblable à elle. Fermons les portes de la maison et aidons plutôt les tenants d’autres cultures à construire la leur. Ailleurs. Plus tard, un jour, une infinie compréhension et une infinie bienveillance prévaudrontet chaque être humain sera chez soi partout, mais ce ne sera pas demain. Pour le moment, nous n’éviterons un choc cataclysmique entre notre culture en agréable décadence et les autres cultures en agressive émergence, que si nous limitons au maximum les contact. chaque culture sur ses propres terres.

Pour que cela soit fait dans l’éthique et la dignité, cependant, il ne faut permettre aucune malveillance envers ceux qui sont devenus citoyens ou immigrants reçus chez-nous. Ils sont désormais des nôtres et doivent être traités comme tels. Ils doivent être acceptés et jouir de tous leurs droits, dans le respect des nôtres. Ils nous respecterons et nous en ferons tout autant…

Le respect, entre autres, c’est d’affirmer que dans l’espace privé chacun a droit à sa religion, à ses croyances et à toutes ses fantaisies. Dans l’espace public, nous sommes un État laïque et il n’y a place pour rien au dessus de la raison, surtout pas pour la foi. Ce pays doit rester laïc. Que ceux qui sont de culture différente, prient comme ils l’entendent, mais qu’ils soient responsables de leurs imans, que je veux bien voir, mais que je ne veux pas entendre.

Cette règle, d’ailleurs, vaut pour tous. Je garde toute ma pugnacité pour ceux qui, comme le cardinal de Québec, font allusion à des croyances dont je trouve regrettable de trouver encore des séquelles mal extirpées dans le grenier de ma propre psyché. Que ceux d’autres cultures gardent tranquilles leurs imans, nous garderons tranquilles nos curés. C’est à ce prix que nous vivrons en paix, chez nous et partout sur cette planète.

Je pense que c’est ce langage que les Québécois sont à tenir chez les Bouchard-Taylor. Je pense qu’il serait irrecevable que le gouvernement Charest n’en tienne pas compte, qu’il nous coupe la parole en parlant de pyramide des âges, d’économie, de production, de dénatalité… Cela, en clair, voudrait dire qu’il lui importe plus de maintenir les indicateurs économiques au vert que d’assurer la survie de notre appartenance culturelle. Si une nation ne peut pas survivre sans sacrifier son identité culturelle, elle ne mérite pas de vivre.

Avant de nous résigner, cependant, nous devrions aller jusqu’au bout de la démocratie. La démocratie commence quand il est acquis que le gouvernement dira poliment au peuple « cause toujours » mais la démocratie ne devient vraiment mature que si le peuple, ayant bien causé et dit ce qu’il avait à dire, peut aussi enjoindre un gouvernement qui ne l’écoute pas de faire ce que le peuple lui dit de faire et de fermer sa gueule.

Pierre JC Allard

174. La fin des complots   07.11.14

L’histoire de la gouvernance est celle du mensonge. Le mensonge, qui n’est au départ qu’un accessoire de la force, mais s’y substitue dès que personne ne peut plus avoir seul l’avantage contre tous et doit donc s’en remettre à des alliances. Alliance veut dire loyauté, mais aussi, surtout, intérêt. On peut bâtir des alliances sur la crainte, bien sûr, mais elles sont fragiles; il suffit de baisser sa garde.  Les alliances bâties sur des promesses et des récompenses permettent, au contraire, d’aller dormir tranquille. La promesse veille, vivante dans l’esprit de celui à qui l’on a promis. Naturellement, si l’on promet beaucoup, remplir ses promesses devient plus ardu et ne pas les remplir de plus en plus avantageux.

Le mensonge, en gouvernance, a commencé sa longue carrière au temps béni des mimiques, précédant celui des onomatopées, dès qu’on a pu réussir à faire croire que montrer ses dents n’était pas une menace de mordre, mais un sourire. Les meilleurs jours du mensonge, toutefois, sont venus avec l’intelligence, avec l’astuce, avec le raffinement. Il est tellement plus facile de tromper quelqu’un qui fait déjà la moitié du chemin en s’inventant sa propre histoire ! Le mensonge étant un jeu qui se joue à deux, toutefois, on en arrive alors vite au point où personne ne croit plus rien ni personne et c’est la force qui reprend ses droit, jusqu’au jour où…

Jusqu’au jour où l’on pense « démocratie ». La démocratie à cet avantage que le mensonge y est à sens unique. La promesse va de celui qui veut gouverner vers celui qui va le lui permettre, jamais dans l’autre sens. Voilà qui permet de jouer sur du velours et de mettre, chacun dans son propre écrin, tous les petits bijoux de mensonges qu’un politicien peut inventer. Ce sont, littéralement, les joyaux de la couronne. A beau mentir qui a seul accès au micro.

Mensonges pour être élu, mais ce sont des pêchés véniels. Mensonges, surtout, sur ce que l’on fait et sur ce qu’on en retire. Qui sait vraiment ce qui se trame dans les officines de l’État ? Qui sait les canaux occultes qui vont de ces officines vers les banques et les paradis fiscaux ? Qui sait qui dîne avec qui, dans ces délicieux petits salons décorés Régence, avec vue sur la place Vendôme ? Quelles sont les affaires qui s’y négocient ? La gouvernance ­ et la richesse – qui n’en est que le reflet sur l’écran pour les badauds – se déplacent bien discrètement. Les médias traditionnels sont comme ces glaces sans tain qui permettent de voir sans être vu. Le pouvoir voit ce que pensent ses sujets, mais pas ceux-ci ce que font leurs maîtres. Tout est très bien ainsi. Relations politiques et économiques, relations nationales et internationales, il n’en transparaît qu’une image d’Épinal, qui a la couleur rose pour rasséréner le bon peuple et le pouvoir magique de susciter en lui des ambitions motivantes, mais modérées. Travaillez plus…

C’est dans ce monde parfaitement organisé que sont arrivés l’Internet et les blogues. Chaque joueur de poker, au casino du pouvoir et des affaires, sent tout à coup grouiller derrière lui plein de gens qui pourraient voir ses cartes. Or, un signal discret à l’adversaire est si vite arrivé. Il n’est plus nécessaire que le planton, le chauffeur ou la fille du vestiaire ait un pote journaliste, pour que les choses entendues à mi-voix se sachent. Chacun peut faire que le lendemain l’information soit accessible sur 100 millions d’écrans, de Ouagadougou à Varanasi.

Indiscret, mais il y a pire. Comment jouir de la crédibilité que donne la richesse – et mettre fin aux qu’en dira-t-on et aux rumeurs que véhiculent les moins-que-rien, en opposant la hauteur à la vérité et la parole du Duc à celle de son valet – si chacun a dans sa poche la petite caméra vidéo qui lui permet de transformer sa parole en vérité et de démontrer que c’est Sa Grâce qui à menti? Comment défendre la raison d’État, quand tous les complots sont éventés ?

De tout temps, c’est uniquement par des « complots » qu’on a mené le monde. Un complot, ce n’est rien de plus que quelque chose que l’on sait, que d’autres ne savent pas et qu’on ne veut pas qu’ils sachent. Votre vie est une suite de complots. La société est un aggrégat de complots et la gouvernance de la société par ceux qui la gouvernent est simplement le plus sérieux de ces complots. Si le mot « complot » vous choque, vous pouvez remplacer par discrétion, secret, confidentialité, mais la réalité demeure que le monde fonctionne sur ce que certains savent et ne disent pas.

La transparence qui nous arrive par l’internet est les blogues est la révolution la plus lourde de conséquences pour la gouvernance depuis qu’il existe une gouvernance. On ne semble pas en voir encore toutes les conséquences. Rien ne se fera plus qui ne sera pas su. Inutile d’espérer passer inaperçu. On n’ignorera aucun de vos gestes. Si Katia vous quitte et que vous vous mettez noir avec le premier Russe venu, ça se saura. S’il y a des jours où vous n’aimez pas la Marine ou les marins, ça se saura aussi.

Et si vous mettiez la Tour Eiffel par terre pour construire une autre Tour Montparnasse, en croyant que personne ne croira à un tel forfait ? N’en soyez pas si sûr. Un éboueur, doctorant à ses heures, pourrait prendre à la sauvette une photo où l’on verrait que le clochard qui a mis le sac de thermiteprès du pilier portait les mêmes bottes que les CRS.  C’est comme ça qu’on vient de coincer des agents provocateurs au Canada, il n’y a pas trois semaines.

Toute cette histoire du 911 aurait été acceptée à sa face même et serait passée à l’oubli, comme Pearl Harbour si, par une ironie tragique du Destin saluant le Chef le doigt bien dressé, l’événement n’avait coïncidé avec une multiplication par dix (10) du nombre des internautes dans les années qui ont suivi et une logorrhée comme l’Histoire n’en avait jamais connue. Une Némésis facétieuse est venu arracher la couverture, au moment précis où ont été posés les gestes honteux. On en a beaucoup parlé…

Ne comptez donc plus désormais sur le mensonge: c’est la fin des complots. On saura. Sachant, on sera pour ou contre vous, et ceux qui s’opposent à vos gestes tenteront de vous empêcher de les poser. Il va falloir maintenant que tout le monde devienne complice. Il va falloir une nouvelle façon de gouverner.

Est-ce à dire que tout le monde saura toute la vérité ? Oui… et non. Oui, dans la mesure où la vérité sera là et sera nue. Non, dans la mesure où tout le monde ne regarde pas nécessairement au bon endroit et au bon moment. Si on ne regarde pas où il faut regarder, on ne voit pas ce qu’il y a à voir. La nouvelle façon de dissimuler et donc de gouverner ­ passe donc ainsi maintenant pas deux (2) démarches complémentaires. La première, déjà bien rodée, c’est de ne plus cacher, mais de distraire. Parler de tout et donc de rien. En dire beaucoup. Ne pas remplacer les textes censurés par des « blancs », mais par des annonces, ou mieux, par des images porno. Tarzan est heureux.

La deuxième est l’effet Milgram. Le jiu-jitsu qui permet de saisir solidement lambda par la manche de sa veulerie, de s’appuyer sur son ignorance, de le faire pirouetter dans sa complaisance et de le projeter loin dans la soumission. On passe de l’approche « sombres mystères » – voir naguère l’affaire Ben Barka – ­ à celle de l’insolente admission aujourd’hui de la torture par le gouvernement Bush. On ne tente plus de cacher les faits, ils seraient de toute façon découverts. On passe à un niveau supérieur de manipulation.

La manipulation avancée, quand on passe de Bernays à Milgram, c’est quand on ne nie plus rien. Pour les cas qui ne défient que le bon sens, un haussement d’épaule est une parade suffisante. « La Tour # 7 du WTC est tombée sans qu’un avion la frappe ? Et alors ? De quoi j’me mêle ? Vous croyez aux complots ? Monsieur est un « conspirationniste » ? M’énervez pas avec la Tour # 7 ! » Question réglée. Quand les faits défient la bonne conscience, cependant, il faut faire mieux.

La torture ? Quelle torture ? Ce que vous croyez voir n’est pas ce que vous voyez. Souvenez-vous de cette scène merveilleuse de 1984, où la victime voit vraiment les six doigts de l’interrogateur. Ce que vous voyez, d’ailleurs, n’a pas du tout le sens que vous lui prêtez. Pensez à Sylla, expliquant au Sénat romain qu’il ne se passe rien à Rome… seulement quelques mauvais sujets qu’on égorge… On ne ment plus, on ne peut plus. C’est sur le sens, maintenant, que le Pouvoir doit jouer.

Le pouvoir bushiste ne cache pas qu’il fait des choses déplaisantes. Il dit simplement, avec assurance, qu’elles ne sont pas si déplaisantes. Si vous avez vécu dix fois l’angoisse d’une noyade et que vous ayez révélé ce que vous ne vouliez pas révéler, ce n’est pas qu’on vous a torturé ; c’est simplement que vous avez subi une légère contrainte… M’énervez pas avec la torture ! Vous, la-bas, vous êtes bien d’accord ? Soyez d’accord. Évitez vous une légère contrainte. Frappez le sol, quand vous atterrirez dans la soumission, ça vous évitera de vous rompre les os.

La nouvelle façon de gouverner, c’est cartes sur table. L’hypothèse de départ est que, si on gratte l’hypocrisie, il suffit d’avoir la garde prétorienne à portée de voix pour que ce ne soit pas l’indignation qu’on trouve dessous, mais le cynisme. On prend pour acquis que, bien renseignée, la majorité effective va s’avouer froidement qu’elle n’a pas d’autre but que de tirer tout ce qu’elle peut de ceux qui ne font pas partie de la majorité effective.

Au lieu de gouvernements de salauds qui manipulent des populations innocentes, nous aurons donc, puisqu’il n’y a rien qu’on puisse cacher au peuple et que la transparence oblige à la complicité, des gouvernements de salauds qui transformeront leurs citoyens en salauds eux aussi. On a ici l’occasion d’atteindre un nouveau niveau d’abjection dans la manipulation de l’âme humaine.

La transparence force les peuples à devenir complices de leurs gouvernants. Préparons nous donc à une gouvernance transparente, plus franche, infiniment plus démocratique. Ce sera la réalisation involontaire de toutes les promesses qu’ont faites ceux qui n’y croyaient pas à ceux qui voulaient croire n’importe quoi. On en parlait, maintenant, on y est. La transparence arrive et avec elle la vraie démocratie. La nécessité croissante d’aller vers le consensus. Avec elle vient cependant la responsabilité, aussi, pour tous et chacun, de choisir s’il veut plus de justice ou va simplement exiger, pour lui et seulement pour lui, une plus large part du butin.

Est-ce qu’on arrivera à l’honnêteté et à la décence, ou seulement à une plus grande complaisance ? Dans la transparence, les choix sont plus clairs. Les conséquences aussi, car les justiciers autoproclamés ont bien moins de scrupules, quand il ne reste plus de Justes dans Gomorrhe.

Pierre JC Allard

175. Les autruches américaines   07.11.22

Dans un vieux grimoire du XIIIe siècle… Non. Je recommence. En batifolant sur l’Internet, cherchant de nouvelles illustrations de la bêtise bushiste, je suis arrivé sur un dessin de Chaval. Qui ose prétendre qu’il n’existe pas un dess(e)in intelligent ! Pour les jeunots, je précise que le petit machin de Chaval, qui avait fait un malheur dans les années « 60, s’appelait: « Les oiseaux sont des cons ». Chapier, dansCombat, en 1965, écrivait: « Chaval, en trois minutes, en dit plus long que n’importe quel polémiste anarchiste... ! ».

– Qu’ils sont cons les oiseaux !

– Ça vole un con ?

– Comme un oiseau…

– Ça chante un oiseau ?

– Comme un con…. !

Il n’y a pas de coïncidences. Quel meilleur sujet que les USA pour un polémiste anarchiste. Je ne pense pas que les Européens détestent les Américains. Du moins, pas encore. Pour le moment, ils se contentent de les mépriser. Ce qui est bien compréhensible, puisqu’une large part d’entre eux sont, en effet, tout à fait méprisables.

Méprisables collectivement dans leur soutien a des politiques nationales, domestiques (New Orleans) et outremer (Irak) indignes d’un pays civilisé. Souvent méprisables, aussi, hélas, individuellement, dans leur absence de solidarité et ce mélange unique de matérialisme borné et de spiritualité puérile qui caractérise les USA.

Compréhensible, mais bien injuste, comme toute généralisation, puisqu’une bonne partie des Américains sont des gens tout à fait bien. Même pour ceux qu’on se croit en droit de mépriser, d’ailleurs, le mépris est une réaction irréfléchie à laquelle il serait plus juste de substituer la pitié. L’Américain ne naît pas plus bête qu’un autre ; c’est l’abrutissement systématique auquel le soumettent son éducation et les médias, pour en faire un animal apolitique et donc docile au Système, qui en fait cet être obtus, ignare, manipulé. Ça, la richesse et le bonheur.

– Certains oiseaux sont-ils moins cons que les autres ?

– Non, ils sont tous aussi cons les uns que les autres.

– Vous en êtes sûr ?

– Je le sais….

– Oui, Monsieur, mais… il y a les autruches !

– Les autruches, Monsieur, ne sont pas des oiseaux plus cons que les autres. Elles ont seulement l’air plus connes, parce qu’elles sont plus grosses, qu’elles courent plus vite et qu’on VOIT qu’elles ne volent pas bien haut. Et puis, elles sont plus riches…

– Ça rend con être riche ?

– Non, mais ça le fait remarquer. Prenez Bill Gates, qui prend sa retraite et qui va distribuer des dizaines de milliards à des pauvres et des malheureux, tout en continuant à faire des dizaines de milliards dans un système qui rend les gens pauvres et malheureux. Être riche, ça élargit le trou du beigne. Ça fait disparaître une bonne partie du malheur qui donne sa couleur vive à insignifiance de la vie humaine.

On dit que les gens heureux n’ont pas d’histoire ? En fait, ils n’ont même pas de vie! J’ai vécu ce problème terrible, d’une vie heureuse où les lundis matin reviennent, inexorablement, sans qu’on puisse se souvenir de quoi que ce soit entre les lundis matin. Il y a une raison psychologique intéressante à ça, mais je ne vous la dirai pas. Trouvez-la vous-même. Ça vous distraira. Il est important de se distraire.

Ainsi, avec Mère Teresa, à Calcutta, on ne s’ennuyait jamais. On avait des problèmes, à Calcutta. Maintenant qu’elle est au Ciel, allez donc savoir… il faudrait suivre le dossier. Quand on ne s’amuse pas, il faut faire la grève, il faut faire la guerre… Qu’est-ce qu’on ferait en France, sans politique ? Qu’est-ce qu’on ferait sans Sarko ? Qu’est-ce qu’on ferait, si on n’avait aucune raison de râler ? Riches, je vous parie qu’on ferait des bêtises, comme les Américains…

Aux USA, ils n’ont pas de problèmes : ils sont riches. Il y a bien, aussi, des pauvres, des malades, des trop jeunes et des trop vieux aux USA, mais on ne les voit pas. Ils sont totalement scotomisés. Le vrai citoyen américain, c’est celui qui n’a pas de problèmes. Celui qui utilise le Colgate sans modération, qui conduit son SUV 4X4 dans une banlieue proprette. Celui qui fait un travail de con bien payé qui lui permet d’acheter plein de trucs de cons. Il ne veut penser ni aux pauvres, ni aux malheureux, seulement à son travail et à ses achats. Mais il s’ennuie. Alors il court, il court, mais il ne vole pas. Et ça l’emmerde de ne pas voler…

Ça l’emmerde d’être terre-à-terre, puisqu’il n’a nulle part à aller. Il est exactement là où on lui a dit que le bonheur était. Alors il creuse, il cherche, il rêve que les autruches ont des ailes et que c’est lui qui vole et emmerde les autres. Il se met la tête dans le sable, il rêve et il a l’air d’un con. Quand il s’en aperçoit, il part et s’en va tuer des enfants dans les écoles ou des Arabes en Irak. Il s’enrichit aussi. Plus il s’enrichit, moins il pense. Penser, c’est trop triste. Penser, c’est voir que le sens de la vie est ce trou au milieu du beigne, l’espace de rien qu’entourent les problèmes. Pas de problèmes, pas de vie.

– Les oiseaux seront-ils toujours des cons ?

– Oui, les oiseaux seront toujours des cons.

– Éternellement ?

– OUI, éternellement

Quand on n’a pas de problèmes, il faut penser à des choses gratifiantes. Je me distrais à boire du thé à 1 000 euros le kilo. Je le fais sans me ruiner, pas parce que je suis riche, mais parce que le thé ne pèse pas lourd… Je bois mon thé à 1 000 euros le kilo et parfois je réussis à ne penser qu’à ça. Ça me distrait. Je ne suis pas très malheureux, pas parce que j’ai beaucoup de bonheur, mais parce que mes ennuis ne pèsent pas très lourd.

Toute notre civilisation est à s’enrichir. Alors il nous vient des idées d’aller pacifier l’Afrique, d’aller discuter de philosophie avec des marabouts ou d’intégrer l’usage du cothurne dans la montée en puissance de l’Élysée. Tranquillement, avec le bonheur, on s’ennuie. Avec la richesse, nous sommes à nous transformer en autruches américaines.

Ne blâmons pas les USA. Comme l’aurait dit Cohn-Bandit « Nous sommes tous des autruches américaines ». Ce qui nous ammène à comprendre l’essentiel. L’essentiel, pour l’autruche américaine, ce n’est pas qu’elle soit américaine, c’est qu’elle soit une autruche. Ce qui est à la portée de tout le monde. On y arrivera bien, nous ausi.

Pauvres petits. Pauvres cons (Chaval)

Je ne voudrais pas terminer ce petit texte sans vous annoncer qu’une bombe artisanale a tué 38 personnes dans un marché de Bagdad, mais que Paris Hilton est à Shanghai. La planète s’est encore réchauffée de 1 degré, mais j’ai un climatiseur et le soleil s’en fout.

Pierre JC Allard

176. Le Nobel et l’Inquisition   07.11.27

Le Docteur James Watson est une grosse pointure. Prix Nobel de médecine en 1962, pour avoir découvert en 1953 les structures de l’ADN. Dans la grande armada des scientifiques, il est du tonnage des Newton et des Galilée. Si on cherchait un vaisseau-amiral pour la science au XXe siècle, ça pourrait être Planck ou Einstein, mais ça pourrait aussi être Watson. Le débat reste ouvert.

En fait, le débat restait ouvert jusqu’au mois dernier. Le 14 octobre dernier, James Watson est devenu un imbécile. Un fou. On ne renoncera sans doute pas à la structure de l’ADN, mais on lui trouvera peut-être un autre nom. On lui trouvera certainement un autre père fondateur. Il est devenu fou quand, interrogé par un jeune journaliste du Sunday Times, il a dit que les Noirs n’étaient pas aussi intelligents que les Blancs.

Évidemment, ça ne se dit pas. C’est une énorme bêtise, pour trois raisons. La première, c’est parce qu’on ne sait pas vraiment ce que c’est que l’ « intelligence ». On le sait tellement peu, que Piaget a pu définir l’intelligence comme étant « ce que mesure un test d’intelligence… ». C’est définir Dieu comme une force à la source de l’univers ; c’est après que ça conduit à des malentendus.

Deuxièmement, on ne sait pas non plus ce que c’est qu’une « race ». Pour les péquenots, il y a des Blancs, des Bruns, des Jaunes, des Noirs, des Rouges et quelque demi-teinte. Notez que nous les avons classés par ordre alphabétique, nous ne sommes pas racistes… Pour ceux qui prétendent s’y connaître un peu, toutefois, on ne parle meme plus de races. On dit que les gens se divisent en groupes et sous-groupes qui semblent avoir des caractéristiques génétiques communes. On ne parle pas de couleur, c’est mal vu.

Quand on en sait juste un peu plus long, on parle de ADN mitochondrial et de haplogroupes. On les désigne par des chiffres et des lettres, partant du principe qu’être codé « haplo M17 » énerve moins que de se faire dire qu’on est un pur Aryen. Du moins on l’espère, car le National Geographic et Google viennent de lancer un projet qui va gagner des millions, à dire à Quidam Lambda dans quel groupe de caractéristiques génétiques apparentées il se situe, incluant la liste anonyme de ses ancêtres maternels, autant qu’il en a eu. Anonymes, sauf la tout première de ses arrière-arrière-arrière grand-mères, rebaptisée Lucy. Ne l’appelez pas Eve, ça conduirait à des malentendus.

Assez imprudent, donc, pour un prix Nobel, de parler d’intelligence raciale quand on ignore ce que veulent dire « race » et « intelligence », mais la troisième raison de la bêtise qu’a dite Watson – et sans doute la principale – ­ c’est que le Docteur Jim, comme l’appellent ses élèves, est aussi, comme beaucoup de génies, un petit rigolo. Einstein tirait la langue quand on prenait sa photo, ce qui faisait d’extraordinaires clichés. Watson a passé sa vie à dire de provocantes insanités.

Ainsi, sa recommandation aux futures mamans, si elles voulaient un jour être grand-mamans, de se faire avorter si on décelait chez leurs enfants le gêne de l’homosexualité ! Quand on aurait découvert le gêne de l’homosexualité, bien sûr…. Watson a passé sa vie à dire de ces énormités qu’on dit en fac, en novembre, quand sort le beaujolais nouveau. Ce qui a produit d’extraordinaires canulars et bêtises, comme dans toutes les facultés en novembre. Mais lui, il a découvert l’ADN.

Maintenant, il y a bêtise… et bêtise. Il semble que cracher au visage de votre cocher est relativement anodin, mais que cracher au visage du pape vous fait écarteler ou brûler vif. Quand l’Inquisition est là et fait son boulot. Ce n’est donc pas de Watson que je veux parler – et encore moins des Noirs – mais de l’Inquisition. Je suis férocement opposé aux inquisitions. Le procès de Galilée n’en aurait pas été moins une infamie, si celui-ci avait dit que la Terre était carrée. Cette façon de vouloir traiter la science comme quelque chose qui vient confirmer ce que l’on pense être correct – ou qui devrait l’être – c’est ça que vient implanter l’Inquisition. C’est ça, l’infamie qu’il faut écraser

L’inquisition ? Une barbarie moyenâgeuse…! Stop ! Attention ! Le dernier hérétique a été brûlé en Espagne en 1826. A la même époque, Leon XIII condamnait a mort des gens qui lui avaient manqué de respect — une vingtaine d’exécutions en quelques années — et Sa Sainteté publiait que quiconque se faisait vacciner contre la petite vérole cessait d’être un enfant de Dieu, dont la maladie était la volonté. Ce n’est pas si loin, l’Inquisition.

Depuis Galilée, l’Église a perdu le pouvoir de tuer au nom de l’ignorance. Mais c’est la Science, au service de la politique, qui est devenue la nouvelle Infâme. La biologie, en URSS, a dérapé pendant une génération, parce que Staline préférait Lysenko à Mendel et que, manque de pot, il avait tort…. C’était hier à peine.

C’était l’URSS de Staline. Aujourd’hui, c’est bien fini. Vraiment ? Je me questionne. Nous avons ici James Watson, 79 ans, l’un des génies indiscutables du XXe siècle, un Galilée parmi nous, que l’on force à renoncer à ses titres et à ses emplois parce que ce qu’il a dit est jugé indéfendable. On ne l’attaque pas ; on n’attaque pas ce qu’il dit ; on dit simplement que c’est indéfendable. Toute la communauté scientifique du monde regarde, impassible, pendant que l’un des grands parmi les siens est à se faire écarteler C’est aujourd’hui, l’inquisition

Watson a dit des mots qu’il ne faut pas dire. Il n’a pas dit les bonnes choses et ne les a pas dites de la bonne façon : il sera donc brûlé sur le bûcher de l’intolérance. En 1994, le Professeur Hernstein de Harvard et un collègue politologue, Charles Murray, ont publié un livre, The Bell Curve , qui jetait un pavé dans la même mare. Bien sûr, on leur a lancé l’anathème, mais, parce qu’ils y avaient mis les bonnes précautions oratoires et s’étaient bien défendus de tirer des conclusions racistes, ils n’ont pas été brûlés vifs, Murray a son site internet et passe encore à la télévision !

Pourquoi Watson, dont l’humour est peut être lamentable, mais qui n’a sans toute voulu encore une fois que choquer un jeune journaliste, devient-il tout à coup le bouc émissaire ? Pourquoi tous ces ânes, dont la peau en d’autres temps lui aurait servi de litière, s’acharnent-ils sur le lion devenu vieux ? Est-ce que l’on a quelque chose à cacher ?

Je regrette qu’un nouveau Voltaire ne soit pas là pour défendre ce nouveau Calas contre la rectitude politique, cette nouvelle Infâme qui prend la science pour sa soubrette. Je n’ai jamais été même soupçonné de la moindre pensée raciste, mais je trouve répugnant le traitement qu’on réserve aujourd’hui à Watson. J’ai honte pour la science et l’humanité et j’ai pensé qu’il était de mon devoir de le dire.

Pierre JC Allard

177. Huckabee: le Messie est là !   07.12.15

Tout semble aller chaque jour un peu plus mal et il suffit de lire un journal américain pour comprendre que nous sommes en toute fin de civilisation. Ce n’est pas seulement les grands dossiers qui vont au diable — Irak, crise des subprimes, prix du pétrole, 2 000 000 d’individus en prison, etc — mais la vie au quotidien qui témoigne de la décadence. De la décadence de ces gens qui tuent pour rien dans les écoles ou les centres d’achat, à celle de ce type qui s’amuse à faire battre des chiens, à une justice qui met un adolescent en prison 5 ans parce ce qu’on lui a fait une pipe, à toute cette corruption qui est PARTOUT.

Le système néo-libéral ne nous gouverne plus comme un peuple, mais nous exploite comme un cheptel et, de plus en plus, on se conduit comme des bêtes. Qui nous débarrassera du régime néo-libéral ? Personne ne peut raisonnablement nous en libérer, car le régime néo-libéral est stable. Il manie l’ultime instrument de pouvoir : la corruption. L’Église, les syndicats, quiconque est une menace pour le système et parle un peu fort , reçoit son prix… et se tait. Il n’y a pas de RAISON pour que le système néo-libéral prenne fin.

Il reste le déraisonnable. L’individu « déraisonnable », celui qui considère comme trivial, voire méprisable, ce que la richesse peut acheter, celui-la est incorruptible. Quiconque ne cherche pas à optimiser ses avantages devient incorruptible; il devient donc un adversaire redoutable pour le régime car, le capitalisme, n’ayant aucun idéal à offrir, est absolument démuni quand il est privé de l’arme de la corruption. Quiconque ne veut pas de ce que le système peut offrir en devient le SEUL adversaire efficace. Mais qui ne veut pas, de ce que le système peut offrir ?

Ne pensons pas à « ceux qui n’ont rien » et donc rien à perdre; cette illusion a été la tombe de l’expérience communiste. Ceux qui n’ont rien ne sont pas déraisonnables; ce sont, la plupart du temps, ceux qui se vendent à plus bas prix ! Ils sont immédiatement suivis de ceux qui ont peu, puis de ceux qui jugent qu’ils n’ont pas assez.

Ne pensons pas non plus à ces autres gens déraisonnables que sont les vertueux, modèle Robespierre, résistant à la tentation et abattant un système au nom de la justice ou de la liberté. Leurs autres travers mis à part, il n’y a jamais eu beaucoup de ces gens et nous avons un système d’éducation qui fait habilement en sorte qu’il y en ait de moins en moins. Il suffit de fréquenter les mouvements et groupuscules contestataires pour voir à quel point leurs leaders et adhérents y cherchent une gratification plutôt qu’une contestation efficace.

Qui reste-t-il. ? Ceux qui sont non seulement déraisonnables, mais irrationnels. Ceux qui ne veulent ni argent ni rien que le système peut offrir, mais AUTRE CHOSE, qui n’est pas de ce monde. Les « fous de Dieu » qui peuvent aussi mettre leur vie même dans la balance, puisque cette vie n’a pas d’importance réelle. Ceux-là sont des ennemis redoutables pour le système. Plus je réfléchis, plus j’incline à penser que ce sera un mouvement religieux qui apportera au néo-libéralisme son inévitable fin. Ça, et rien d’autre. Mais quel mouvement religieux ? Laissons les Islamistes : c’est un simple leurre

Quand on cherche un élément « déraisonnable » qui pourrait devenir pour un temps imperméable à la corruption et s’opposer ainsi efficacement au Système, il n’y a pas de meilleur candidat que le mouvement fondamentaliste américain. Une montée en puissance des mouvements religieux américains me semble bien plus susceptible de réussir la mise à mort de la société néo-libérale qu’une démarche islamiste. les Fondamentalistes détiennent actuellement la balance du pouvoir aux USA. Ils sont le Cheval de Troie dans les murs du Système.

Il n’y a pas aujourd’hui d’opposition entre le système néo-libéral et le mouvement fondamentaliste américain, mais celui-ci n’en constitue pas moins un élément instable, une bombe amorcée au coeur de l’Amérique et qui n’attend qu’une étincelle pour exploser. Pourquoi? Parce que la plus grande partie du mouvement fondamentaliste américain vit une insoutenable contradiction.

Tous ces « Reborn Christians », à l’écoute de prédicateurs habiles qui leur extorquent des dizaines de milliards par année, se sont mis fanatiquement au service d’un message « chrétien » dont on a réussi le tour de force de faire disparaître la composante « charité », n’en gardant qu’une foi aveugle dans le nom de Jésus et des tabous sexuels mal précisés.

Il fallait bien la faire disparaître, cette composante charité, pour que ne saute pas aux yeux l’opposition entre le vrai message chrétien basé sur le partage et le système néo-libéral basé sur l’égoïsme et l’accumulation des richesses! Mais, la charité étant l’essence même du message chrétien, le Reborn Christian ne peut trouver la charge émotive qu’on lui promet, dans ce message chrétien amputé de l’essentiel, qu’en se convainquant sans cesse que l’amputation n’a pas eu lieu. En langage de psy, il « scotomise pour résoudre une dissonance cognitive ».

C’est un état hautement instable. L’opposition irréconciliable entre le néo-libéralisme et les valeurs chrétiennes peut apparaître à tout moment – on dira miraculeusement, le temps venu – spontanément ou, plus probablement, comme effet d’un calcul politique d’apprenti sorcier. Il suffit d’une étincelle. Un candidat à la présidence qui veut absolument  » faire sortir le vote  » en Iowa, par exemple, ou faire la différence dans une élection serrée en Floride. Qu’il y ait combustion spontanée ou qu’on allume l’incendie, toutefois, le processus sera le même dans son déroulement comme dans ses effets.

Un « prophète » – de bonne ou de mauvaise foi – se manifestera qui viendra souligner cette opposition : » Comment peut-on suivre Jésus et laisser les Africains mourir de faim ? « .  » Comment peut-on suivre Jésus et bombarder les Afghans ?  »  » Comment peut-on suivre Jésus et laisser des millions d’Américains sans soins de santé ?  »  » Comment l’Amérique peut-elle être chrétienne et faire ce que fait l’Amérique ?  » Sodome, Apocalypse, Armageddon… Jésus! Le prophète prêchera au Fondamentaliste que son âme immortelle est en péril imminent si les politiques économiques et sociales néo-libérales ne sont pas changées. Il parlera de Satan et d’Antéchrist et donnera mauvaise conscience au Fondamentaliste. Il lui fera terriblement peur.

Considérant l’extrême raffinement de l’équilibre politique aux USA – et les compromissions auxquelles sont prêts pour garder le pouvoir ceux qui ont été formés à l’école néo-libérale – l’émergence de millions de Fondamentalistes réclamant une redistribution de la richesse – et tout aussi incorruptibles que sera grande leur peur de l’Enfer – changera le paysage politique américain plus rapidement et peut-être encore plus brutalement que ne pourraient le faire des attentats.

Rapidement, car Savonarole à la TV, avec un bon maquillage et des jeux de lumière, parlant de la charité à des Fondamentalistes repentants et tout honteux de l’avoir négligée … Hitler peut aller se rhabiller ! Peut-être brutalement, car nul ne peut prévoir comment la situation résultante évoluera. Ce sera peut-être le modèle de l’Abbé Pierre, mais il se peut hélas aussi que la justice n’ait pas sa place dans ce qui pourrait devenir un règlement de compte appliqué « au nom de Dieu ». Il n’est pas dit qu’on ne va pas exproprier, confisquer, distribuer à tort et à travers, le temps que la raison revienne Les Fondamentalistes, pour qui veut mettre fin au Système néo-libéral, sont des alliés circonstanciels dangereux.

Je me souviens de cette phrase de Churchill – à qui l’on reprochait de devenir l’allié circonstanciel de Staline – répondant que si les Panzers envahissaient l’Enfer, il aurait un bon mot à dire pour le Diable. Churchill avait la repartie facile, mais tous les réfugiés de la Deuxième Guerre mondiale n’étaient pas rentrés chez eux que Churchill parlait de  » rideau de fer  » et qu’on était déjà en pleine Guerre froide.

Si 50 millions de Fondamentalistes américains nous débarrassent du néo-libéralisme – et je ne vois pas qui d’autres pourraient le faire, maintenant que le système néo-libéral a bloqué toutes les avenues raisonnables de changement – il faut bien s’y résigner. Mieux vaut sans doute accepter que la voie de l’irrationnel canalise toutes les frustrations, plutôt que de supporter indéfiniment l’exploitation machiavélique que le Système libéral nous impose. Mais ce n’est pas un scénario qui me réjouit

Une meute de toqués lançant une Inquisition. Le remède ne serait-il pas pire que le mal ? Un régime dominé par des Croisés et des Zélotes ne serait-il pas encore plus exécrable que notre structure actuelle de banquiers et de shylocks ? La Nouvelle Société, que je croyais en première ligne pour prendre la relève du néo-libéralisme moribond, me semble soudain avoir été reléguée au second rang par un fort à bras qui s’appelle Fanatisme. Si ce sont ces  » alliés circonstanciels  » qui doivent mettre fin à l’exploitation, il faudrait penser tout de suite à ouvrir un  » deuxième front  » et voir ce qu’il est possible de faire pour qu’un « nouveau christianisme » reprenant le pouvoir soit plus tolérant, plus évolué, plus humain … Plus chrétien que l’ancien.

Pierre JC Allard

N.B Addendum, 15 septembre 2011.  

 Sauf le nom du héros,  il  n’y a rien a changer à ce texte écrit le 15 décembre 2007,  Mike Huckabee s’est seulement réincarné  d’abord en Sarah Palin, puis maintenant en MICHELE BACHMAN.  

 

178. Quand les digues craquent (2) 08.01.03

Le monde est en train de changer. Changer là où ça compte : à Washington. Un jour, quand les futurs Michelet chercheront la date exacte de la fin de l’ère que nous achevons de vivre, ils penseront à la guerre en Irak, à l’effondrement encore à venir des marchés financiers… mais ils pointeront peut-être Katrina comme l’événement déclencheur. Vous vous souvenez de Katrina ? J’en ai parlé è l ‘époque …

« New-Orleans a toujours vécu dangereusement. Iberville, Bienville, Laffite. Elle est née et a grandi dans une cuvette, 2 ou 3 mètres sous le niveau du Golfe, s’en remettant à des digues pour ne pas être inondée. Les digues ont tenu bon si longtemps, qu’on en est venu à croire que l’on était à l’abri des vents et marées. À l’abri des ouragans. Bien des experts ont dit, à maintes reprises, que New-Orleans était  » une catastrophe qui ne demandait qu’à arriver », mais bof ! Est-ce qu’on arrête la fête, simplement parce que les experts ont des états d’âme ? Jazz, Bourbon, Julep, Easy City !

« Katrina » a passé et a fait céder les digues. Des milliers de morts et il est improbable que New-Orleans ne redevienne jamais ce qu’elle était. On peut reconstruire les édifices, mais on ne fera plus confiance à ces digues. On n’oubliera pas que, quand on en avait le plus besoin, elles ont été emportées par les éléments. On ne dort pas tranquille quand c’est une digue qui a déjà cédé qui vous protège. On se voit en dessous, avec toute cette eau par-dessus.

Des milliers de victimes à New-Orleans, mais la première dont il faut marquer le deuil, c’est la crédibilité de l’Amérique. Les États-Unis sont apparus comme un pays sans chef, un bateau à la dérive dont tous les officiers sont en goguette. A rêver jazz, bourbon, julep… ou Irak, Afghanistan, Al Qaeda, ce qui, quand le navire est en péril, est une distraction tout aussi condamnable. La crédibilité de l’Amérique n’est jamais redevenue ce qu’elle était.

On peut blâmer Bush, la FEMA, le gouverneur ou le maire, mais la réalité, c’est que tous ces gens et tous les autres autour d’eux, tous ces gens qui ensemble constituent l’ÉTAT se sont défilés devant Katrina. Sapée par les bêtises et le manque d’éthique de l’administration Bush, cette digue d’autorité et de compétence, qui doit protéger une nation, a simplement cédé. Quand on en avait le plus besoin, elle a été emportée par les événements.

Personne ne s’est préoccupé d’évacuer les Noirs de New-Orleans. On leur a dit de partir, puis l’on s’en est remis à la pensée magique. La pensée magique que QUELQU’UN, QUELQUE PART allait s’en occuper. Pas soi, un autre. Chacun a rempli le bout de rôle de sa description de tâche, puis s’est empressé de prouver aux médias qu’il avait fait sa part, mais personne n’a cherché une solution, personne n’a tenté de FAIRE quelque chose.

Peu de gens sont morts dans la tempête elle-même ; à 19 heures, on annonçait que le pire était passé ! Les digues ? Quelles digues ? Puis l’eau a monté et, pendant des jours, on a eu ce spectacle hallucinant de quelques hélicoptères rescapant quelques personnes sous les caméras de CNN, pendant que les autres crevaient. Alors que n’importe quel Indien de l’Amazone aurait pensé à construire des radeaux de fortune et à quadriller la ville en ramassant tout le monde. La haute technologie ne peut pas remplacer l’intelligence ; elle peut la faire oublier.

Pour le transport des réfugiés, personne n’a pensé à réquisitionner les autobus de la Greyhound. Pas plus que les taxis : ils n’ont jamais entendu parler de la Marne. Pas plus que de lancer un appel aux simples citoyens, lesquels conduisent pourtant bien plus d’un million de grosses voitures dans un rayon d’une heure de route de la catastrophe. L’auraient-ils fait, d’ailleurs, qu’il est bien improbable qu’ils auraient eu la compétence logistique de gérer l’opération. L’ineptie et la désorganisation de ceux qui sont intervenus après Katrina ont été stupéfiantes. L’Amérique a été incapable de gérer une simple distribution de cartes de débit.

Pour l’hébergement, personne n’a pensé à ouvrir les bases militaires, les écoles, les églises, les édifices publics. Personne n’y a pensé ou a-t-on simplement craint que tous ces Noirs et ces pauvres salissent les parquets ? Comme il semble bien que l’aient craint les citoyens de la petite banlieue bien blanche et proprette de Gretna, dont les policiers ont arrêté, les armes à la main, les rescapés noirs de New-Orleans qui voulaient se réfugier chez eux. Charité chrétienne ? Fraternité ? Simple humanité ? À la télévision, oui ; dans ma cour, non. Alors Superdome, Astrodome… le scénario des Rwandais sur les terrains de foot de Goma. On a violé et on a tué – toujours des Noir(e)s, bien sûr – dans les stades américains, pendant qu’une Garde nationale blanche rigolait et tirait des bouteilles d’eau dans la foule comme des bananes dans un zoo.

Alors, ce n’est pas seulement l’État américain qui a craqué. Ce sont tous les lieux communs, les a priori, les idées réconfortantes d’une Amérique compétente, riche, organisée et surtout SOLIDAIRE qui ont été balayés. Balayés à la face du monde entier. L’Amérique croyait avoir exorcisé les vieux démons du racisme, des inégalités de classe et de richesse ; elle croyait avoir convaincu le monde qu’elle l’avait fait. Mais l’Amérique bien pensante a réagi à la crise de New-Orleans avec arrogance, intolérance et une abyssale incompétence. Toutes les digues des formations réactionnelles soigneusement apprises et politiquement correctes ont sauté et l’Amérique a vu qu’elle vivait plusieurs mètres sous le niveau de la plus élémentaire décence.

Ce n’est pas tant l’Irak que Katrina qui a porté le coup de grâce à l’Amérique. Comment un citoyen américain noir, latino, autochtone peut-il aujourd’hui se sentir protégé ? Comment peut-on lui demander sérieusement d’aller se faire trouer la peau pour la patrie en Irak, alors qu’il a vu l’Amérique de l’individualisme et de la religiosité bigote l’ignorer totalement quand il en avait besoin ? Comment un Africain, un Sud-Américain un Arabe peut-il avoir du respect pour l’Amérique ? Même la dernière digue, celle de la crainte révérencielle de la puissance américaine a été battue en brèche.

Quand une administration décente sera revenue au pouvoir, l’Amérique pourra reprendre le leadership des nations démocratiques. Pour que l’Amérique retrouve sa dignité, il faudrait que Bush et des douzaines d’autres qui l’entourent aient eux la dignité de se démettre. Je n’ai aucun espoir qu’ils le fassent. »

Plus rien ne semla possible aux USA. Alors une idée a germé dans la tête du Noir Obama, une petite bestiole d’idée qui a essaimé dans la tête des autres Américains, noirs ou blancs, mais tous laissés pour compte par un système inique : les choses devraient changer. NOUS POUVONS CHANGER L’AMÉRIQUE. Et aujourd’hui, contre toute attente, malgré la corruption, la manipulation, la décérébration programmée de l’Amérique, d’autres digues sont à craquer. Celles des préjugés et du cynisme.

Ce n’est pas encore gagné, mais il est POSSIBLE qu’une grande vague d’eau propre, détournée d’un fleuve d’espoir qui n’a jamais tari, vienne nettoyer les écuries de l’Amérique. Obama. Quand on aura accompli ce travail herculéen, quand une administration décente sera revenue au pouvoir, l’Amérique pourra reprendre le leadership des nations démocratiques. C’est sa dernière chance.

Pierre JC Allard

179. Pas d’élections ce printemps au Canada!   08.01.28

Allez, hop ! On se tire dans le pied ! On disait en fac : « Vous l’êtes, ou vous le faîtes ? », à ceux qui disaient d’énormes, disons … incongruités. C’est la question que j’aurais le goût de poser aujourd’hui à nos leaders politique. J’oscille entre l’incrédulité et l’ébahissement. Quand nos politiciens sont méchants on les punit, quand ils sont menteurs on les excuse, mais qu’est-ce qu’on fait, quand ils sont simplement bêtes ? Les rumeurs persistantes d’élections a Ottawa me rappellent une phrase de l’Ecclésiaste : « Malheur à toi, cité dont le Prince est une enfant ! ». Si cette rumeur se transforme en vraie campagne électorale, il faudra s’attendre à de grands malheurs , car il est difficile de voir cette démarche autrement que comme des enfantillages et une incommensurable ineptie.

Pas une machiavélique manoeuvre, car personne ne roule personne dans la farine. Une simple et pure ineptie. Un consensus dans l’ineptie qui suggère qu’on se mette sous la tutelle de la première république de bananes venue, dont le président aura prouvé sa compétence en mettant 100 millions dans une banque suisse. Ce serait plus rassurant, car n pays peut vivre avec la corruption et sans que quiconque prenne son intérêt à coeur – lisez les journaux ­ mais un pays ene peut pas survivre si ses dirigeants n’ont pas une vision claire de LEUR propre intérêt. C’est de l’équilibre entre leurs intérêts qu’on peut dire cyniquement que naît l’intérêt de la nation.

Or, personne n’a intérêt à une élection au printemps. Harper a déjà le pouvoir et fait tout ce qu’il veut. Que gagne-t-il à provoquer une élection, alors que les sondages en Ontario laissent prévoir qu’il pourrait perdre des sièges plutôt qu’en gagner et que former maintenent un gouvernement majoritaire n’est pas un objectif raisonnable. L’Afghanistan ? Prolonger àprès 2009 est une question a régler en 2009. Pourquoi se hâter, surtout avant de connaitre ce que sera la politique américaine après la présidentielle de novembre ? Risquer de se commettre à long termeen Afghanistan, alors que les USA seront peut-être à s’en sortir, tient d’un ramollissement cérébral.

Dion. Évidemment, si Dion n’a pas encore compris qu’on l’a mis là en attendant que le Parti Libéral se refasse une vertu, il n’y a rien de suprenant à ce qu’il ne comprenne pas non plus le reste de l’histoire. Mais pourquoi courir vers une défaite annoncée et fournir le prétexte à Kennedy qui complote sans arrêt et cherchera à le remplacer à la première défaite ? Pourquoi ne pas rester tranquille et attendre une très improbable, mais toujours possible grâce divine qui le transformera en une option modérément crédible ? Pourquoi cet instinct de mort ?

Duceppe. Les sondages indiquent qu’il perdra quelques plumes à des élections immédiates. Peut être peu, peut être plus, qui sait même s’il n’en gagnera pas ? La seule chose certaine, c’est qu’avoir quelques sièges de plus ne lui donnera RIEN – puisqu’il a déjà la balance du pouvoir ­ alors que perdre cette balance du pouvoir lui enlève toute pertinence et que même quelques sièges perdu nuiront à l’image du Parti Québécois, alors qu’une confrontation se prépare au Québec que Charest, lui, pourrait avoir un avantage à provoquer, surtout si le Bloc est répudié par les électeurs.

Le Bloc a une occasion en or de jouer auprès des Conservateurs le rôle qu’a joué le NPD auprès du gouvernement Martin et d’obtenir de Harper plus de concessions pour le Québec qu’il n’en aura jamais des Libéraux de Dion. Duceppe n’a aucun intérêt à faire tomber ce gouvernement et j’aimerais penser qu’il ne le fera pas. Ce serait trop bête. Or, sans le Bloc, contre lui, le gouvernement Harper ne tombera pas.

PERSONNE n’a rien à gagner à ces élections. Posons donc l’hypothèse que nos politiciens, quels que soient leurs autres défauts, ne sont PAS de purs imbéciles. Supposons que ces élections hâtives n’auront pas lieu et que le bruit des sabres n’est là que pour amuser le bon peuple. Naturellement, comme disait la reine Victoria aux blagues grivoises de son Ministre : « We are not amused » Il y en a parmi nous qui n’apprécient pas le shadow boxing de nos amuseurs civiques, mais ça, c’est une autre affaire. Alors, ils le « sont » ou ils le « font » ? Parions qu’ils le font et qu’il n’y aura pas d’élections au printemps.

Parions, mais souvenons nous que ce n’est tout de même que l’une des deux hypothèses…

Pierre JC Allard

180. Le temps des malotrus   08.02.13

Je suis Québécois. Québécois, comme on est Bourguignon en Bourgogne et Lorrain en Lorraine, mais la famille parlant français depuis mille ans, ayant eu un cousin tombé à Dieppe et ayant glané un doctorat rue Soufflot, je me sens aussi Français. Je me sens investi dans Ronsard et Voltaire, ou peut-être devrais-je dire qu’ils m’ont investi. Quand je parle des Français, je dis « nous ».

Je n’aime pas rougir d’être Français. Quand le roi met ses doigts dans son nez, le roi n’est pas mon cousin. Je suis donc furax de penser qu’au pays qu’on veut de la courtoisie, de la galanterie et d’un certain art de vivre, on trouve maintenant un journalisme ordurier comme je croyais que seuls les Anglo-saxons avaient le vice d’en tolérer .

Les faits ? Le Nouvel Obs, ci-devant France Observateur, avant que ne vienne la mode des sobriquets et des raccourcis et qu’on décide d’avoir des idées courtes, vient de trouver spirituel de publier un SMS du Président Sarkozy à son ex-épouse Cecilia avant son remariage avec Carla Bruni. Le message : « Reviens et j’annule tout » Bien sûr. Il nie

Evidemment, ça soulève bien des questions. IL l’a écrit ou c’est un faux ? Ou commence la vie privée des hommes publics ? Un président qui attaque un journal en injustice porte-t-il atteinte à la liberté de la presse ? Les tribunaux en décideront. Toute la France se questionne

Moi pas. Moi, j’ai ma réponse : nous, Français, sommes à devenir des goujats. C’est Louis qui me l’a confirmé.

Quand je suis à Paris, à l’heure du déjeuner, je croise et je salue souvent mon voisin Louis. C’est lui, la Vieille France, parce qu’il me lève son chapeau, alors que moi, le vieux jeunot, je n’en porte plus. je l’appelle Monsieur : il a l’âge qu’aurait mon père. Parfois on se parle un peu.

Hier, mon voisin et moi, on a parlé du SMS de Sarkozy et du Nouvel Obs

– Le président ceci, le président cela ­- m a dit Louis -… Je veux bien, mais pourquoi chagriner cette petite, qui est bien mignonne et qui n’a rien à y voir, en lui disant que son mari ne l’aime pas ? Qui a lancé cette histoire ?

– Labro, Routier, le Nouvel Obs._

– Labro ? Je le connais . Il a filé un mauvais coton… Je croyais qu’il allait mieux… Dites-moi, c’est bien lui qui a trouvé intelligent de nous montrer les fesses de Simone de Beauvoir ? Ca change de la Guerre d’Algérie. Il n’a plus le même regard, l’Observateur…

– C’est surtout Routier, je crois, l’instigateur investigateur…

– Routier ? Aury Routier ? Je l’ai rencontré une fois. Il avait la physionomie de ces Allemands qui donnent des bonbons aux enfants dans les villages de Thailande …

– Il n’est pas responsable de sa physionomie…

– Non, mais il est responsable de ce qu’il dit. Et le visage n’est pas innocent. Ceux qui veulent faire de la peine aux femmes sont presque toujours ceux qui ne peuvent pas leur faire plaisir. Qu’est-ce que c’est, cette histoire de procès ?

– On verra en justice, s’il y a eu faux et usage de faux…

– On n’a plus le sang très chaud en France. Moi, le Labro, et le Routier je les aurais giflés… !

– On accuse plus souvent le Président de manquer de sang-froid que de sang chaud ! Le sang-froid, ça compte, on est en République..

– On disait « la Gueuse » quand j’étais jeune… Si la République, c’est de laisser insulter les femmes, est-ce que ça vaut la peine ?

– Rien à voir avec la République ! La presse « people » a été importée d’Italie en beta paparazzi, version finale made in USA, comme la mafia. Et c’est le Président qui a commencé à faire la roue comme un paon devant la presse !

– Si les Français n’aiment pas leur président ils peuvent changer de président… mais une nation est aussi responsable de la courtoisie de ses journalistes. Qu’est-ce qu’ils doivent faire, les Français, pour changer leurs journalistes quand ce sont des malotrus ? Il fut un temps où les goujats recevaient d’abord un bristol, puis un coup d’estoc qui leur donnait le goût d’aller apprendre à vivre. Évidemment c’est fini. Je vois qu’on ne porte même plus la canne…

Je n’ai rien répondu à Louis. Il est d’une époque où l’on était souvent, vache, mais rarement des veaux... Vive l’État de droit et la République, mais je serais plus fier de la France si elle donnait la parole aux vrais révolutionnaires, plutôt qu’aux malotrus. Je ne vois pas de vertu dans le « bavassage » de cette pseudo gauche mal élevée, sans idées et sans talent, dont le Nouvel Obs est emblématique.

Pierre JC Allard

181. Indiscrétion… à la canadienne   08.03.06

La montée triomphale de Obama vient d’être stoppée par Clinton sur l’Ohio. Pourquoi ? L’analyse des Exit-polls révèle que les intentions de vote en Ohio ont basculé, après qu’une information ait filtré, sur une chaîne de télévision canadienne, et ait été largement reprise aux USA. Le virage a été suffisant pour faire perdre à Obama, en trois (3) jour, sa confortable longueur d’avance aux sondages. Ce qu’il fallait pour lui couter l’Ohio et le Texas. Peut être l’investiture démocrate. Probablement la présidence

Quelle information ? Dans l’Amérique industrielle, dont l’Ohio est au coeur, le chomage fait rage et on en blâme surtout un accord de libre échange avec le Canada et le Mexique (ALENA) qui aurait fait perdre aux USA des millions d’emplois. Vrai ou non ? Qu’importe. L’ALENA est la bête noire et Obama, comme Clinton, ont marqué des points auprès des travailleurs en en promettant la « renégociation », voile pudique pour laisser entendre qu’on le ferait disparaître.

Parler de mettre un terme à l’Alena pourrait être une source d’inquiétude pour les Canadiens, bien sûr, mais qu’à cela ne tienne ; les candidats leur feront savoir en sous-main que tout ça est pour rire et que l’accord est là pour rester. Normal. Un proche d’Obama voit donc le Consul Général du Canada à Chicago… Diplomatie élémentaire et, de toute façon, il est impensable que cet accord soit abrogé. MAIS…

Mais la discrète conversation diplomatique apparaît à la télévision canadienne ! Petite bavure, tout le monde nie. Hélas, un compte rendu de la conversation compromettante, sur papier officiel, apparaît trois (3) jours plus tard… GROSSE BAVURE. Enorme. Un Gibraltar dans la mare, car on est aux USA, le pays de la présumée totale transparence.

Le pays où les candidats se désistent parce qu’on dit qu’ils ont regardé la femme du voisin et où Nixon a été chassé du pouvoir « parce qu’il a menti au peuple américain ». Inacceptable, au pays de la Transcendante Hypocrisie, que le candidat qui propose la poudre de perlimpinpin aux enfants réconforte les grandes personnes.

Surtout si, comme Obama, il n’a finalement rien vendu d’autre que son honnêteté et sa transparence. Dès qu’il est prétendu que le Sauveur Barack a tenu un double langage, les indicateurs s’affolent. Dès qu’on prouve qu’il a nié et menti… rien ne va plus.

Rien de plus convaincant qu’un rêve… tant qu’on ne vous éveille pas. Vous pensiez Obama pur, voire naïf ? Il « ratoure » ! C’est un menteur ! Pris en flagrant délit de mensonge, Obama perd sa virginité et devient une respectueuse comme les autres. Qu’il gagne ou perde, ça n’a plus d’importance. L’Amérique est déçue. Ce qui pourrait être grave, mais c’est une autre histoire.

Ne parlons ici que de comment on a éveillé la grosse bête qui dormait. Les Canadiens ont sonné l’alarme. Evidemment, on sait aux USA que les Canadiens sont de grands innocents. Rien de surprenant, donc, à ce qu’ils laissent échapper une confidence. On hausse les yeux au ciel et on soupire. MAIS…

Mais le Consul Général du Canada à Chicago est un diplomate chevronné qui – coincidence – a fait le plus clair de sa carrière dans les affaires publiques et les relations avec les médias. Difficile de croire qu’un journaliste ait roulé dans la farine un diplomate de haut rang et lui ait soutiré une information aussi cruciale… à moins que celui-ci n’ait obtenu du gouvernement canadien instruction de la transmettre. Difficile de croire que la bavure dûment niée soit corroborée par une note écrite refilée en douce au moment où elle pouvait faire le plus de mal juste APRES QUE OBAMA EUT NIÉ. Tout devient assez invraisemblable.

Alors on se souvient des excellentes relations du Parti Conservateur canadien avec les Républicains de Bush. Les relations qui nous renvoient de temps en temps au Canada des cercueils venant de Kandahar… Imaginez que Obama soit tombé dans un piège et que le Premier Ministre conservateur canadien Harper ait fait cette petite faveur d’une indiscrétion aux Républicains qui souhaitent ouvertement une victoire de Clinton contre Obama aux primaires démocrates ?

Imaginez… Habiles, n’est-ce pas, ces Canadiens ? Car l’ascenseur reviendra. Mais un jeu dangereux, car si Obama n’était que blessé et devait malgré tout gagner ces élections, le Canada n’aurait pas vraiment un ami à la Maison Blanche….

Pierre JC Allard

182. Bien plus loin que l’Oural   08.03.18

J’ai souvent appelé de mes vœux l’accueil de la Russie dans une Europe unie. À vingt–sept (27), nous sommes trop ou pas assez et, quand je dis Russie, je pense aussi Ukraine et Belarus. On ne règlera pas cette question en quelques lignes; je voudrais seulement énoncer ici des faits simples et présenter quelques arguments. D’abord, juste quelques chiffres, pour montrer le plan de masses.

Avec la Russie, l’EU quintuple sa superficie, sa population passe de 500 à 700 millions d’habitants – plus du double des USA – et son PIB tend vers 40 % du PIB mondial, en faisant de loin la première puissance commerciale et industrielle du monde. Cette Europe élargie a une parfaite autosuffisance en hydrocarbures et est le plus vaste réservoir de matières premières de la planète. L’Europe ainsi agrandie est autarcique. Je ne dis pas ici qu’il faudrait en fermer les frontières – c’est un autre débat – mais il n’est pas mauvais de faire le constat que ce bloc n’a vraiment besoin de rien ni de personne. Bon pour l’évolution et bon pour la paix , car on n’aime sincèrement que quand on aime gratuitement. Sans dépendances.

Le bloc ainsi créé n’est pas un agglomérat disparate : il est le cœur de la civilisation occidentale. Il est au bout de la filiation « Athenes, Rome, Byzance, Renaissance, Science, Droits de l’Homme et Liberté». Il y a eu des moments noirs dans le cheminement de Occident, des croisades à la colonisation, mais ce qui en résulte aujourd’hui s’exprime dans une culture postchrétienne laïque qui se réclame de la tolérance et de la raison. Ce résultat me satisfait. Je ne veux pas en changer. Je souhaite que la civilisation occidentale continue…

Je ne souhaite pas qu’elle conserve un hégémonie abusive qui tôt ou tard serait sa perte. D’autres cultures, chinoise, indienne, islamique, etc. sont désormais en rapide expansion et il faut respecter leur droit à occuper plus de place. Il faut nous défaire, toutefois, de cette arrogance qui nous porte à croire que l’Occident survivra par quelque droit divin. Notre culture, comme toutes les autres cultures, ne survivra qu’aussi longtemps qu’elle conservera son dynamisme interne et la force de se faire respecter. Il faut constituer un ensemble culturel occidental cohérent.

Or, au moment où il faudrait cette union, tout un pan de l’Occident sur lequel on croyait pouvoir compter se désagrège. Les USA on quitté la famille. En discuter serait un autre débat, mais la suppression progressive des libertés et le retour vers la religion montrent bien que l’Amérique a pris une voie différente de celle de l’Europe. Aujourd’hui, les USA sont dans le camp de l’obscurantisme et marchent à grand pas vers la tyrannie. On peut souhaiter le retour de l’enfant prodigue, mais en attendant il faut se compter et faire sans eux…

La Russie fait partie de la civilisation occidentale. Même si des popes barbus sont apparus en si grand nombre à la chute de l’URSS, qu’on aurait pu croire qu’ils avaient été élevés en serres pour être relâchés au moment opportun, le discours dominant en Russie est demeuré rationnel, scientifique, laïque. La pensée politique – dans un pays où la démocratie n’a jamais vraiment eu son heure ! – a continué d’exiger plus de liberté. L’Amérique est apostate de la liberté, la Russie attend encore son baptême. Aidons-la.

On peut l’aider. Sur le plan démocratie, la Russie a des problèmes évidents d’application, mais si on va au palier des principes, la constitution soviétique était plus démocratique que le modèle qui prévaut aujourd’hui chez nous. Il y a peut-être des leçons à apprendre, de part et d’autre, même des synthèses à faire, si on échappe à la tutelle américaine et à sa propagande « à la Bernays ». Il est important de comprendre que la Russie VEUT apprendre de l’Europe… et qu’elle PEUT apprendre. La Russie a mis en place un système d’éducation culturelle et technique qui n’a rien à envier au nôtre. Le Russe moyen est ÉDUQUÉ. Rien à voir avec la mixture, en parts bien inégales, de Ph.D et d’ignares incultes qui donne sa spécificité à la société américaine actuelle.

On peut vraiment s’entraider. Le potentiel industriel de l’EU se meurt pour des ressources naturelles ; la Russie les a, alors que sa structure industrielle a été sabotée, détruite, abandonnée. La Russie a développé des recherches scientifiques innovantes qui sont laissées en friche, alors que dans bien des domaines, en Europe et en Amérique, la mainmise d’un certain capitalisme sur la recherche a imposé des œillères au développement. Si on investissait massivement dans la recherche en Russie, la récolte serait prodigieuse… et rapide.

Il y a aussi la capacité et surtout le potentiel russe qui, ajouté à celui de l’EU, permettrait d’aller plus loin plus vite dans la recherche spatiale. Doterait aussi une Europe élargie de la crédibilité militaire accrue lui permettent de devenir une troisième force et de jouer un rôle d’arbitre, dans un monde qui autrement sera bipolaire, menant quasi inéluctablement à un affrontement entre la Chine et les USA.

Pour accueillir la Russie dans l’Europe, il faut que nous le voulions. Il faut donc d’abord qu’une population bien informée ne perçoive pas l’arrivée des Russes dans Europe comme si des hordes innombrables allaient nous envahir ; les Russes constitueraient moins du quart de la population d’une Europe élargie et leur production est de l’ordre de celle de l’Italie. Un ajout important, mais pas une prise de contrôle.

Simultanément, il faut aussi que les Russes le veuillent et qu’ils aient une volonté d’appartenance sincère à l’Europe, ce qui est facile à Saint-Pétersbourg ou à Moscou, mais demande plus d’efforts à l’est de Novossibirsk et surtout du lac Baïkal…. N’oublions pas que la Russie peut choisir d’appartenir à une autre univers. Si elle fait cet autre choix, nous le regretterons. Il faut faire notre demande en mariage et il faut que cette demande soit acceptée.

Si la Russie vient vers nous, il faudra l’amener au point d’intégration où en sont les participants actuels à l’Europe. Le plus gros problème immédiat sera l’intégration monétaire, car il ne manquera pas de gens pour penser qu’il faudrait en profiter pour ramener dans le giron politique les pouvoirs qui ont été accordés à la Banque Centrale Européenne, faisant simplement de l’EU un appendice du capitalisme international contrôlé aux USA.

Douteux que les Russes acceptent d’entrer dans ce piège, pas plus que les Anglais, ne l’ont accepté . Ils auront bien raison, car c’est une aberration de penser qu’on est une démocratie, si le contrôle des instruments financiers échappe au pouvoir démocratique. Mais est-ce à la Russie où au piège qu’il faut faire barrage ? C’est un autre sujet. Si on veut faire vraiment l’Europe, il faudra régler cette question. Avec les Russes…, mais aussi avec les Anglais

Quand ils seront entrés, on évoluera tous ensemble. On ira sans doute plus vite, cependant, car nous aurons tant à gagner à créer une Europe spatiale et militaire. Considérant la nouvelle distribution globale de la main-d’œuvre et des ressources naturelles, on voudra aussi mettre en place au plus vite des politiques protectionnistes au palier de l’Europe. On ira plus vite vers une union politique, probablement confédérale. On voudra le faire vite, car tant que ce ne sera pas chose faite, il y aura un risque de désintégration de cette Europe élargie, risque d’autant plus grave que la zizanie sera fomentée par des forces extérieures qui y trouveront leur profit.

La Russie dans l’Europe est un beau défi. Je rêve d’un million de jeunes Russes venant faire des études en Europe occidentale, pendant qu’un nombre similaire de jeunes Européens de l’Ouest vont faire les leurs la-bas. La civilisation occidentale devrait être UNE, ses volets réconciliés avant qu’ils ne redeviennent antagonistes comme ils l’ont été trop souvent.

Je rêve aussi, d’un même échange avec de jeunes Américains. Il faudra le faire, aussitôt que l’Amérique se sera guérie de son corporatisme fascisant et de ses superstitions archaïques. Pour le moment, concentrons sur la Russie. Elle est prête.

Pierre JC Allard

183. Les frères ennemis   08.03.3

Il y a une grande ironie à entendre les thuriféraires du système économique actuel faire simultanément l’apologie du capitalisme et de la libre entreprise, car si le néo-libéralisme a réussi à en faire les deux piliers complémentaires de notre structure économique, la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles entre lesquels celle-ci oscille. Dire que les deux sont nécessaires est une évidence, et décrit la tension dynamique qui prévaut dans la société aussi bien que la dichotomie gauche-droite qu’on utilise plus souvent, mais avec le même défaut de transformer parfois en alliés circonstanciels des concepts qui s’opposent, créant des dissonances cognitives comme la « dictature du prolétariat » des « autocrates de gauche » ou la discipline musclée de certains mouvements de droite pour la défense des libertés individuelles…

Une société peut être à la fois capitaliste et entrepreneuriale – la plupart des régimes actuels en sont des exemples -, mais il faut comprendre qu’elle se déplace alors sur un axe et qu’un pas dans une direction l’éloigne toujours de l’autre. Avec la mise en place d’une structure entrepreneuriale, on va voir apparaître dans toutes son évidence la contradiction et l’antagonisme entre l’entrepreneuriat et le capitalisme… au détriment de ce dernier. Ce n’est pas une quelconque révolte de la classe ouvrière qui va faire reculer le capitalisme et le remettre à sa juste place, mais l’entrepreneuriat.

Hérésie contre le dogme marxiste ? Pour ramener la réalité dans le giron orthodoxe, il suffit d’accepter d’abord que l’entrepreneuriat est bien une forme de travail, puis de constater, comme on l’a vu ailleurs, que tout travail n’est plus qu’une prise de décision et donc une forme d’entrepreneuriat. L’entrepreneur n’est plus le « laquais du capitalisme » du florilège communiste, mais l’allié naturel des autres travailleurs. Il EST le travailleur. Le rapport de forces entre capitalistes et travailleurs-entrepreneurs s’est transformé. Pourquoi ? Parce que, dans un monde plus complexe, on a besoin de compétences dont chacune devient indispensable.

À l’origine, le capitalisme a manipulé l’entrepreneuriat. Le propriétaire terrien, avec ses sbires bien armés, allait se cueillir dans une razzia un entrepreneur qui lui ferait fonctionner une exploitation agricole. S’appuyant sur les mêmes arguments, il passait périodiquement quérir la plus grande partie des produits, ne laissant à l’ »entrepreneur » qu’un profit dérisoire. L’entrepreneur était l’un des exploités et, s’il l’était moins que les esclaves, c’est qu’on avait jugé que la liberté, en le motivant, en faisait un outil plus productif et qu’il était plus rentable de le rémunérer avec une part des résultats. Maintenant, complémentarité oblige et la structure de production se morcelle. L’initiative et la motivation jouent un tel rôle que tous les travailleurs deviennent peu à peu des entrepreneurs. Les effectifs de l’entrepreneuriat augmentent… et aussi son importance relative.

Le rapport de force de l’entrepreneuriat au capital dépend de la vélocité du changement, car il incarne le rapport du passé au présent. Lorsque les facteurs de production sont assemblés, le capital – incluant la matière première qui, au départ, est le « capital » par excellence – représente le passé. C’est l’apport au projet de ce qui existe déjà – la richesse – par opposition au travail, qui est ce qu’il faut y ajouter. Le capital est d’autant plus important au départ qu’il est rare, alors que le travail est surabondant et ne vaut pas grand-chose. Mais avec l’abondance et le progrès, c’est une autre histoire…

Non seulement la richesse augmente objectivement, mais, subjectivement, les besoins tendent à être sur-satisfaits, ce qui diminue l’importance relative de la richesse. Pire, le progrès a pour effet d’accélérer la désuétude du seul capital qui soit vraiment actif, le capital dit « fixe », sous sa forme d’outil de production de biens et donc de richesse réelle. L’apport du passé s’effiloche donc de plus en plus vite ; c’est ce que l’on fait à l’instant présent qui est important: le travail. Le travail, qui devient la ressource rare, chaque travailleur-entrepreneur devenant plus important avec la complexité qui augmente. Le rapport des forces entre entrepreneurs et capitalistes est donc transformé.

Attention ! Le capitalisme ne disparaît pas ! Ce que l’on fait dans l’instant présent devient immédiatement, dès l’instant suivant, une partie du « passé »… Le passé se nourrit du présent et ce que l’on produit devient capital. On peut dire, à juste titre, que le pouvoir est toujours entre les mains de celui qui dans l’instant présent possède ce capital, mais ce capital est évanescent et de plus en plus éphémère. Le pouvoir du capitaliste face à l’entrepreneur diminue à mesure que décroît l’espérance de vie de son capital. C’est pour ça, entre autres, que l’on a inventé l’intérêt: pour donner une permanence accrue au capital, en s’assurant qu’il ne s’évanouira, pas trop vite.

Le risque est grand, toutefois, qu’on créée alors discrétionnairement une pseudo richesse, purement monétaire, qui ne pourra convaincre qu’en grossissant les chiffres et ne convaincra donc que les naïfs. La richesse devient virtuelle, et quiconque en a besoin peut s’en créer lui-même, avec la complicité de l’État et d’un banquier, distribuant des images en papier ; il s’est créé 20 000 banques en Russie après l’effondrement de l’URSS. On maintient le capitalisme comme symbole d’une autorité, mais en le vidant de tout pouvoir réel.

On parvient à le maintenir dans le miroir monétaire, mais le capital réel ne se dissipe pas moins, à mesure que le passé perd de son importance relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat. C’est le momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui a été. Plus l’on décide d’évoluer rapidement, plus le travail- entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a déjà été accumulé. Plus le rapport de l’importance relative de la compétence au capital change en faveur de l’entrepreneur, plus le pouvoir du capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la hiérarchie sociale.

Il ne faut pas penser que le conflit entre le capital et entrepreneuriat est une lutte entre la Gauche et la Droite. On pourrait parler plus pertinemment d’une querelle des « anciens » et des « modernes », car le vrai clivage est entre la stabilité — qu’on peut aussi appeler l’inertie – et le changement, qu’on peut aussi interpréter comme une destruction progressive des valeurs en place. Parler de la Gauche contre la Droite, est une comparaison trompeuse, sauf, peut-être, dans le sens où l’on dit que les partis « naissent à gauche et meurent à droite », ce qui signifie simplement qu’ils vieillissent. Quand on est vieux, on préfère ce qui est à ce qui sera, surtout si on comprend que, pour soi, « ce qui sera » peut-être ne sera pas…

La guerre hypocrite entre capital et entrepreneuriat ne peut mener à une quelconque victoire finale. La tendance actuelle favorise l’entrepreneuriat, mais la riposte du capitalisme est déjà là, sous la forme d’une alliance de fait entre les grands capitalistes shylocks et les petits capitalistes rentiers, constituant une force passéiste unie contre les travailleurs-entrepreneurs en quête du changement. C’est un bloc qui peut être gagnant… pour un temps. Le contraire est aussi possible. Il ne faut pas y voir une lutte du bien contre le mal ; les arguments des deux côtés sont importants. On a un processus cyclique et un équilibre à trouver. Il s’agit de comprendre.

Pierre JC Allard

184. Communautarisme   08.04.10

On s’est d’abord assemblé parce qu’on se ressemblait, puis il est devenu de bon ton de se ressembler sans cesse davantage et de se bâtir une patrie, quiconque n’ayant pas le physique, la langue, la religion du voisin devenant un peu suspect.  Avec le temps, on se conforme à la démarche prévalente et on se copie les opinions et les préjugés les uns les autres.   Tous semblables, on se reconnaît et on se rassure. On est bien, on est chez soi.   Patrie.  Mais c’était avant…

Avant que le progrès ne fasse savoir à tous que l’herbe est plus verte dans certains enclos et  ne permette à  quiconque le souhaite de devenir gitan.  Maintenant, on le sait et ça bouge.  D’autres sont arrivés qui sont différents.  Ça devient Pigalle partout, et le soin qu’on a mis pendant des siècles à se forger avec ses voisins des similitudes qui rendent la vie moins abrupte apparaît tout à coup bien dérisoire.

On peut rêver avec nostalgie que tout aurait été mieux si chacun était resté chez soi…  Mais Il aurait fallu y penser avant. Avant d’aller chez eux piller leurs ressources et les exploiter. Maintenant, ils arrivent chez nous avec des traites à tirer sur notre mauvaise conscience.   La société a perdu son homogénéité et est devenu multiraciale, multiethnique, multiculturelle… Des minorités sont apparues qui non seulement sont différentes, mais surtout se VEULENT différentes.  Communautarisme.

Le communautarisme naît dans une société  quand une majorité ne peut plus assimiler ses minorités, ni même les intégrer sans en être elle-même transformée au-delà de ce qu’elle voudrait  l’être.   Bon ou mauvais ?  Affaire de perspective.  Parfois le communautarisme est prévu, voulu, favorisé. C’est le cas de l’Europe, dans laquelle la France n’est elle-même qu’une communauté.  Par l’autre bout de la lorgnette, si on souhaite maintenir à l’échelle de la France une identité nationale  forte, le communautarisme peut être perçu comme un inconvénient.  Comme une menace.  Bon ou mauvais, le communautarisme est là.

Il sera là jusqu’à ce que majorité et minorités aient convergé vers un point d’équilibre où se créera une nouvelle identité nationale qui reflètera le vrai rapport de forces entre elles. Jusqu’à ce jour de consensus et de fusion, ce sera un euphémisme de dire « nous ».  Les Américains ne parlent plus de « Melting Pot » mais de « Salad Bowl »…  et il faudra quelque temps pour faire monter la mayonnaise.  En attendant, comme disait de Gaulle, «l’eau et l’huile ne se mélangeront pas ».

Pour un temps, on va se côtoyer plutôt que se mêler et la paix sociale ne passera pas par la fusion, mais par la tolérance.  On se retrouve dans une société fragmentée et il va falloir vivre avec le communautarisme. Le nier ne règlera rien. On n’empêchera pas ceux qui se ressemblent davantage de vouloir s’assembler.  Dans la société parcellaire qu’est devenue la France,  il faut tenter de maintenir au mieux a loyauté de tous envers la  collectivité.    Comment y parvenir ?

On peut arrêter l’immigration, mais cette approche ne règle pas la question des minorités déjà établies. Pour redonner aux minorités un sentiment d’appartenance à la collectivité globale et assurer la primauté des valeurs nationales sur celles qui leur sont spécifiques, il ne suffit pas de valoriser la Nation ; il faut aussi réduire la sujétion des minorités aux patrons communautaristes.

Il faut le faire avec justice et discernement, car tous ceux qui sont là ont désormais des droits, il compris celui de leur attachement à leurs valeurs identitaires traditionnelles.  Il ne s’agit donc pas de mettre en place des mesures vexatoires comme l’Histoire en a trop connues, de la « taxe pour non-croyants » des Omeyyades de Cordoue  à l’étoile jaune de triste mémoire…   Il ne s’agit pas de brimer celui qui s’est réfugié  dans son communautarisme, mais de la sécuire et de le guider  vers ce nouvel équilibre de consensus qui lui conviendra, à lui comme aux autres. 
 
Comment arracher  l’individu à l’emprise des regroupements religieux et ethniques qui s’arrogent sur lui un pouvoir exclusif et s’érigent ainsi en rival de celui de la Nation ?  En favorisant l’émergence de loyautés transversales qui regroupent  en un projet commun les membres de diverses communautés.  Il fut un temps où le service militaire jouait ce rôle, mais la conscription n’est plus en harmonie avec le zeitgeist actuel.  Non plus l’école républicaine pour tous, où l’équilibre a basculé et où les communautarismes ne se résorbent plus, mais  trouvent un terrain propice pour venir s’affronter.

Les appartenances communautaristes ethniques et religieuses qui sont nocives à l’identification nationale ne peuvent être contrées efficacement que par celles qui naissent dans des projets auxquels on adhére librement. Il faut créer de ces projets.  Peut-on penser que puissent exister de telles appartenances prenant le pas sur les sectarismes ?  Bien sûr, il en existe déjà. On ne veut pas les voir et en tirer les conséquences, parce  qu’elles nous font grincer des dents.  Les projets qui facilitent l’éclosion d’appartenances toutes ethnies et croyances confondues sont celles  qui suscitent un fanatisme tout aussi inconditionnel que celui des ethnies et croyances elles-mêmes.

Ces appartenances sont de deux types.  Celle a un gang de celui qui choisit de quitter définitivement la légalité.  On prend la bure. On ne soustrait pas une part de sa loyauté à la collectivité pour la donner au gang :  le transfert est total.  On est au-dela de la menace communautariste, car non seulement le gang devient une nation, mais il est en guerre avec la collectivité.  C’est aussi la situation d’un mouvement en rébellion ouverte. Les choses sont claires.

Il y d’autres appartenances  qui peuvent susciter autant d’émotions, mais ne créent pas cette rupture ni cette opposition, car  elles s’exercent dans une autre dimension. Elles ne sont pas hostiles à l’État, elles veulent l’ignorer. Elles veulent ignorer également ethnies et religions, et c’est là que, sans rien faire pour ça, elles rendent service en dissociant l’individu de ces autres appartenances.

Le supporter d’un club de foot, le fan d’un groupe de rock, le syndicaliste les jours de gréve, peut être aussi férocement partisan de « ça » qu’on est chiite en Irak, ou fondamentaliste au Kentucky.   On peut mourir pour ça.  Les hooligans anglais tuent pour ça, de temps en temps…  C’est parce que l’émotion est si forte, qu’on peut transcender la barrière communautaire.   Ces groupes d’affinités auxquels on peut s’identifier plus qu’a son ethnie ou a son culte  existent,  mais quel est  l’avantage de les leur substituer, si elles peuvent mener aux même excès !   Il y a deux avantages.

Le premier, c’est que ces nouveaux fanatismes ne sont pas rationalisés par un corpus doctrinal séculaire qui permet et parfois impose le respect. Leurs outrances sont indiscutablement perçues comme des outrances. Personne ne prétend qu’il soit moralement et socialement acceptable de donner sa vie pour le Real  Madrid ou le PSG.  Certains, dans le feu de l’action, peuvent le faire ou même y penser, mais il n’y a pas de soutien populaire pour un passage à l’acte.  Tant qu’ils y pensent, ils ne sont pas à le faire pour une autre cause ; les fanatismes sont des vases communicants.  Bien difficile de mener en croisade ou en jihad le partisan du Liverpool qui est totalement investi dans sa propre totalkrieg  avec les  partisans du Munich ou de l’OM.    Ses vrais coreligionnaires sont ceux qui partagent sa vésanie.

Le deuxième avantage d’avoir pour exutoires ce que Stendhal  aurait sans doute appeler ces « fanatismes de vestiaires », est que les prétextes à en en développer sont nombreux et qu’ils ne sont pas mutuellement exclusifs, permettant  donc à quiconque le souhaite d’ètre partie prenante de plusieurs. Le danger pour la société diminue si les appartenances sont multiples, comme la rationalité de l’individu est plus stable s’il s’identifie a plusieurs appartenances.  Une loyauté partagée est moins contraignante, moins menaçante…. Si religions, ethnies et autres  sources du communautarisme perdent de leur importance, au profit de QUOI QUE CE SOIT, la Nation par défaut retrouve un peu la sienne…

Est-ce a dire qu’il faut encourager le fanatisme et la violence dans les stades et autour des stades ?  Evidemment pas… mais il faut comprendre que le communautarisme doit être pris à revers, en favorisant d’autres loyautés transversales à l’ethnie et à la religion. Toute émotion asse forte pour obnubiler les liens communautaristes doit-elle  conduire à la violence, ou la seule appartenance peut-elle  suffisante pour y parvenir ?  Il suffit d’un goal en Coupe du Monde, pour que toute la France cesse de penser Black et Beur et que, pour quelques  jours, il n’y ait  plus que des Français en France.

Ii  faut réfléchir à la notion d’appartenance et y trouver des exutoires, non-violents ceux-là, qui soient des alternatives au communautarisme.  Dans une société « Pigalle », l’identification a des groupes plus restreints générateurs d’émotions fortes est l’arme efficace contre le communautarisme.  On a le double paradoxe que la multiplication des appartenances  est un pas vers l’individualisme et que cet individualisme qui horizontalise sous l’égide de  l’État est  la meilleure façon de conserver sa primauté à l’identité nationale.

Pierre JC Allard

185. Le temps du partage. Tout baigne dans l’huile… 08.04.20

Si vous parlez entre quatre yeux et quatre murs à quelqu’un qui s’y connaît un peu, il vous dira que la crise du pétrole est une arnaque.  Le pétrole  est là et au départ ne coûte rien ; c’est une de ces ressources  que la nature nous donne gratuitement, à charge pour nous d’investir le travail requis pour en tirer profit.    Travail ?  Le travail, si on parle pétrole, c’est l’extraction, le raffinage, le transport, le stockage, la distribution.   Tout ça est largement automatisé, de plus en plus automatisé et coûte donc de moins en moins cher.   Le coût de production réel du pétrole en dollars constants, depuis 35, ans n’a pas augmenté, il a diminué.  Le prix du pétrole, lui, depuis 35 ans s’est multiplié par 45, passant de 3 à 135 dollars le baril.     Beaucoup de fric.

Combien de fric ? Échappez à tous les pièges tendus pour que vous ne le sachiez pas et passez à la réalité.    La consommation énergétique de la planète est de  8 800 MTEP, dont  au moins 90 % en hydrocarbures.  À 7, 6 barils en moyenne par tonne et USD $135 par baril, on parle d’au moins  8  trillions par année (USD $ 8  000 000 000 000, pour les puristes).  Si les coûts  réels de production n’ont pas augmenté depuis 1973, 98% de cette valeur est profit  ou inflation.  La production   annuelle totale de la planète « vaut » USD$ 47 T.  Le pétrole en représente 17%. Un gros morceau.

Quelqu’un fait un gros profit.  Profit ?  C’est aussi un euphémisme.  Si le profit est défini comme  ce qui reste  à l’entrepreneur quand il déduit le coût des intrants du prix de vente du produit, le mot est assez mal choisi, car le travail – et donc la production – du pétrole  n’est pas un élément important de son coût.  Le prix du pétrole est d’abord une rente payée au propriétaire du pétrole.  L’argent prélevé est déguisé en profits, mais c’est une rente.  C’est le prix que ceux qui se sont approprié cette ressource exigent pour y donner accès.

Leur  droit d’en exiger ce prix  repose sur la force de pouvoir en contrôler l’accès et sur rien d’autre. « La propriété » – disait Proudhon – « c’est le vol ! ».  N’est-il pas évident que la terre  n’a jamais été appropriée à l’origine que par l’occupation de fait d’un territoire, suivie de la force d’en exclure les autres ?  Les ressources qu’elle contient n’ont jamais non plus été appropriées que par la force de conserver de façon permanente cette possession d’abord précaire.   Quand on remonte la chaîne des titres d’un propriétaire sur la terre ou sur ses ressources, on n’en arrive jamais qu’à cette illégitimité initiale

Il n y a aucune justification morale crédible pour que les ressources naturelles appartiennent à celui qui vit à côté ou au-dessus de ces ressources.  Éthiquement parlant, seule l’humanité pourrait collectivement se prétendre légitime propriétaire des ressources naturelles.  Seul un gouvernement qui serait mandaté par l’humanité tout entière pourrait détenir, pour le bien commun, un droit éminent sur l’ensemble des ressources planétaires.

En l’absence d’un tel droit, exiger cette rente par la force est pure extorsion. Les ressources de la planète ne peuvent appartenir qu’à l’humanité.  C’est notre patrimoine commun. Les droits souverains qu’exercent aujourd’hui les États sur les ressources d’un territoire, au nom d’une collectivité qui ne l’occupe toujours que par droit de conquête, sont  des droits bien discutables… et ils doivent être discutés.

Ils doivent être remis en question car, s’il y a vraiment pénurie, il y a force majeure  et la collectivité globale doit intervenir.  Si, au contraire, les raretés sont créées artificiellement pour  permettre de mener des conflits et de s’enrichir, il est  tout aussi important d’en finir avec cette supercherie de la carence des ressources.  S’il y en a amplement pour tout le monde  et pour longtemps…  il faut partager.

Il faudrait partager.  Tout indique que nous avons des réserves de pétrole et de gaz  pour au moins deux siècles, sans doute bien plus.  Une politique globale transparente nous le dirait.  Quoi qu’il en soit de ces réserves, toutefois, les alternatives au pétrole sont, de toute façon, connues et bien disponibles – allant du nucléaire au solaire et à l’éolien – et l’impact sur les coûts de production du passage à ces énergies nouvelles devient chaque jour plus marginal.  Il faudrait qu’une autorité internationale gère l’exploitation et la distribution du pétrole et éventuellement de toutes les ressources naturelles    Évidemment, ça n’arrivera pas.  Pas sans quelques discussions.

Partager exige une discussion avec les propriétaires.  Qui sont les propriétaires ?  Apparemment, surtout quelques cheiks, mais ce n’est que poudre aux yeux.  Le propriétaire ne touche sa rente, qui est  une extorsion, que s’il a la force de l’exiger.  La plupart des propriétaires en titre du pétrole ne l’ont pas.  La force est entre les mains des pétrolières, lesquelles disposent de celle des gouvernements qu’elles corrompent.   Ce sont les pétrolières qui déguisent leur rente sous forme de profits d’exploitation, aux divers paliers d’une structure verticale parfaitement intégrée, ne gardant les petits potentats locaux que pour  avoir des boucs émissaires sous la main.

Pourquoi ne pas discuter de partage avec les vrais proprios ?  Ceux qui ont le pouvoir pourraient  prendre  ce qu’ils veulent de bien d’autres façons…. Pourquoi  la classe dominante se sert-elle du pétrole pour prélever sur la richesse  globale  la part qu’elle en veut ?  Parce qu’utiliser le pétrole est simplement la façon la plus facile de le faire.  L’énergie est aujourd’hui ce qu’était la terre à l’époque de Ricardo: nous sommes tous consommateurs d’énergie. On peut donc prendre  par l’énergie la ponction qu’on veut sur l’économie mondiale. Exactement la livre de chair qu’on décide de prendre sur vous, sur  moi, sur tout le monde, au prorata de sa consommation d’énergie.  Un commerce équitable…

Le prix du pétrole est fixé arbitrairement au niveau qu’on veut. Il n’y a pas de facteurs exogènes, car le sous-sol ne bouge pas, on n’a que les guerres et les révolutions qu’on fomente et le rapport de la demande à l’offre ne dépend que de la demande, c’est–à-dire de la croissance dont on décide pour optimiser le rendement du capital: l’autre grande arnaque, dont nous parlerons une autrefois…  Quand le prix du pétrole monte, il n’y a donc pas de surprise ;  c’est qu’« ils »  veulent plus d’argent. Merci, mon Dieu, ce n’est encore que 17% !  Ça pourrait être 20%, 25%…

La classe dominante s’accroche au pétrole par paresse encore plus que par cupidité, parce que cette extorsion est la plus simple des arnaques.  Vendre le pétrole au prix qu’on veut est un outil efficace et ceux qui mènent le monde ne voient aucune raison d’en changer.   Il faudrait les en convaincre…

Pierre JC Allard

186. Bonne fête, Travailleur !   08 05.01

Les mères ont leur fête au temps du muguet, la République aussi, en juillet, et même le petit Jésus a la sienne, en décembre. On leur fait des cadeaux. Des fleurs, des discours ou, quand on croit que le jubilaire a vraiment tout, on s’en fait entre nous. Chouette, les fêtes ! Êtes-vous Carrefour ou Wal-Mart ?

En Amérique, où l’on a compris que se faire des cadeaux fait marcher le commerce et est le plus beau cadeau collectif qu’on puisse se faire, on a la journée de la Femme, celle des Enfants, celle des Secrétaires et bien d’autres. Comme on importe tout des USA, mais qu’on fait tout mieux que tout le monde, on finira aussi par avoir des jours de n’importe qui, puis de n’importe quoi. Une journée Lambda, par exemple, où l’on parlera des Tibétains et où l’on achètera chinois… Mais je m’égare…

Pourquoi le travail n’aurait-il pas sa fête, lui aussi ? Un jour par année, où l’on pense aux travailleurs, est-ce trop demander ? Alors on a le Premier Mai… Le problème, c’est qu’à partir d’un certain âqe, se faire souhaiter bonne fête, c’est aussi se faire dire qu’on a pris un coup de vieux. Le travail n’est plus très jeune. Il marche encore, mais… pas très alerte. Évidemment, quand on a connu Germinal et qu’on a écouté Jaurès, entendre Ségolène et se battre pour les 35 heures, ça ne donne pas le goût de courir.

Soyons sérieux. Il y a moins de travail, moins de travailleurs et la plus grande partie du travail qu’on fait, en col roulé plus souvent qu’en col blanc ou bleu, grand-papa n’aurait même pas appelé ça du travail. On vit dans une société de services, une société d’économie tertiaire, il ne reste que 16% de la main-d’œuvre en industrie aux USA. Le cambouis et la sueur sont devenus des raretés plaisamment rétro, comme le communisme. Alors on ne se retrouve plus. Il n’y a plus de prolétaires. On a fait disparaître la classe ouvrière.

Inutile de chercher le travailleur en bas de l’échelle sociale. Il a été poussé en haut par toute une horde de non-travailleurs. Les chômeurs, bien sûr, mais ça, c’est l’aristocratie des sans-travail, les temporaires. Il y a les permanents du non-travail. Chômeur un jour, mais précaire toujours… Il y a les jeunes, il y a les vieux, les non-instruits, les « pas-tout-à-fait-en-santé » et les « pas-tout-à-fait-doués », les immigrés et les « pas-tout-à-fait-français ». Syndiqué et défavorisé ? Vous plaisantez ou vous voulez une baffe ?

Le travailleur marche sur du solide. Ils sont nombreux en dessous… L’image choc des travailleurs en marche, ce n’est plus une démonstration sur les boulevards, ce sont les millions de voitures de travailleurs qui avancent lentement, en rangs serrés vers l’Espagne, début août. Le grand soir, c’est chaque soir où il y a du foot. Le travailleur a réussi son entrée dans la bourgeoisie.

Solidarité ? Avec qui ? Nous sommes tous disparates, avec des intérêts différents. C’est ça, une économie tertiaire. La lutte des travailleurs peut-elle être celle de ceux qui ne travaillent pas ? Comment être avec les exclus, quand on a tellement peur de sortir ? « Diviser pour régner ? » Même pas, juste laisser l’égoïsme et la paresse faire leur œuvre, dans une société où il y en a assez pour que ce qui leur manque ne manque pas vraiment à ceux qui ont peu.

Ne cherchez pas le travailleur en bas. Ne le cherchez pas à gauche non plus. Sans solidarité, il n’y a plus de gauche. Il ne reste à gauche que quelques théoriciens et des journalistes qui bloquent le passage, pour qu’on n’aille pas trop loin. Pour qu’on ne tombe pas dans le vide, ou pire, qu’on ne découvre pas que la terre est ronde et qu’on ne se retrouve pas à droite.

Le travailleur a trouvé sa place dans le monde de l’abondance. Elle n’est ni en bas ni à gauche, juste un peu à l’écart. Presque tout le travail qu’on fait est d’une utilité douteuse et, sans le dire, on pense que l’assistanat vaut bien le travail dans un monde de loisirs. La moitié de la richesse nationale appartient à 5% de la population, mais pourquoi se plaindre ? C’est bien pire ailleurs. 38% de la richesse aux USA appartient à 1% de la population, la moitié de l’humanité vit sur 1 euro par jour et 1 000 000 d’enfants meurent de faim ou de malnutrition chaque mois.

La réalité, c’est que l’on n’est plus une population démocratiquement gouvernée mais un cheptel judicieusement exploité, mais cette idée n’est vraiment troublante que si on y accorde trop d’attention. Il suffirait d’une décision politique pour que le niveau de vie du travailleur moyen double en quelques mois… mais serait-on plus heureux ? Et ils feraient quoi, les riches, si tout le monde avait tout ? Vous imaginez la queue, chez Fouquet’s ?

Allez, il n’y a plus de travailleurs, nous sommes tous des travailleurs. « Liberté, c’est une marque de yaourts » et l’Internationale est une chaîne d’hôtels. Souhaitons-nous bonne fête, oublions nos rides, soufflons les chandelles et trinquons. Nous sommes là pour trinquer.

Pierre JC Allard

187. Chine: LA solution   08.05.10

Le racisme le plus grave auquel on fait face aujourd’hui, c’est ce mélange de crainte révérencielle basée sur de mauvais souvenirs et de vague rejet de nos préférences culinaires respectives, qui semble condamner pour l’éternité Hans et Caucasiens à se méfier les uns des autres et à ne se toucher qu’avec des baguettes. Grave problème, car ils sont nombreux  et nous aussi… La terre est bien petite. Si nous étions futés, nous, eux et tous les autres en prendrions chacun notre côté…  Mais même en supposant qu’on rentre chacun chez soi, entre voisins on doit se se sourire. Il est temps d’apporter la solution finale au problème du racisme.

On fait disparaître le racisme en faisant disparaître les races.  On peut le faire à la « 1984 », en leur donnant un autre nom. C’est ce que l’on essaie aujourd’hui, en ne parlant que de groupes ethniques, mais je suis sceptique, car je n’ai pas vu les vieux laisser tomber leurs canes quand ils sont devenus des aînés.  On peut aussi s’en remettre au jugement de Dieu, laissant les plus forts éliminer les plus faibles.  Solution historique éprouvée, mais qui mène souvent à des gestes regrettables et qui peut créer beaucoup de désarroi.  Même ceux qu’inquiète le « péril jaune » ne sont pas tous d’accord avec la solution qu’avait préconisée Kipling.

Il y a une meilleure  approche: la technique « Alexandre ». Bien assis sur le trône de Darius et ayant fait la paix avec la belle-mère, Alexandre a décidé de régler une fois pour toutes les questions de cohabitation en mariant ses généraux à des princesses perses, puis ses soldats à tout ce qui portait jupe dans le royaume Achéménide. Cette deuxième phase  a été à ‘origine de quelques ambiguïtés qui ont perdurées, mais ceci est une autre histoire.

Ces noces se sont avérées bien profitables. Les petits hybrides qui sont sortis des alcôves d’Alexandre ont contrôlé le marché du pouvoir au Proche-orient pendant des siècles.  Alexandre d’ailleurs, n’avait pas été le premier. Les Romains avaient déjà dragué les Sabines avec des résultats tout aussi encourageants, une inspiration pour Poussin et David et un signal clair aux romantiques de tous les temps qu’il faut parfois insister.  Prenons acte du succès de cette approche.  Au lieu d’encourager une rivalité qui conduira à une « guerre des guerres » avec les Chinois, il vaudrait peut-être mieux se mêler un peu…  Naturellement, on peut s’en remettre à l’initiative personnelle pour faire l’amour et non la guerre, mais si on veut vraiment  avoir un impact, il faudrait s’organiser un peu.

D’abord, pour faire des enfants, se trouver une terre d’accueil.  Nous l’avons.  Les locataires libèrent peu à peu.  Nous avons l’Europe, incluant les pays de l’Est, en voie de dépeuplement accéléré, où la dénatalité laisse entrevoir une baisse de population d’ici à deux générations de l’ordre  de 15%. Pendant ce temps, la surpopulation de la Chine oblige à des mesures sévères de limitation des naissances qui sont jugées inhumaines par la population.

Il semble raisonnable de penser que, si nous décidions de favoriser les échanges, ce soit nous qui hébergions la progéniture. Comment réaliser le projet?  La logistique est simple. C’est celle des Filles du Roy en Nouvelle-France.   On invite les dames. Il est de notoriété publique que les familles chinoises préfèrent les garçons…  Éviter, bien sûr, les dérives qui ont marqué l’exode de jeunes Russes vers l’Occident après la chute de l’URSS.  Maintenant, cependant, il faudrait le faire avec sérieux. On travaille au public. Pas de proxénètes, pas de mafieux, pas de courtiers, pas d’avocats spécialisés en immigration. Juste des fonctionnaires. On se parle d’État à État entre la Chine et l’EU.

D’abord, une expérience pilote. La Chine sélectionne un groupe de jeunes filles de 16 ans  et les inscrit en pensionnat, dans quelque ville de Chine. Toutes des volontaires, bien sûr, mais on demandera aussi l’accord des familles, qui seront motivées par une petite prime et le droit de faire un autre enfant. Qui sait, peut-être un garçon…   Les postulantes continuent leurs études, mais y ajoutent l’apprentissage des us et coutumes de l’Europe et d’une langue occidentale, l’anglais par défaut, mais toute autre, si la demande est là. Pour la demande, c’est l’Europe qui tient sa part du contrat.

L’Europe identifie un nombre identique de jeunes célibataires disposés à convoler à ces conditions et s’assure qu’ils sont en parfaite santé, ouverts d’esprit, « libres et de bonnes moeurs». Quand on a un Roméo pour chaque Juliette, on applique les nouvelles procédures maintenant standard pour se courtiser: correspondance, Internet, échanges de photos. L’EU prendra la facture. N’est-ce pas la Chine qui investit la ressource humaine ? En deux ans, les couples se sont formés et la jeune Chinoise, ayant atteint 18 ans, est prête pour son grand voyage.  Cérémonies sur la Tienanmen; on les marie par cohortes et les ambassadeurs européens officient.  Ensuite, les jeunes mariées, devenues citoyennes européennes par leur mariage, n’ont plus qu’à prendre l’avion vers l’Europe. Elles y seront accueillies par un organisme communautaire ad hoc qui suivra l’expérience.

L’EU – assistée d’une mission d’observation chinoise permanente –  suivra chaque dossier avec diligence. Pendant la grossesse, subvention généreuse de l’État. Après la naissance, encore des subventions et un suivi psychopédagogique constant. Ajouter sans mesquinerie une même subvention pour chaque enfant supplémentaire.  La même subvention, non dégressive, s’ils font un deuxième, un troisième un quatrième enfant, peut-être même une prime.   Ce sont les frais de premier établissement qui sont coûteux et  les résultats seront plus probants si d’autres enfants naissent au sein des couples ainsi constitués.

Tous ces enfants sont considérés comme les pupilles de l’État. Ils sont protégés contre toute forme de racisme. D’abord par un apprentissage préceptoral en maternelle se prolongeant quelques années au primaire. On les garde ensemble le temps qu’ils  développent un esprit de corps solide, afin qu’ils ne soient pas victimes d’ostracisme. Si l’expérience pilote est un succès, on pourra  réaliser le projet à grande échelle. On sera surpris de ce que ces jeunes élevés sans préjugés pourront faire quand ils arriveront à maturité. S’ils sont nombreux, ils pourraient avoir un impact significatif sur l’avenir de l’Europe.  On aura introduit  un trait d’union entre Chinois et Ocidentaux. On aura accepté de faire ensemble un geste concret pour aller l’un vers l’autre.

Pierre JC Allard

N.B (Ce texte a été écrit comme une parodie; j’ai reçu plusieurs mails de gens voulant réaliser le projet… ! Je leur cède tous mes droits.)

188. Québec français (1)   08.05.20

Bouchard-Taylor vient de mettre une gifle au peuple québécois et je crois que la Commission se fiche comme d’une guigne du français au Québec. Moi pas. Pour éviter tout malentendu, je précise que je ne suis pas indépendantiste – je pense que le temps de réclamer l’indépendance est passé – mais la place du français au Québec me tient à coeur. Je me garde pour une autre fois le plaisir de dire du mal de Bouchard et Taylor. Parlons plutôt d’abord de ce qui est important : sauver le Québec français.

L’assise du Québec français, c’est la Loi 101. Il faut la revoir. Entièrement. Présentée comme un geste audacieux, la Loi 101 exprimait en fait notre pusillanimité collective. C’était une fuite, notre refus de régler le véritable problème, couplé au désir de nous donner une belle image en gagnant de petites escarmouches. Je disais, à l’époque, que le Québec agissait comme cet ivrogne qui a perdu ses clefs dans le jardin, mais les cherche sous le réverbère, parce qu’on y voit plus clair… La solution de facilité est évidemment plus facile… mais ce n’est pas une solution.

Je ne dis pas que la Loi 101 a été une abomination – elle a joué un rôle utile, mais elle n’a rien réglé. Le cœur du problème, c’est qu’on ne développe pas une culture nationale forte en finançant l’expansion en son sein d’une contre-culture. Quand on parle de Québec français, on veut dire un État dont la structure est francophone et qui rend à ses citoyens des services en français. Exclusivement en français. Y financer l’enseignement de l’anglais ou y rendre des services en anglais est une aberration.

Posons le principe que quiconque vit au Québec doit recevoir en français tous les services que la société s’engage à offrir. La société ne doit à personne d’autres services qu’en français. Quels sont ces services ? Services administratifs au sens large incluant la gestion d’une infrastructure, éducation, santé, justice, protection, information, un accès à une structure mercantile et financière, a la culture et aux loisirs…. l’État a la responsabilité de voir à ce que tout ça se fasse en français. Et c’est ce que fait l’État qui est important.

C’est dans le domaine public que l’État doit avoir le courage de faire ce qui doit être fait, car ce que font les citoyens entre eux ne regarde qu’eux, est du domaine privé et l’État n’a pas à s’en mêler, sauf si les droits des tiers sont concernés. C’est l’alpha et l’oméga. L’État doit agir en français ou cesser de dire des fadaises et de se rendre ridicule. Selon le vieil adage anglo-saxon bien connu, il faudrait procéder à la satisfaction de nos besoins naturels ou passer à autre chose.

Il faut EDUQUER EN FRANÇAIS. Le projet d’un Québec français a été condamné, lorsque le Mouvement Souveraineté Association, comme le souhaitait René Lévesque, a résolu qu’un Québec souverain maintiendrait un système d’éducation parallèle en anglais. François Aquin à l’époque s’y était opposé. L’avis de René Lévesque – qui ne voulait pas l’indépendance, mais un Québec « souverain » dans une union canadienne – a prévalu. Nous avons eu peur d’offenser la majorité dominante.

Sage décision politique, car cette prise de position conciliante a permis que naisse le Parti Québécois, qu’il prenne le pouvoir, qu’il fasse indéniablement quelque bien et nous amène où nous en sommes aujourd’hui. Marchant entre les croix à Verdun, il faut se souvenir que ce sont ceux qui ont peur au bon moment qui survivent. Mais la vésanie d’un Québec indépendant où l’on aurait continué à payer une éducation en anglais et à offrir des services en anglais ne s’est heureusement jamais réalisée. Heureusement, car ce projet n’aurait jamais atteint son objectif de créer un pays où l’on aurait vécu en français.

L’indépendance n’était pas indispensable et ne l’est toujours pas. C’est imposer VRAIMENT le français comme seule langue officielle au Québec qui était une impérieuse nécessité. On ne l’a pas fait. On a eu peur de faire ce qu’il fallait faire et l’on a fait autre chose, on a impressionné la galerie et l’on s’est donné bonne conscience, mais ce qu’il fallait faire pour que le Québec soit vraiment français reste à faire.

Il faut affirmer que, si on veut vivre au Québec, il faut une connaissance minimale du français,sans laquelle il vaudrait mieux aller vivre ailleurs. Cette connaissance minimale du français – (disons Français # 1) – devrait être acquise par un apprentissage intensif du français au niveau préscolaire, permettant à tous les Québécois non-francophones d’arriver au palier de l’école primaire avec cette connaissance minimale qui leur permettrait de recevoir leur éducation complète en français.

Personne ne devrait être admis dans une classe de niveau primaire du secteur public d’éducation s’il n’a pas cette connaissance minimale du français, car toute éducation gratuite au Québec ne devrait être offerte qu’en français. Du primaire à l’universitaire, la langue d’enseignement du système d’éducation financé par l’État doit être le français.

Seulement le franÇais., sans quoi ce n’est pas un pays français qu’on construit. La société n’a pas à financer l’essor au Québec d’une langue concurrente au français. Elle ne doit en accepter tout au plus que l’enseignement de certains élements, insérés au programme aux moments jugés pédagogiquement opportuns.

Cela dit, quiconque, après le préscolaire, doit pouvoir passer à une école privée où l’on enseigne en anglais, en chinois, en ourdou ou en toute langue de son choix. Il peut ensuite – aussi en institutions privées – poursuivre des études secondaires, puis passer à des études collégiales et universitaires, suivant à tous les niveaux des études en anglais, ou en tout autre langue. Il a le choix… mais il doit alors le faire à ses frais.

Corollairement, une institution d’enseignement peut bien faire tout ce qu’elle veut, mais pas aux frais des citoyens. Elle peut enseigner et décerner des diplômes, mais la compétence au Québec de ceux qui les obtiennent ne doit être reconnue que s’ils ont aussi la compétence linguistique requise.

Évidemment le cas McGill vient à l’esprit. McGill – ou tout autre institution – recevra des subventions proportionnelles à la part de ses activités académiques et de recherche qui auront lieu en français. Pour le reste, elle dépendra de son financement privé avec lequel elle aura toute discrétion d’agir. Même chose pour les institutions juives enseignant en anglais, même chose pour quiconque veut enseigner en tout autre langue.

Le moment de vérité c’est que, quoi que l’on ait appris, on ne pourra l’utiliser au Québec que si on a atteint aussi la maîtrise du français exigée pour le faire. Il importe peu que le médecin suive ses cours en anglais, mais ses cours en anglais seront payés par un financement privé… et il ne sera pas admis à la pratique de la médecine au Québec, s’il n’a pas une maîtrise du français du niveau exigé.

Avant tout, il faut qu’on apprenne en français. Quand l’individu passe au marché du travail, à quelque niveau qu’il le fasse, la connaissance minimale du français (Français # 1) qu’il a acquise au préscolaire doit lui permettre de recevoir et de rendre des services dans un pays où l’on vit en français. Rien d’autre que la connaissance minimale du français ne doit être requis pour vivre au Québec comme rentier, comme personne à charge, ou en n’y exécutant que des travaux qui n’exigent pas de contact avec le public consommateur. Pour coudre des boutons dans une usine, par exemple, le Français # 1 suffit.

On n’en exige pas plus du non-francophone qui est né au Québec, ni de l’immigrant, lequel, toutefois, ne pourra être formellement « reçu » que lorsqu’il aura passé l’examen faisant foi de cette connaissance du Français # 1. Il recevra – mais adaptée pour adulte – une formation qui lui permettra d’acquérir le même niveau minimal de français que celui qui sera enseigné au préscolaire. Pour vivre et travailler au Québec, on n’en demandera pas plus. De celui qui veut travailler en contact avec le public, toutefois, ou exercer une profession qui exige une formation universitaire, un pays où l’on veut vivre en français devra en exiger davantage… Nous en parlons dans le deuxième volet de cet article.

( à suivre)

Pierre JC Allard

189. Québec français (2)   08.05.20

Pour que la société québécoise vive en français, il faut exiger plus qu’une connaissance rudimentaire du français de ceux qui travaillent en contact avec le public. Si l’on est en contact avec le consommateur, de quelque façon que ce soit, il faut une bonne maîtrise du français. Suffisante pour expliquer, pour discuter… Un français, disons de niveau #2.

On a besoin du certificat de Français #2 si on travaille pour l’État, pour une administration locale, dans une boutique, dans un commerce de détail, un atelier de réparation ouvert au public, dans un restaurant ou un bar, si on exploite un taxi, si on est livreur, etc… Celui qui n’est pas en contact avec la population n’a pas l’obligation d’avoir le Français #2, mais tout employeur, sans y être tenu, peut aussi en faire une condition d’embauche, s’il juge que cette connaissance facilitera les communications entre ses employés. La communication, par exemple, entre le travailleur en cuisine qui pourrait se contenter du niveau #1 et le garçon en salle qui doit avoir le niveau #2.

Presque tout le monde aura le certificat de Français #2, puisque c’est celui qui correspond à l’examen de fin du Secondaire qui devrait marquer la fin de l’enseignement obligatoire et que celui qui s’y présente a suivi une bonne douzaine d’années de cours en français dans le système public. S’il a suivi un parcours en institutions privées et dans un autre langue, il a intérêt à obtenir ce certificat avant de se présenter sur le marché du travail, car il ne pourra être embauché dans aucun poste de travail qui l‘exige et la pénalité pour l’employeur qui passerait outre serait TRES dissuasive.

Il nous faut aussi un certificat de Français #3. C’est celui qu’on exigera pour l’admission à tout ordre professionnel. Pour enseigner, exercer une charge publique élective pour l’État ou une administration locale, être nommé à des fonctions de niveau direction dans une entreprise sollicitant des fonds du public… Ou pour exercer quelqu’autre fonction, à la discrétion de ceux qui en désignent les responsables et qui le jugeraient utile.

Le certificat faisant foi de la maîtrise du français de niveau # 3 est accordé suite à un examen de l’État auquel quiconque peut se présenter en tout temps et qui est une condition préalable à obtention d’un diplôme universitaire du système public, comme à l’admission a un ordre professionnel, dans les cas où le diplôme a été obtenu d’une institution non-francophone

Le Français #3 doit permettre de lire et de comprendre tout ce que l’individu raisonnablement cultivé devrait lire et comprendre, comme de tenir une conversation sur tout sujet qu’on connaît, sans que le faire en français constitue un obstacle significatif. Le locuteur de niveau #3 de fait pas que communiquer ; sans effort, par simple contagion, il enseigne un français correct à ceux avec qui il discute. Il est un propagateur du français.

Tous les documents de l’État ne sont publiés qu’en français. Il n’est pas interdit à qui que ce soit d’en faire une traduction en anglais ou en tout autre langue, mais seule la version française est officielle. Il y aura certainement de telles traduction des lois et règlements. Dans le système judiciaire, les débats seront en français. Il y aura des interprètes, avec possibilité de traduction simultanée pour le bénéfice de quiconque le souhaite, mais ces services seront aux frais des parties et les jugement seront rédigés en français.

De la même façon, il peut y avoir des interprètes dans le système de santé, mais aux frais des patients, sauf pour les immigrants en période d’apprentissage du Français #1. Il n’y a pas d’intérêt médical à tenir une conversation autrement qu’en français, quand le patient a déjà une connaissance du français de niveau #1 et que le professionnel en a déjà la maîtrise de niveau #3 !

Est-ce qu’on devrait toujours et partout travailler en français au Québec? Si le travail implique un contact avec le public, bien sûr. Sinon, de quoi je me mêle ? Si un patron, pakistanais d’origine, veut faire travailler des pakistanais d’origine et leur parler dans leur langue, il est vexatoire de vouloir l’en empêcher. Tous ces gens auront obligatoirement le Français #1, sans quoi ils ne seraient pas là. C’est suffisant. Laissons-les tranquilles. De même, il est malséant de s’intéresser à ce que parlent entre eux les enfants dans une cour d’école. Occupons-nous de leur donner des cours corrects et de leur enseigner le français. Ce qu’ils en feront dans leur vie privée est leur affaire.

Que fait-on de tous ceux parmi nous qui actuellement n’ont pas cette compétence que l’on va exiger ? On leur donne 1 an pour obtenir le certificat de niveau #1, deux ans pour obtenir celui de niveau #2 s’ils en ont besoin, trois ans pour celui de niveau #3, ce qui ne devrait pas taxer les capacités intellectuelles de ceux qui oeuvrent à ce palier. Après, s’ils n’ont pas obtenu les certificat requis, ils ne sont plus autorisés à remplir les fonctions qui imposent de les obtenir. Sont seuls exemptés de cette obligation, ceux qui sont déjà résidants du Québec et ont 60 ans révolus au moment de l’entrée en vigueur de la loi.

La formation linguistique sera gratuite aux trois (3) niveaux et on fera tout pour aider ceux qui veulent apprendre. On ne leur demandera que la bonne volonté. S’ils n’ont pas cette bonne volonté, ils ne sont pas les bienvenus.

Qu’est-ce qu’on fait pour l’affichage ? On veut que le Québec offre une image française. On maintient donc la priorité au français, comme on le fait déjà. Pour favoriser le tourisme et garder le cachet multiethnique, toutefois, on peut prévoir des quartiers « à intérêt folklorique », où les règles de la préséance du français sont inversées, pour autant que la population résidente du quartier en ait décidé ainsi par référendum aux deux-tiers des voix.

En ce cas, la version française est toujours présente, mais c’est elle qui occupe un moindre espace. Rien ne s’oppose alors à ce qu’on ait du cantonais avec du français dans un quartier, de l’italien et du français dans un autre, de l’anglais et du français dans un troisième… En ces cas, toutefois, une troisième langue ne sera pas admise.

Que fait-on si une municipalité du West-Island, par exemple, prétend avoir un «intérêt folklorique et veut afficher prioritairement en anglais? Si sa population l’y autorise, on la laisse faire. Si tous ses employés en contact avec le public ont bien le Français #2 dans leur musette et répondent bien en français quand on leur parle en français, si tous leurs documents sont publiés en français et que tout affichage a au moins le français en traduction sinon en priorité, il n’est pas utile d’exiger qu’ils en fassent plus.

Ce que je propose ici est bien dérangeant. On ne le fera donc sans doute pas. Pas tout de suite. Un jour, peut-être, quand on aura tout essayé, on en arrivera sans doute là S’il y a encore alors un Québec français…. Vous remarquez, sans doute, que je n’ai pas dit un mot des aspects légaux et constitutionnels… C’est que je crois que « le Sabbath a été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbath ». Laissons les avocats en discuter… mais pas trop longtemps.

Finalement, c’est une décision politique qui en décidera. Décision politique qui sera elle-même l’expression d’une volonté populaire. Le Québec a le droit d’être aussi français qu’il le veut. Si une décision populaire claire s’exprimait à ce sujet et que des obstacles étaient posés à sa réalisation, il faudrait revoir cette question d’indépendance qui prendrait alors tout à coup un sens bien plus concret. Mais je ne pense pas que ce serait nécessaire…

Pierre JC Allard

190 Dieu est nègre   08.06.19

Aux USA, l’élection d’Obama sera le test ultime pour l’expérience séculaire de fusion des ethnies, puis des races dans le grand chaudron de Mère Nature. Il était temps…

Grand temps qu’on y arrive, car les races déconsidérées n’ont guère atteint, jusqu’à présent, que la victoire sémantique de ne plus en être, remplacées par des « haplogroupes » regroupant des individus ayant en commun un ADN mitochondrial présentant des similitudes) ce qui n’est pas très consolant quand on vous traite de haut. Aux USA, nous l’avons dit, l’élection de Obama et son mandat seront un quitte ou double d’ou sortira gagnant le bon sens… ou un racisme encore plus militant.

L’impact d’une présidence d’Obama ne s’arrête pas aux frontières de l’Amérique, cependant. Il s’étend au monde entier et cet impact n’est pas conditionnel au succès d’une Présidence Obama. Il se produit et est irréversible dès que celui-ci est élu, qu’il fasse ou non des miracles et que l’Amérique ensuite l’idolâtre ou le brûle en effigie. Le geste significatif, c’est qu’il ait été choisi, qu’il puisse s’asseoir au Salon Ovale et que des Blancs accourent lorsqu’il les sonne.

Quand ils le font, ce sont des siècles d’arrogance de la supériorité présumée de la persona caucasienne qui sont anéantis. Quand Obama entre à la Maison Blanche, c’est la chanson de Leo Ferré qui ce jour–là se réalise : « Dieu est nègre »

C’est à la un’ des quotidien, Ca fait du tort aux diplomates… Ca fait du bruit dans l’monde entier À fair’ danser tous les cim’tières

Obama a le pouvoir. Il tient la foudre. Chaque Africain va se sentir parent du pouvoir. Evidemment, ce sera une illusion, car Obama ne sera parvenu là, justement, que parce qu’il n’est pas culturellement un Africain et n’est pas perçu comme tel. Mais pour l’Africain qui se voit noir et qui depuis longtemps ne voit que ce masque, le pouvoir d’Obama va faire la preuve que la « couleur » n’a plus d’importance.

Et elle n’en aura plus, car personne ne regardera plus jamais un homme noir de la même façon. … et les hommes noirs vont changer. Ils vont changer dans leur perception d’eux-mêmes et dans leur comportement collectif, car qu’ils ne trouveront plus « normal » que leurs dirigeants se conduisent comme ils se conduisent.

La couleur dépassée, l’Afrique va pouvoir s’attaquer au problème culturel qui est son vrai problème. Les Africains verront que leur propre président n’est ce qu’il est que parce qu’il ne se respecte pas et ne les respectent pas. Ils exigeront qu’il fasse au moins semblant d’ètre un Obama. Il exigeront la dignité.

Amstrong est r’cu chez l’Président. Il y’est allé sans sa trompett. Depuis deux jours qu’ils sont là d’dans. C’est plus du blues c’est la tempête… Dieu est nègre.

La corruption ne disparaîtra pas de l’Afrique p – pas plus qu’elle ne disparaîtra des USA – mais elle ne sera plus vue et acceptée comme une astuce, mais perçue pour ce qu’elle est : une vulgarité et une trahison de la confiance que des milliers de petites gens vous ont accordée.

L’inefficacité, la paresse, le népotisme ne seront plus la norme – puisqu’on est un Noir – mais des imperfections, que l’on n’a qu’à corriger, puisqu’on peut être un Noir comme Obama….

Et dans sa gorge y’a du plain-chant Comm’ dans les bars au moyen âge. Dieu est nègre.

Et la réaction ne se limitera pas à l’Afrique, ni même aux Noirs du monde entier, mais elle produira son effet sur tous les non-caucasiens, même ceux qui affichent un sentiment de supériorité, mais doivent bien constater que la civilisation occidentale est dominante depuis des siecles… et blanche. Un préjugé inconscient va s’effacer. Blanc va devenir une couleur comme les autres….

C’est bien ce que ne voulaient pas ceux du Kentucky et de la Virgine occidentale qu’Obama a pris la sage décision de même renoncer à courtiser durant les primaries. Ces gens – il y en a beaucoup aux USA, mais aussi dans le monde entier – sont rassurés de penser que même peu doués, ignorants, pauvres, ils ne sont jamais tout a fait en bas de l’échelle socioéconomique, puisque, « blancs », ils sont de droit divin supérieurs aux « autres ».

Ces complaisants paresseux, qui n’ont jamais la volonté ferme de devenir plus et mieux, ont été depuis longtemps un boulet spécifique aux société occidentales. En concurrence directe avec ceux d’ailleurs qui viennent y chercher refuge, ils constituent un terrain fertile pour le racisme et la xénophobie. C’est la même faune qui traînait en peu partout au temps « béni » des colonies et qui, d’ailleurs, ne s’est pas encore totalement recroquevillée sur l’Occident.

Le rapport entre ces « Petits Blancs » – qu’on apelle white trash aux USA – et les autres est totalement transformé, quand la dure réalité s’impose qu’ils n’ont plus de contact privilégie en Haut Lieu. Ils résisteront, bien sûr, mais pour beaucoup d’entre eux la rédemption sera possible et ils feront de nouveaux une effort sincère pour travailler, produire, améliorer leur sort.

Si Obama est élu, tous les « haplogroupes » se retrouveront égaux. On comprendra aux USA qu’il n’est pas nécessaire d’être Noir ou Latino pour occuper les emplois qui sont disponibles on comprendra en France qu’il n’est pas nécessaire d’être malien pour être éboueur. Tout ira mieux quand tout le monde aura compris que Dieu peut être nègre et que blanc est une couleur comme les autres.

Pierre JC Allard

191. Le quitte ou double d’Oncle Tom   08.08.28

45 ans après le fameux discours de Martin Luther King, rêvant tout haut que les Noirs en Amérique  seraient comme des Blancs, le rêve a pris forme, ce jeudi 28 aout 2008, dans un stade de Denver, Colorado, devant 80 000 personnes dont un quart d’Afro-américains occupant bien leur place.  En choisissant Barack Obama comme leur candidat à la présidence, les Démocrates ont annoncé que ceux des Noirs qui avaient  fait le pari de faire confiance aux Blancs  – Les “Oncle Tom” – avaient eu raison contre Malcolm X  et que l’égalité était arrivée aux USA.

C’est l’égalité par la grande porte qui est arrivée pour les Noirs d’Amérique, avec en prime un droit de regard sur le choix du maître du monde qui  trône à Washington et qui sera celui qu’ils voudront.  Celui qu’ils voudront, parce qu’en votant comme un bloc – 91% ! – pour  l’un des leurs, ils rendent bien probable sa victoire sur l’autre prétendant, vieillard au demeurant assez désagréable, mais dont le clivage partisan aux USA aurait pu faire malgré tout un gagnant.

91%. Les Noirs d’Amérique vont voter comme un seul homme. The Man – le Blanc, dans le slang des ghettos urbains, où il n’est plus présent que comme une petite touche pour faire contraste – va au contraire continuer son appui coutumier, tel aux Démocrates, tel aux Républicains, obéissant à ses tropismes acquis pour réagir à la seule lumière à laquelle l’auront rendu sensible les médias qu’il fréquente.

Les Blancs d’Amérique se partageront entre les deux partis, à parts égales ou presque, comme ils ont accoutumé de le faire. Comme on a voulu qu’ils le fassent, afin qu’un minimum d’effort soit requis pour faire pencher  la charge  de-ci de-là et guider la bicyclette  sociale sans sembler tenir le guidon.   Les Blancs américains devraient se scinder en deux, car ils n’ont pas la solidarité des espèces menacées.    C’est le vote des Noirs qui fera la différence. Oncle Tom aura la balance du pouvoir,

Faut-il se plaindre, si c’est ce vote noir massif qui va devenir la clef du changement ?  La clef pour qu’on mette fin a un impérialisme et un individualisme forcené qui détruisent l’Amérique, avec des mercenaires en Irak et des tireurs fous sur les campus ?

Faudrait-il s’en plaindre, même si l’hypothèse était évoquée d’un angélique complot qui aurait prévu de longue date faire  de ces élections un choix clair de western entre le Bien et le Mal, pour qu’associant le Noir et le Bien on en finisse avec le racisme et que l’Amérique puisse affronter unie les défis d’un monde où sa prépondérance s’achève ?

S’en plaindre, certes pas, mais s’en inquiéter, peut-être. Il n’y aurait rien que de bien favorable à ce qu’une majorité d’Américains préfèrent ce qu’offre Obama à ce qu’offre McCain, sans égard  à la couleur de sa peau, mais est-ce bien çà que l’on est à vivre ?

Considérant l’état de la société et de l’économie américaine, il est troublant qu’une majorité de ceux aux USA qui n’appartiennent PAS à la communauté noire, favorisent aujourd’hui le Parti Républicain, porteur de guerre, de pauvreté, de turpitude morale et de mensonges si énormes qu’on voit presque tiquer ceux qui les profèrent.   Est-on vraiment en train d’exorciser le racisme, ou n’est-on pas à l’instrumentaliser pour la bonne cause… et vice-versa ?

La victoire annoncée d’Obama, qui doit marquer l’accession des Américains à une société sans préjugés, est présentée comme le triomphe du melting pot qui devait les rendre tous semblables, mais n’est-elle pas plutôt, paradoxalement, celui d’un communautarisme  qui s’installe  à demeure et qu’il n’est pas  politiquement correct de contester, ni même d’évoquer, puisque le résultat est celui dont on a rêvé ?

Jusqu’où la fin justifie-t-elle les moyens ?  À partir de quelle dose le soma qui fait rêver risque-t-il d’induire un cauchemar ?  Si on en croit les sondages, Obama, s’il est élu en novembre, le sera vraisemblablement malgré un soutien majoritaire à son adversaire de la population blanche. Une  population  blanche  dont les prévisions démographiques nous informent que, dans une génération, elle sera devenue  une minorité.

Le risque est bien réel que les prochaines élections et leurs séquelles transforment déjà par anticipation  cette population blanche déclinante en une « communauté », se distinguant des autres communautés, perçues toutes ensemble comme « les autres ».  Si cette identification communautaire  a lieu avant novembre, le vote des Blancs ne se scindera plus en deux ; elle signifiera une victoire de McCain. Les Noirs américains le prendront mal, mais on trouvera bien prétexte à l’expliquer autrement. Si elle a lieu après, toutefois, ce sera plus grave…

La situation dont héritera le futur président des USA sera critique, quasi désespérée.   La société américaine est tarée, non seulement par des inégalités sociales, mais par des inégalités économiques qui ont atteint le point de rupture.  Son économie de production et ses finances reposent sur  des concepts battus en brèche. La puissance militaire de l’Amérique, incontestable, est néanmoins si mal adaptée aux exigences des conflits modernes qu’elle pourrait tout aussi bien ne pas exister.

Pire, l’Amérique est vue comme responsable de la crise financière mondiale qui menace et – on le voit sur tous les blogues – d’une résurgence possible de l’impérialisme russe dans un contexte de guerre froide.   On l’accuse de tous les péchés d’Israel et on regarde, goguenard, la Chine qui la rejoint et la dépasse sur tous les plans. Le prestige des USA est à son nadir. On n’aime plus l’Amérique.

Si Obama renverse cette situation à l’avantage de l’Amérique, il prendra sa place avec Washington et Lincoln.  Les dieux n’ont pas de couleur – l’Inde védique les peignait en bleu ! – et  qui veut se souvenir  de la couleur bistre imprécise de Dumas ou de Pouchkine ?  S’il n’y parvient pas, toutefois,  il se pourrait bien que le communautarisme blanc naissant aux USA cherche à grandir et à tirer ses lettres de roture d’une opposition  à Obama, présenté  alors soudain comme la source de tous les maux.

Si Obama ne fait pas de miracles, le risque est grand  qu’une opposition irréfléchie, inconditionnelle se manifeste.  Le risque d’un  rejet viscéral d’Obama et d’un profond mépris pour ses « échecs”  et  sa «différence ».   Un racisme intolérant, voire haineux,  pourrait alors apparaître aux USA.   C’est ce pari quitte ou double contre le racisme que signifie la candidature d’Obama.   Apprécions en la promesse, mais n”en mésestimons par les dangers.

Pierre JC Allard

192 Un Dream Team pour Obama   08.09.08

Parfois, quand menace une rupture définitive avec un vieux conjoint, on tente un dernier appel qui est une lettre d’amour et aussi un ultimatum.  Je pense que c’est ce cri du cœur que voudraient aujourd’hui lancer à l’Amérique ceux qui l’ont bien connue.

Quand on a toujours désiré la liberté, et qu’on on a aimé l’Amérique au point d’y vivre, on regrette qu’elle mène une si mauvaise vie… .  Torture, invasions, corruption, injustice… elle est allée bien loin dans le vice ;  on souhaiterait qu’elle se refasse une vertu. On voudrait, surtout, qu’elle se ressaisisse avant d’aller poser ses pénates chez le vieux beau McCain et sa gourgandine de la foi aveugle.   Trop loin dans la bêtise, c’est comme le vice, on ne s’en sort plus et, hélas, céder à celle-la ne nous sauve pas de celui-ci.

Qui sauvera l’Amérique de la  bêtise et la sortira de son petit train-train de criminelle de guerre d’habitude ?  Une grande passion pour Obama ?  L’assuétude au mal est bien forte… On a parlé d’un Dream Team Clinton-Obama, puis Obama-Clinton, mais ce qu’il  faudrait à l’Amérique, c’est d’être prise en main  et  suivie par une équipe forte… Ça, et la promesse d’une nouvelle vie.

Pour séduire l’Amérique, les Démocrates doivent lui offrir  un Dream Team collégial, une équipe de rêve qui ne laisse personne douter que la volonté et la compétence ne soient là, en consensus, pour gommer les erreurs du brouillon qu’est toujours le passé et lui écrire au propre un nouveau plan de son avenir

Huit (8) personnes crédibles suffiraient, avec chacune sa mission et son objectif, mais travaillant pour un but commun : rebâtir une Amérique qu’on puisse aimer et en laquelle on puisse croire.

1. Barack Obama : Président… et  Secrétaire aux affaire internationales . Laissant la cuisine administrative, les jeux de coulisses partisans, la distributions des prébendes  et l’inauguration des fêtes foraines  à son vice président,  il se consacre a son véritable  rôle qui est d’être l’image sur la page couverture du magazine Amérique.  Il assume personnellement la tâche prométhéenne de rebâtir la crédibilité des USA dans le monde.   Il devrait voyager partout  et apporter un message d’espoir et de fraternité. Bill Clinton et Edward Kennedy pourraient l’accompagner. Une tournée Bono aussi…

Si, dans 4 ans, une majorité des gens partout sur cette planète ne considèrent plus l’Amérique comme la première menace a la paix dans le monde, il aura fait son travail.    Si encore 4 ans et que ces gens  respectent et AIMENT les USA, Barack Obama  aura été un grand président.

2. Joe Biden :  Vice-Président et Secrétaire à l’administration.  Sa mission : gérer l’intendance. Voir à ce que le pays fonctionne au quotidien, pendant que ses collègues préparent demain.

3. Hillary Rodham Clinton : Secrétaire à la santé, l’éducation et le bien être(H.E.W). Sa mission : la santé gratuite, l’éducation gratuite et un revenu garanti pour tous les Américains.  Amener  donc les USA au niveau d’un pays civilisé, comme le Canada ou la France.

4. Al Gore : Secrétaire à l’environnement et aux ressources naturelle.  Sa mission : l’indépendance énergétique pour les USA,  la fin de la pollution ,  l’abandon des énergies fossile, la recherche et le passage complet aux énergies vertes. Accessoirement, dans ses temps libres, sauver la planète de l’effet de serre et du réchauffement climatique en convainquant les autres nations d’en faire autant.

5. Michael Bloomberg :  Secrétaire à l’économie, aux finances et au revenu. Sa mission :  reprendre le contrôle de la FRB, de la monnaie et du crédit.  Assainir les marchés financiers, relancer l’économie et ramener en Amérique une capacité de production industrielle  suffisante.

6. Willliam Fallon :  Secrétaire à la sécurité,  la  defense et les renseignements.  Sa mission : assurer l’ordre  et la sécurité du pays, tout en mettant fin à toutes les guerres des USA et à leur infiltration agressive et provocatrice du monde entier.  L’homme respectable qui sait sa battre , mais a été limogé par Bush pour avoir  dénoncé les mensonges et les intrigues des USA au Moyen orient, pourrait apporter la paix.

7. John Edwards :  Secrétaire à la Justice et aux institutions. Sa mission : remettre en place l’État de droit et redonner confiance au peuple en ses institutions.  Éliminer le Patriot Act et autres mesures fascistes.  Rétablir une vraie démocratie.  Promouvoir une presse libre. Sévir contre la corruption.  Remettre à jour les lois et la institutions pour qu’elles correspondent à notre siècle et aux besoins d’aujourd’hui.  ( Pardonner a Edwards ses incartades passerait  incidemment la message que l’Amérique  est sortie de l’adolescence boutonneuse et est devenue un société adulte)

8. Bill Richardson : Secrétaire à l’identités nationale et aux relations communautaires.  Sa mission :  Souder les USA en un tout cohérent.  Les USA sont devenus subrepticement un pays fragmenté. Il faut définir une politique d’immigration et d’appartenance indestructible, commune, comme celle des USA du XIX ème siecle.  Cette fois, il faut le faire  en donnant toute leur place aux Noirs et aux Latinos et autres, car dans une génération les Caucasiens seront une minorité aux USA.

Ensemble, ils peuvent VRAIMENT changer le monde.  Idéalement, ce gouvernement serait vraiment collégial;  les membres en seraient élus en bloc, comme un équipe, et les décisions y seraient prises a la majorité.  Ce raffinement, cependant n’est pas essentiel.  Juste créer l’équipe  serait un pas historique et en annoncer la création garantirait l’élection d’Obama.

Lea Américains seraient plus heureux et le monde entier respirerait mieux si ce rêve se réalisait…

Pierre JC Allard

193. Une crise de confiance   08.10.28

D’où vient la crise financière que nous sommes à vivre ? Ceux qui veulent en connaître les causes profondes doivent remonter loin en arrière.  On peut se contenter, toutefois, de voir la dernière scène du dernier acte. Le rideau se lève sur les économistes de Reagan, mettant fin aux politiques keynésiennes et de redistribution de la richesse qui avaient permis ces trois décennies de prospérité qu’on a appelées les Trente Glorieuses.

Pour protéger les avoirs des capitalistes, on a appliqué les freins, au début des années “80, cessant la redistribution qui avait créé l’Âge d’Or. Bien sûr, la bicyclette a cessé de rouler. On a stoppé net la croissance en termes réels du pouvoir d’achat; ­ le revenu moyen en dollars constants, aux USA n’augmenterait plus pendant 25 ans ! – alors même que les progrès de la technologie permettaient de produire plus et EXIGEAIENT plus que jamais que l’on consomme davantage.

La contrainte technique inhérente au capitalisme industriel – cette relation de dépendance envers le consommateur et la demande effective – ne cessant pas pour autant d’exister, l’enrichissement réel du capitaliste s’en est trouvé lui aussi stoppé net. Plutôt que de reconnaître son erreur et de reprendre la redistribution en augmentant la valeur du travail, enrichissant d’abord les travailleurs, puis éventuellement les capitalistes eux-mêmes, le Système a choisi la solution périlleuse de contenter tout le monde. En trois (3) mouvements.

Le Système a d abord mis les riches à l’abri de tout nouvel effet de redistribution, en réduisant les impôts qui leur avaient été imposés et en rétablissant un taux d’intérêt assez supérieur à l’inflation pour que, toute fiscalité prise en compte, un riche puisse encore devenir plus riche en ne faisant rien et sans courir aucun risque, par simple accumulation des intérêts sur un capital oisif.

Ensuite, pour se concilier la strate supérieure de la classe moyenne, celle qui contrôle de fait le processus démocratique qui sert de faire valoir au Système et est essentiellement composée de propriétaires, on a aussi tenu ceux-ci indemnes de toute contribution au processus de redistribution, leur faisant réaliser, par l’inflation, un gain en capital sur leur propriété supérieur à ce qu’ils contribuaient en impôts.

Qui allait subventionner la consommation les laissés pour compte, toujours nécessaire au fonctionnement de l’économie, si ni les capitalistes, ni les propriétaires n’y contribuaient? La seule cible restait la strate inférieure de la classe moyenne, ceux qui payaient des impôts à la source et qui, n’étant pas propriétaires, ne bénéficiaient pas de l’inflation.

Il était manifestement impossible, cependant, sans les paupériser eux-mêmes, de soutirer des seuls travailleurs/locataires le coût de la subsistance des pauvres et de l’enrichissement constant des nantis. Il fallait donner aux pauvres le pouvoir d’achat qu’il fallait et permettre aux propriétaires de tirer leur épingle du jeu, tout en laissant les riches engranger des intérêts, mais sans faire basculer une majorité des travailleurs dans la pauvreté.

Le Système a choisi la solution de la fuite en avant : il à simplement créé l’argent qui lui manquait. Il l’a fait en maintenant les intérêts élevés, alors que la surabondance de capitaux aurait du mener à des taux bas ou même négatifs. Au Canada, par exemple, des obligations de l’État portant 19 % d’intérêt ont pu débuter en 1982 leur généreuse carrière et la poursuivre entre les mains de ceux qui les avaient acquises, pendant que les politiques de l’État ramenaient à 2 % l’inflation de 14 % qui avait justifié leur émission.

Pendant 25 ans, le niveau de vie en dollars constants des classes moyenne aux USA n’augmenterait pas d’un iota – et celui des plus défavorisés diminuerait, même ! – pendant que l’indice Dow-Jones passerait de 800 à 13 000, multipliant par 17 la valeur des stocks. C’était un ajout au patrimoine des nantis d’une valeur monétaire supérieure à celle de tout le patrimoine de la France ! Mais que valait RÉELLEMENT cet ajout ?

Les actions d’une compagnie confèrent un droit au partage des profits à tirer de la vente de ce que celle-ci produit. Mais si la population n’a augmenté que modestement et son revenu par tête encore moins, l’espérance des profits à retirer des biens et services qu’on peut vendre au consommateur est-elle si supérieure à ce qu’elle était au début de la période ? On créait en bourse une valeur fictive colossale qui ne représentait aucune réalité et qui, comme un arc-en-ciel n’existait que dans la mesure où l’on n’étendait pas la main pour y toucher. Une chimère qui n’existerait qu’aussi longtemps qu’on feindrait d’y croire.

Pour régler ses fins de mois, le système allait créer une richesse virtuelle illimitée, répartie uniquement entre ceux dont l’aisance assurait que cette richesse ne trouverait pas sa voie vers la consommation de biens et services, mais demeurerait totalement investie. En distribuant uniquement cette richesse virtuelle aux riches, on pouvait satisfaire l’ambition de ces derniers dont le pourcentage de la richesse reviendrait au niveau de naguère, mais sans risque d’inflation, puisque cet argent ne serait jamais utilisé pour la consommation, mais uniquement comme un outil de pouvoir.

Le problème, c’est qu’en l’absence d’une inflation qui, même désagréable, aurait au moins maintenu un rapport entre la réalité et son symbole, on a permis qu’il ne subsiste plus aucune commune mesure entre les biens réels et la masse monétaire qui prétend les représenter. Le Système a fait plaisir à tout le monde en distribuant largement de l’argent qui ne correspond à aucune valeur réelle. On a plongé dans l’imaginaire. Au lieu de récompenser ses enfants doués en leur donnant plus de friandises, le Système ne leur a plus offert que des images.

La monnaie est un symbole qui n’a que la valeur qu’on veut bien lui donner. Une illusion primaire sur laquelle on en bâtit de plus subtiles. Plus loin que la monnaie, en effet, dans l’hyperespace financier, il y a les chèques, billets, bons et obligations qui ne sont que la promesse d’un paiement en monnaie. Prenez encore plus de distance avec le réel et, par-delà la valeur des obligations, pensez à la valeur fluctuante d’une action cotée en bourse et qui confère le droit à une part d’un profit problématique sur d’hypothétiques transactions, un profit payable lui aussi en monnaie, bien sûr.

Allez encore plus loin et concevez maintenant un “produit dérivé”, une valeur qui se construit autour des fluctuations de la valeur de ces actions et de la monnaie elle-même. Vous voyez encore la réalité dans le lointain? Si vous voyez encore la réalité et qu’elle vous dérange, faites un autre grand saut dans l’hyperespace. Puisque le crédit est là qui ne demande qu’à grandir, créez d’un acte de volonté audacieux le concept d’une “ligne de crédit” – un droit de dépenser – qui reposera sur la garantie de vos “produits dérivés”… Ensuite, faites confiance aux copains et confiez le pouvoir d’animer ces lignes de crédit à des banques qui inscriront à leur livres, comme un actif, les sommes que vous reconnaissez leur devoir quand vous utilisez ces lignes de crédit.

Ces actifs permettront des activitéS “hors-bilan”, d’où résultera un accroissement constant de la valeurs monétaire des titres boursiers qui serviront d’aval au crédit. Ne vous tracassez pas de ce qui est aux livres sans être au bilan : ce sont de simples singularités de l’imaginaire, des trous noirs qui absorbent de l’énergie et du travail, mais dont il ne ressort rien. Ne vous tracassez surtout pas, car votre pauvre coeur en prendrait un coup en voyant que ces activités hors-bilan représentent désormais 85 % des activités bancaires.

L’imaginaire est insondable et les possibilités de jeu dans l’hyperespace financier sont infinies. La valeur monétaire de tout ce qu’il y a sur cette planète est estimée à USD$ 145 trillions. Chaque jour, il se fait USD$ 3 trillions de transactions. Pensez que tous les biens meubles et immeubles sur cette terre sont échangés, vendus, achetés à chaque 7 semaines, puis encore, et encore…. Ils ne le sont pas, bien sûr, mais pour chaque pseudo transaction, un agio est payé à qui contrôle cet argent.

On a attribué à cette richesse monétaire, coupée de tout lien efficace avec le réel, une valeur nominale qui équivaut à 10 ou 100 fois – on ne sait plus très bien – celle des biens dont on prétend qu’elle est le symbole. À l’actif d’individus et de corporations sont inscrits des dizaines de trillions de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur.

La plupart de ces trillions de dollars sont en Bourse, aux confins de l’hyperespace, constituant une valeur totalement évanescente qu’il suffirait d’une crise de confiance pour faire disparaître.

Confronté a une crise de confiance, le système n’a d’autres remèdes que de distribuer encore des images – 700 milliards d’images, cette semaine – et de mentir. L’avenir est bien incertain…

Pierre JC Allard

194. La crise dans le miroir   08.10.29

On a créée aux USA des dizaines de trillions (milliers de milliards) de dollars, qui ne pourraient être mis en circulation sans que l’on ne se rende compte qu’ils ne représentent aucune valeur. Je disais la semaine dernière que cette pseudo richesse constituait une valeur totalement évanescente et qu’il suffirait d’une crise de confiance pour la faire disparaître….  L’avenir me paraissait bien incertain.  Où en sommes nous 7 jours plus tard ?

De la même façon que Lamartine pouvait dire que les 5 années suivant 1789 avaient été 5 siècles pour la France, on pourrait dire, aujourd’hui, que cette dernière semaine a été sept décennies  pour l’Amérique.  L’ordre financier établi à Bretton Woods en 1944 – ordre parfois retouché, mais jamais vraiment remis en question – est à mourir sous nos yeux.  Or, c’est la cadre dans lequel le monde évolue.

Que ce système meure n’est pas une surprise.  Il portait ses contradictions et ne pouvait durer toujours. Il nous a donné  64 ans de paix, ce n’est pas rien; c’est comment il mourra qui importe.

Pourquoi notre système ne pouvait-il pas durer ? Parce que, pour faire fonctionner une économie industrielle, il fallait créer une consommation de masse qui corresponde a une production de masse et maintenir la demande effective.  Il fallait donc donner aux consommateurs – essentiellement les travailleurs –  la valeur réelle de ce TOUT ce qu’ils produisaient, sans quoi  une partie de la production ne se vendrait pas et les producteurs seraient ruinés.

Il fallait aussi, cependant, que les investisseurs s’enrichissent, sans quoi le jeu serait sans intérêt.  Comment tout donner aux uns en gardant une part pour les autres ? En créant une richesse monétaire supérieure a la richesse réelle qu’elle prétendait représenter.  N’était-ce pas la recette pour une insupportable Inflation ?  Pas vraiment, dans la mesure où l’excédent irait vers les « riches », ceux dont le besoins sont satisfaits et dont la consommation n’augmente donc plus quand leur richesse augmente.

Les riches consomment peu.  Relativement  peu.  Les Ferrraris, les Paradis et les Cohibas ne sont qu’un frisson sur la courbe de consommation.  Les riches épargnent et investissent, mais ils ne consomment pas plus quand ils s’enrichissent. Pas  de consommation, pas de demande supplémentaire et pas de pression  inflationniste.  On peut créer donc tout l’argent  qu’on veut… s’il reste aux mains des riches.  Si cet argent ne va pas vers la consommation, ce n’est que du papier… et ça leur fait tellement plaisir !   Ça les motive, ça énergise, ça fait une économie qui se développe…

Tout se passe comme s’il y avait deux (2) richesses distinctes….Une pour les riches et une pour les autres. Alors pourquoi se gêner ? On équilibre le revenu rendu disponible aux consommateurs pour qu’il permette d’acquérir la production…  et on crée une richesse distincte pour les  riches, avec laquelle ils s’amusent.  Parfait. Mais on savait bien que cet écart croissant entre illusion et réalité ne pouvait qu’atteindre un seuil qui ne pourrait être dépasssé.  On achetait un temps de bonheur et de paix.

Peu a peu, avec la valse des trillions créés, le jeu est devenu si passionnant que la réalité de la production est devenue sans intérêt.  Les trillions ont été crées et échangés sans qu’on produise pour les vrais besoins, de sorte que le niveau de vie réel de la population  a cessé d’augmenter depuis une génération, tandis que les progrès de la technologie suggéraient qu’il aurait dû doubler. On a créé des trillions, mais au lieu de produire plus on s’est contenté de spéculer davantage. Tout s’est passé  dans le  miroir monétaire. Miroir en latin se dit « speculum ».

Les montants on perdu toute signification.  La Bourse, nous l’avons vu, a multiplié par 17 en quelques années la valeur des stocks, sans que rien dans le monde réel ne le justifie… La réalité est devenue un appendice si insignifiant de la spéculation des riches qu’on en a oublié qu’elle existait.  Si, dans une construction financière pyramidale qui sur papier valait dix millions, on mettait quelque part un petit domino appelé  « maison »  qui valait cent mille dollars,  ce petit domino ne recevait, de ceux en haut de la pyramide, que l’attention que méritait 1% de l’édifice.  Il pouvait glisser dans la marge d’estimation…

On a pu oublier que ce petit domino était la seule réalité dans un vaste montage de papiers et de notations virtuelles.  Le seul élément  qui concernait un vrai consommateur. La seule chose bien tangible, qu’on ne pouvait pas dupliquer d’un clic ou déplacer d’un écran à un autre.

Quand les circonstances ont mis  en péril la propriété des maisons elles-mêmes, on a donc continué d’agir comme si c’étaient les montages financiers auxquels ces maison servaient de caution qui étaient importants. Comment un financier pourrait-il voir les choses autrement, alors que le montage financier dams ses livres vaut 100 fois le prix de cette maison… ?  Mais la maison est RÉELLE… alors que les montages du financier sont des jeux, dans un univers onirique et avec de l’argent qui ne vaut rien.

L’écart entre réalité et illusion a atteint sa limite.  Il y a donc une prise de conscience à faire.  Le gouvernement des USA va-t-il  intervenir et sauver les propriétaires de maisons en leur prêtant l’argent nécessaire pour qu’ils en gardent la propriété… ou va-t-il voler au secours des institution financières et de leurs problèmes virtuels, avec le résultat pratique que celles-ci vont se retrouver propriétaires  d’un stock de maisons qu’elles devront écouler à rabais, faisant s’effondrer le marché immobilier et mettant en difficultés financières sérieuses TOUTE la classe moyenne des USA ?

Pour bien comprendre le ridicule des grincements de dents des institutions financières, il faut se souvenir que  les 700 milliards de dollars que demande Paulson – et les centaines de milliards qu’a déjà coûtés  la reprise de Fannie et Freddie ! – ne représentent qu’une fraction des 3 trillions de dollars de transaction monétaires qui ont lieu chaque jour dans le monde. Cet argent n’existe que dans le miroir. C’est un argent illusoire, comme on en imprime sans compter tous les jours…  Alors que les maisons sont réelles.

Si, obnubilé par ses propres mensonges, le capitalisme sacrifie la réalité  pour l’apparence.  Il va plonger le monde dans une crise qu’il n’aurait pourtant qu’un geste à faire pour éviter.    Inconcevable, qu’il ne fasse pas cette prise de conscience ?…  Mais « les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre »…  Dans quelques jours on saura.

Pierre JC Allard

195 Schadenfreude   08.10.30

Il n’y a pas de plus grand plaisir que de pouvoir faire ce que les autres ne peuvent pas faire. Pouvoir le faire, pas parce qu’on l’a mérité – ce serait normal et donc un tantinet vulgaire – mais simplement parce qu’on est soi, qu’on est ce qu’on est, qu’on est supérieur et voilà tout. Comme Dieu, quoi…

Pas de plus grand plaisir que cette littérale apothéose, mais il y en a un autre qui s’en approche… C’est le plaisir sado qu’on éprouve en voyant se casser la gueule des mecs arrogants qui se le sont bien attirés en faisant des choses qu’on ne se serait pas permis. Des choses qu’ils ont cru, eux, qu’ils pouvaient se permettre, parce qu’ils étaient comme des dieux. Parce qu’ils étaient eux, n’est-ce pas… C’est le plaisir pervers qui fait chanter aux exécutions publiques. Ça ira, Ça ira…

Il y a un nom pour ce plaisir : schadenfreude. Pourquoi un nom allemand ? Allez savoir… On donnait des noms grecs à nos maladies et à nos angoisses, avant que des types comme Derrida ou Lacan fassent la preuve qu’on pouvait être incompréhensibles avec des mots simples, juste en prêtant aux mots un sens qui resterait un secret d’initiés. Ne tombons pas dans cette trivialité. Disons audacieusement : schadenfreude.

Il y en a combien aujourd’hui qui, sans le dire, s’amusent comme des fous à voir s’effondrer le château de cartes du capitalisme ? Autant qu’il y en a à n’avoir rien à perdre… Ils devaient être plus nombreux qu’on ne le croyait, car la schadenfreunde est palpable, dans le métro et les cafés. Ou serait-ce que beaucoup n’ont pas encore tout à fait compris ? Compris que ce métro et ces cafés et eux-mêmes sont dans la trajectoire des débris…

Avant de rigoler des mésaventures des riches, il faudrait s’assurer d’abord que ce sont eux qui vont boire la tasse… et non pas nous. Paulson et un quarteron de législateurs aux Etats-Unis en sont à concocter un plan qui sauvera le système capitaliste… en faisant simplement absorber par le monde ordinaire 700 milliards des dettes des institutions financières et la reprise de Fannie et Freddie, quand elle aura produit ses effets, leur en aura coûté encore plus ! Ajoutez AIG et quelques babioles, on en aura pour un trillion (1 000 000 000 000). Peut-être deux. De l’argent qui va passer des rieurs vers les « victimes ».

Et alors ? Il y a bien longtemps qu’il y a deux richesses qui ne se mêlent pas, dont une qui n’est que du papier que les riches s’échangent, pourquoi s’en inquiéter ?… C’est que, cette fois, quelques-uns des crétins qui se prennent pour Dieu ont permis qu’elles se mêlent… Au lieu de garantir des rêves par d’autres rêves, on est allé coller des trillions de « richesses pour spéculer » sur des pans de réalité. Un peu de tout, mais surtout des maisons… Derrière les transactions de papier commercial, il y a donc maintenant de vraies propriétés qui sont en jeu. On est à ruiner le monde ordinaire.

On a mis la richesse réelle du monde ordinaire au clou pour garantir les spéculations des financiers. Il y a eu des bavures et maintenant on demande à l’État d’intervenir. En principe, pas de problème, l’État imprime tout le papier qu’il veut. La où ça se gâte, c’est que les financiers ne veulent pas cette fois que l’on imprime ce papier. Les financiers ne veulent pas d’une inflation qui leur ferait porter une partie du poids des erreurs qu’ils ont commises.

Alors on voudrait que ce soit le peuple qui trinque. Chantage simple des banquiers : nous tenons l’économie en otage ; vous nous donnez 700 milliards et nous la relâcherons. En attendant, nous abattrons une victime par jour. Lehman, Washington Mutual, Wachovia… Vous pensiez qu’ils étaient nos amis ? Le capitalisme n’a pas d’amis. Alors si vous croyez que vos fonds de pension et vos emplois nous inquiètent…

Medaille d’or du cynisme, on peut compter sur les médias pour présenter cette opération de brigandage comme une œuvre pie. A un poll récent de Lou Dobbs sur CNN, 91 % des Américains ont dit qu’ils ne voulaient pas payer la rançon. « Not now, not this time… » – comme dirait Obama –, mais on ne lui passera bientôt  plus le micro. La presse est monolithique pour demander au peuple de prier pour que le Congrès accepte de payer la rançon.

Plus un mot sur cette opposition du peuple américain. On corrompt les congressmen un à un et, quand on aura une majorité, on procédera aux échanges : on donne 700 milliards aux banquiers, les banquiers relâchent l’économie qu’ils tiennent en otage. On demandera ensuite au peuple américain de se réjouir que ceux qui l’ont exploité « acceptent » ce tribut supplémentaire. Allez, remerciez Dieu dans les chaumières…

S’il y avait une démocratie aux Etats-Unis, on ferait la volonté du peuple. On mettrait sous tutelles les institutions financières, on nationaliserait celles qui sont en déconfiture et on pendrait – figurativement – quelques banquiers-amiraux pour encourager les autres.

On ramènerait les taux d’intérêt des propriétaires aux taux initiaux qu’on leur avait consentis, on leur prêterait l’argent nécessaire pour qu’ils puissent rencontrer leurs échéances et on indemniserait les tiers détenteurs de bonne foi des créances boursouflées à tous les paliers avec l’or qu’on prendrait dans la bourse des amiraux, avant d’ouvrir la trappe…

On verra bientôt ce que fera le gouvernement des Etats-Unis. Après, on s’adaptera au monde qui sera là et dont on ne sait aujourd’hui la forme qu’il prendra. Ensuite, seulement, on rira bien… Ensuite, la schadenfreude… si c’est le peuple qui rit le dernier.

Pierre JC Allard

196. Après la crise…   08.10.31

La plupart des gens, ce matin, vont se lever et vaquer à leurs occupations tout comme la semaine ou le mois dernier. On n’a pas encore vraiment pris conscience des conséquences de la crise financière qui vient de se produire. Nous sommes comme la victime d’un accident, encore sous le choc, qui ne ressent pas encore la douleur et regarde son bras sectionné avec incrédulité.

Il faut arrêter l’hémorragie et on va lui poser un garrot. Il est essentiel, bien sûr, de faire tout de suite ce qu’il faut faire. Il faut nationaliser les institutions financières, rembourser la dette publique pour créer un afflux de liquidités, remettre sous contrôle de l’État et donc des citoyens le pouvoir de battre monnaie, car tout cet argent qu’on a connu et qui est là n’a plus aucune valeur ; la confiance est devenue le seul étalon.

On connaîtra une intervention de l’État à laquelle notre société capitaliste ne nous a pas habitués. On devra accepter des contrôles inusités sur l’économie, une mise en veilleuse, peut-être, de certaines libertés que nous tenons pour acquises. Il y aura un mauvais moment à passer. Il faudra parler bien davantage de cette crise et des façons d’en sortir. Nous le ferons, mais nous ne le ferons pas ici en 1 000 mots.

Aujourd’hui, avant d’entreprendre courageusement le traitement, prenons juste une minute pour comprendre d’abord que la crise était inévitable. Elle était inscrite dans les gènes de notre société qui avait atteint l’abondance, mais où s’étaient développés des malformations structurelles et des dysfonctionnements dont les signes les plus apparents étaient la misère et la violence. Une injustice omniprésente.

Nous avions développé une société d’abondance, bâtie sur la complexité et donc la complémentarité, sans vouloir comprendre que cette complémentarité allait de paire avec un interdépendance croissante et que la solidarité comme la liberté devenaient donc incontournables. Nous étions dans un cul-de-sac. Cette crise va nous forcer à remettre les facteurs de production dans le bon rapport de forces et à prendre une autre direction, créant une nouvelle société.

Une minute donc pour comprendre la crise, deux pour comprendre qu’au-dela de la crise les choses seront différentes. C’est en le comprenant qu’on retrouvera l’espoir, mais ne l’oublions surtout pas, car si un garrot est nécessaire, le moment critique est quand on l’enlève … Aujourd’hui, il faut vivre avec la crise. Demain il faudra vivre dans une nouvelle société. Quelle société ?

Cette nouvelle société se définira par une nouvelle façon de produire, de gouverner et d’offrir des services à la population. Le but d’une société est d’apporter à l’individu la satisfaction de ses besoins objectifs, sans porter atteinte à la liberté de chacun de chercher à satisfaire aussi tous ceux de ses désirs qui ne s’opposent pas aux besoins et à la liberté d’autrui.

La mission de l’État est de mettre en place et de gérer les structures qui permettront de protéger les sociétaires, d’assurer la communication entre eux, de favoriser leur mieux-être, leur enrichissement et leur épanouissement personnel selon les critères qu’eux-mêmes auront choisis. Pour le faire, une nouvelle société se réclamera toujours de la démocratie pour tout ce qui fera consensus, mais par-delà la démocratie elle créera un espace libertaire.

Le gouvernement démocratiquement choisi d’une nouvelle société ne prendra que les décisions qui doivent lier nécessairement tous les sociétaires pour que leur but commun soit atteint. Cette mission accomplie; pour tout ce qui n’est pas ainsi essentiel, il laissera le pouvoir de décision aux individus et à des structures organisationnelles auxquelles ceux-ci adhèreront librement.

La société en gestation sera tolérante et permissive. L’État assurera la sécurité et l’ordre public en mettant l’accent sur la prévention et la protection, plutôt que sur le châtiment et la réhabilitation. La résolution des conflits sera immédiate et gratuite, reposant sur une justice d’équité et souvent sur l’arbitrage.

La nouvelle société sera entrepreneuriale, mais garantira à tous un travail et un revenu adéquat. L’État n’y produira pas lui-même des biens et services, mais en assurera la disponibilité et en contrôlera la qualité. Les ressources naturelles y seront exploitées dans l’intérêt commun. Il sera mis fin à leur gaspillage et l’environnement sera protégé, mais une nouvelle société sera essentiellement humaniste. Gaïa y restera au service de l’Homme, non l’inverse.

Dans la société en gestation, la propriété privée est respectée, personne n’est spolié et la richesse n’est pas confisquée, mais les ressources financières globales sont mises en mouvement au profit de l’entrepreneuriat. L’enrichissement passif par la simple accumulation d’intérêts nous a conduit a la situation actuelle ; cette accumulation sera désormais contrecarrée par une inflation contrôlée et une politique fiscale qui taxera le capital plutôt que le revenu ou la consommation.

Dans une nouvelle société, l’éducation repose sur une relation personnalisée entre un enseignant et un apprenant, la santé sur une relation permanente entre l’individu et son médecin, à laquelle interviennent au besoin des spécialistes, mais où le patient est toujours le capitaine du navire. L’État prend en charge le coût des services essentiels, mais par capitation, en respectant le libre choix des utilisateurs de services et en y soumettant la rémunération des fournisseurs.

Une nouvelle société remettra continuellement en question toutes ses méthodes comme ses politiques. Elle aura le préjugé favorable au changement qui découle de la certitude que l’on marche dans la bonne voie. Vers plus de justice.

Qu’on marche vers la paix, aussi, car une société juste a pour destinée manifeste de devenir globale, servant de cadre à une confédération mondiale qui respecte les diverses cultures, chacune dans son aire. Ceux qui n’ont rien sont aidés à atteindre au plus tôt le seuil à partir duquel ils n’auront plus à l’être.

La nuit vient de tomber. Ce ne sera pas tout de suite la joie, mais l’aurore viendra et il y aura un jour meilleur. Pensons y deux minutes… Puis mettons nous au travail.

Pierre JC Allard

197 Un million pour Sarkozy

Coucou ! C’est moi qui m’était plaint de la façon dont le Nouvel Obs avait traité Carla … Je récidive. Français, Françaises, en vérité je vous le dis : il est malsain que vous soyez si mesquins avec vos dirigeants. Il n’est pas normal que vous ne donniez pas, bon an mal an, un million d’euros à votre président.

De quoi j’me mêle ? Si je viens vous parler finance, c’est que que j’ai comme vous l’héritage mixte de Jacques Cœur et de Surcouf, mais aussi parce que vous saurez, Mossieu, que je suis Canadien. Moi qui vous parle, j’ai marché à Montréal sur le bout de trottoir de la Place Victoria que traverse souvent, par beau temps, pour aller de sa limousine à son bureau, l’homme qui s’est précipité à la cuisine pour régler l’ardoise, le soir du 6 mai au Fouquet’s.

J’ai même déjà vu, derrière les rideaux, la silhouette de Paul Desmarais. Ce n’est pas rien. Combien de vous avez frôlé de si près un Grand-Croix de la Légion d’honneur ? Et pas n’importe lequel, celui qui s’y connait en fric. Donc, si je vous parle finance et politique, vous saurez que je sais de quoi je parle. Je veux vous parler finance et politique, plus précisément, de corruption.

On jase de démocratie et des détails de son fonctionnement, en oubliant qu’une conséquence de la démocratie est de donner le pouvoir politique a des gens qui ne sont pas toujours riches, dans un monde où la richesse achète presque tout. De là à penser que le pouvoir politique est à vendre, il y a un pas à franchir que je ne franchirai pas, car ce trottoir est bien achalandé. Je dirai simplement, comme Surcouf, qu’on ne devient pirate que pour avoir ce qui nous manque et que je trouve gênant que les oints du Seigneur Peuple soient si imprudemment induits en tentation.

Ils sont aiguillonnés vers le péché avec d’autant plus de perversité, qu’on les prive du minimum dont doit jouir un homme de pouvoir. Parce que vraiment, là, les cousins, côté rémunération, vous êtes d’un minable… Vous n’écoutez pas CNN, comme tout le monde ? Tous ces financiers qu’on désigne aujourd’hui à la télévision à la vindicte populaire, pour le dérapage de l’économie, touchaient chacun en salaires et primes 10, 50, 100 millions de dollars par année. Comment osez-vous parler en milliers d’euros de la rémunération du Président de la République ?

Et si on traite ainsi le chef, imaginez l’indigence des ministres, la misère des hauts fonctionnaires ! Il faut combler les décideurs publics. Le salaire des décideurs publics, nommés ou élus, doit être doublé ou triplé ! Être un mandataire du peuple et décider en son nom doit être le plus prestigieux des emplois et il doit s’y rattacher un salaire exceptionnel.

Si on veut que leur enrichissement se fasse ailleurs que dans des comptes en Suisse, il faut que la rémunération des décideurs responsables de l’État augmente de façon spectaculaire. Les sommes nécessaires pour leur consentir ces salaires décents sont insignifiantes en regard des budgets de l’État et tout avantage financier raisonnable qu’on pourrait leur consentir est négligeable, si on le compare au coût d’une seule mauvaise décision de l’État.

Pourquoi cette aberration d’un salaire parcimonieux à ceux qui devraient être le mieux rémunérés ? Et le plus bête, c’est que ce n’est pas faute de moyens que les décideurs publics sont si mal payés, mais à cause d’un vieux fond de puritanisme qui voudrait laisser croire qu’ils sont parfaitement désintéressés et ne veulent PAS s’enrichir.

Cet angélisme naïf est délétère pour la démocratie, car c’est une corruption rampante et tolérée qui vient nous dire chaque jour que ce n’est pas vrai. Or, on ne peut imaginer crime plus néfaste dans ses conséquences sociales que de mettre à profit un mandat reçu de toute la société pour toucher un pot-de-vin et sacrifier les intérêts et les espoirs de milliers ou de millions de personnes qui vous ont fait confiance.

La corruption est le péché de Judas, le péché des « félons qui, s’étant acquis la confiance d’un autre, se servent de cette confiance pour tromper celui qui la leur a accordée et lui nuire en en tirant profit ». Dans l’Enfer de Dante, ce sont ces félons qui sont dans les bras mêmes de Satan.

La corruption est la maladie mortelle de la démocratie. Pourtant, elle est souvent accueillie aujourd’hui avec un haussement d’épaules. Pourquoi ? Parce que le citoyen sent confusément que les dirigeants ont une possibilité de s’enrichir bien au-dela de leur traitement et se dit in petto que lui-même… Bref, qui volerait un œuf est bien peu enclin à s’émouvoir de leurs indélicatesses.

Mais si le politicien ou le fonctionnaire coupable avait un traitement bœuf, à faire rêver Quidam Lambda, soyez sûr que ce dernier, envieux, ne lui pardonnerait rien. Or c’est cette réprobation universelle qui est nécessaire pour faire disparaître la corruption. Pour stopper la corruption, il faut rendre le corrompu odieux.

Comme le fait CNN aux USA. En dénonçant chaque soir, un par jour, les financiers qui se sont accaparé des centaines de millions de dollars en salaires et bonis alors qu’ils conduisaient la pays à la ruine; on cherche indubitablement à mettre fin à la complaisance du citoyen américain face à cet enrichissement éhonté… et à lui désigner des boucs émissaires.

Cessons donc de croire qu’il est condamnable qu’un ministre, qui gère 10 ou 20 milliards des fonds publics, touche une rémunération annuelle de 500 000 ou d’un million d’euros, alors que n’importe quel bon joueur de foot ou acteur a belle gueule, est encouragé à en exiger encore plus.

Il n’y a rien d’inconvenant à ce que, durant son mandat, on assume aussi pour un décideur public des frais divers qui lui feront une vie de pacha. Il mérite une vie de pacha. Il EST le pacha. Il faut que le décideur public se SENTE riche et soit satisfait. Il faut qu’il soit su de tous qu’il est riche. Ce qui est inconvenant, c’est que ceux qui gère nos milliards n’aient pas les moyens de boire les mêmes vins que le milliardaire qui veut les amadouer pour nous vendre des avions ou nous construire des autoroutes.

Donc, allez hop ! Investissons dans la gouvernance et le fonctionnariat. Prevoyez annuellement un demi-million pour Fillon et tout qu’il faut pour Rachida – ce qui est bon pour la haute-couture et bon pour la France – et tout les autres a l’avenant.

Sarkozy ? Le président devrait avoir son propre yacht, mais, faute de mieux, disons un million pour commencer. Prenons un million, prenons en deux. À la santé du Roi de France…

Pierre JC Allard

198, Québec indépendant ? Quand vous voudrez!

Après le Canada, puis les USA, c’est le Québec qui va refaire bientôt son maquillage démocratique. À Pâques, ou à la Trinité… Un maquillage si discret qu’il en sera invisible, puisqu’on ne proposera rien de droite, ni de gauche, mais seulement, comme le dit ce personnage du Soulier de satin, « … du nouveau qui soit tout à fait semblable à l’ancien ». Surtout, on se fera une beauté en prenant bien garde de ne pas souligner les rides de l’idée d’indépendance.

Une idée que j’ai bien aimée quand elle était jeune, mais qui a si mal vieilli, qu’on ne se demande plus si on en veut, seulement s’il n’est pas discourtois d’y faire même allusion. On ne parlera pas d’indépendance, à ces prochaines élections au Québec. Pourtant, on ne pensera qu’à ça.

On ne parlera pas de référendum. Les deux-tiers des Québécois ne veulent pas d’un référendum; Ils savent bien que, quelle qu’en soit l’issue, les perdants se diraient « à la prochaine». D’ailleurs, on discute de la légitimité d’une sécession s’appuyant sur 51% des électeurs, mais veut-on vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir… et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas ? Est-ce bien ainsi qu’on créera au Québec plus de richesse et plus de justice ?

Le Québec ne veut pas d’un référendum qui le fera choisir entre être ou ne pas être canadien, car il sait que le meilleur scénario pour le Québec se situe probablement entre ces deux solutions simplistes. Il sait que la bonne question a poser est celle à laquelle répondra un consensus.

Il y a 45 ans que les Québécois tentent de dire ce qu’ils veulent et on ne les écoute pas. Ils veulent avoir, au palier du Québec, tous les pouvoirs qui garantiront le développement d’une collectivité francophone ; ils veulent AUSSI appartenir librement à un ensemble canadien qui leur donnera la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde.

Pour avoir ce qu’il veut, le Québec doit le négocier avec ses partenaires du Rest-of-Canada. Sereinement, mais sans complaisance. Cette négociation sera d’autant plus efficace que le gouvernement du Québec aura une plus grande marge de manoeuvre. C’est cette marge de manoeuvre que voulait René Lévesque quand il demandait un OUI à la souveraineté-association et il n’a jamais prétendu vouloir autre chose. La bonne question à poser, c’est celle qui donne au Qbec cette marge de manoeuvre.

C’est celle du vote de confiance, permettant au gouvernement légitimement élu du Québec de négocier, sans le fil à la patte de quelque consultation populaire ultérieure, une nouvelle constitution canadienne qui donnera au Québec ce qui est le mieux pour le Québec.

Le gouvernement du Québec doit pouvoir négocier habilement, donnant-donnant, avec le gouvernement fédéral, les concessions sur certains points qui permettront de se gagner des avantages sur certains autres. Il doit pouvoir négocier une constitution sur mesure.

Il doit recevoir pour le faire un mandat non équivoque confirmant qu’il parle au nom des Québécois et qu’il peut – ne DOIT PAS nécessairement, mais PEUT à sa discrétion, s’il le juge nécessaire – sortir du Canada en fermant doucement ou en claquant la porte. C’est ce mandat discrétionnaire – que ne demandait pas le premier référendum – qui devrait faire l’objet du prochain: le dernier.

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D’ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d’une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d’une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d’indépendance, unilatérale ou négociée selon qu’il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifierait PAS la sécession du Québec, mais signifierait que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec… SI et quand il décidait de le faire. Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir. Il EST donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu’on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

Ce référendum aboutit à une vraie « Souveraineté-Association ». Avec des dent, car toutes les élections subséquentes au Québec sont de fait référendaires. Si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait ses conditions de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci ne se borne pas à instrumentaliser l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler. Il pourra la faire.

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum — et la contester serait un suicide politique pour le parti qui le ferait — il reconnaît de facto la souveraineté du Québec. Je crois que c’est cette reconnaissance de la souveraineté du Québec, sans obligation de sortir du Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité de Québécois. Pas à 51% des Québécois, mais à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu’on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum… puis s’empresseront d’élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada et en disant haut et fort qu’ils y resteront.

S’il le font ce sera leur choix et, pour normand qu’il soit, ce choix n’empêchera pas que le Québec soit alors devenu souverain et ait dès lors dans sa poche la clef de l’indépendance, si et quand il la voudra.

Pierre JC Allard

199. Une démocratie en faillite   08.12.12

En 1998, Il y a maintenant 10 ans, un sondage publié au Ωuébec dans ” Actualité ” – et très largement diffusé – nous apprenait que 4% seulement des électeurs “faisaient très confiance à leurs hommes politiques”.  70% ne croyaient pas qu’ils réaliseraient leurs promesses. Quand 96 % de la population n’a plus très confiance en ses chefs et qu’une bien large majorité d’entre elle ne croit plus en leurs promesses, on fait face à une crise de confiance grave.

Cette crise mène à une désaffection profonde de l’électorat, qui ne perçoit plus très bien l’utilité de son vote, ni même la nécessité de sa participation au processus électoral. Notre démocratie est en faillite.

Pourquoi cette crise de confiance et cette désaffection? À cause de sept (7) vices ou carences graves de notre démocratie actuelle qu’il faudrait de toute urgence corriger:

1 – La valeur nulle de tout engagement préélectoral;

La démocratie représentative repose sur un contrat implicite : le postulat que l’élu qui reçoit un mandat des électeurs suivra la politique qu’il a proposée. Quand le citoyen voit que ce que dit un candidat avant une élection n’est pas un indicateur fiable de ce qu’il fera après l’élection, il n’y croit plus. Cette perte de confiance est la première et la plus grave de failles qui exigent que l’on transforme notre démocratie.

2 – La marginalisation du Parlement

L’électeur doit choisir d’un seul vote : a) le parti auquel il veut confier la tâche de former un gouvernement, et b) le député qui représentera une circonscription électorale. Normalement, il fera le choix rationnel de voter pour le parti qu’il souhaite voir former le gouvernement. C’est un choix rationnel, mais le député, celui qui en théorie nous fait nos lois et devrait représenter l’électeur, ne représente plus que le parti politique qui l’a choisi comme candidat: il pourrait être remplacé par un jeton entre les mains du Premier Ministre.

3 – L’aliénation du citoyen de la chose publique

Le citoyen ne croit plus que quiconque prétend le représenter au sein de l’État soit vraiment SON représentant et il est donc totalement aliéné de la chose publique. Il faut prévenir et pallier cette distanciation, en recréant la relation personnelle qui était à l’origine du concept de démocratie représentative. Il faut faire en sorte que l ‘électeur ait un représentant qu’il connaisse et auquel il puisse s’identifier

4 – Le biais médiatique qui déséquilibre le dispositif électoral.

Parce qu’il ne peut plus croire ce qu’on lui dit, l’électeur ne peut plus voter pour une idée ou un programme; il en est réduit à voter pour une image et un visage: nous sommes en “démocratie cosmétique”. Mais un politicien a le visage et l’image de ses moyens et de ses appuis; appuis transparents, mais aussi parfois tacites, implicites et occultes. On a prétendu régler ce déni d’équité par la limitation des dépenses électorales, mais les dépenses électorales ne sont que la toute petite pointe de l’iceberg. Ce n’est pas la publicité payée qui est vraiment efficace, mais la publicité gratuite faite par les médias, les commentateurs, les éditorialistes. Comment, sans museler les médias, donner une couverture honnête à chaque parti et à chaque candidat ?

5 – L’exclusion des ”petits partis ” qui est un veto à l’évolution de la pensée politique.

Notre démocratie, essentiellement de bipartisme, tend à favoriser l’alternance au pouvoir d’un parti de centre-centre-gauche et d’un parti de centre-centre-droite. De même les candidats indépendants sont de facto exclus.  Ce bipartisme et cette nécessaire allégeance partisane semblent des facteurs de stabilité, mais  il faut, sous peine de stagnation de la pensée politique, encourager l’émergence de nouvelles visions. Comment donner une voix à toutes les tendances idéologiques, mais sans compromettre, ni même retarder indûment la prise de décision politique et le fonctionnement harmonieux de l’État ?

6 – La démarche à huis clos de conception et de préparation des lois.

La démocratie, même représentative dans son application, ne devrait pas se réduire à une intervention ponctuelle du citoyen au choix de ceux qui décideront pour lui de son avenir. Elle devrait signifier la participation continue du citoyen au processus de décision politique, mais aussi à l’identification des problèmes, à l’étude des solutions à leur apporter et à l’élaboration des lois venant encadrer l’application de ces solutions.  Comment mettre en place des mécanismes permanents de consultation qui feront la part belle à ce que les citoyens veulent vraiment ?

7 – L’absence de contrôle efficace du citoyen sur l’application des lois.

La démocratie actuelle ne prévoit pas de suivi par les citoyens des gestes posés par l’Administration en exécution des décisions prises par les législateurs. Le pouvoir exécutif ne fait pas de place utile au citoyen au sein des mécanismes de contrôle de l’Administration. Il ne lui laisse, seul devant la machine étatique, que le recours judiciaire, lent, coûteux, complexe.  Comment donner au citoyen les moyens de ses droits ?

Il faut réformer notre démocratie.  On consulte de temps en temps les citoyens sur un changement du mode de scrutin, parlant d’introduire la représentation proportionnelle, sans plus, comme s’il s’agissait d’une panacée, mais s’en tenir là serait conclure le débat par une modification sans signification profonde.

Pour une vraie réforme de notre démocratie, il faut apporter une solution à chacun des sept (7) problèmes que nous avons soulignés ici. Si on ne le fait pas, elle ne trouvera plus de volontaires pour se porter à sa défense… Elle partira et nous le regretterons.  Et il faudra se battre pour qu’elle revienne.

Pierre JC Allard

Épilogue

Dans les derniers billets de ce Volume #2, qui n’est une chronique que bien décousue de cette période, je refais contact avec l’actualité. Une actualité devenant tout entière celle de la crise financière de 2008, bien attendue et annoncée depuis si longtemps par tant de gens.

C’est que le Plan Paulson m‘a surpris, comme tout le monde, comme le signal du départ pour notre Système faisant son entrée en phase terminale, mais je l’ai vu aussi comme une petite tape personnelle sur l’épaule, ne signifiant que, si je voulais carder une un certaine pertinence à ce que j’écrivais , il fallait que je revienne au suivi concrets des évènements qui maintenant se bousculaient

C’est dans le Volume #3 de la série « Le Sens des faits », qu’on me verra obéir à cette admonestation. Mes billets deviennent beaucoup plus assidus, en 2009, et collent plus intimement aux faits. C’est l’expression de la décision ferme que j’ai prise d’accompagner loyalement notre société malade dans son quotidien jusqu’à ce que se ferme mon livre d’heures…

En me pressant un peu, car le risque n’était pas nul que la Civilisation occidentale que nous connaissons ferme le sien sans m’attendre…

Pierre JC Allard

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