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NOUVELLE  SOCIETE

Tome 3 – Un temps pour satisfaire…

Pierre JC Allard

AVANT-PROPOS

On devrait présenter un livre avec fierté; je joins plutôt à celui-ci mes excuses. De tous les volumes de cette collection, c’est celui dont je suis le moins satisfait : je traite ici en un seul tome de ce qu’il m’en aurait fallu au moins trois (3) pour le faire à mon goût et, bien sûr, « qui trop embrasse, mal étreint ».

Dans ce troisième tome de la collection Nouvelle Société, qui conclut un triptyque sur la production, je voulais surtout discuter de la finalité de cette production. Comprendre le pourquoi de toute cette activité ainsi que le comment d’en jouir, car sans la satisfaction… « vain est notre travail… et vaine notre foi  » en la valeur rédemptrice de ce travail! Je voulais voir en gros ce que chaque secteur de production a pour mission de produire et, besoin pas besoin, voir en très gros aussi, comment nous pouvons VRAIMENT satisfaire nos besoins

Tout ça vu de Sirius… Mais on m’a vite fait comprendre que ce projet resterait toujours un voeu pieux, à moins que ne soit franchi le Rubicon qui sépare les considérations théoriques générales des applications bien terre-à terre. Des critiques en qui j’ai confiance m’ont enjoint de varier un peu la focale et m’ont convaincu qu’un changement de lentilles était nécessaire, pour passer, parfois, de la « vue de Sirius » à des instruction « à la Ikea » pour assembler des segments d’une Nouvelle Société. La crédibilité était a ce prix, même au risque de donner alors à certaines parties de cet essai l’aspect revêche d’un manuel.

J’ai obtempéré, mais voler parfois en rase-mottes m’a forcé à survoler ailleurs de plus haut… J’ai hésité à publier ce tome en cet état. J’ai finalement choisi de le faire, pourtant, parce qu’il aurait été impossible que les volumes suivants de cette collection gardent une cohérence, si n’étaient pas d’abord introduits au moins sommairement tous les concepts qui sont ici énoncés.

J’ai choisi d’accepter que certains de ces concepts le soient trop brièvement – et les critiques que cette décision me vaudra – parce que traiter de façon plus complète et plus littéraire de tout qui devait être abordé à cette étape du projet aurait exigé un temps dont j’ai jugé hasardeux à mon âge de présumer que je pourrais disposer. Je suis conscient que le lecteur aura parfois ici l’impression d’une juxtaposition d’objets hétéroclites.

Conscient, aussi, que certaine hypothèses sont présentées ici que je ne jugeais pas mériter d’être écartées sans discussion, mais qu’elles le sont sans toutes les précautions qui devraient souligner qu’elles ne sont pas non plus avérées, mais seulement en examen… la publication de ce texte en première édition permettra d’y apporter des corrections sans que cette version papier ne lui confère la présomption d’irrévocabilité qu’on y associe souvent à tort.

Si les circonstances le permettent, je reviendrai plus tard pour peaufiner les textes qui constituent ce bouquin. Pour l’instant, comme les vieux guides de montagnes quand le soleil baisse, je me limiterai à vous montrer du bout du bâton quelques pistes qui ne sont pas périlleuses, mais harassantes, en vous invitant à imaginer des excursions à y faire un autre jour, avec ou sans que je vous accompagne. En prennent ces libertés, nous pourrons ainsi, aujourd’hui, regagner le camp avant que la nuit ne tombe…

***

01 Tangible et intangible

Le Tome #3 de la collection « Nouvelle Société » en clôt le triptyque sur la production, ramenant celle-ci à son véritable but qui est de produire pour nos besoins. But trop souvent oublié, aujourd’hui, dans les méandres des jeux de pouvoir et de cupidité auxquels s’amuse notre pauvre humanité qui semble errer sans se trouver un sens depuis qu’on lui a enlevé celui de l’Éternité.

C’EST POUR SATISFAIRE NOS BESOINS QUE NOUS DEVONS PRODUIRE. Dans le Tome #2, nous avons vu les nouvelles règles du jeu de la production. Dans ce Tome #3, nous verrons l’application de ces règles à la satisfaction de nos besoins dans une production à deux (2) volets : un volet de production de biens tangibles, d’abord, dans les secteurs dits primaire et secondaire où nous serons en terrain bien connu, puis un volet de travail sur l’intangible, dans le secteur « tertiaire », quand produire devient essentiellement SERVIR, ce qui est un tout autre défi.

« Satisfaire nos besoins » a toujours exigé de prendre des ressources naturelles et de les transformer par le travail, pour que le résultat en devienne la réponse à une demande. Mais, avec l’industrialisation, cette demande a évolué pour qu’il ne s’agisse plus seulement de changer la matière et ses agencements, mais aussi parfois les circonstances de son usage, le rapport de celui qui a un besoin à son contexte et à l’environnement, voire le demandeur de service lui-même ! De ces nouveaux défis est né et s’est développé le secteur tertiaire.

Quand on l’automatise, tout travail tend a revêtir les caractéristiques d’un service. Le secteur tertiaire en est donc venu à occuper presque toute la place dans le système de production. Il ne reste aux USA que 2 à 3% de la main-d’oeuvre au primaire, 12 % en industrie, et même ces chiffres sont parfois revus à la baisse. Le monde développé s’est transformé en «une société de services».

Dans les pays émergents, comme la Chine, le même processus est bien en marche – le secteur industriel plafonne à 15 % – et les pays encore sous-développés prennent inexorablement la même voie. L’industrie ne sera donc plus au coeur de la société qui vient: une Nouvelle Société sera “postindustrielle”. Ce n’est pas une trouvaille, mais il faut le répéter jusqu’à ce que tout le monde l’ait compris et surtout accepté.

Accepté, ce qui est ardu, car le passage au tertiaire et donc à une priorité à la production de l’intangible est un défi politique et social encore bien plus que technique. Pourquoi ? Parce que, pour produire du tangible, c’est la ressource naturelle, la matière première, qui tient par définition le rôle principal et la matière première est totalement “appropriable”. Dans la production de l’intangible, au contraire, c’est la compétence – une qualité du travail et non de la matière – qui devient le « facteur rare », le facteur dominant de la production de services… et elle ne peut être dissociée de celui qui l’a acquise. Même réduire ce dernier en esclavage, ou chercher à reproduire cette domination par dol ou violence, ne donne à l’acheteur qu’une possession précaire de cette compétence.

Parce que c’est de son appropriation des facteurs de la production que découle le pouvoir du Capital dans la production et la société, son pouvoir diminue au rythme de la décroissance de l’importance du tangible dans la production; c’est donc la structure de pouvoir elle-même qui doit changer dans une société de production tertiaire. Et elle change…

Mais attention ! Le travail sur le tangible n’est pas devenu désuet, seulement plus discret à mesure que la production en est devenue plus facile, son absolue indispensabilité occultée par son évidence même. Le transfert de pouvoir, du Capital au Travail – devenu « expertise » – ne se fait donc pas aisément, ni sans discussions… Il y a résistance.

Bien sûr, l’avenir est au tertiaire. Chaque jour le rapport de force se modifie, au profit du travailleur qui amène une compétence plus pointue et donc plus rare à la production, alors que l’apport du capital reste indifférencié jusqu’à ce que ce soit l’expertise même qui, pour optimiser la production, détermine quelle forme prendra ce capital devenant équipement

Le pouvoir du Capital devient donc trivial, sa valeur totalement dépendante, subordonnée à celle de l’expertise qui l’animera. L’avantage du Travail –désormais la “compétence” – sur le Capital ne peut que croître, même dans le volet de productions des biens tangibles.

L’avenir est au tertiaire, mais cela dit, c’est au volet de production du tangible qui en est le socle et qui est en grande mutation que nous devons prioritairement apporter des changements. C’est donc de ce volet de production du tangible que nous parlerons d’abord et dont nous parlerons le plus dans ce volume.

Quant au tertiaire envahissant, dont la croissante suprématie est indéniable, il faudra innover ; nous serons en terrain mouvant. Nous nous limiterons donc, dans ce Tome #3, à une revue sommaire des besoins que recouvre le tertiaire recouvre et des moyens à mettre en oeuvre pour les satisfaire. Ce sont les prochains volumes de cette collection qui en complèteront le portrait détaillé, lequel ne sera ici qu’ébauché.

02 Le volet du tangible

Gérer le volet de production des biens tangibles, ce sera gérer une décroissance. Pour bien camper la problématique du volet de production des biens tangibles, toutefois, il faut poser dès le départ que, démographie et enrichissement aidant, il n’est pas sûr que l’on produira en termes absolus moins de biens matériels dans une Nouvelle Société. ll est certain, toutefois, que l’importance relative de ce volet ne peut que s’estomper, au rythme où les désirs matériels que cette production vise à satisfaire sont comblés: on y attachera bien moins d’importance.

Gérer la décroissance relative à des rythmes divers des divers marchés de biens tangibles est pas un énorme défi, car elle est biaisée par la volonté acharnée de conserver le pouvoir qui s’y rattache. Cette décroissance n’obéit plus uniquement à la logique des besoins…, mais à celle de forces qui s’opposent. C’est ainsi que la finalité de l’industrie a été pervertie, depuis des décennies, pour garder son pouvoir au Capital en encourageant le « consumérisme ».

Pas le consumérisme dans le sens qu’on veut imposer èa la langue d’une protection du consommateur, mais dans celui de donner à la consommation la valeur mystique d’un sens a la vie et de justifier moralement, quels que soient leurs inconvénients, les comportements qui favorisent et maximisent la consommation.

Le Capital peut garder ce pouvoir longtemps, puisque le contrôle d’un (1) seul élément indispensable d’un processus peut suffire à donner à celui qui le possède la maitrise du système tout entier. Objectivement, c’est la compétence qui monte en puissance, mais le Capital, appuyé sur la force, peut encore aujourd’hui garder sa mainmise sur la production en contrôlant les ressources, tout comme le sédentaire du Néolithique, occupant par la force une oasis, pouvait exiger un droit de passage des pasteurs nomades voulant abreuver leurs troupeaux à sa source.

Le Capital est aujourd’hui mieux organisé et parfois plus subtil, mais c’est le même principe qui s’applique : tirer profit d’une rareté, si nécessaire en la provoquant, puis fixer à son gré les termes de l’échange avec les producteurs. Fixer les termes de l’échange entre “proprios-capitalistes” et “travailleurs-entrepreneurs” pour la production en commun de biens tangibles est le premier défi et demeure l’essence du débat politique au sein de toute société. Cette négociation, quels qu’en soient finalement les termes, DOIT se conclure par une entente, sans quoi il n’y a pas de société.

Une entente à tout prix, hélas, peut mener souvent à un accord inéquitable… et donc instable. C’est le premier problème de l’humanité, aujourd’hui, que la production des biens ne soit plus orientée vers la satisfaction des besoins, ou même de la demande, mais uniquement vers sa continuité comme processus, ce qui sert le Capital. Produire est devenu une fin en soi.

Une fin absurde, qui exige du travailleur un effort qui souvent n’est plus nécessaire…, pour lui remettre un argent qui n’a plus de valeur réelle…, pour rendre sa demande “effective” …, afin qu’il acquière des produits dont on arrive à grand peine, par la publicité consumeriste, à le convaincre qu’il les veut vraiment ! C’est à cette absurdité qu’il faut échapper.

La production industrielle hypertrophiée que nous entretenons est devenue un passe-temps imposé par les “gagnants” aux gens simples que l’abondance a désoeuvrés, ceux-là abusant du désarroi de ceux-ci pour maintenir une hiérarchie sociale qui ne correspond plus aux priorités d’une société d’abondance. Même le retour d’un profit aux investisseurs n’a plus que valeur de symbole, puisque ce profit ne fait que s’ajouter à la quasi-totalité de la richesse qui ne sert plus à la consommation de biens réels, mais demeure sagement dans l’univers virtuel comme simple outil de pouvoir !

Dans une société postindustrielle qui s’assume comme telle, on ne produira plus «pour produire», mais uniquement pour satisfaire les besoins. Nos besoins, nos désirs et même nos caprices, car une Nouvelle Société sera résolument hédoniste, voire ludique, mais on produira seulement ce que l’on veut vraiment consommer. Une Nouvelle Société, dans le respect de la nature, de l’efficacité et du simple bon sens, ne fera plus tourner les roues en vain. Elle ne produira que ce qu’il faut de biens pour optimiser le mieux-être et satisfaire pleinement la demande réelle. On arrivera à faire cesser cette aberration, malgré les subterfuges dilatoires du Capital, car de l’importance bien réelle de la matière première découle l’exigence d’en faire l’économie.

À court terme, les priorités du propriétaire et celles du travailleur-consommateur divergent, car cette économie ne sert le Capital que si la ressource demeure rare: si l’offre en devient surabondante, le pouvoir du Capital décroît. C’est ainsi que diminue le pouvoir du Capital quand la priorité passe d’une demande de biens à une demande de services, ce qui est le phénomène fondamental de l’évolution de la production depuis que nous avons atteint l’abondance.

Mais, à long terme, les intérêts se rejoignent. Car même si l’horizon où chacune sera épuisée diffère, et pour certaines peut sembler éloigné, la rareté de chaque ressource tarissable ne peut qu’augmenter et atteindre le seuil où les relations policées d’offre et demande s’effacent devant l’impérieuse nécessité de l’obtenir, au besoin par la force, ce qui vide de sa valeur le droit du propriétaire.

Quand cette menace est perçue – et nous avons atteint le point où elle l’est – on voit que gaspillage des ressources et gaspillage de travail vont de paire pour une satisfaction amoindrie et un consensus s’établit spontanément pour une frugalité relative. On n’impose pas de restrictions au consommateur, car il doit pouvoir chercher sa satisfaction comme il l’entend, mais on l’invite à trouver cette satisfaction dans une consommation réduite plutôt que pléthorique de biens divers et y parvenir est socialement valorisé, perçu comme une forme de civisme aussi bien que d’intelligence. C’est cette valeur de « simplicité volontaire » que véhiculent alors le système d’éducation comme les médias.

De la même façon, on tend alors à ne plus rien produire non plus qui, au vu du service qu’on en attend, ne soit pas de bonne qualité quant à sa durée, sa fiabilité et l’économie de ses intrants. Qu’un marché de biens semi-durables se stabilise au niveau de remplacement le plus bas n’est plus vu alors comme une calamité, mais, au contraire, comme la confirmation d’un objectif atteint. On ne voit plus le travail comme un bien en soi, mais comme une contrainte : le bien, c’est le produit ou le service rendu et avec le moins de travail le mieux.

Tout en bataillant pour le pouvoir, Capital et Travail modifient donc les règles du jeu de la production des biens tangibles, visant à apporter la plus grande satisfaction au moindre coût en travail et en ressources. Ils le font parce que c’est ainsi qu’ils en retireront eux-mêmes le plus grand profit-gratification.

Dans cette optique et le contexte d’une productivité spontanément croissante, c’est connaître la demande avec précision qui – plus que toute avancée technologique – devient alors le véritable critère de l’efficacité.

03 Secteurs primaire et secondaire

Dans le volet de production des biens tangibles, on distingue traditionnellement entre un secteur primaire qui nous procure les ressources naturelles et un secteur secondaire qui les transforme. Pourquoi cette distinction ? Trouver les sources de matières premières, les rendre disponibles, en confier les modifications successives aux divers travailleurs compétents, tout ca semble un processus unifié. Il n’apparait pas de solution évidente de continuité dans la séquence de décisions et de transformation qui va de la découverte de la ressource naturelle au produit fini.

Pourquoi un secteur primaire et un secondaire avant d’en arriver à la distribution ? La frontière entre les deux secteurs n’est-elle pas de pure convention ? Ne peut-on pas mettre où l’on veut le seuil à partir duquel une ressource naturelle peut être dite « transformée » ?

On ne peut pas prendre pour critère les différences de méthodes de production, car les principes de production industrielle au primaire ne diffèrent plus essentiellement de ceux du secondaire. Avec les progrès de la mécanisation, les méthodes des deux (2) secteurs se sont confondues et obéissent maintenant aux mêmes règles. L’une est en amont et l’autre en aval, mais, on produit de la même façon.

Il est vrai que leurs activités artisanales respectives restent encore différentes, surtout que celles du primaire servent essentiellement à satisfaire une autoconsommation, alors que celles du secondaire répondent de plus en plus à un goût pour le « sur mesure » qui croît avec l’abondance. Mais va-t-on limiter le primaire à l’artisanal, en faire une sorte de proto-industriel ?

Ce n’est pas là le sens de cette coupure entre les deux grands secteurs de production de biens tangibles. Si cette distinction garde tout son intérêt, ce n’est pas parce que leurs techniques ni même leurs extrants, sont différents, mais parce que leurs INTRANTS diffèrent et que, pour cette raison, l’État et l’entreprise privée y ont des missions distinctes.

Dès qu’on parle « biens tangibles » et donc matière, le Capital public ou privé garde un rôle préponderant, au primaire comme au secondaire. Mais la LÉGITIMITÉ de la présence du capital privé dans ces deux secteurs n’est pas la même et le role que doit y jouer l’État y est donc différent.

C’est en transitant par le processus de transformation, en effet, qu’une ressource naturelle devient un «produit», dont la valeur légitime sera alors la somme des valeurs ajoutées par le travail qu’on y aura investi. À cette valeur-travail doit s’ajouter une provision qui permette d’assurer la perpétuelle disponibilité de cette ressource ou, le cas échéant, sa substitution par une ressource équivalente, mais ce qui excède de ce travail et de cette provision est injustifié.

L’appropriation d’une ressource naturelle s’étant toujours faite au départ, par la force, le gain qu’on retire de sa simple propriété est pure extorsion. Le capital privé n’est pas à sa place comme propriétaire légitime de ressources naturelles non transformées. Sa propriété, viciée ab initio, est essentiellement immorale.

Seule la collectivité – idéalement représentée par une gouvernance globale, mais en son absence par un “État” consensuel défini de facon pragmatique– pourrait prétendre aux droits d’un propriétaire sur les ressources naturelles. Le propriétaire en titre de la ressource naturelle doit être l’État, et c’est à ce titre qu’il doit apparaître et intervenir comme un partenaire obligé dès l’origine du processus initial de transformation. Cest le travail sur cette ressource brute collective qui et l’objet du secteur primaire.

Il est vrai que leurs activités artisanales respectives restent encore différentes, surtout que celles du primaire servent essentiellement à satisfaire une autoconsommation, alors que celles du secondaire répondent de plus en plus à un goût pour le « sur mesure » qui croît avec l’abondance. Mais, ce n’est pas là le sens de cette coupure entre les deux grands secteurs de production de biens tangibles.

Si cette distinction garde tout son intérêt, ce n’est pas parce que leurs techniques ni même leurs extrants, sont différents, mais parce que leurs INTRANTS diffèrent et que pour cette raison l’État et l’entreprise privée y ont des missions distinctes. Dès qu’on parle « biens tangibles » et donc matière, le Capital, public ou privé a un rôle prépondérant, au primaire comme au secondaire. Mais la LÉGITIMITÉ de la présence du capital privé dans ces deux secteurs n’est pas la même et le rôle que doit y jouer l’État y est donc différent.

C’est en transitant par le processus de transformation, en effet, qu’une ressource naturelle devient un «produit», dont la valeur légitime sera alors la somme des valeurs ajoutées par le travail qu’on y aura investi. À cette valeur-travail doit s’ajouter une provision qui permette d’assurer la perpétuelle disponibilité de cette ressource ou, le cas échéant, sa substitution par une ressource équivalente, mais ce qui excède de ce travail et de cette provision est injustifié.

L’appropriation d’une ressource naturelle s’étant toujours faite au départ, par la force, le gain qu’on retire de sa simple propriété est pure extorsion. Le capital privé n’est pas à sa place comme propriétaire légitime de ressources naturelles non transformées. Sa propriété, viciée ab initio, est ressource brute collective qui et l’objet du secteur primaire.

Au secondaire, au contraire, la propriété privée DOIT être la règle. Pourquoi ? Parce que si la propriété de la ressource naturelle ne repose que sur un brigandage initial, la création du capital fixe, facteur crucial de la production au secteur secondaire, est au contraire la résultante d’un travail et de l’apport d’une matière à une certaine étape de sa transformation qui, si on en supprime la composante « extorsion » de départ, a alors acquis elle-même une valeur-travail. L’appropriation de ce capital fixe par ses créateurs est bien justifiée.

On peut regretter que tous ceux qui ont participé à la création de ce capital fixe, facteur essentiel du secondaire, n’en soient pas toujours aussi les propriétaires, chacun selon son mérite, mais c’est un autre débat. Ce qu’il faut noter, ici, c’est que la propriété privée individuelle ou collective du capital fixe au secteur secondaire est légitime, alors qu’au primaire celle de la ressource naturelle ne l’est pas.

C’est donc à ce critère plus qu’a tout autre qu’il faut se référer pour déplacer la frontière entre les secteurs primaire et secondaire. Il importe peu désormais, en termes techniques de production, que mettre le riz en ballot, le bois en billots ou le minerai de fer en lingots soit perçu comme une activité du secteur primaire ou secondaire pour autant qu’on maintienne la propriété de l’État sur la ressource aussi longtemps que la valeur ajoutée par le travail pour sa transformation, n’a pas rendu relativement négligeable la composante de son prix correspondant au cout de l’avoir arraché è la nature et rendu disponible.

Il y a une autre distinction entre primaire et secondaire. A son rôle de propriétaire de la ressource, l’État doit ajouter une mission non pas de produire, mais d’aider a produire. Cette aide prend deux (2) formes principales: a) participer à l’identification de la demande qui est la condition sine qua non d’une production «pour la satisfaction», et b) maintenir entre les producteurs privés une concurrence qui est la meilleure garantie de leur motivation et d’un sain dynamisme économique. Or, pour ces deux tâches, les problématiques sont différentes entre les deux secteurs.

Dans le secteur primaire, connaître la demande est relativement facile. La demande pour une ressource se déduit de la somme des marchés pour ses extrants, qu’ils soient livrés directement aux consommateurs ou à l’industrie pour y servir d’intrants aune production en aval. Le calcul est simple, les categories larges, les quantités significatives pour chaque produit et les erreurs d’estimation se compensent. C’est donc maintenir la concurrence qui est le défi exigeant pour l’État, suggérant souvent, comme nous le verrons, qu’il s’interpose pour créer des espaces où les producteurs pourront rivaliser à armes égales.

Dans le secteur secondaire, au contraire, la concurrence est plus facile à maintenir puisque la spécificité de chaque produit devient pour chaque producteur l’occasion d’exprimer sa créativité, ce qui est une forme loyale de compétition. En revanche, cette même spécificité rend ardue l’estimation de la demande pour ce qui devient une infinité de catégories. Maintenir la transparence a un coût, lequel n’est tolérable que si l’État intervient pour le répartir équitablement sur tous les intervenants et sur tout le processus de commercialisation.

Dans les textes suivants, nous discuterons d’abord du secteur primaire et du rôle vital que doit y tenir l’État, puis d’un secteur secondaire où, au contraire, c’est l’entrepreneuriat et donc le secteur privé qui doit occuper presque toute la place.

LE SECTEUR PRIMAIRE

04 Le champ du primaire – Ministère des ressources naturelles et de l’environnement (MRNE)

Parlons d’abord du secteur primaire. Le secteur primaire, tel que nous le définissons, recouvre sans exceptions la collecte des ressources naturelles, incluant leur transformation initiale superficielle pour en faciliter le stockage ou le transport, pour autant que celle-ci ne réduise pas significativement le registre de leurs utilisations possibles. L’État, au nom de la collectivité, est le seul propriétaire légitime des ressources naturelles et il doit contrôler le secteur primaire.

C’est le secteur où l’État doit être omniprésent. L’Etat doit intervenir au secteur primaire par esprit de justice, pour éviter l’extorsion féodale qu’y pratiquent ceux qui ont fait main basse sur les ressources naturelles, mais aussi par souci d’efficacité, car la productivité est la condition de la richesse et l’ultime critère économique du développement ; c’est donc aussi la responsabilité de l’État de voir à ce que l’approvisionnement en ressources naturelles s’ajuste précisément à la demande, dans le respect de l’environnement et en tenant compte de l’éventuel épuisement des ressources non-renouvelables.

Une Nouvelle Société contrôle les activités du secteur primaire et y intervient par l’entremise d’un Ministère des ressources naturelles et de l’environnement (MRNE). Ce Ministère est constitué en principe, en plus des structures d’administration et de planification usuelles, d’une Direction générale de l’aménagement du territoire (DGAT) dont nous expliciterons la mission plus loin, de « Directions générales » correspondant aux sous-secteurs que nous identifions ci-dessous et d’une « Division Environnement » (DE) qui y est greffée pour des raisons pratiques.

On peut diviser le secteur primaire en neuf (9) sous-secteurs. Habitat, extraction, agriculture, élevage, foresterie, pêche, chasse, production énergétique, habitat et utilisation ludique. Chacun de ces sous-secteurs du primaire a sa spécificité qui impose qu’on le gère de façon distincte. Nous verrons donc pour chacun les spécificités du rôle que doit y jouer l’État et les mesures qu’il doit y mettre en place. Dans tous les cas, toutefois, les ressources naturelles doivent désormais être distribuées selon les exigences d’une production orientée vers la satisfaction des vrais besoins et respectueuse des priorités que suggère une éthique consensuelle. L’État doit y voir.

Dans certaines options de gouvernance, on peut souhaiter qu’une Direction générale – ses autres pouvoirs et responsabilités restant les mêmes – y ajoute la mission d’acheter et vendre sur les marchés, qu’elle soit responsable de ses transactions et qu’elle garde indéfiniment une autonomie financière distincte des fonds consolidés de l’État. Quand on veut lui accorder cette autonomie, on la pourvoit des éléments de gestion le permettant et, pour éviter les malentendus, on en change l’appellation. De « Direction générale » on la transforme alors en « Office national » … et elle fait des affaires.

Pour la plupart des activités, toutefois, une DG agira dans l’optique d’aider l’initiative privée et non de s’y substituer. Le capital privé, en effet, ne doit pas posséder les ressources naturelles, mais peut légitimement les exploiter. L’exploitation des ressources naturelles par le travail est une source légitime d’entreprise et de profit. Au primaire, il faut donc toujours distinguer clairement entre propriété et exploitation de la ressource.

Précisons que « neuf sous-secteurs » est un modèle théorique. En pratique, ce sont les besoins de chaque pays qui détermineront la structure concrète de son MRNE. On a certes besoin d’une Direction générale de la foresterie en Finlande, au Canada, en Russie… mais sans doute pas en Mauritanie… Quand une Direction générale n’est pas nécessaire, les pouvoirs qui lui seraient dévolus dans un modèle théoriques sont simplement joints à ceux d’une autre DG dont le mandat est alors élargi.

Ainsi, par exemple, en pays industrialisé ou de production tertiaire, il peut être plus pratique de joindre l’agriculture à l’élevage. Non que les problématiques en soient identiques – souvent elles sont contradictoires – mais parce qu’il vaut mieux, quand le monde rural risque d’ être marginalisé, que les différends entre éleveurs et agriculteurs soient résolus au sein d’une même DG.

Inutile de donner plus d’importance et de moyens à des antagonisme latents, en faisant chapeauter par des structures administratives de niveau DG des activités qui sont ou peuvent devenir rivales . Quand agriculture et élevage sont sous la même égide, il est plus facile que le sol passe de l’agriculture à l’élevage – ou l’inverse – au vu du seul critère de l’optimisation de sa rentabilité économique.

Joindre la chasse commerciale aux pêcheries est une autre occasion de pragmatisme, car si la chasse a des besoins spécifiques, il y a peu de pays où son importance économique justifie qu’on lui consacre des ressources administratives du niveau DG. Il faut trouver en chaque cas la solution idoine et mettre en place une structure adéquate de façon pragmatique. Le pragmatisme, au secteur primaire, c’est de déterminer avant toute chose de l’AFFECTATION PRIORITAIRE DES SOLS.

Le champ du primaire est fondamentalement « la terre », incluant air, mers, rivières et océans, fonds et tréfonds. C’est la première ressource naturelle, celle dont dépend notre accès à toutes les autres. Tous les sous-secteurs ont donc ceci en commun de correspondre à une utilisation spécifique prioritaire du territoire. Il peut y avoir des chevauchements d’utilisation – on peut chasser dans une exploitation forestière, ou pêcher dans la rivière qui alimente un barrage – mais il faut que la destination prioritaire de toute parcelle du territoire soit précisée et celle-ci affectée à son utilisation la plus rentable.

Toute politique d’exploitation des ressources naturelles commence donc par un plan optimal d’aménagement du territoire et il ne faut pas tricher. Il est inévitable que, pour répondre à une demande économique ou sociale immédiate, on pense souvent à s’en écarter, à permettre des dérogations de cet optimum. Mais il est improbable que ces bonnes intentions et ces accommodements mènent à long terme à la meilleure solution .

Or, notre histoire amour et de cohabitation avec la Terre est prévue pour durer longtemps. Il ne faut donc pas créer par complaisance, ou pire en cédant aux tentations de la corruption, des ornières de convenance, hors desquelles on ne pourra ensuite s’extirper qu’à grands frais.

Toujours choisir le mieux. Respecter seulement le principe que c’est à la société toute entière de dédommager ceux qui sont lésés ou laissés pour compte par les plans pour le bien commun.

05 L’aménagement du territoire – Direction générale de l’aménagement du territoire (DGAT)

Au sein d’un Ministère des ressources naturelles et de l’environnement, la première Direction générale (DG) est celle responsable de l’aménagement du territoire (DGAT). C’est celle qui détermine en quelque sorte le champ d’activité de toutes les autres. (Sauf de la Division Environnement (DE), laquelle, de par sa nature, recoupe en transversale toutes les activités de l’État et est donc elle-même une source de critères pour la DGAT)

C’est la DGAT qui détermine la meilleure utilisation première optimale que l’on peut faire du sol et donc le type d’exploitation qu’on veut y promouvoir. Elle crée d’abord à cette fin un plan-maître qui repose sur des données physiques, immuables; elle y ajoute ensuite, les modifiant périodiquement ainsi que leurs paramètres, les variables économiques et sociales qui déterminent l’utilisation optimale immédiate que suggèrent ces données et les circonstances.

« Optimale » selon l’optique d’une politique qui incarne une vision du monde et que le temps fera donc évoluer. Il est normal que la DGAT apporte de temps en temps des changements ou des accommodements à ses critères: chaque fois que l’orientation de la société prend un nouveau cap. On doit seulement garder bien en tête les contraintes physiques, qui elles ne changent pas….

La DGAT changera parfois ses règles. Le respect des droits acquis étant l’un des principes directeurs d’une Nouvelle Société, toutefois, la DGAT n’imposera pas rétroactivement l’utilisation des sols qu’elle juge la meilleure. C’est par ses conseils, et en profitant des conditions où son intervention est incontournable, qu’elle pourra exercer une influence constante qui, à terme, aura pour résultat que prévale sans contrainte cette utilisation qu’elle jugera optimale.

Sous réserves des droits acquis, la DGAT, déterminera l’affectation des sols en en privilégiant la rentabilité maximale, mais dans le respect du patrimoine culturel et de l’environnement, deux (2) facteurs dont l’importance doit être transparente… et quantifiée, évitant ainsi l’arbitraire, père de la corruption. Ce critère de rentabilité maximale aura pour conséquence qu’on doive parfois transformer à regret un site d’exploitation forestière en lieu d’extraction d’un minerai rare, qu’on fore des puits de pétrole là où paissaient des troupeaux ou qu’on inonde de bonnes terres pour construire un barrage. La DGAT examinera tous les facteurs et en décidera.

Le cadastre, les relevés cartographiques, l’établissement du tracé des routes, lignes de transmission électrique, oléoducs et autres travaux d’infrastructures sont aussi soumis au contrôle de la DGAT. Celle-ci doit tenir compte des études environnementales et des recommandations faites par la Division Environnement, mais elle conserve la décision administrative finale, sous réserve, bien sûr, de la décision du Premier Ministre qui est le pouvoir exécutif ou, en ultime recours, du veto qui résulterait d’une consultation réferendaire qui, dans une Nouvelle Société, est toujours possible et dont le verdict est souverain.

C’est la DGAT qui recommandera le choix des sites d’enfouissement des déchets. C’est un exemple. Elle fera le même genre de recommandations chaque fois qu’il sera nécessaire de choisir un site en particulier pour un projet d’intérêt général dont la réalisation pourra signifier un dommage ou un désagrément pour une collectivité locale ou des particuliers. On pense aux centrales nucléaires, aux usines polluantes, aux cultures dont les effluves sont gênantes, etc.

Ces décisions, sauf situations d’urgence grave justifiant la mise en veilleuse de tout le processus démocratique – on ne parle pas ici pas de quelques inconvénients, mais de guerres, de pestes ou de cataclysmes! – seront toujours soumises au veto des autorités locales qui pourront alors exiger une compensation pour permettre la réalisation de ces projets qui profitent à tous, mais dont certains doivent seuls supporter les ennuis.

Il est raisonnable qu’une telle compensation soit accordée. Car parler de solidarité – quand une autorité s’impose dont on peut ne serait-ce que soupçonner l’arbitraire ou pire le favoritisme – doit s’accompagner de toutes les mesures possibles pour équilibrer les fardeaux à porter et maintenir la justice commutative, sans quoi ceux qui en parlent et le concept de solidarité lui-même perdent toute crédibilité. On compensera généreusement ceux dont bien commun exige des sacrifice et on négociera de bonne foi avec eux cette compensation.

Afin que la négociation de cette compensation de devienne pas un simple chantage, cependant, la DGAT veillera à proposer plusieurs tracés pour chaque route, plusieurs sites, pour chaque projet, indiquant impartialement les mérites et désavantages de chacun. Le dédommagement réclamé par les autorités locales deviendra un élément du choix. Si une seule solution est possible, cependant et qu’une entente à l’amiable ne l’est pas, la justice interviendra. Elle le fera dans le respect absolu du contrat social. Si l’État veut imposer, ce n’est pas l’individu, mais l’État qui doit avoir le fardeau de la preuve.

Il appartiendra aussi à la DGAT de définir les critères et les règles pour gérer le problème épineux de la transformation des terres à vocation agricole en terrains constructibles, ou l’inverse, des transactions qui se feront sous l’autorité de la Direction générale de l’Habitat et dont nous verrons ci-dessous la nature des interventions.

En plus de ces pouvoirs et fonctions courantes, la DGAT a aussi la responsabilité énorme de planifier et de mener à bon terme l’une des opérations fondamentales qui marquent l’établissement d’une Nouvelle Société: la reprise de la propriété du sol. Reprendre la propriété du sol n’est pas seulement une façon efficace de résoudre bien des problèmes, c’est aussi la correction, enfin, d’une injustice qui dure parfois depuis des siècles.

En pays développés elle aura pour conséquence de mettre un frein à certains des aspects les plus pernicieux de la spéculation, ce qui déjà n’est pas frivole, mais, dans le tiers monde, elle est LA mesure la plus importante pour rétablit la justice sociale et elle a valeur de symbole. On ne peut fonder une Nouvelle Société sans redonner à la collectivité la propriété du sol.

06 La restitution

Quand on remonte la chaîne des titres d’un propriétaire actuel sur la terre ou sur ses ressources, on n’en arrive jamais qu’à une illégitimité initiale. Une Nouvelle Société globale gèrera les ressources planétaires de façon globale, mais, dans la Nouvelle Société à la seule dimension d’un État qui est celle dont on peut espérer l’avènement prochain, c’est l’État, au nom de la collectivité, qui doit agir comme gardien du sol et de son contenu. L’État doit reprendre la propriété des sols et des ressources naturelles.

Nul individu ne peut se prétendre propriétaire d’une parcelle de la Terre. La « terre » des Gracques ou de Zapata ne peut appartenir qu’à tout le monde. Le sol, mais aussi ses ressources: la forêt, les gisements miniers, les sites à potentiel énergétique et les droits que peut avoir aujourd’hui une collectivité sur l’exploitation des océans. Dans bien des sociétés, aujourd’hui, l’État a permis que le sol et les ressources naturelles appartiennent à des intérêts privés. C’est une erreur qui doit être corrigée.

Parfois, en réaction à l’injustice qui a présidé à l’appropriation du sol et dont nous voyons les effets, on propose une redistribution de la propriété du sol entre ceux qui l’exploitent. C’est là une autre erreur qu’il faut éviter. Il n’est pas logique de donner à certains ce qui doit appartenir à tous. D’ailleurs, il y a des millénaires qu’on voit les effets néfastes de la parcellarisation abusive et de l’utilisation inefficace qui résultent de la propriété privée des sols par de petits exploitants. La terre et ses ressources doivent revenir à la collectivité qui en est la seule propriétaire légitime et être confiées à la garde de l’État. La reprise par l’État de la propriété du sol et de ses ressources est une priorité.

Dans une Nouvelle Société, le sol appartient à la collectivité et est inaliénable. L’État est le gardien de la surface, du fonds, du tréfonds et de leur contenu, le seul ultime responsable de leur exploitation pour le bien commun. Cette reprise de la propriété du sol par l’État, toutefois, ne signifie pas que celui-ci doive prendre en charge la production du secteur primaire. À quelques situations exceptionnelles près que nous verrons plus loin, l’État doit au contraire, même dans le secteur primaire et lorsqu’il s’agit d’apporter une première transformation à une ressource naturelle sur laquelle il a réaffirmé les droits de la collectivité, laisser comme dans les autres secteurs la fonction production à l’initiative privée.

La propriété du sol lui-même ne doit pas être cédée aux individus, mais le droit d’exploiter le sol doit leur être concédé, avec efficacité et justice. Lorsque ce droit leur est concédé, l’individu a droit au fruit de son travail. Il est le légitime propriétaire de ce qu’il y a bâti, ou de ce qu’il y a semé jusqu’à ce qu’il l’ait récolté. De la même façon toutes les matières premières, en l’état où nous les livre la nature, appartiennent à tous et doivent être sous la garde de l’État, mais l’individu a droit à la plus value que leur confère son travail et c’est le travail qui crée toute vraie richesse. Un poisson en barque vaut plus qu’un poisson en rivière et cette valeur ajoutée appartient légitimement au pêcheur. Les façons de concilier efficacement propriété de l’Etat et exploitation privée constituent le thème central de la gestion du secteur primaire.

On peut dire, comme Proudhon, que la propriété est le vol, mais il serait plus exact de dire que la propriété est le recel. Indubitablement mal acquise au départ, la terre, avec le temps, peut néanmoins avoir été acquise et transmise de bonne foi par la suite. Dans une Nouvelle Société, dont un credo de base est de ne léser personne au nom de tous, la reprise de la propriété du sol par l’État est liée à certaines conditions qui garantissent que soient dédommagés de leurs pertes, mais non de leur manque à gagner, ceux qui ont acquis la propriété du sol contre valeur alors que celui-ci était légalement aliénable. De meme, doit rester sans discussion à son propriétaire ou lui être compensée toute valeur ajoutée par son travail.

Quand l’État reprend ses droits sur le sol, il est donc souvent équitable qu’il concède simultanément sur ce sol, à l’ex-propriétaire, un droit d’usage très large découlant du travail que celui-ci y a investi. Ce droit usage, qui fait de l’ex-propriétaire un concessionnaire, occupant ou exploitant, n’est pas inusité. Pour ceux qui manient le jargon légal, les conditions de ce droit concédé par l’État à l’ancien propriétaire sont similaires à celle de l’emphytéose, à cette distinction près que la durée n’a pas à en être définie; ce droit est simplement ici limité par les conditions d’utilisation et d’investissement dont on le fait dépendre.

Quand est formellement mise en place une Nouvelle Société, la DGAT a le mandat immédiat de mettre en place les mécanismes requis pour reprendre la propriété de la terre et de prévoir les concessions et compensations qui s’imposent. Elle aura, en principe, un an pour le faire; au jour dit, le sol devient la propriété de l’État. Le moment de la passation des titres est fixé à un an de la prise de pouvoir par un gouvernement NS, mais toute évaluation pour fins de compensation est basée sur la valeur en date de cette prise du pouvoir et toutes les transactions foncières conclues après cette date sont réputées l’avoir été sous condition de cette reprise des sols par l’État.

Concessions et compensations peuvent être négociées, mais dans une fourchette étroite car les règles seront bien claires, et jamais de façon dilatoire car l’intendance suivra… La restitution de la terre n’est pas négociable et elle ne sera pas retardée.

07 Les conditions de la reprise

Quand a lieu la reprise des sols, c’est sous réserve des droits d’usage et compensations ci-après.

1. L’usage des sols construits reste au ci-devant propriétaire si ce dernier en fait la demande, sous condition de les conserver et entretenir. Celui-ci demeure propriétaire des bâtiments et conserve, dans le respect des règlements en vigueur, le droit de les habiter, de les louer ou de les exploiter à tout autre fin conforme à leur destination, de les améliorer, de les vendre, de les détruire, même, à condition de les remplacer par des bâtiments de même destination dont la valeur fiscale soit égale ou supérieure à celle des bâtiments qu’ils remplacent. La DGAT concède de même en principe, à l’ex-propriétaire qui garde l’usage de bâtiments, l’usage de cinq (5) fois la surface au sol de ces bâtiments. Sous réserves, en zone urbaine, des conditions spécifiques pertinentes à sa localisation, précisées par la DG de l’habitat

2. Sont assimilés à des sols construits, les terrains non construits, mais qui ont été viabilisés en y aménageant des voies de circulation ou en y installant des services, à condition pour le propriétaire de déposer un plan des constructions qu’il veut y ériger et de le mettre à exécution dans les (trois) 3 années qui suivent.

3. L’usage des sols non construits, mais exploités à des fins productives minières, agricoles, etc. – reste aussi au propriétaire, si ce dernier en fait la demande, à condition que lui ou ses ayant droits y poursuivent une exploitation semblable, dans le respect des règles pertinentes à ce type d’exploitation telles que décrites plus loin.

4. Si des améliorations utiles – des chemins ou des fossés d’évacuation des eaux usées, par exemple – ont été apportées à un terrain que le propriétaire n’entend pas exploiter, la DGAT reprend ce terrain, mais consent s’il y a lieu à l’ex-propriétaire une servitude lui permettant la jouissance normale des terrains dont il conserve l’usage et auxquels ces améliorations sont utiles. Si, ces améliorations servent aussi à d’autres terrains dont la DGAT reprend possession, l’ex-propriétaire doit recevoir une compensation, établie par évaluation judiciaire, égale au coût de remplacement de ces améliorations moins la valeur de l’usage qu’il en conserve.

5. Le propriétaire du sol qui désire l’exploiter peut, même s’il n’y a encore apporté aucune amélioration, demander que l’usage lui en soit concédé pour trois (3) ans, avec la note « projet non défini en préparation », à charge pour lui alors d’en payer l’impôt à la valeur fiscale qu’il aura lui-même fixée. Ce terme de trois (3) ans échu, toutefois, son droit d’usage du sol prend fin, à moins qu’il n’y ait érigé un bâtiment ou mis en marche une exploitation productive dont la valeur fiscale déclarée soit supérieure à celle qu’il avait fixée à ce droit d’usage avant amélioration.

6. Quiconque n’y a pas construit, ne l’a pas exploité et ne désire pas l’exploiter, ne peut demander qu’on lui laisse l’usage du sol. Il peut cependant, s’il apporte la preuve qu’il l’a acquis contre valeur, exiger de la DGAT le prix qu’il en a payé lorsqu’il l’a acquis, indexé au jour de la reprise par la DGAT selon l’indice des prix à la consommation ou une extrapolation qui en tient lieu. Si la DGAT juge ce prix déraisonnable, elle peut choisir de laisser l’usage du sol à son ex-propriétaire, sans autre condition que son paiement de l’impôt mensuel sur le capital selon la valeur que celui aura ainsi lui-même fixé en en exigeant ce prix.

7. Les droits d’usage consentis par la DGAT sont transmissibles. Ils s’éteignent, toutefois – et les habitations et autres biens immeubles qui y sont aménagés retournent à la DGAT sans compensation : a) si l’impôt n’en est pas payé dans les 30 jours de l’échéance, la valeur fiscale déclarée des lieux ne pouvant jamais être inférieure, en monnaie indexée, à la valeur initiale déclarée lorsque le droit d’usage du sol a été concédé ; b) si, pendant trois (3) ans cumulés, les lieux ne sont pas utilisés selon leur destination.

Comme nous le voyons plus loin, la reprise par la DGAT ne porte pas préjudice au propriétaire occupant. Celui qui doit céder la propriété d’une résidence n’y perd rien. Il y habite, toujours, peut y apporter toutes les améliorations qu’il veut et qui n’en diminuent pas la valeur, s’en départir en son temps et à son prix… et son droit d’usage peut s’apprécier tout comme le bâtiment lui-même. Il ne gagne plus sur la plus-value du terrain, mais cette plus-value peut se reporter sur la valeur du droit d’usage du bâtiment, laquelle va augmenter aussi en fonction des avantages de sa localisation.

Le proprio résident y gagne au change puisque, comme tout autre contribuable d’une Nouvelle Société, il doit fixer une valeur fiscale à son patrimoine et payer l’impôt sur ce capital. Ne plus avoir cette résidence dans son patrimoine, mais y substituer un droit d’usage dont l’estimation est plus flexible, est un indéniable avantage. Le proprio qui ne veut pas seulement habiter, mais exploiter sa propriété devient le concessionnaire-exploitant dont nous traitons ci dessous… et n’y perd pas non plus.

Mais si le propriétaire n’est pas dépossédé, qu’a la collectivité à gagner à cette opération ? La reprise a deux (2) effets qui ne touchent pas la majorité des propriétaires, mais sont bien importants. D’abord, elle institutionnalise la propriété de la collectivité sur le sol, les matières premières et ressources naturelles; ensuite, toute occupation privée du sol n’étant plus concédée que pour une fin spécifique, prévue au départ et énoncée comme une condition essentielle de la concession, la destination du sol ne peut plus être changée sans l’accord de la DGAT. Un résultat utile dont nous ne donnerons qu’un exemple des bienfaits.

Le problème de la transformation intempestive des terres cultivables en terrains constructibles. On peut règlementer, mais la vulnérabilité des autorités locales à des pressions politiques et financières est bien connue et tend à rendre les politiques d’urbanisme bien erratiques. Pourquoi tenter le diable, surtout s’il a des neveux et des cousins? Quand la destination de la terre ne peut plus être changée sans l’accord de la DGAT, l’urbanisation sauvage cesse sans même que le gouvernement en place ou les autorités locales aient à s’en expliquer.

08 Les concessionnaires exploitants

Une Nouvelle Société veut une utilisation optimale des sols, selon leur spécificité physique, ce qui permettra la production la plus efficace possible de ce que peut en tirer la collectivité. Elle veut aussi que le travail qu’exige cette production soit rémunéré à sa juste valeur, les gains de productivité profitant à ceux qui travaillent la terre plutôt qu’à d’autres qui la possèdent.

Pour atteindre ces deux objectif, la propriété du sol et de ses ressources ne doit pas être cédée aux individus. Le droit d’exploiter ces ressources, toutefois, DOIT leur être concédé. Ce n’est pas la fonction de l’État de produire, mais d’aider à produire. L’État qui a repris la propriété du sol en concède le droits d’usage à ceux qui peuvent et veulent l’exploiter.

Quand il devient propriétaire des ressources, la politique de l’État est d’en confier l’exploitation à qui peut en prendre charge. Toutes choses étant égales, son premier choix doit être de confirmer l’individu ou l’entreprise dont on vient de récupérer la propriété dans ce rôle dont ils ont fait la preuve qu’il peuvent s’acquitter.

La DGAT qui reprend les terres en concède prioritairement l’usage à ceux qui en étaient les propriétaires avant la reprise et qui, s’ils en font la demande, en deviennent alors désormais sans discussions les concessionnaires exploitants, sous seule condition de les exploiter selon leur destination au moment de la reprise. Ensuite, seulement, s’ils ne sont pas preneurs, elle concède l’usage des terres inexploitées à quiconque veut bien en tirer un produit.

Quelle est la situation de celui qu’on vient – n’ayons pas peur des mots – de déposséder des ses droits fonciers, mais qui demeure propriétaire des bâtiments et de son exploitation, ainsi que de ce nouveau droit d’usage qu’on lui concède sur le sol ? Il peut tirer de son exploitation, la même jouissance et le même profit qu’auparavant sous condition des devoirs d’entretien d’un bail de type emphytéotique. Il n’est simplement plus le propriétaire, mais le concessionnaire des ressources naturelles qui sont la matière première de son exploitation.

Il est donc dépendant de la disponibilité de ces ressources, auxquelles il ne peut avoir accès qu’avec l’accord de l’État, en en payant la valeur et en faisant participer l’État à l’opération, mais l’intérêt de la collectivité que représente l’État n’est pas de le priver de ces ressources, mais au contraire de lui en faciliter l’accès sous réserve du bien commun. Une réserve qui concrètement signifie qu’il sera aidé comme exploitant, mais contrecarré dans ses projets s’ils ne sont plus de produire, mais de spéculer.

Cela sera dit en toute candeur, car l’État d’une Nouvelle Société vise à la transparence. L’ex-propriétaire dont la propriété servait à l’industrie ou au commerce sera reconduit avec empressement dans son rôle d’exploitant. Devenu concessionnaire, il verra d’abord avec plaisir que la reprise par l’État de sa propriété foncière a pour premier résultat de réduire son patrimoine – sur lequel le fisc d’un Nouvelle Société viendra chaque mois chercher son dû, puisque l’on est en régime d’impôt sur le capital – mais de le réduire sans avoir modifié en rien son capital fixe ni sa capacité de production, ni donc son espérance de gain.

Le concessionnaire produit donc tout autant avec un capital moindre; le retour sur son investissement est donc plus élevé. Une bonne nouvelle probablemen passagère, puisque, ce qu’il retire de son entreprise étant identique ce qu’il en retirait avant la reprise des sols, il est à prévoir que la valeur marchande cumulée des actifs qu’ils conserve et du droit d’usage qu’on lui a accordé tendra à redevenir celle qu’avaient ses actifs incluant ses biens fonciers avant que la DGAT ne reprenne la nue-propriété du sol.

Le pactole ne dure pas, mais il met en évidence que ces propriétés foncières, qu’il percevait comme les éléments les plus significatifs de la richesse à son bilan, n’avaient aucune autre valeur réelle que ce droit d’usage qu’on ne lui a PAS enlevé ! Elles avaient aussi, bien sûr, la vertu de lui permettre de spéculer sur le symbolique, le virtuel et l’imaginaire du système… mais c’est ce qui était la source de nos maux. C’est ce privilège de spéculer que la reprise des sols lui a enlevé. Seulement ça.

S’il renonce a cette volonté de spéculation, le concessionnaire exploitant, producteur de bonne foi des biens qu’on attend du secteur primaire, sera dans une situation meilleure que jamais pour remplir sa mission de pourvoyeur de ressources naturelles pour la système de production. S’il insiste, au contraire, pour se percevoir comme le bénéficiaire de droit divin d’une rente sur ce que la nature nous donne, il n’aura plus sa place.

La formule d’exploitation en concessions des ressources naturelles dont la propriété demeure collective sera généralisée à toute la production du secteur primaire. La façon de le faire, toutefois, variera selon le niveau de développement du pays où une Nouvelle Société s’installe et selon la nature de la ressources à exploiter. Productions minière et agricole, par exemple, ont des problématiques triplement différentes.

1) Dans le sous secteur minier, les concessionnaires sont d’énormes entreprises, à forte intensité de capital (les garimpeiros du Nordeste brésilien exploitant l’or à main nue sont une curiosité). Dans l’agriculture, il y a aussi d’énormes entreprises, mais elles voisinent avec des millions de petits agriculteurs qui n’ont qu’une parcelle de terre et des millions d’autres qui n’ont rien du tout.

2) Quand on prend à une société minières sa propriété et qu’on lui concède un droit d’usage, on lui laisse une part de qu’elle avait déjà, puisque ce droit d’usage n’était qu’un élément de son droit de propriété ; quand on concède un droit d’usage à des travailleurs agricoles on ne peut que créer un droit de toutes pièces, puisqu’ils n’en ont jamais eu.

3) Quand on exige d’un concessionnaire du sous-secteur minier qu’il vende sa production à l’État, il préfèrerait souvent la vendre en cachette sur un marché global où la demande effective peut excéder l’offre ; le petit producteur agricole, au contraire, fera souvent des kilomètres à pied pour qu’on lui achète la sienne. Le rapport des forces est différent.

Il faut donc voir les sous-secteurs un-à-un.

09 La Direction générale de l’habitat (DGH)

L’usage le plus intuitif et le plus simple qu’on peut faire d’une parcelle de notre planète est évidemment… d’y être. De s’y construire un abri, de l’entourer si on le juge nécessaire d’une clôture ou d’une muraille, de fermer ce qui sert de porte et de dire qu’on est chez soi. On est proprio. Ça rassure.

Malheureusement, avec le plaisir de posséder vient celui de posséder beaucoup et avec le désir d’un peu de terre la boulimie d’en avoir autant qu’on peut. Un appétit désordonné qu’il faut contrôler, puisque la fringale n’est pas d’en avoir un peu ou beaucoup, mais simplement PLUS, ce qui, par définition, n’est jamais assez… et donc une éternelle insatisfaction.

Or, le but matériel ultime de la société est la satisfaction et le rôle de l’État de tous nous aider à l’atteindre. Quand on dit « propriété » les désirs de chacun ne peuvent être satisfaits, l’État doit donc voir à les concilier selon sa vision de la justice. Mais il y a des modes et des engouements en justice. On veut la faire découler d’une éthique ; mais quand les philosophes ont parlé, on tend à choisir le mélange de justice distributive et commutative qui fait consensus. Et quand on a discuté du principe on discute du quantum…

Ainsi, quoi qu’on dise de la propriété privée, il y a toujours dans le chemin qui va de la coupe aux lèvres ou des lèvres à la panse, un point arbitraire où un large consensus se fait que la bouchée est bien à vous. Une Nouvelle Société dit non à la propriété privée de la terre, mais oui à en concéder l’usage. Mais quel usage et jusqu’à quel point ?

Quand il s’agit de l’habiter lui-même, le propriétaire a cet usage de plein droit. Le but de la reprise du sol n’est certes pas de chasser le propriétaire occupant de son domicile. Au contraire, sans chercher à sédentariser à tout crin la population, qui doit rester dynamique et donc mobile, une Nouvelle Société voit tout de même d’un bon œil l’attachement de l’individu à un toit, une parcelle du patrimoine collectif dont on le souhaite le gardien de confiance. Quand a lieu la reprise des sols, le propriétaire occupant en est donc en fait tenu indemne pour la part qu’il en habite et il peut exploiter tout, ou le reste, sous réserve des règles pertinentes au type d’exploitation.

L’espace qui lui est alloué pour son usage personnel est affaire de quantum. C’est une décision arbitraire. Nous n’en donnons qu’une illustration en proposant que la DGAT concède à l’ex-propriétaire qui garde l’usage de bâtiments, l’usage de cinq (5) fois la surface au sol de ces bâtiments. On voit mal cette norme s’appliquer dans une zone urbaine densément construite de d’immeubles d’habitation en copropriété ! On souhaite que l’État décide pour le mieux de cet espace, mais on DOIT exiger qu’il en décide. Une erreur est regrettable, mais l’indécision qui dure est fatale…

Au-delà de cet espace d’habitat privé, le propriétaire devenu concessionnaire ne l’est plus comme occupant, mais comme exploitant. Il peut choisir d’exploiter son fief concédé en y construisant des résidences qui seront vendues ou louées, mais dont le lot sous-jacent restera toujours la propriété de l’État. C’est une des affectations possibles, une exploitation qui doit alors être conformes aux normes de la Direction générale de l’Habitat.

Ces normes, la DGH les établira toujours en consultant les populations intéressées. L’émission du permis de construction même sera une responsabilité des autorités locales, lesquelles sont tenues de préparer et de faire respecter un plan d’urbanisme conforme aux critères larges déterminés par la DGAT. La Direction générale de l’habitat ne se limitera pas seulement à l’avis des résidants et deses voisins, d’ailleurs, mais s’informera aussi auprès de tout le bassin de population qui serait affecté par le changement, ceux qui pourraient en profiter tout autant que ceux dont ce changement peut perturber le mode de vie et les intérêts.

10. L’Office national des activités extractives (ONAE)

Le premier sous-secteur du primaire dont nous traiterons est celui des activités extractives : mines, carrières, gaz, pétrole. C’est celui où le principe de la propriété par l’État et de l’exploitation en concession s’applique le mieux et avec les résultats les plus avantageux.

Même aujourd’hui, les ressources minières, le pétrole, le gaz sont parfois considérés comme propriété nationale et c’est l’exploitation qui en est donnée en concession. Ceci semble aller dans le sens que nous proposons, mais cache une fourberie. À toutes fins pratiques, en effet, même si elle n’en est que concessionnaire, c’est la minière ou la pétrolière qui bénéficie aujourd’hui de la valeur de rareté de la ressource qu’elle exploite.

C’est elle qui encaisse les hausses fulgurantes de prix si l’approvisionnement semble menacé. C’est elle aussi, en principe, qui semble subir un dommage si la demande s’effondre, mais, dans la réalité, la production est simplement alors réduite et ce sont les travailleurs qui écopent. L’exploitation est mise en veilleuse sans dommages pour l’exploitant, car la ressource restera enfouie, bien à l’abri, en attendant des jours meilleurs.

Dans la situation présente d’exploitation privée des ressources naturelles et des matières premières, c’est la minière ou la pétrolière concessionnaire qui est en fait maîtresse du jeu dans le sous-secteur de l’extraction. Elle n’a pas seulement partie liée avec les spéculateurs, elle EST la spéculation. Sa première fonction, avant même celle de produire, est d’être le lieu du passage aller-retour entre la richesse réelle qu’elle produit et la richesse virtuelle qui se crée autour de sa valeur boursière. En praique, aujourd’hui, on n’extrait pas du sol d’abord pour satisfaire aux besoins de la production, mais pour servir d’aval à des transactions financières, d’autant plus profitables qu’on aura créé sciemment des déséquilibres offre-demande, corrigés ensuite à volonté au moment opportun pour les spéculateurs.

Ce n’est pas la situation que l’on souhaite prolonger dans une Nouvelle Société et il est facile d’y remédier. Les besoins globaux en matières premières sont bien connus et leurs variations sont facilement prévisibles. Elles le sont avec une marge d’erreur assez étroite pour qu’on puisse modifier la production dans les délais nécessaires et éviter toute pénurie, simplement en laissant fluctuer le volume des stocks de réserve le temps que les erreurs soient corrigées. Il serait facile de toujours constituer des stocks de reserve adéquats, mais le système économique actuel choisit de laisser l’équilibre s’établir par des variations de prix et de main-d’oeuvre plutôt que par une gestion des stocks. C’est une crapulerie du Système. Un cadeau aux spéculateurs dont la population mondiale paye le prix.

Dans une Nouvelle Société, l’État est le seul propriétaire du sol et des matières premières. Son but, concernant le sous-secteur « extraction », est d’abord d’assurer l’approvisionnement au meilleur coût, mais il cherche aussi à aplanir la courbe de production,

Dans ce sous-secteur, comme dans tous les autres du secteur primaire, l’État n’entend pas assumer directement la fonction de production, mais plutôt en laisser la tâche aux entrepreneurs du secteur privé. Il assume cependant sa responsabilité qui est de contrôler les volumes d’extraction et de forage et de celle des prix de vente et des coûts de revient, il cherche à mettre en place la gestion la plus efficace des opérations et à optimiser l’exploitation par l’utilisation du meilleur équipement.

Parce que c’est toute la collectivité qui supporte les risques de fluctuation des cours, il vise à réduire la spéculation. Il accepte qu’avec une technologie de plus en plus performante on puisse n’utiliser progressivement dans ce sous-secteur qu’une main-d’oeuvre moins nombreuse, mais il ne permet pas que cette baisse systémique de l’emploi soit compliquée par les aléas du marché.

Dans ce sous-secteur, comme dans tous les autres du secteur primaire, l’État n’entend pas assumer directement la fonction de production, mais plutôt en laisser la tâche aux entrepreneurs du secteur privé. Il assume cependant sa responsabilité qui est de contrôler les volumes d’extraction et de forage et de garantir l’approvisionnement en matières premières des producteurs du secteur secondaire, comblant par des importations les déficits de la production nationale tout en écoulant les surplus de celle-ci sur les marchés mondiaux.

La stratégie de l’État qui récupère le contrôle du sous-secteur « extraction » est d’obtenir et de mettre à profit une meilleure connaissance de la demande présente et future, de constituer des stocks de réserve et d’absorber, au palier de la gestion de ces stocks, les variations saisonnières et les fluctuations de la demande des utilisateurs. Son objectif est de maintenir ainsi relativement constantes – ou en courbes lentes avec un minimum d’inflexions – les quantités de matières premières tirées du sol.

Pour s’acquitter de cette mission, le premier geste que doit poser l’État est la création d’un Office National des Activités Extractives (ONAE) ayant rang de direction générale au sein d’un Ministère des ressources naturelles et de l’environnement.

Cet Office a la responsabilité de la gestion des produits miniers et pétroliers et il a l’exclusivité de l’importation et de l’exportations de ces produits. Il doit optimiser la production des sites d’extraction, ainsi que la constitution de stocks adéquats à partir de la production nationale et des achats qu’il peut devoir faire à l’étranger. Il doit répondre sans délai à la demande d’approvisionnement des producteurs nationaux et gérer, au mieux des intérêts nationaux, la vente de gré à gré ou sur les marchés mondiaux de denrées des surplus de la production nationale.

L’ONAE a l’autonomie administrative et financière qui caractérise les Offices Nationaux. Il établit ses objectifs selon le but que lui aura fixé le gouvernement, mais c’est à lui de tracer son plan d’action et sa stratégie comme de choisir les moyens pour les atteindre. Il sera jugé selon ses résultats. Son PDG est nommé par le Ministre des ressources naturelles et de l’environnement. Il l’est pour un an, mais peut être indéfiniment reconduit dans ses fonctions.

L’ONAE remet chaque année un rapport de ses activités, lequel fait l’objet d’une évaluation par un tiers impartial agissant comme auditeur, puis est soumis au gouvernement qui doit y ajouter ses commentaires et en faire la présentation aux législateurs avant de prolonger le mandat de son PDG.

11. Planification et prospection

Dès sa création, l’ONAE a pour premier mandat d’établir un plan d’action. Ce plan doit être opérationnel avant même la reprise du sol par l’État et l’ONAE durant sa première année de fonctionnement, doit donc, en toute priorité, recueillir l’information nécessaire concernant la demande pour chaque matière première – tant au niveau mondial qu’au niveau national – et en faire une projection éduquée pour divers horizons.

Simultanément, l’ONAE doit aussi déterminer le potentiel de production nationale de chaque matière première pour les mêmes horizons, calculer les surplus et déficits nationaux selon diverses hypothèses de production, en tirer les conclusions monétaires et modéliser le tout. Ceci exige, évidemment que, soient aussi choisis et pondérés les critères à partir desquels les possibles stratégies de production et de commercialisation de l’ONAE seront comparées puis deviendront sa politique.

Cette recherche préalable vient compléter, en tout ce qui est spécifique au sous-secteur extraction, l’information moins pointue recueillie par les services de planification et de recherche du Ministère des ressources naturelles et de l’environnement lui-même. Cette recherche de l’ONAE, comme d’ailleurs celle du Ministère, doit se poursuivre sans interruption et sans cesse se raffiner. Au plus tard dans l’année de sa création, toutefois, l’ONAE doit pouvoir entreprendre son action concrète.

Dès sa création également, l’ONAE met en place une politique de prospection : c’est un outil indispensable de sa recherche et de sa planification, L’Etat qui devient propriétaire des ressources naturelles doit établir sa stratégie en ayant la meilleure connaissance possible de TOUT le potentiel dont il dispose. Il peut, dans un premier temps, privilégier l’exploitation des gisements déjà en activité, mais il doit connaître sa marge de manoeuvre et garder bien ouverte l’option de la mise en exploitation de nouveaux sites prometteurs, au fur et à mesure que s’épuiseront les réserves des sites en exploitation ou, tout simplement, par simple opportunité et pour optimiser son action.

L’ONAE prépare et énonce donc sans délai sa politique de prospection, puis procède à la mettre en application sur le terrain. Le mot clef – comme souvent lors de la mise en place d’une Nouvelle Société – est TRANSPARENCE. Le but de la prospection n’est plus d’annoncer de temps en temps de quasi-nouvelles venant corroborer ou infirmer des rumeurs, tout en gardant cachée, sauf aux seuls initiés, la véritable disponibilité des ressources.

Le but de la prospection, dans une Nouvelle Société, n’est plus d’encadrer le jeu des spéculateurs et parfois d’en favoriser certains. C’est de fournir non seulement à l’ONAE, mais aux producteurs utilisateurs des matières premières, à tous les paliers en aval, une vision claire de la situation qui leur permettra de planifier au mieux leur propre action. Les résultats de la prospection doivent être disponibles pour TOUS les agents économiques concernés.

Cherchant à tout connaître de toutes ses ressources, l’ONAE affecte néanmoins prioritairement les moyens et les ressources humaines dont elle peut disposer à obtenir celles des estimations des réserves en sol qui lui semblent les plus urgentes, au vu des conclusions du modèle qu’elle viendra de construire en planifiant son action à court et à long terme.

Qui s’occupe de la prospection ? Des professionnels autonomes ; il n’est opportun d’avoir des compétences en ce domaine au sein de l’ONAE que pour le contrôle et la vérification des données produites par le secteur privé, les exploitants ayant l’obligation de faire connaître leurs réserves à l État.

Quiconque a la formation requise, normalement un géologue, peut demander et obtenir de l’ONAE un permis de prospection, en son nom propre ou celui d’une compagnie qui l’emploie. Les prospecteurs ainsi autorisés peuvent avoir accès à toute l’information dont dispose présentement l’État ou les propriétaires/concessionnaires actuels du sol.

Les prospecteurs ont accès physique à toutes les terres publiques ou privées pour y faire les relevés et y prélever les échantillons qui leur paraissent utiles. Ils doivent seulement donner préavis de leur visite et de sa durée, remettre les lieux en état à leur départ et compenser le propriétaire et aussi l’occupant des troubles et dommages qu’ils lui auraient occasionnés. En cas de contestation, le tribunal civil a juridiction pour déterminer le quantum du dédommagement.

La rémunération normale du prospecteur consiste en deux (2) volets : a) un montant par tue matière première pour les mêmes horizons, calculer les surplus et déficits nationaux selon diverses hypothèses de production, en tirer les conclusions monétaires et modéliser le tout. Ceci exige, évidemment que, soient aussi choisis et pondérés les critères à partir desquels les possibles stratégies de production et de commercialisation de l’ONAE seront comparées puis deviendront sa politique.

Cette recherche préalable vient compléter, en tout ce qui est spécifique au sous-secteur extraction, l’information moins pointue recueillie par les services de planification et de recherche du Ministère des ressources naturelles et de l’environnement lui-même. Cette recherche de l’ONAE, comme d’ailleurs celle du Ministère, doit se poursuivre sans interruption et sans cesse se raffiner. Au plus tard dans l’année de sa création, toutefois, l’ONAE doit pouvoir entreprendre son action concrète.

Dès sa création également, l’ONAE met en place une politique de prospection : c’est un outil indispensable de sa recherche et de sa planification, L’Etat qui devient propriétaire des ressources naturelles doit établir sa stratégie en ayant la meilleure connaissance possible de TOUT le potentiel dont il dispose. Il peut, dans un premier temps, privilégier l’exploitation des gisements déjà en activité, mais il doit connaître sa marge de manoeuvre et garder bien ouverte l’option de la mise en exploitation de nouveaux sites prometteurs, au fur et à mesure que s’épuiseront les réserves des sites en exploitation ou, tout simplement, par simple opportunité et pour optimiser son action.

L’ONAE prépare et énonce donc sans délai sa politique de prospection, puis procède à la mettre en application sur le terrain. Le mot clef – comme souvent lors de la mise en place d’une Nouvelle Société – est TRANSPARENCE. Le but de la prospection n’est plus d’annoncer de temps en temps de quasi-nouvelles venant corroborer ou infirmer des rumeurs, tout en gardant cachée, sauf aux seuls initiés, la véritable disponibilité des ressources.

Le but de la prospection, dans une Nouvelle Société, n’est plus d’encadrer le jeu des spéculateurs et parfois d’en favoriser certains. C’est de fournir non seulement à l’ONAE, mais aux producteurs utilisateurs des matières premières, à tous les paliers en aval, une vision claire de la situation qui leur permettra de planifier au mieux leur propre action. Les résultats de la prospection doivent être disponibles pour TOUS les agents économiques concernés.

Cherchant à tout connaître de toutes ses ressources, l’ONAE affecte néanmoins prioritairement les moyens et les ressources humaines dont elle peut disposer à obtenir celles des estimations des réserves en sol qui lui semblent les plus urgentes, au vu des conclusions du modèle qu’elle viendra de construire en planifiant son action à court et à long terme.

Qui s’occupe de la prospection ? Des professionnels autonomes ; il n’est opportun d’avoir des compétences en ce domaine au sein de l’ONAE que pour le contrôle et la vérification des données produites par le secteur privé, les exploitants ayant l’obligation de faire connaître leurs réserves à l État.

Quiconque a la formation requise, normalement un géologue, peut demander et obtenir de l’ONAE un permis de prospection, en son nom propre ou celui d’une compagnie qui l’emploie. Les prospecteurs ainsi autorisés peuvent avoir accès à toute l’information dont dispose présentement l’État ou les propriétaires/concessionnaires actuels du sol.

Les prospecteurs ont accès physique à toutes les terres publiques ou privées pour y faire les relevés et y prélever les échantillons qui leur paraissent utiles. Ils doivent seulement donner préavis de leur visite et de sa durée, remettre les lieux en état à leur départ et compenser le propriétaire et aussi l’occupant des troubles et dommages qu’ils lui auraient occasionnés. En cas de contestation, le tribunal civil a juridiction pour déterminer le quantum du dédommagement.

La rémunération normale du prospecteur consiste en deux (2) volets : a) un montant par tonne de réserves découvertes et dont la présence a bien été confirmée par une analyse indépendante, réalisée par d’autres experts à la demande de l’ONAE, ce montant étant versé dès que lonne de réserves découvertes et dont la présence a bien été confirmée par une analyse indépendante, réalisée par d’autres experts à la demande de l’ONAE, ce montant étant versé dès que la découverte a été confirmée, et b) un pourcentage du prix par tonne extraite qui sera payé à l’exploitant lorsque le gisement sera mis en exploitation.

L’ONAE, selon ses priorités, peut fixer pour objectif prioritaire aux prospecteurs la découverte de gisements de certaines matières clairement identifiées. Il peut alors, pour aiguillonner les prospecteurs, ajouter une prime spéciale pour une découverte de cette nature qui vendra s’ajouter à ce qui constituera leur rémunération normale.

Les prospecteurs ne limitent pas leurs examens au sol vierge; ils peuvent aussi réévaluer les réserves des gisements dont l’exploitation a été abandonnée par leurs exploitants ou d’une partie d’une l’exploitation qui est laissée sans activité pendant un temps qui sera fixé.

Si l’examen du prospecteur révèle des ressources significativement plus considérables ou à teneur plus forte que ne l’indiquait l’information fournie par l’exploitant à l’ONAE, le prospecteur obtient sur la différence les pourcentages qu’il aurait touchés pour la découverte d’un nouveau gisement.

Si la différence est telle que l’on puisse mettre en doute la bonne foi de l’exploitant, une enquête plus approfondie aura lieu qui pourra entraîner contre ce dernier les peines qu’auront fixées les normes de l’ONAE.

Toutes les analyses fournies par les prospecteurs concernant les divers gisements sont publiques. C’est sur la base de ces analyses que les exploitants potentiels font subséquemment leurs propres études et, comme nous le verrons plus loin, présentent leurs offres d’exploitation à l’ONAE.

Dans un premier temps, le concessionnaire sans contrat, se voit accorder trente (30) jours pour vendre son exploitation à qui il veut et sortir du marché de l’extraction. Dès que les contrats découlant de l’appel quinquennal ont été accordés, les concessionnaires, aussi bien ceux qui ont obtenu des contrats que ceux qui ont été évincés, doivent, comme toute autre entreprise et chaque citoyen d’une Nouvelle Société, fixer la valeur fiscale des biens de leur patrimoine : c’est sur cette valeur qu’est payé l’impôt sur le capital qui est l’outil fiscal de base d’une Nouvelle Société.

12. Les locataires du sous-sol

L’État est propriétaire des ressources naturelles, des concessionnaires les exploitent. Cela vaut pour tout le secteur primaire, mais a des implications variées selon la ressource exploitée. En plus des conséquences générales pour tous et dont nous avons discuté ailleurs, la reprise du sol par l’État a des effets particuliers pour les producteurs actuels du sous-secteur « extraction ».

Ceux-ci, en effet, se retrouvent concessionnaires d’une exploitation qui ne possède plus rien qu’elle puisse légalement exploiter. Ce qu’elle exploitait, elle ne le possède plus, puisque c’est l’État qui est propriétaire de la matière première que le sol recèle.

À la différence de l’agriculteur qui met la graine en terre et peut se dire propriétaire d’une récolte qui est le fruit de son travail, ou d’un éleveur qui, quoi que son troupeau ait pu paître, peut laisser à son départ une prairie où l’herbe n’est pas moins abondante qu’à son arrivée, une entreprise minière ou pétrolière qui « remet les lieux en état » ne s’acquitte que d’une tâche cosmétique ; ce qu’elle a tiré du sol n’y reviendra pas.

Si elle exploite selon sa nature d’entreprise minière ou pétrolière – et à la reprise du sol, la DGAT ne lui aura pas concédé d’autres droits – elle va tirer du sol une matière non renouvelable et qui est propriété de l’État. Il faut qu’on lui en accorde le droit.

Bien sûr, on va le lui accorder. Mais les termes ne seront pas les mêmes qu’auparavant. Selon les termes de sa concession, ce n’est plus seulement un droit d’exploiter, mais aussi un DEVOIR d’exploiter qui lui est conféré. Ce n’est donc plus un permis d’exploiter que donne une Nouvelle Société au concessionnaire du secteur « extraction » s’il remplit les conditions prescrites, mais un MANDAT d’exploitation.

Le nouveau rapport entre l’État et le concessionnaire est que, le sol et son contenu appartenant à l’État, le concessionnaire n’offre à l’État que son expertise d’exploitant pour forer ou extraire. Sa rémunération doit donc être fonction uniquement de la quantité de travail qu’il fournit et de la qualité de son expertise.

Le concessionnaire a accès à la matière brute avec la permission de l’État et sa tâche consiste uniquement à s’en saisir et à la transporter, sous une forme plus commode, de son point d’origine au point normalement adjacent convenu pour sa livraison. C’est à cela que se limite son rôle. Il livre à l’État une quantité définie de la matière à tirer du sol, dans les délais et au prix dont ils vont convenir par contrat. À aucune étape du processus il n’en a la propriété.

Qu’il s’agisse d’or ou de fer, de bauxite ou de gravier, les fluctuations des cours ne sont pas l’affaire de l’exploitant. Fonte, raffinage et autres transformations subséquentes qui en facilitent le stockage ne le regardent pas, à moins qu’il ne s’y intéresse aussi, mais à un autre titre. Son travail d’exploitant d’une entreprise d’extraction est terminé quand la matière première qui était en terre n’y est plus, mais se trouve là où l’État a voulu qu’elle soit. Il vend un service.

La mission du concessionnaire, telle qu’elle est redéfinie ici, est beaucoup plus étroite que celle d’une société minière ou pétrolière actuelle. Elle correspond, en fait, à ses seules activités de production. Elle est plus étroite, mais elle n’est pas nécessairement moins lucrative. L’exploitant est encouragé à améliorer ses procédés de gestion et ses méthodes de production : c’est ainsi qu’il augmentera sa productivité et son profit. Sauf en ce qui a trait à la santé/sécurité des travailleurs et au respect de l’environnement, il peut faire toutes les économies qu’il souhaite.

Il peut – et c’est un point crucial – faire tous les licenciements qu’il juge opportuns. La sécurité d’emploi n’existe plus dans une Nouvelle Société – remplacée par une sécurité totale du revenu – et l’organisation du travail partagé dans une Nouvelle Société ne permet simplement pas une augmentation contraignante de la charge de travail des salariés. Les réductions de personnel se traduisant donc par une productivité accrue et n’ayant pas d’effets négatifs, l’employeur peut faire des licenciements et est même encouragé à en faire le plus possible. On travaille désormais pour produire, on ne produit plus pour travailler.

Une entreprise dont l’État reprend la propriété du sol qu’elle exploite peut accepter de se contenter de ce nouveau rôle, auquel cas elle a l’opportunité, tel que nous le verrons dans un autre texte, d’obtenir pour 5 ans, en présentant une offre de services, le contrat d’exploitation qui lui permettra de poursuivre ses activités. Elle peut aussi choisir de cesser ses opérations et de se départir de ses actifs, à des conditions et selon l’une ou l’autre des modalités que nous verrons aussi plus loin.

L’ONAE a la responsabilité de l’approvisionnement du système de production en produits miniers, incluant les hydrocarbures. Il s’en acquitte en confiant par contrat, à des entreprises privées spécialisées, pétrolières ou minières, des mandats d’extraction. Les contrats accordés sont pour une quantité déterminée a un prix fixe : la quantité que son plan suggère à l’ONAE d’extraire du sol.

Cette quantité correspond, pour chaque matière, à la demande totale estimée des utilisateurs nationaux, à une provision pour constituer un stock de stabilisation et, pour certaines matières dont le pays est exportateur net, à une quantité supplémentaire destinée au marché mondial. Vraisemblablement. elle est supérieure à la demande du marché au moment de la reprise du sol.

Pour certaines matières, le marché est concurrentiel et aucun concessionnaire ne pourrait satisfaire seul cette demande. Il est bon que l’ONAE mette à profit cette situation concurrentielle, non seulement pour obtenir le meilleur prix, mais surtout pour inciter à la plus grande productivité qui finalement conduit à l’enrichissement sociétal.

L’ONAE satisfera ses besoin par une procédure hybride d’appel d’offres et de mise aux enchère que nous allons voir plus en détails.

13 La production aux enchères

Ayant en main une information solide concernant l’offre et la demande nationale et globale, ainsi qu’une estimation des réserves dont il dispose, l’ONAE va accorder des contrats de production à la hauteur des quantité totales des divers produits miniers qu’il souhaite acquérir. Il utilisera une procédure hybride d’appel d’offres et de mise aux enchères.

La procédure de base de l’ONAE pour satisfaire sa demande sera l’appel d’offres quinquennal. À date fixe, à tous les cinq ans, l’ONAE rend publique sa demande pour l’extraction d’une quantité déterminée de chaque matière première au cours des cinq (5) années suivantes, commençant 6 mois après cette publication.

La demande est publiée sur le site Internet de l’État, précisant la quantité mensuelle dont l’État veut recevoir livraison et le prix maximal par tonne qu’il accepte de payer, demandant que les entreprises qualifiées et intéressés lui présentent une offre : quelle quantité de la matière demandée peuvent-elles lui livrer et à quel prix.

Les exigences en termes de compétence, d’expérience et de solvabilité sont clairement identifiées. Les critères d’évaluation de ces offres et la pondération de ces critères sont publiés en même temps que les termes de référence. Le processus est totalement transparent.

Chaque exploitant fait son offre en déposant celle-ci et la caution requise au guichet prévu à cet effet du site Internet de l’État. Toutes les offres soumises sont immédiatement rendues publiques. Chaque soumissionnaire peut présenter plusieurs offres distinctes pour des quantités et à des prix distincts pour diverses dates de livraison. Il s’agit donc, en fait, pour chaque matière dont on veut obtenir l’extraction, de 60 offres mensuelles plutôt que d’une offre quinquennale.

Les soumissionnaires, cependant, afin de ne pas risquer de hiatus dans leur processus de production, ont le choix de rendre l’une ou l’autre de leurs offres conditionnelle à l’acceptation d’une ou de plusieurs autres. Quiconque n’a pas présenté une offre dans les 30 jours suivant l’appel est forclos de le faire par la suite.

Pour ceux qui ont présenté une offre, la démarche de l’ONAE devient à partir de ce moment une mise aux enchères : chacun peut bonifier son offre en changeant les quantités offertes, ou son prix par tonne dans une fourchette de 20% de son prix initial, ou en modifiant l’échelonnement de ses dates de livraison. Il peut le faire à sa guise, en pleine connaissance des propositions de ses concurrents, jusqu’au 5è jour avant que n’expire le délai de trois mois après la publication de l’appel d’offres initial.

Au cours des 5 derniers jours, seuls peuvent être modifiés les prix par tonne. Quand le délai est expiré, l’appel est clos. Pour éviter même l’apparence d’un passe-droit, le site Internet de l’État, à la seconde prévue et sans intervention humaine, cesse simplement d’accepter les propositions.

L’ONAE s’assure que les offres soumises répondent bien à toutes les exigences de l’appel d’offres et accorde des contrats d’exploitation, à la hauteur de la quantité totale qu’il a choisi de faire extraire, à celles des entreprises qui, tout en respectant les critères établis, ont offert de lui fournir la matière au meilleur prix, compte tenu des offres liées dont il faut respecter les conditions. La fourchette des prix se réduira en fin de course. Si la quantité demandée colle d’assez près au potentiel d’extraction des exploitants, le prix tendra vers le plafond fixé par l’ONAE.

Si la quantité demandée est significativement plus faible que la capacité de production, la concurrence sera plus rude. La proposition de l’ONAE, tenant compte de son désir de se constituer des stocks, sera probablement supérieure au départ à ce qu’aurait été la demande d’un marché ouvert dans un système néo-libéral, mais il n’est pas certain qu’il y ait un contrat pour tout le monde. Or, sans un contrat de l’ONAE, le concessionnaire ne peut exploiter. Nous verrons plus loin comment le concessionnaire sans contrat peut se retirer du marché de l’extraction sans être acculé à la ruine.

L’ONAE, en principe, satisfait à tous ses besoins par les contrats d’extraction qui découlent de son appel d’offre quinquennal. En pratique, un événement imprévu peut amener une baisse ou une recrudescence de la demande mondiale pour un temps, ou la pente de l’augmentation à long terme de la demande peut augmenter ou diminuer.

Si la demande chute, L’ONAE a les moyens de laisser simplement ses stocks se gonfler. Si la demande menace de dépasser les quantités dont il peut disposer, toutefois, ou si la tendance à la hausse des prix indique une insuffisance chronique de l’offre sur la demande qu’une simple variation des stocks qu’il a accumulés risque de ne pouvoir contrôler, l’ONAE peut vouloir augmenter ses volumes d’extraction.
En ce cas, l’ONAE peut lancer en tout temps un appel d’offres exceptionnel. Suite à cet appel d’offres, il accorde un ou plusieurs nouveaux contrats pour obtenir la quantité supplémentaire de la matière qui lui semble requise pour rétablir ses stocks et l’équilibre du marché.

S’il estime qu’il s’agit d’une tendance lourde et que la production doit être accrue de façon permanente, l’ONAE procède exactement de la même façon que pour l’appel quinquennal, la durée du contrat étant cependant prolongée de telle sorte que le terme en coïncide avec celui des contrats qui seront accordés lors du prochain appel d’offre quinquennal.

Si, cependant, il prévoit que l’augmentation de la demande est strictement conjoncturelle et à court terme, il limite son invitation aux exploitants déjà sous contrat et aux nouveaux intervenants qui souhaiteraient remettre en marche certaines des exploitations que l’ONAE a acquises au moment de la reprise des sols et dont personne n’a souhaité faire l’exploitation. En ce cas, il suit les mêmes règles que lors de l’appel quinquennal, mais à cette distinction près que la durée du contrat peut être plus courte et que le plafond du prix par tonne extraite que l’ONAE accepte de payer sera normalement plus élevé.

14.Le soumissionnaire impromptu

Dans une situation concurrentielle, si la capacité de production est égale à la demande ou l’excède, l’ONAE n’a que l’embarras du choix de ses fournisseurs. Ce seront naturellement les ex-propriétaires devenus concessionnaires qui seront les premiers sur les rangs pour obtenir ces contrats de production. Possédant déjà l’équipement, la main-d’oeuvre et la connaissance du terrain, ils seront en position privilégiée pour obtenir ces contrats, mais il n’est pas sûr qu’ils les obtiennent.

L’ONAE invitera les ex-propriétaires devenus concessionnaires du sous-secteur « extraction » à présenter leurs offres et le soumissionnaire–type sera certes un ci-devant propriétaire, capable satisfaire aux conditions de son offre à partir de tout ce dont il dispose encore pour exploiter les ressources qu’il exploitait avant la reprise par l’État et dont on lui a concédé l’usage. Mais il ne sera pas seul….

Nous avons parlé ailleurs des frontières qui s’estompent entre branches d’activité, phénomène qui accompagne l’autonomie croissante des travailleurs devenant entrepreneurs et donc autant d’agents libre. Une évolution que rend encore plus significative la disponibilité des capitaux qui suivra le remboursement de la dette publique.

De nouveaux joueurs, qui auront la compétence administrative, la crédibilité financière et la possibilité de recruter les ressources techniques nécessaires, pourront venir de toutes les galaxies de la nébuleuse production pour soumissionner et obtenir les contrats de fourniture à l’ONAE.

Théoriquement, le nombre des soumissionnaires sera illimité et l’ONAE sera tout à fait ouvert pour accueillir avec sympathie, d’où qu’elles viennent, les offres de services pour l’obtention de ces contrats d’extraction, car il utilisera la position de force que lui donnera ce grand nombres de propositions pour imposer une amélioration constante de l’efficacité.

Le soumissionnaire qui vient d’ailleurs, possédant la compétence en gestion et les ressources financières requises, mais se présentant sans être concessionnaire et sans disposer d’une capacité de production dans le secteur minier, a deux (2) options:

La première est de demander à exploiter en concession un de ces gisements dont les nouveaux mécanismes de prospection mis en place auront permis de connaître les avantages; si son offre est acceptée, il obtiendra simultanément pour 5 ans, le contrat d’exploitation et la concession du sol encore vierge qu’il convoite.

Il pourra aussi, plus brutalement, présenter un offre conditionnelle prévoyant l’acquisition de l’équipement, du mobilier, des contrats de travail et des droits d’exploitation d’un concessionnaire en place. Si, suite au processus d’appel d’offres quinquennal ou exceptionnel, son offre est de celles qui sont retenues, il pourra, afin de pouvoir honorer selon les termes de son offre de services le contrat de production qui lui est alors accordé sous condition suspensive, disposer d’un délai de 60 jours après l’adjudication pour acquérir la capacité de production d’un concessionnaire dont l’offre de services a été refusée.

Le nouvel acquéreur sera bien accueilli, car un contrat de l’ONAE est le seul contrat qu’une compagnie minière puisse obtenir. L’État qui lance un appel d’offres n’est pas un acheteur du produit, car il est déjà propriétaire de la matière brute. L’ONAE n’achète du concessionnaire exploitant que le service de l’extraire. C’est l’objet unique du contrat.

Si le concessionnaire n’a pas ce contrat, il doit cesser de l’extraire, car s’il l’extrait sans contrat et sans remettre cette matière à l’ONAE, cherchant alors à écouler sa production hors système, c’est un vol. Le soumissionnaire qui ne peut offrir un prix concurrentiel et obtenir un contrat de production de l’ONAE est donc de fait exclus de toute production légale et est condamné à disparaître… à moins qu’une nouvelle administration ne prenne charge qui a pu, elle, obtenir un contrat.

C’est bien le résultat visé, car on comprend qu’il s’agit d’un mécanisme qui élimine progressivement les concessionnaires qui n’ont pu offrir les meilleurs prix à l’ONAE – et dont on présume que, quelles qu’en soient les raisons, ils sont les moins performants – et les remplace par de nouveaux qu’on présume plus dynamiques. C’est par cette exclusion de ceux qui ne font pas le poids et leur remplacement continu par de nouveaux joueurs plus efficaces que le système se régénère et progresse. Indéfiniment.

Les exigences de l’entreprise qui n’a pas eu de contrat seront donc vraisemblablement raisonnables et celui qui veut l’acquérir pourra le faire de gré à gré. Ce ne sera qu’une variante Ceteris paribus du principe de Offre de Vente Irrévocable (OVI) qui est l’un des principes de base de la politique fiscale d’une Nouvelle Société et qui permet la prise de contrôle de toute entreprise par un gestionnaire disposant d’un appui financier suffisant et qui croit pouvoir la gérer mieux que ses gestionnaires actuels.

S’il n’y a pas entente entre eux, toutefois, la valeur ayant été manipulée pour prévenir justement cette occurrence, une évaluation judiciaire en déterminera le juste prix. Comme toute procédure en justice dans une Nouvelle Société, elle aura sa conclusion sans délai et toutes affaires cessantes,

Une forme d’expropriation, en fait, mais le changement de gestionnaires découle en pratique de l’obtention d’un contrat de l’ONAE. Cette approche est ici d’autant plus féconde qu’elle permet de résoudre aussi le problème de la concurrence dans les branches de production où il n’existe qu’un seul exploitant au moment de la reprise des sols.

Si dans ce cas l’État expropriait cet exploitant unique et produisait lui-même, la situation n’en demeurerait pas moins monopolistique et donc bien peu motivante. L’État pourrait aussi mettre alors en place une capacité de production alternative, mais cette solution serait le plus souvent injustifiée, compte tenu de la taille du marché et des économies d’échelles. De plus, elle exigerait du temps, situation d’autant plus difficile que l’État n’y connaît rien et qu’on peut penser que, les ressources expertes necessaires étant déjà sous contrat les accroître serait mal avisé.

Si, plutôt que ces solutions insatisfaisantes, on facilite la prise de contrôle d’une entreprise peu performante par quiconque veut en prendre le risque et a la crédibilité pour le faire, on a une solution plus élégante. C’est ce que fera toujours une Nouvelle Société, dans tous les secteurs. le couperet tombera simplement plus vite dans le secteur des produits miniers, dans le cadre des contrats d’approvisionnement de l’ONAE,

15.OVI et expropriation de complaisance

Certains propriétaire devenus concessionnaires ne pourront pas faire une offre acceptable et obtenir un contrat. Surtout si de nouveaux exploitants se manifestent, anxieux de mettre en activité des gisements plus rentables découverts par les prospecteurs. Que certaines entreprises moins productives disparaissent n’est pas une catastrophe, mais l’Etat doit minimiser les dommages créés par sa politique. Elle le fait par une intervention en deux temps.

Dans un premier temps, le concessionnaire sans contrat, se voit accorder trente (30) jours pour vendre son exploitation à qui il veut et sortir du marché de l’extraction. mais il y a une autre voie. Toute entreprise et chaque citoyen d’une Nouvelle Société, doit fixer puis ajuster périodiquement la valeur fiscale des biens de son patrimoine : c’est sur cette valeuzl’impôt sur le capital qui est l’outil fiscal de base d’une Nouvelle Société. Chacun est libre,,,, mais fixer cette valeur fiscale constitue une OFFRE DE VENTE IRRÉVOCABLE (OVI) du bien évalué et quiconque le souhaite peut l’acquérir à ce prix.

Lorsqu’un concessionnaire n’a pu obtenir de contrat d’exploitation, il peut fixer au prix qui lui convient la valeur fiscale de son entreprise et en rendre ainsi l’achat attrayant pour un acquéreur éventuel. Il le peut parce que l’ONAE dans le but avoué d’aider les perdants de son appel d’offres, accepte automatiquement d’accorder un contrat d’extraction de cinq ans au nouvel acquéreur, pour les quantités correspondant aux volumes de production des cinq (5) dernières années de l’entreprise acquise, au prix par tonne le plus bas payé par l’ONAE pour l’extraction de cette la matière lors de son appel quinquennal.

Pourquoi un acheteur se manifesterait-il à ces conditions ? Parce que pouvant jouir d’un contrat à prix ferme, il peut calculer si les améliorations qu’il pourrait apporter à la gestion et aux opérations opérations de l’entreprise qu’il acquiert lui permettront d’amortir ses investissements et de tirer un profit acceptable de son acquisition. S’il s’était manifesté avant l’appel d’offres, il aurait dû encourir les frais de préparation de son offre sans garantie de succès. Surtout, le prix que lui aurait fait le concessionnaire en place aurait normalement inclus une valeur pour son droit d’usage. Le concessionnaire qui n’a pas obtenu de contrat à l’appel quinquennal est forcément plus conciliant.

Il y a encore un autre scénario. Voyant le plus bas prix auquel l’ONAE rémunère finalement les fournisseurs de la matière qu’il offre – et considérant les investissements qu’il devrait y mettre pour que son exploitation soit rentable à ce prix – un concessionnaire peut susciter un rachat amical plutôt qu’hostile.

Les responsables de la Division des opérations de l’entreprise, par exemple, ayant la compétence requise, peuvent avec l’appui financier de celle-ci, se constituer en corporation et présenter une offre sous une autre raison sociale pour en faire le rachat. L’État n’a pas à intervenir dans la relation entre l’entreprise qui cesse ses opérations et la nouvelle corporation et ne considèrera pas cette opération comme indélicate. Que la nouvelle entreprise exécute son contrat et l’objectif de l’ONAE est atteint.

Si cette hypothèse d’un rachat par OVI ou de gré à gré ne se réalise pas, le concessionnaire doit se départir de son exploitation à des conditions moins avantageuses, mais qui ne signifient pas non plus sa ruine. Si, 30 jours après l’appel quinquennal, le concessionnaire n’a pas cédé son exploitation et que l’ONAE n’a donc pas reçu de demande pour l’octroi d’un contrat d’extraction aux conditions décrites ci-dessus, le concessionnaire peut demander à l’ONAE qu’elle reprenne en bloc son exploitation ,incluant immeubles et meubles à leur valeur aux au livre en date de la reprise de propriété par l’État pour les gisements pour lesquels elle avait une concession et dont l’exploitation n’a pas encore débuté, mais non pour ceux dont elle avait choisi d’abandonné l’exploitation

Cette solution est une aubaine pour une entreprise à qui son équipement désuet ou ses gisements à faible teneur ne semblent plus permettre d’être concurrentielle. Elle touche ainsi un montant inespéré pour des dépenses faites il y a longtemps et un capital fixe sans grande valeur. Il s’agit, en somme, d’une mesure caritative, exemple de la volonté d’une Nouvelle Société de transformer la société en ne lésant personne.

Les exploitations acquises de cette façon sont mises aux enchères, leur achat étant assorti d’un contrat d’exploitation de cinq (5) ans, accordé par l’ONAE pour une quantité ne pouvant excéder le volume de production des cinq (5) dernières années de l’entreprise acquise, mais pouvant lui être inférieur à la demande de l’acquéreur. Le prix par tonne extraite offert par l’ONAE au nouvel acquéreur est inférieur de 5% au prix le moins élevé dont l’ONAE a pu bénéficier lors de l’appel quinquennal.

Cette proposition peut intéresser un acheteur qui, diminuant sa production, entend brader une partie de l’équipement qu’il obtient, et/ou pense rentabiliser ses opérations en concentrant l’extraction sur une partie seulement des gisements. La mise à prix est fixée au prix payé pour les immeubles et équipements du concessionnaire partant, excluant ses frais de prospection.

S’il n’y a pas preneur à ce prix, l’ONAE selon son analyse du potentiel de l’exploitation, peut : a) fermer l’exploitation et en vendre l’équipement pièce par pièce, ou b) la mettre en veilleuse dans l’espoir de la remettre en marché plus tard à des conditions différentes, peut-être dans le cadre d’un appel d’offres exceptionnel.

16. Ressources en transition

L’extraction des ressources minières a sa logique et sa logistique propres qu’il faut respecter. C’est pour le faire, entre autres, tenant le processus à l’abri des pressions et des contraintes conjoncturelles manipulées par le supposé « marche libre », que l’ONAE va prendre charge.

Une partie importante de sa ligne de défense contre la spéculation consiste en la constitution de stocks. L’ONAE détermine en chaque cas sous quelle forme il est le plus pratique de conserver les stocks de métaux qu’il juge adéquat. De même pour le pétrole qu’on peut raffiner et le gaz qu’on peut liquéfier. C’est affaire d’opportunité.

Selon le type d’exploitation, le minerai doit être traité sur place ou peut l’être à des milliers de kilomètres de son lieu d’extraction. Extraire la bauxite ici ou là, par exemple, ne conditionne pas la localisation des usines/raffineries d’aluminium. Il y a un travail important qui visera à transformer un peu les ressources pour les mettre en la forme qu’on aura choisie.

Quel que soit le choix posé et même si c’est apparemment le concessionnaire lui-même qui obtient le contrat pour cette première transformation – une situation que l’intégration verticale actuelle du secteur minier ne rendrait pas inusitée – ce serait toujours sous une autre identité corporative qu’il devrait alors assumer la responsabilité de cette opération subséquente.

Le contrat du concessionnaire exploitant du secteur minier est exécuté quand l’extraction est complétée. L’opération suivante en aval peut être confiée aux mêmes individus comme à tout autre sous-traitant, mais elle est négociée et rémunérée par l’ONAE comme un service totalement distinct.

On ne veut pas d’une intégration verticale affichée qui donnerait un monopole et un pouvoir démesuré à des intérêts privés. On sait qu’il est impossible d’interdire les apparentements, mais si le comportement des acteurs était tel qu’on puisse soupçonner collusion, l’État agirait avec fermeté pour décourager cette intégration malvenue.

On le ferait sans trop de peine. puisque, dans tous les cas, la propriété de la matière première demeure acquise à l’ONAE en cours de traitement. La matière brute extraite demeure la propriété de l’ONAE, même entre les mains de l’entreprise qui en assure ainsi la première transformation. Pour justifier que l’État maintienne sa propriété de la ressource, le produit ainsi en traitement sera considéré demeurer une simple matière première à l’état brut.

Dans certains pays, les entreprises capables d’offrir cette transformation de transition de la ressource brute sont assez nombreuses pour que l’ONAE puisse accorder ces contrats de traitement du minerai par appel d’offres. On le fera alors, dans le cadre d’une entente quinquennale, adossée à l’entente de même durée entre l’ONAE et son ou ses concessionnaires exploitants.

Lorsqu’il n’y a qu’une entreprise capable d’offrir cette transformation de transition, l’État ne renoncera pas à une situation de concurrence. Par l’entremise d’une Société de Gestion des Entreprises d’État (SGEE), dont nous voyons le rôle ailleurs, cette entreprise unique sera expropriée à sa valeur fiscale déclarée. Il n’y a pas à lier cette expropriation à la justification de reprendre une ressource naturelle; la logique en est simplement de ne pas permettre une dépendance de l’État face à un monopole privé. C’est l’avantage d’une valeur fiscale déclarée qui devient Offre de Vente Irrévocable.

L’Etat repartit les actifs de l’entreprise expropriée en lots, chaque lot constituant un tout cohérent susceptible d’être exploité, et vend ces lots aux enchères, au prix qui permet de récupérer le montant de l’expropriation. Ce processus de création artificielle d’un marché concurrentiel est une possibilité réelle et il y a eu des précédents, dont le cas historique a été celui de Standard Oil, suivi plus récemment de celui de Bell, la menace d’en faire autant pour Microsoft n’ayant jamais été tout à fait écartée.

Une solution de morcellement, donc, tout à fait plausible. Si le volume d’activité national le justifie et que plusieurs entreprises de ce genre semblemt pouvoir coexister et être rentables en se faisant une concurrence normale, de nouvelles entreprises naîtront. Parfois, toutefois, le volume d’extraction à traiter sera trop restreint pour qu’on puisse espérer créer une situation de concurrence viable et il n’y aura pas preneurs pour ces lots.

L’État n’aura pas alors à renoncer à la création d’une situation concurrentielle. La solution sera que la SGEE gère elle-même l’entreprise expropriée, constituant simplement en son sein des unités de travail dont la rémunération de chacune sera liée à sa productivité. Dans une structure de production où, comme nous le voyons ailleurs, les entreprises naissent normalement d’équipes qui se forment au sein des compagnies existantes, ce procédé de gestation assistée n’aura rien d’incongru. Cette démarche permet de recréer au sein de l’entreprise monopolistique, même sous contrôle de l’État, la motivation et le désir d’innovation qui sont les principaux avantages propres à une situation de concurrence naturelle.

Pendant sa transformation initiale de transition, la matière première demeure la propriété de l’ONAE. Quand le traitement est terminé, la matière sous sa nouvelle forme est incorporée aux stocks de l’ONAE et elle y reste jusqu’à ce que l’ONAE la vende à un producteur national ou l’écoule sur le marché mondial.

La matière ne sera présumée avoir fait son entrée au secteur secondaire pour y être transformée que lorsqu’elle aura été acquise par une industrie de transformation crédible en aval souhaitant de bonne foi – et on s’en assurera – obtenir la matière pour y ajouter une valeur-travail significative.

Pourquoi cette exigence d’y ajouter une valeur significative ? Parce que si la valeur ajoutée est dérisoire, une société privée nationale – ou pire étrangère ! – pourrait acquérir une quantité importante du métal qu’elle convoite – (sous couvert par exemple de fondre et mouler de petites Tour Eiffel en métal !) – et le garder simplement en stock sous cette forme.

Il serait trop facile, par ce subterfuge, de recréer une situation de monopole, permettant la spéculation que la propriété étatique des ressources naturelle aurait été mise en place pour éviter. La propriété de la matière première ne sera donc cédée définitivement par l’ONAE que quand la preuve aura été faite qu’on y a ajouté une valeur-travail significative.

17. L’ONAE commerçant

Le but premier de l’ONAE gérant les ressources minières n’est pas d’en tirer un profit, assumant le rôle d’un spéculateur qui y détient une position dominante ; c’est de répondre de la façon la plus efficace aux besoins des industries nationales de transformation, ces besoins étant déterminés en remontant de la demande finale à la demande pour les matières premières, à travers toute la structure de consommation intermédiaire.

Comme fournisseur universel des entreprises nationales de transformation, l’ONAE ne veut pas assumer une position monopolistique. Il contrôle la production nationale, mais toute entreprise peut à son gré, sans avoir à en demander l’autorisation à qui que ce soit et sans avoir à payer de droits d’importation, acheter ses matières premières du fournisseur étranger de son choix.

Pour toute matière dont le pays est producteur en quantité suffisante pour ses besoins, toutefois, les prix de ONAE seront normalement les plus bas puisqu’il ne se permet d’autre marge que celle correspondant à ses frais de gestion. L’entreprise qui veut s’approvisionner auprès de l’ONAE, cependant, doit passer un contrat à terme d’au moins un an, pour une quantité déterminée et à un prix ferme convenu.

Ce contrat est irrévocable. L’utilisateur recevra la quantité convenue de la matière au prix convenu, mais il n’en recevra pas d’autre à ce prix. Si dans le cours de ses activités il demande à l’ONAE un approvisionnement complémentaire, celui-ci le lui accordera dans toute la mesure du possible, mais l’utilisateur le payera au prix du marché mondial au jour de sa demande.

Ceci exigera de l’utilisateur qu’il fasse un choix d’équilibre entre; a) une demande à l’ONAE qui pourra certainement satisfaire tous ses besoins à meilleur prix, mais pourra parfois l’obliger à maintenir lui-même un stock, et b) une demande minimale lui permettant de fonctionner « just-on-time », mais le laissant en partie vulnérable aux aléas du marché.

Six (6) mois avant l’expiration de son contrat annuel, l’utilisateur doit renégocier avec l’ONAE son approvisionnement pour l’année suivante. S’il néglige de le faire, les premières livraisons n’auront lieu que six (6) mois après qu’une entente sera intervenue. La négociation d’un nouveau contrat d’approvisionnement avec l’ONAE sera la plupart du temps une formalité.

Si, toutefois, la quantité que demande une entreprise est significativement supérieure à sa demande de l’année précédente, il sera exigé d’elle une déclaration à l’effet que toute la quantité demandée est pour sa propre production, qu’aucune partie n’en sera revendue à l’état brut et qu’aucun produit dont cette matière est la composante essentielle ne sera vendu dont la valeur ajoutée par le travail de l’entreprise ne soit au moins égale à celle de la matière elle-même.

Pourquoi cette restriction ? Parce que, dans le cours de ses activités, l’ONAE obtiendra des matières premières d’importation dont elle deviendra distributrice sur le marché national. Dans ces efforts pour en régulariser le cours au profit des producteurs nationaux, elle pourra parfois les leur offrir à un prix inférieur à celui du marché mondial. Il n’est pas question que des producteurs abusent de cette situation pour devenir eux-mêmes partie prenante de la spéculation dont on veut les protéger

Ayant en main les contrats fermes des utilisateurs nationaux, l’ONAE peut déterminer avec plus de précision les quantités de chaque matière qu’il doit faire extraire. Dans une Nouvelle Société globale, l’Office des Produit Miniers n’aurait qu’à ajuster ses activités d’extraction à cette demande finale suivant sa lecture continue des indicateurs des échanges interindustriels, et tout serait dit. On corrigerait les erreurs d’estimation le plus vite possible, celles-ci n’ayant cependant pas d’autres conséquences qu’une augmentation ou une diminution des stocks que maintient l’État comme élément essentiel de sa stratégie.

Dans une Nouvelle Société établie à l’échelle d’un seul État, cependant il faut aussi composer aussi avec les contraintes d’un marché qui, tout au moins au départ, est encore soumis aux diktats des maîtres du Système néo-libéral actuel. Comment respecter les règles d’une production équilibrée, dans un contexte où les plus gros joueurs font tout pour créer des déséquilibres ?

Tout dépend naturellement du pays où s’installe une Nouvelle Société. Les pays puissants comme la Russie, la Chine, les USA, l’Europe le peuvent sans difficulté. Même des pays d’importance modeste peuvent le faire, s’ils sont grands producteurs de matières premières, comme le Canada, le Brésil, l’Australie.
Les autres pays le peuvent, s’ils ont le niveau de développement nécessaire, en adoptant une attitude pragmatique. Ils ne doivent pas s’attirer d’attaques concertées venant de plus fort qu’eux. Une Nouvelle Société y tire son épingle du jeu en s’appuyant sur la force que lui donne le soutien massif de sa population et l’efficacité supérieure de ses procédés de gestion et de production.

Elle cherche à se maintenir loin de la spéculation. Sur le marché mondial, tout en prenant garde de ne pas devenir dépendante d’un seul client ou d’un seul fournisseur, elle privilégie la vente en bloc de ses excédents par des contrats de longue durée négociés d’Etat à État, ce qui lui permet de régulariser encore davantage ses rythmes de production. En toute priorité, d’ailleurs, elle tente d’établir des accords de troc, obtenant en paiement des matières qu’elle livre et dont elle a un surplus les quantités nécessaires des matières dont sa production ne suffit pas à satisfaire la demande nationale.

Quant au petit pays sous-développé qui se retrouve exportateur sur le marché mondial d’une matière première, même indispensable – Congo, Zambie, etc – il peut nationaliser ses ressources, mais, ne nous leurrons pas, il ne peut pas mettre en place un ONAE efficace. C’est seulement quand sera en place une Nouvelle Société globale que viendra pour lui le moment d’en profiter

En attendant, il doit pactiser avec le Système tant que celui-ci est le plus fort, cherchant à limiter la corruption et à stabiliser par des opérations de troc la demande et l’offre de matières premières pour ses producteurs nationaux. Il doit participer aux alliances qui lui semblent opportunes, utiliser les armes de ses adversaires chaque fois que nécessaire… et n’avoir jamais la naïveté de la franchise dans un monde menteur.

18. L’Office national des produits agraires (ONPA)

L’agriculture et l’élevage sont deux activités bien distinctes et peuvent constituer deux sous-secteurs différents. Les rivalités entre éleveurs et cultivateurs ont d’ailleurs fourni le scénario d’au moins la moitié des films Western et le prétexte à un nombre significatif des guerres de l’Histoire. Sans parler des luttes de la préhistoire, dont on peut supposer que la plupart ont opposé des sédentaires protégeant leurs champs à des nomades voulant y faire passer leurs troupeaux. Même aujourd’hui, dans certaines régions du Brésil, de l’Argentine, de l’Ethiopie et du Sahel, la paix entre éleveurs et cultivateurs est loin d’être faite.

Ces antagonismes, cependant, ne militent pas en faveur de la création de deux Offices distincts s’occupant l’un de l’agriculture et l’autre de l’élevage. C’est en les réunissant en une seule structure administrative qu’on parviendra le mieux à les départager lorsqu’ils s’affrontent, et qu’on pourra plus facilement hiérarchiser l’allocation fine des sols aux usages qui en optimisent la rentabilité. On peut d’autant plus facilement réunir ces deux sous-secteurs, qu’on doit appliquer à l’un comme à l’autre une même politique de rationalisation de la production et de soutien à la commercialisation.

Le premier défi de l’État dans les sous-secteurs agriculture et élevage est de gérer la production traditionnelle, mais d’autres types de production seront sous l’égide de ONPA, par analogie ou simple commodité. Il ne faut pas oublier l’impact qui ira grandissant dans les pays développés des méthodes de cultures intensives : culture en serres, hydroponique, etc. Il faut se souvenir, aussi, que l’élevage n’est pas seulement l’image d’Épinal du gaucho dans la pampa…. Quand on définit l’élevage, dans une Nouvelle Société, on y inclut naturellement l’élevage des porcins et l’aviculture, l’apiculture, la sériciculture, toutes techniques où l’usage du sol peut être différent.

Les politiques d’une Nouvelle Société sont conçues pour être globales… mais sont élaborées pour des pays développés. Une approche qui ne signifie pas que les pays qui ne sont pas développés sont laissés pour compte, mais simplement que des mesures qui ne sont pas propres à la vision NS du monde, mais de simple bon sens, doivent d’abord être appliquées dans le tiers-monde pour l’amener au seuil de développement à partir duquel les principes d’une Nouvelle Société peuvent être mis en application.

Nous parlerons donc d’abord du fonctionnement de l’ONPA en pays développés, mais nous reviendrons ensuite exceptionnellement, dans un texte suivant, sur les implications que peut avoir pour les pays sous-développés une application partielle des principes d’une ONPA, puisque c’est là que la rationalisation des politiques agraires aura le plus d’impact, non seulement pour eux, mais pour le monde entier.

Dans les pays développés, les « nouveaux paysans » sont une rareté et seul un engouement durable pour la vie eu grand air, dans une situation où le travail à domicile devient plus facile, pourrait créer une demande pour un retour à la terre. Les sols cultivables sont déjà cultivés et, si les lois du marché et la démographie n’ont pas mené à leur urbanisation, ils sont déjà cultivés de façon productive. La reprise par l’État de la propriété des sols utilisés pour l’agriculture et l’élevage en pays développés n’est donc, la plupart du temps qu’une opération comptable : la propriété passe, mais la possession demeure.

L’exploitation est confiée au propriétaire actuel s’il le désire et il n’a à payer que l’impôt sur le capital correspondant à la valeur qu’il fixe lui-même à son entreprise…. sous l’épée de Damocles de la règle de l’OVI qui fait de cette valeur fiscale le prix de vente qu’il convient d’accepter pour cette entreprise. L’exploitant reçoit les subventions liées à la production que nous verrons ailleurs. La reprise de propriété du sol par l’État se traduit donc, pour l’agriculteur ou l’éleveur d’un pays développé, par une amélioration nette de sa condition.

Le but concret que vise une Nouvelle Société nationale – (non globale) – est d’amener sans contrainte les producteurs à produire, au vu des besoins nationaux et des opportunités d’exportation, ce que l’État considère comme la gamme la plus rentable de produits, en quantité, type et qualité. En pays développés, la productivité est l’alpha et l’oméga de la politique agricole et n’est soumise à d’autres contraintes que le respect de l’environnement et du patrimoine.

LA DGAT n’oblige pas le propriétaire devenu concessionnaire à modifier la destination de son exploitation au moment de la reprise, lui interdisant seulement d’en changer par la suite sans y être autorisé. Le contrôle de l’État sur les productions agraires que gère l’ONPA ne s’exerce donc pas uniquement par sa reprise de la nue-propriété des terres, mais aussi et surtout par son action au palier de la distribution. La reprise du sol et la concession de droits d’usage est l’affaire de la DGAT, mais quant les règles ont été faites et les documents signés, se sont les Offices Nationaux spécifiques – ici, l’ONPA – qui s’occupent des achats et distribution des produits eux-mêmes.

L’ONPA met en place une structure d’assistance technique et financière aux exploitants au palier de la production, mais surtout de la commercialisation des produits. L’ONPA intervient comme expert-conseil et aussi comme banquier, pour mettre le crédit nécessaire à la disposition de ceux qui veulent s’établir et produire. Il intervient comme acheteur et distributeur, enfin, pour que producteurs comme consommateurs soient traités équitablement. Dans une Nouvelle Société, l’État est le principal acheteur et distributeur de la production agricole.

Notons que, contrairement au sous-secteur des produits miniers, où L’ONAE est le meneur de jeu, l’État par le biais de l’ONPA ne joue dans les secteurs agraires qu’un rôle auxiliaire. Sauf si l’exploitant a reçu pour s’établir une aide financière de l’État, les conseils qui lui sont donnés sont des recommandations, pas des directives. Il peut aussi, à son gré, accepter ou refuser les offres d’achat de sa production qu’on lui soumet.

La ressource exploitée est ici renouvelable, des mécanismes de distribution adéquats en assurent l’abondance et c’est l’entrepreneur qui porte le poids de ses erreurs. À moins d’une catastrophe créant une pénurie, l’exploitant qui paye son impot sur le capital doit pouvoir faire ce qui lui plait.

19. La production agraire guidée

Le propriétaire devenu concessionnaire peut prendre les décisions qui lui plaisent quant à l’utilisation des sols, sous réserve de ne pas en changer la destination d’origine dont la DGAT a fait le constat en lui accordant sa concession. L’ONPA, toutefois, lui donnera des conseils et il aurait tout intérêt à les suivre, car elle s’y connaît mieux que lui. Ce n’est pas que la problématique de l’utilisation des sols pour l’agriculture et élevage soit complexe : elle est simple. Considérant la demande et les prix relatifs des produits agraires ainsi que la capacité des sols, il faut consacrer à chaque production les espaces qui optimisent la satisfaction des besoins collectifs et le revenu de l’exploitant.

La difficulté traditionnelle, c’est que l’exploitant, à l’exception de la transnationale qui contrôle une monoculture, ne sait pas évaluer la demande et les prix et n’a d’ailleurs pas les renseignements nécessaires pour le faire. Il peut encore moins en prévoir les variations, non plus que celles des coûts de transports et autres éléments pertinents. Ce que l’exploitant ne sait pas faire, l’ONPA le sait.

L’ONPA d’une Nouvelle Société peut estimer la demande nationale et internationale. Il peut prévoir l’évolution des prix d’autant mieux qu’il contribue lui-même pour une bonne part à les établir sur le marché national et dispose des contacts pour suivre leur évolution sur les marchés mondiaux des denrées. L’ONPA dispose de l’expertise pour traduire son estimation de la demande pour les produits d’agriculture et d’élevage en une affectation idéale du sol aux divers types de culture et aux divers type d’élevage pour optimiser la rentabilité de la production.

Dans une Nouvelle Société, ces estimations de l’ONPA sont du domaine public et l’ONPA met à la disposition du producteur des conseillers pour le guider dans ses choix. Les messages et conseils de l’ONPA sont publiés, diffusés, expliqués aux exploitants par des conseillers, agronomes chevronnés. Pour le propriétaire devenu concessionaire et qui exploite une terre qui lui appartenait, elles ne constituent pas des ordres, mais des recommandations. Libre à lui de cultiver le trèfle là où pousseraient des asperges ou de laisser brouter ses chèvres sur des terres qui supporteraient une culture maraîchère. Il pourra vendre sa production à l’État ou la commercialiser lui-même, pour autant qu’il acquitte l’impôt sur la valeur fiscale qu’il a fixée à ses lots.

Évidemment, s’il fait tout à l’envers il fera moins de profit. C’est son droit. Si, toutefois, il méjuge de la valeur de son exploitation parce qu’il en tire peu de profit et lui fixe une valeur fiscale inférieure à sa valeur marchande, il risque bien que quelqu’un lui en offre le prix et en devienne acquéreur. Avec le temps, les terres dont l’affectation ne colle pas au plan optimisé de l’État et n’est pas efficace changeront de mains et seront utilisées ensuite de façon plus conforme. Parce que l’ONPA connait mieux, elle en arrivera peu à peu, en informant, à déterminer l’usage des sols qui lui semble optimal.

Si l’ex-proprio du sol préfère en renoncer à l’usage plutôt que d’en demeurer concessionnaire et d’en acquitter l’impôt sur le capital, c’est la DGAT qui détermine la nouvelle affectation des terres.. Elles ne sont concédées à un nouvel exploitant que sous condition contraignante de l’usage qu’il en fera. Même chose si un nouvel exploitant l’obtient contre valeur de l’ex-propriétaire devenu concessionnaire, mais que c’est l’ONPA qui lui prête la somme requise pour l’acquérir

Le rôle de conseil de l’ONPA ne se limite pas à recommander les types de cultures à privilégier. Il y a aussi l’information qu’il diffuse par la distribution de brochures – et en continu sur Internet, en mode interactif – concernant, les engrais, les pesticides, la rotation des cultures, etc. Compte tenu de l’importance d’optimiser la production agricole et de la catastrophe financière que représente une épizootie, chaque producteur a toujours accès gratuitement aux services d’un vétérinaire et d’un agronome.

C’est l’exploitant qui choisit ces professionnels, mais leurs services sont rémunérés par l’ONPA qui en intègre le coût à sa structure de prix. Ils le sont selon le même principe de paiement par capitation qu’une Nouvelle Société utilise pour financer la Santé, l’Éducation et autres services, c’est-à-dire sans égard au temps d’intervention ni à la condition du sujet traité, mais en fonction d’un prix forfaitaire annuel. Ici, c’est un prix par hectare variant selon le type de culture ou par tête de bétail selon le type d’élevage.

L’ONPA a aussi un rôle de banquier, pour financer l’achat ou la location, par un producteur ou un groupe de producteurs, de l’équipement de pointe qui est la condition sine qua non de la rentabilité en agriculture/élevage. L’ONPA peut le faire, parce qu’il contrôle toutes les variables qui garantissent le remboursement du prêt. La récolte du producteur sera achetée par l’ONPA à un prix qui en garantit la rentabilité, le remboursement dû sur la somme qu’on lui a prêtée pour son fonds de roulement initial sera prélevé à la source du prix payé pour sa récolte et n’en représentera jamais plus de 10%.

La récolte sera pleinement assurée contre tous les risques. L’OPNA joue ce rôle d’assureur, même contre les risques liés aux intempéries et aux cas de force majeure que les compagnies d’assurances traditionnelles hésitent à couvrir : inondations, séismes, etc. L’ONPA peut le faire, parce que l’État lui en fournit les fonds au besoin, s’autorisant de la solidarité qui est le ciment d’une société pour privilégier la dimension sociale plutôt que la stricte rentabilité de chaque opération.

L’avantage pour l’agriculteur de cette production guidée est évident. Il peut emprunter ce dont il a besoin directement de l’ONPA, sur la seule garantie de sa crédibilité de concessionnaire exploitant et du contrat de vente de sa récolte à l’ONPA. Finis, pour lui, les problèmes de financement ; il n’a plus qu’a faire son boulot : produire.

20. Le monopsone bienveillant

L’ONPA est l’acheteur universel des produits des sous-secteurs agriculture/élevage. Au contraire du secteur minier, où il est ab initio le propriétaire et où il n’a à payer à l’exploitant que le service de le transformer, il est ici l’acheteur d’un produit dont c’est la valeur ajoutée par l’exploitant comme entrepreneur qui est la composante principale. Sauf si la concession a été accordée à un exploitant qui n’y avait aucun droit antérieur ou si l’ONPA lui a consenti un prêt, l’exploitant reste pourtant libre d’accepter ou de refuser cette offre d’achat de l’ONPA.

L’État se porte en principe acquéreur de toute la production, en exécution de contrats conclus avant même que la production n’ait débuté et que quoi que ce soit n’ait été investi pour la produire. Il l’achète à un prix fixé de telle manière qu’il soit suffisant pour rembourser toutes les dépenses que le producteur a dû faire pour produire et que soit rémunéré adéquatement le travail que celui-ci a apporté à cette production. Le processus d’achat passe par les étapes suivantes.

Une fois l’an, à une date fixe qu’il juge opportune, mais toujours la même, l’ONPA divulgue avec transparence sa politique et ses intentions dans un rapport annuel. Il y ajoute des commentaires quant aux cultures dont il souhaite à terme diminuer ou augmenter le volume ou la surface cultivée, ainsi que les efforts qu’il entend mettre pour améliorer l’équipement et augmenter les rendements dans chaque type de culture. Ceci, afin que les agriculteurs comprennent dans quel contexte se situent les changements qu’on leur suggère et puissent prévoir le soutien financier et technique dont ils disposeront.

L’ONPA, par exemple, si sa politique a moyen terme est de diminuer l’usage du tabac et d’en réduire progressivement ses achats d’une année à l’autre, le dira clairement et proposera une ou des cultures de substitution. Il autorisera inconditionnellement le passage vers ces cultures de substitution et l’encouragera en offrant pour celles-ci des prix plus élevés, en mettant prioritairement l’expertise technique de ses conseillers au service de ceux qui veulent ainsi transformer leur exploitation, en leur proposant au besoin une formation professionnelle ad hoc et en accordant des crédits spéciaux pour l’achat des équipements nécessaires à cette nouvelle culture. C’est ce genre d’information que diffuse, entre autres, le rapport annuel

Le rapport annuel de l’ONPA rend public également le calendrier d’émission des offres d’achat de produits agricoles qui seront proposées en cours d’année aux producteurs, indiquant pour chacune les quantités approximatives que l’ONPA compte acquérir. Les offres d’achat elles-mêmes sont émises aux dates ainsi indiquées au calendrier, une ou plusieurs fois par année selon la nature du produit. Ainsi, par exemple, si un type de culture permet deux récoltes par année, les offres d’achat seront émises deux fois par an, 60 jours avant le moment normal des semences. Le principe directeur est que l’exploitant puisse accepter ou non l’offre d’achat d’un type de production avant de s’être commis à la produire.

L’offre d’achat est publiée sur le site de l’État sur Internet. (Même dans les pays les plus pauvres, une Nouvelle Société qui s’installe offre immédiatement à tous ses citoyens un accès universel à l’Internet.) L’ONPA décrit le produit qui fait l’objet de l’offre d’achat en en donnant les spécifications et annonce le prix offert, s’engageant à acheter à ce prix toute quantité du produit dont le producteur est prêt à lui confirmer la livraison au moment de la récolte. Dans les 30 jours suivant la publication de l’offre, le producteur peut accepter cette offre pour la quantité qu’il veut produire, confirmant son accord sur le site Internet de l’État

Dès que le délai de réponse à son offre d’achat est expiré – un mois avant les semences ou l’événement déclencheur qui en tient lieu s’il s’agit d’un autre type de production – l’ONPA, au vu des quantités dont on lui a confirmé la livraison et de son estimation des besoins (consommation interne et exportation), peut faire aux producteurs une deuxième offre, à un prix différent. Cette offre n’est faite que si la quantité dont on lui a confirmé la livraison est insuffisante.

L’ONPA qui fait cette deuxième offre ne s’engage cependant cette fois qu’à acheter la quantité dont il a besoin. La page ONPA du site Internet de l’État confirme, dès qu’il les reçoit, les acceptations de son offre que les producteur lui font parvenir et, quand le seuil qu’a fixé l’ONPA est atteint, la confirmation automatique que retournait le site aux producteurs est remplacée par un avis les informant que leur acceptation a été tardive et qu’ils doivent désormais s’intéresser à une culture différente.

Les offres d’achat, respectent les cycle de production des divers produits, mais sont décalées dans la mesure du possible, de façon à ce que leur refus de s’engager dans un type de production aux conditions qui leur sont offertes laisse au producteur une marge de manoeuvre pour accepter une autre offre et produire autre chose. Des offres distinctes sont faites pour tous les types de culture, les produits laitiers, la laine, le bétail d’abattage, etc., et les conditions de livraison varient évidemment selon la nature du produit.

L’ONPA se porte ainsi, sans aucune contrainte, acquéreur de la production agricole. Il le fait en principe selon son estimation des besoins, mais rien ne lui interdit – dépendant de la nature du produit, bien sûr – d’acheter plus et de se constituer une réserve pour faciliter la transition d’une culture à une autre, ou d’acheter moins et d’encourager ainsi certains producteurs à écouler une partie de leur production directement auprès des consommateurs.

L’agriculteur, en effet, a ici le meilleur de deux mondes. Il peut d’abord vendre sa production à l’ONPA et se mettre ainsi à couvert des aléas de son métier; ce qu’il va produire est alors vendu avant même que la graine ne soit en terre et une assurance le protège contre tous les risques sauf son ineptie. Rien ne l’oblige à le faire, cependant. Il peut spéculer que la demande sera plus forte que ne l’a prévu l’État, s’abstenir de vendre tout ou une partie de sa production à l’ONPA et chercher à la vendre lui-même. C’est son droit et son risque.

Devenu acquéreur d’une très large part de la production agraire, l’ONPA en prend livraison et approvisionne les grossistes nationaux qui en assureront la vente aux consommateurs, selon la cédule dont il a convenu d’avance avec eux. Il vend ensuite sur les marché mondiaux, de gré à gré ou au cours des denrées, les produits dont la production nationale est suffisante pour en faire l’exportation. Il importe de la même manière, en quantité suffisante et au meilleur prix, les produits pour lesquels la demande nationale est supérieure à la production nationale.

21. La problématique du tiers monde

Le but de ce site n’est pas de régler les problèmes des pays « en voie de développement », ceux qui partent de loin, ayant souvent été brimés dans leur évolution par le colonialisme, mais qui vont de l’avant, progressent quelquefois à une vitesse étourdissante et sont devenus parfois les rivaux des pays développés « à l’Occidentale » (WINs).

Les WINs, (Western Industrialized Nations), peuplés de « Winners » dont nous sommes, peuvent s’en remettre à ces pays en croissance accélérée eux-mêmes d’implanter une Nouvelle Société, ou une version équivalente qu’ils développeront en conformité avec leurs propres patrons culturels. Le mieux que nous puissions faire pour eux, c’est de ne pas saboter leurs efforts,

Le but de ce site n’est pas de régler les problèmes des pays « en voie de développement », ceux qui partent de loin, ayant souvent été brimés dans leur évolution par le colonialisme, mais qui vont de l’avant, progressent quelquefois à une vitesse étourdissante et sont devenus parfois les rivaux des pays développés « à l’Occidentale » (WINs).

Les WINs, (Western Industrialized Nations), peuplés de « Winners » dont nous sommes, peuvent s’en remettre à ces pays en croissance accélérée eux-mêmes d’implanter une Nouvelle Société, ou une version équivalente qu’ils développeront en conformité avec leurs propres patrons culturels. Le mieux que nous puissions faire pour eux, c’est de ne pas saboter leurs efforts,

Le but de ce site n’est pas non plus de régler les problèmes des pays sous-développés, ceux qui, quoi qu’on en dise, ne s’en sortiront pas seuls… Il faudra les aider, mais ce n’est pas ici qu’on trouvera le détail des solutions pour le faire. Une Nouvelle Société devenue globale assumera en toute priorité le mandat de les amener au seuil à partir duquel les propositions NS pourront y être appliquées, mais celles-ci ne peuvent pas l’être dans ces pays dans leur état actuel.

Il n’est pas mauvais, toutefois, de réfléchir à l’effet de certaines mesures si elles étaient appliquées dans le tiers-monde.

Dans ces pays la problématique est différente, mais la reprise du sol par une DGAT nationale apporte un résultat encore plus remarquable que dans les pays développés. Dans une Nouvelle Société, chaque propriétaire doit, pour fin fiscale, fixer la valeur de ses actifs qui sont alors taxés d’un impôt universel sur le capital. Il ne triche pas, car la valeur assignée à tout élément de son patrimoine constitue une offre de vente irrévocable (OVI) de cet élément au prix ainsi établi.

On comprend que la DGAT d’un pays sous-développé qui récupère des milliers d’hectares de bonne terre inutilisée – généralement sans frais, car qui a un titre d’acquisition contre valeur dans le sertao brésilien ? – peut bien concéder sans sourciller au propriétaire qui le lui demande un droit d’usage de trois (3) ans sur la terre ainsi reprise et le laisser fixer à ces terres en friches la valeur fiscale que celui-ci leur assignera. Le résultat sera bénéfique quoi qu’il fasse et quelle que soit l’évolution de la situation.

En effet, si le propriétaire devenu concessionnaire fixe à son exploitation une valeur élevée, la DGAT augmente ses entrées fiscales et le concessionnaire qui a librement consenti à cette charge fiscale doit, s’il ne veut pas se ruiner, mettre l’exploitation en marche, produisant une richesse réelle et créant des emplois. S’il ne le fait pas, il constate vite qu’il s’est surtaxé et, à court terme, le sol devient pour lui une dépense insupportable plutôt qu’une occasion de gain. Tôt ou tard il ne voudra plus en acquitter les charges et devra s’en départir.

Si, au contraire, le propriétaire fixe à son exploitation une valeur faible et n’y apporte aucune amélioration, quiconque souhaite l’exploiter vraiment peut s’en porter acquéreur à vil prix. Même des travailleurs agricoles, aujourd’hui sans terre, pourraient le faire, l’État leur consentant les crédits nécessaires sur la garantie de la production des terres dont ils deviendront ainsi les exploitants. Ceci aboutit à une réforme agraire de fait, pour une fraction du prix que coûterait toute réforme agraire politiquement imposée et qui ne serait pas une simple confiscation.

Nous ne disons pas qu’un pays appliquant cette mesure pourrait récupérer et redistribuer ses terres agricoles équitablement et selon les besoins, sans se donner quelque mal et sans avoir quelques fusils à portée de la main, mais cette approche apporterait une légitimité, une légalité et une équité à l’opération.

Bien sûr, les propriétaires sont imposés sur leurs biens, mais ce n’est beaucoup que s’ils ont beaucoup, puisque ce sont les propriétaires eux-mêmes qui ont fixé la valeur de leurs avoirs et que ce prix n’a même pas été discuté! Ils le sont dans un indéniable esprit d’équité, puisque l’impôt sur le capital n’est pas progressif, mais taxe impartialement les pauvres comme les riches de la même proportion de leurs avoirs.

On a ici une application originale et avec des conséquences inusitées de la célèbre phrase d’Anatole France : « La loi, dans sa splendide impartialité, interdit aux riches comme aux pauvres de voler du pain ou de dormir sous les ponts… » Les propriétaires terriens se sentiront peut-être lésés si on applique cette mesure, mais on ne peut pas parler sérieusement ici de spoliation. Ceci est un avantage politique énorme pour un gouvernement du tiers-monde qui veut procéder à une réforme agraire.

La reprise des terres par l’État en conformité des principes ici posés peut être politiquement séduisante pour un pays sous-développé. Il ne faut pas croire, cependant, qu’en en soulignant certains avantages nous encouragions les pays du tiers-monde à procéder de cette façon sans mettre en place les autres outils qui, tous ensemble, constituent une vraie Nouvelle Société.

Ces outils pourraient faire cruellement défaut au gouvernement téméraire qui, sans en disposer, appliquerait cette seule mesure de reprise des terres. Il faut se souvenir que même un pays développé, ou un ensemble de pays développés, ne peuvent appliquer le programme NS avec une certitude raisonnable de succès que s’ils constituent un espace autarcique.

Si une Nouvelle Société ne peut satisfaire à tous ses besoins, elle est dépendante des autres sociétés encore néo-libérales et donc du gouvernement mondial actuel de banquiers sous contrôle des shylocks, dont le moins qu’on puisse dire est que leur bonne volonté n’est pas acquise au changement. Les pays du tiers monde, même l’Inde ou le Brésil, n’ont pas aujourd’hui cette nécessaire autarcie. Seule la Chine pourrait y prétendre. Il sera passionnant de voir le chemin qu’elle prendra.

22 Un ONPA au tiers-monde

Si, au contraire, le propriétaire fixe à son exploitation une valeur faible et n’y apporte aucune amélioration, quiconque souhaite l’exploiter vraiment peut s’en porter acquéreur à vil prix. Même des travailleurs agricoles, aujourd’hui sans terre, pourraient le faire, l’État leur consentant les crédits nécessaires sur la garantie de la production des terres dont ils deviendront ainsi les exploitants. Ceci aboutit à une réforme agraire de fait, pour une fraction du prix que coûterait toute réforme agraire politiquement imposée et qui ne serait pas une simple confiscation.

Nous ne disons pas qu’un pays appliquant cette mesure pourrait récupérer et redistribuer ses terres agricoles équitablement et selon les besoins, sans se donner quelque mal et sans avoir quelques fusils à portée de la main, mais cette approche apporterait une légitimité, une légalité et une équité à l’opération.

Bien sûr, les propriétaires sont imposés sur leurs biens, mais ce n’est beaucoup que s’ils ont beaucoup, puisque ce sont les propriétaires eux-mêmes qui ont fixé la valeur de leurs avoirs et que ce prix n’a même pas été discuté! Ils le sont dans un indéniable esprit d’équité, puisque l’impôt sur le capital n’est pas progressif, mais taxe impartialement les pauvres comme les riches de la même proportion de leurs avoirs.

On a ici une application originale et avec des conséquences inusitées de la célèbre phrase d’Anatole France : « La loi, dans sa splendide impartialité, interdit aux riches comme aux pauvres de voler du pain ou de dormir sous les ponts… » Les propriétaires terriens se sentiront peut-être lésés si on applique cette mesure, mais on ne peut pas parler sérieusement ici de spoliation. Ceci est un avantage politique énorme pour un gouvernement du tiers-monde qui veut procéder à une réforme agraire.

La reprise des terres par l’État en conformité des principes ici posés peut être politiquement séduisante pour un pays sous-développé. Il ne faut pas croire, cependant, qu’en en soulignant certains avantages nous encouragions les pays du tiers-monde à procéder de cette façon sans mettre en place les autres outils qui, tous ensemble, constituent une vraie Nouvelle Société.

Ces outils pourraient faire cruellement défaut au gouvernement téméraire qui, sans en disposer, appliquerait cette seule mesure de reprise des terres. Il faut se souvenir que même un pays développé, ou un ensemble de pays développés, ne peuvent appliquer le programme NS avec une certitude raisonnable de succès que s’ils constituent un espace autarcique.

Si une Nouvelle Société ne peut satisfaire à tous ses besoins, elle est dépendante des autres sociétés encore néo-libérales et donc du gouvernement mondial actuel de banquiers sous contrôle des shylocks, dont le moins qu’on puisse dire est que leur bonne volonté n’est pas acquise au changement. Les pays du tiers monde, même l’Inde ou le Brésil, n’ont pas aujourd’hui cette nécessaire autarcie. Seule la Chine pourrait y prétendre. Il sera passionnant de voir le chemin qu’elle prendra.

23. L’aller-retour à la terre

Une réforme agraire jointe à la mise en place d’un ONPA est une bénédiction, mais aussi un défi. Avant de se lancer dans cette aventure, un pays doit vérifier d’autres éléments. D’abord, on doit pouvoir résister aux pressions démagogiques et concéder l’usage de la terre, mais ne la donner à personne.

On doit ensuite faire le nécessaire, en y mettant le temps qu’il faut, pour que des millions d’inactifs s’y établissent dans l’ordre. On ne veut pas revivre l’ouverture de l’Oklahoma ! La reprise du sol qui, dans le monde développé, n’est qu’un simple préambule avant que ne commence le vrai travail d’optimisation des secteurs agriculture/élevage est au contraire, dans le tiers monde, le plus grand défi à relever.

Une politique de retour à la terre, pour merveilleuse qu’elle paraisse, doit aussi être entreprise avec lucidité. Il ne faut pas que l’immensité des terres en friches dans le tiers-monde crée d’illusions sur la capacité d’absorption de main-d’oeuvre et de production utile du secteur agricole. S’il y a aujourd’hui un déficit de production alimentaire dans le monde, il n’est rendu critique que par des problèmes de logistique qui n’ont que peu à voir avec l’étendue des surfaces cultivées et, surtout, ce déficit est dû au déséquilibre des forces en présence sur les marchés. Ce déficit pourrait être réglé d’un trait de plume et en y mettant un an d’effort par quiconque en aurait le pouvoir militaire, politique et économique… et le courage.

Une Nouvelle Société globale règlera ce déficit et les problèmes qu’il occulte de façon efficace, en tirant le meilleur parti des ressources globales: on ne mettra pas de bonnes terres en jachère en Beauce pendant qu’on irrigue à grands frais des hectares de pierraille au Sahel. Une Nouvelle Société limitée à un seul pays, toutefois, n’a pas cette opportunité. Elle doit faire avec ses ressources propres, lesquelles peuvent être bien insuffisantes.

Surtout, tout pays qui procède à une reprise des terres par l’État et à leur réaffectation pour créer les conditions d’un retour à la terre doit comprendre que ce retour à la terre ne peut être qu’une étape. Il faut prévoir que, dans une génération, deux tout au plus, les sans-travail dont on aura fait des agriculteurs ou leurs enfants devront quitter à nouveau la terre dont la mécanisation et la productivité seront devenues telles, si l’expérience a réussi, que, comme dans les pays aujourd’hui développés, une toute petite minorité de la population active suffira à son exploitation. Les nouveaux paysans devront redevenir citadins.

Quand on parle d’installer les inactifs sur des terres, on parle donc, en fait, d’un aller-retour. Pour que leur passage aux champs donne de bons résultats, il faut que les nouveaux paysans soient, dans le secteur agriculture/élevage, en apprentissage d’entrepreneuriat et qu’ils en profitent pour devenir autonomes. Lorsqu’ils devront inévitablement revenir un jour en milieu urbain, il faut qu’ils soient capables, comme tout le monde devra alors l’être, d’agir comme salariés quelques heures par semaines, mais de devenir simultanément et principalement fournisseurs de services autonomes.

Une Nouvelle Société globale a les outils pour gérer cette double migration. Elle contrôle les entrées au sous-secteur agricole par les conditions qu’elle pose à l’assistance qu’elle accorde aux sans-travail pour leur permettre l’accession à exploitation du sol. Elle contrôle aussi les sorties (le retour vers la ville), d’abord par ses subventions qui déterminent le revenu de l’agriculteur et donc l’écart entre ce revenu et celui qu’il toucherait en ville et, ensuite, par ses investissements en équipement agricole.

Ce sont ces investissements qui amènent les gains de productivité et rendent éventuellement superflue une abondance de main-d’oeuvre dans l’agriculture et l’élevage. Le flux de retour à la ville peut donc être ajusté à la capacité d’absorption de main-d’oeuvre des secteurs secondaire et tertiaire de l’économie et couplé à un effort colossal d’éducation et de formation ciblée

Bien des pays du tiers-monde qui n’ont pas ces outils doivent aujourd’hui songer à utiliser la stratégie du retour à la terre. La stratégie d’une expansion suivie d’une contraction à terme de la main-d’oeuvre agricole représente un défi séduisant, car il n’existe pas d’autre solution acceptable et, s’ils y renoncent, ils condamnent à des décennies de misère ceux à qui ils refusent cette opportunité.

C’est un énorme risque, cependant. Une Nouvelle Société correctement établie peut concéder des terres en friches parce qu’elle peut soutenir les prix des produits agraires. Non seulement en contrôle-t-elle la commercialisation, mais elle contrôle aussi la politique financière et les conditions de formation professionnelle et d’embauche. Un pays sous-développé qui créerait un ONPA sans disposer de ces autres instruments dans tous les secteurs de l’économie, risquerait fort de réduire ses « nouveaux paysans » à une économie d’autoconsommation, tout en compromettant le développement éventuel d’un secteur agricole vraiment efficace.

Un pays déjà bien sur la voie de développement qui prend la voie du retour à la terre peut se munir en principe de ces outils ; les ressources techniques de la Chine ou du Brésil leur permettraient sans doute d’y parvenir. Mais les pays techniquement sous-développés – voir les chiffres de l’éducation – comme le Congo ou l’Angola, ne le pourraient pas, quelle que soit la richesse de leur sol et de leur sous-sol. Quant à l’Inde, je ne me risquerais pas, pour de multiples raisons, à faire pour le moment le moindre pronostic sur la façon dont y évoluera l’usage des sols.

Un pays qui s’aventure dans cette voie doit comprendre le risque qu’il court. Considérant le spectre de la corruption qui ne peut que devenir omniprésent, le pays qui tente ce retour passager la terre doit modifier ses institutions démocratiques pour créer un État plus fort, au moins le temps de cette double migration. S’il ne suscite pas un enthousiasme et une solidarité dont il existe peu d’exemples dans l’histoire, il y aura des choix à faire, dont l’un, hélas, pourra être de se résigner ce que la démocratie soit mise en veilleuse. Il faut comprendre ces risques.

24. Un distributeur compatissant

Si on accepte les risques inhérents à la mise en place d’un ONPA dans un pays sous-développé ou en développement, celui-ci se distinguera de son équivalent en pays développé par l’accent qu’il devra mettre sur les objectifs sociaux plutôt qu’économiques. Ce faisant, même si l’aspect production au sens strict, dans un pays où il y a encore de graves carences, n’est pas aussi trivial qu’il semble l’être devenu dans les pays riches, c’est surtout néanmoins aussi au palier de la distribution que l’ONPA devra s’immiscer.

La dynamique de la production, dans une société industrielle puis postindustrielle en pays développé, exige que les variables sociales soient prises en compte, au moins pour maintenir la demande effective, mais on produit sous le signe de l’enrichissement, avec échange du produit contre valeur. On compte sur l’abondance comme génératrice du développement social. Dans le tiers-monde, la production est toujours aussi un moyen vers une fin qui est l’enrichissement – car quoi de plus socialement bénéfique que de produire pour les besoins – mais il faut toucher plus directement aux aspects sociaux et c’est au palier distribution que l’ONPA entre visiblement en action au delà de ce qui semble son mandat.

Les puristes diront que dès qu’on ne se contente plus de produire, mais qu’on distribue, on sort du secteur primaire pour entrer au tertiaire mais ne le fait-on pas aussi quand on pense au financement de la production agraire ? À son acheminement, ? À la formation de ses ressources humaines ?

Nous voyons ailleurs les incongruités des taxinomies actuelles qui sous prétexte de séparer classifications par industries et par occupations en viennent à ne plus rien catégoriser qu’en redondance, mais pour l’instant, parlons d’un ONPA qui est bien un joueur du secteur primaire, mais qui ne peut remplir son mandat que s’il accepte de rendre ce service essentiel qu’est la distribution du produit.

Quand est mise en place une Nouvelle Société dans un pays qui doit s’attaquer directement aux problèmes du sous-développement, l’ONPA continue d’approvisionner des grossistes qui lui servent d’intermédiaires, mais doit aussi établir un réseau de comptoirs pour la vente directe au consommateur de produits essentiels indiqués à une liste dont le contenu varie selon les circonstances spécifiques à chaque situation et les coutumes locales.

À ces comptoirs, la population contournant intermédiaires et spéculateurs, peut avoir accès aux produits sur lesquels une différence de prix même légère peut être pour certains littéralement une question de vie ou de mort. On y retrouve le lait, les graminées de consommation courante en chaque région, le combustible, etc. Sont exclues de cette liste les cultures maraîchères produites de façon artisanale et vendues directement par le producteur au consommateur dans les marchés publics.

Le contenu de cette liste sera souvent tout près de ce que les organisations caritatives distribuent aux réfugiés ou dans le sillage des catastrophe naturelles, mais ce n’est pas ici une mesure exceptionnelle. On en fait un élément permanent de la structure de distribution. On le fait avant que la population ne commence à périr lentement d’inanition. On ne donne rien dans les comptoirs, mais on vend au prix coûtant moyen du producteur.

Au coût de production moyen, car si l’ONPA n’a pas pour mission de vendre à perte et de devenir simplement un organisme de redistribution du revenu, il n’est pas tenu toutefois de vendre chaque produit à son coût propre, seulement d’équilibrer globalement ses achats et ventes en conformité des directives générales de l’État. Il est déjà commis à payer chaque achat au prix qui garantit un revenu adéquat au producteur, sa politique doit être de vendre ces produits au prix qui convient pour que la population puisse en consommer selon ses besoins.

Si le prix de vente d’un produit, au comptoir de vente directe au consommateur de l’OPNA, est inférieur au prix que ce dernier en a payé – et ce sera parfois le cas dans les pays du tiers monde, quand on cherchera à y implanter des méthodes modernes dans une structure économique encore fragile – la différence constituera une subvention à l’agriculture locale tout en nourrissant la population, ce qui est souhaitable. On le fait ainsi en ne laissant qu’un minimum de prise aux intermédiaires et magouilleurs nationaux et étrangers. Il faut, toutefois, que cette subvention soit transparente et ne vienne pas occulter a posteriori l’incompétence des responsables.

C’est une forme de subvention dont le maniement est facile et qui n’a que des avantages. Elle exige seulement que les produits achetés par l’ONPA soient marqués de façon indélébile avant leur revente, afin de dépister ceux qui, malgré la complexité de cette opération, essayeraient de racheter les produits au détail à ces comptoirs pour les vendre à nouveau à l’ONPA et réaliser un profit. Surpris, ceux qui tenteraient cette manoeuvre recevraient des peines exemplaires.

En subventionnant de cette façon, l’État aide les véritables exploitants, mais rend difficile la position de ceux qui détiennent la terre sans l’exploiter pour seule fin de spéculation. Une subvention ainsi liée à la consommation ne compense pas, en effet, l’impôt sur le capital qu’ils doivent payer. Une terre agricole laissée improductive sera rapidement cédée, puis affermée à un autre exploitant.

Cette mesure de subvention au consommateur et non au producteur chagrinerait aujourd’hui certains responsables du FMI, de la Banque mondiale et du courtage international en alimentation. Mais, quand sera établie une Nouvelle Société globale, ils ne seront pas consultés. Ils auront déjà été mis hors d’état de nuire. Avec un peu de chance, ils l’auront été avec politesse, au lieu de recevoir la balle dans la nuque que leurs politiques auraient pu leur attirer.

25. L’Office national des produits forestiers (ONPF)

L’exploitation forestière apparaît a priori comme une forme d’agriculture. Elle utilise une ressource renouvelable qui ne se distingue des graminées ou autres plantes qu’en ce que la repousse n’en est pas annuelle, mais exige 20, 30, 40 ans ou plus. Est-ce une raison suffisante pour lui accorder un traitement particulier ? Après tout, d’autres cultures – la banane par exemple – n’ont pas non plus un cycle annuel et l’on n’en fait pas des cas d’espèces. Pourquoi créer – là où l’importance de cette ressource le justifie, bien sûr – un Office National des Produits Forestiers ?

Ce qui exige une approche distincte, dans le cas de la foresterie, c’est d’abord que le cycle de croissance est si long que ce qui serait ici l’équivalent d’une « rotation des cultures » devrait couvrir un territoire énorme. Une simple règle de trois donne, pour chaque espèce, le rapport de la jachère à l’exploitation active; le résultat est impressionnant. L’importance de la foresterie sur le plan de l’occupation du territoire est considérable.

C’est aussi que toute estimation de la demande à si long terme comporte une marge d’erreur qui la rend assez oiseuse. On ne sait même pas vraiment si, dans 20, 30 ou 40 ans, progrès de la technologie pris en compte, on utilisera encore du bois en quantité significative en construction ou si des journaux en papier seront encore publiés !

En fait, il y a un risque très significatif en foresterie que des prévisions qui ne sont que des extrapolations bêtes conduisent à des investissements qui forcent ensuite la réalisation de ces prévisions, biaisant de façon néfaste une évolution qui autrement mènerait à une tout autre situation. Dit crûment, il n’est pas certain que l’on construirait tant en bois, même aujourd’hui, si ce n’était du capital fixe investi dans l’industrie forestière et du lobby des producteurs de bois d’oeuvre.

Il est improbable que l’on abattrait tant d’arbres pour mettre un journal quotidien à la porte de chaque citoyen, s’il n’y avait pas tant d’argent investi et tant de profit à faire encore – peut-être – dans l’industrie des pâtes et papier.

Il ne faut pas poursuivre dans cette voie, mais plutôt penser que ciments et plastiques remplaceront tôt ou tard le bois en construction, de même qu’une lecture sur des écrans devenus plus commodes remplacera peu à peu le support papier. Une Nouvelle Société en fera l’un des objectifs de sa politique environnementale. Dans cette optique, il est pratique de considérer la foresterie, aujourd’hui et demain, comme une singularité tenant à la fois de l’agriculture… et de l’extraction.

Au fur et à mesure que la demande pour les produits de la forêt diminuera et qu’on pourra en prévoir avec plus d’exactitude la consommation pour divers horizons, il se développera d’abord une véritable agriculture forestière. Cette situation sera gérée selon les principes de tout autre culture. Pour certaine espèces qui s’y prêtent, une forêt ne sera abattue que pour être replantée et abattue à nouveau. Les règles de ONPF se calqueront alors sur celles de l’Office National des Produits agraires (ONPA).

En ce cas, dans le respect des exigences de la Division de l’Environnement (DE), quiconque a obtenu de la DGAT une concession forestière l’exploitera à sa discrétion. Quiconque plantera un arbre aura le droit de l’abattre, mais qui ne le fait pas n’aura bientôt plus rien à exploiter… et pas d’autre concession. Cette situation, cependant, ne s’appliquera que sur une partie de la forêt.

Tous les terrains déboisés ne devant pas nécessairement être replantés pour la foresterie, mais seulement ceux dont la Direction générale de l’aménagement du territoire (DGAT) décide qu’ils doivent l’être, le concessionnaire exploitant, quand sa concession se termine, a l’obligation alors de remettre le terrain non pas en sa condition antérieure, mais en la condition d’entretien minimal dont les règles auront été précisées par son contrat.

Minimales, car l’aménagement du sol à d’autres fins sera pris en charge par l’État aux frais du prochain concessionnaire, lequel s’acquittera de cette tâche avec plus d’intérêt que celui qui vient d’y terminer la coupe.

Considérant les exigences d’une demande et donc d’une production future plus modeste, il faut prendre pour acquis qu’une large partie des terrains aujourd’hui en exploitation forestière dans le monde ne seront pas reboisés et que, si reboisement il y a, ce sera pour des fins ludiques ou strictement environnementales. La scie et la hache n’y repasseront plus que pour entretien. Il ne s’y établira pas une agriculture forestière.

L’arbre centenaire qu’on coupe dans la forêt pour alimenter l’industrie ne sera pas remplacé par un autre qu’on utilisera aux mêmes fins. Il constitue donc une ressource naturelle unique qui appartient à la collectivité et qui, plus rare, doit être exploitée avec encore plus de retenue que le pétrole, le fer ou le nickel.

Aux fins de l’exploitation forestière, cet arbre vénérable, si on l’abat, ne doit pas être considéré comme une ressource renouvelable. Ce sont plutôt les règles de l’industrie extractive pour les ressources non renouvelables telles que nous les avons décrites ailleurs qui doivent s’y appliquer.

Nous ne reprendrons pas ici ces règles in extenso. Redisons seulement que l’ONPF est la seule propriétaire de la ressource. Elle l’exploite en offrant des contrats d’exploitation à des concessionnaires qui, pour les obtenir, s’engage à apporter au produit brut les transformations initiales qui en optimisent les conditions d’entreposage.

Cette opération pouvant déborder des frontières séparant les secteurs primaire et secondaire et qui sont largement arbitraires, le concessionnaire forestier exploite la forêt selon les termes d’un contrat type avec l’ONPF auquel seront apportée des modifications ad hoc. L’ONPF prend livraison du produit, l’entrepose, puis la vend au moment opportun selon les besoins nationaux et la demande mondiale.

ll y aurait plus à dire, mais on entrerait alors dans des considérations qui ne doivent être prises en compte qu’à un autre palier de l’élaboration des politiques de l’État.

26. L’Office national de la pêche commerciale (ONPC)

Nous parlons ici de la pêche commerciale : l’exploitation des ressources halieutiques par des travailleurs qui s’y appliquent en espérant que cette activité sera leur gagne-pain. La pêche que l’on pratique par agrément correspond à une autre utilisation du territoire dont nous parlerons ailleurs.

Quand une Nouvelle Société globale se sera établie sur la planète et que les océans seront la Mare Nostrum de l’humanité, on en gérera toutes les ressource pour le bien commun et, parmi celles-ci, les produits de la pêche, source de protéines primordiale pour l’alimentation du futur. On ne pourra le faire efficacement, toutefois, que si l’on suit le même chemin qui a mené de la cueillette à l’agriculture et de la chasse à l’élevage, en contrôlant le processus de reproduction de plus près et en faisant des poissons un cheptel.

Élever les espèces marines dans des bassins de centaines ou de milliers de kilomètres cube est aujourd’hui de la science-fiction, mais il serrait bien étonnant que cette génération, ou au plus tard la prochaine, ne passe avant que tous ces choses n’arrivent… En attendant, il devra se créer un peu partout dans le monde des Offices Nationaux de la Pêche Commerciale, dont chacun aura ses propres problèmes, mais qui auront tous en commun celui d’une autorité limitée.

La pêche commerciale, aujourd’hui, pose quelques problèmes à un ONPC. D’abord, un problème de droit, car poissons, comme gibier à l’état sauvage, sont assimilés à des choses qui n’ont pas de maitre (res nullius). Ces choses sont en principe à celui qui les prend, mais, par respect pour la nature et aussi pour ne pas se créer de problèmes avec les voisins, on est passé insensiblement de la notion que les choses qui n’ont pas de maître peuvent être à tout le monde, à celle qu’elles ne sont ni ne devraient être à personne… On a ainsi vu la marine canadienne chasser manu militari des chalutiers espagnols pêchant en haute mer… Un cas d’école de casus belli.

Le lapin dans votre clapier ou le poisson dans votre vivier est à vous. Mais si un éléphant s’aventure dans votre manioc ou un orignal dans votre maïs, mieux vaut appeler la sécurité locale. Ne l’abattez pas, il pourrait vous en coûter gros, même s’il est sur vos terres. Les coutumes changent.

A plus forte raison, si l’animal est dans un territoire dont on ne vous a pas concédé l’usage. Or, la pêche commerciale c’est surtout dans l’océan qu’elle se passe… et personne n’y est chez soi. Qui va légalement raisonner ou arraisonner le bateau-usine sous pavillon de complaisance qui travaille juste hors des eaux territoriales… dont il n’y a même pas unanimité pour définir les limites ?

Un jour, on pourra traiter de pisciculture comme d’agriculture et les ressources naturelles de la mer seront considérées comme propriété collective sous la garde de l’État global. En attendant, cependant, les exploiter semble toujours un peu scabreux. Un ONPC peut se dire propriétaire des ressources halieutiques dans les eaux territoriales du pays qui l’a créé en donnant à celles-ci l’extension qu’il veut bien leur donner, mais ce n’est pas un droit facile à exercer…

Compliquant la politique de pêche qu’un ONPC doit tout de même néanmoins mettre en place, il faut ajouter, à cette relation nécessairement équivoque avec les voisins, l’aveu d’une ignorance littéralement « abyssale » qui ne facilite pas les efforts pour l’assainir. Considérant la situation actuelle de la pêche dans le monde et l’état de nos connaissances, un ONPC ne dispose pas de l’information lui permettant de définir et d’appliquer une politique optimale.

Ainsi, nous ne savons pas encore vraiment comment stabiliser les stocks de poissons, ni dans quelle mesure les produits alimentaires issus de la mer deviendront des substituts acceptables aux autres protéines animales pour ceux qui n’en sont pas présentement consommateurs. Il entre ici en jeu des variables culturelles que nous connaissons mal.

Aggravant cette ignorance, il est plausible – ceci est un euphémisme – que beaucoup de pays pour qui la pêche dite hauturière et pélagique est une activité importante cachent soigneusement le volume réel de leurs prises tel que le leur ont communiqué leurs opérateurs nationaux, ceux-ci mentant d’ailleurs eux-mêmes sans vergogne.

Les accords internationaux sur la pêche commerciale sont donc plus ou moins respectés et, en plus du préjudice réel que cause cet irrespect aux ressources elles-mêmes, il y a celui, peut-être aussi pernicieux, de transformer en conte bleu nos statistiques. Nous en savons donc peu sur la réalité de la pêche et encore moins sur son évolution.

Enfin, les intérêts et donc les priorités de chaque ONPC ne sont pas les mêmes, rendant quasi impossible une collaboration pourtant indispensable que l’ignorance rend déjà bien difficile. Un accord entre ONCP pourrait être à une Nouvelle Société globale, comme la CECA a été le premier signe de ce qui est devenu une Europe p Compliquant la politique de pêche qu’un ONPC doit tout de même néanmoins mettre en place, il faut ajouter, à cette relation nécessairement équivoque avec les voisins, l’aveu d’une ignorance littéralement « abyssale » qui ne facilite pas les efforts pour l’assainir. Considérant la situation actuelle de la pêche dans le monde et l’état de nos connaissances, un ONPC ne dispose pas de l’information lui permettant de définir et d’appliquer une politique optimale.

Ainsi, nous ne savons pas encore vraiment comment stabiliser les stocks de poissons, ni dans quelle mesure les produits alimentaires issus de la mer deviendront des substituts acceptables aux autres protéines animales pour ceux qui n’en sont pas présentement consommateurs. Il entre ici en jeu des variables culturelles que nous connaissons mal.

Aggravant cette ignorance, il est plausible – ceci est un euphémisme – que beaucoup de pays pour qui la pêche dite hauturière et pélagique est une activité importante cachent soigneusement le volume réel de leurs prises tel que le leur ont communiqué leurs opérateurs nationaux, ceux-ci mentant d’ailleurs eux-mêmes sans vergogne.

Les accords internationaux sur la pêche commerciale sont donc plus ou moins respectés et, en plus du préjudice réel que cause cet irrespect aux ressources elles-mêmes, il y a celui, peut-être aussi pernicieux, de transformer en conte bleu nos statistiques. Nous en savons donc peu sur la réalité de la pêche et encore moins sur son évolution.

Enfin, les intérêts et donc les priorités de chaque ONPC ne sont pas les mêmes, rendant quasi impossible une collaboration pourtant indispensable que l’ignorance rend déjà bien difficile. Un accord entre ONCP pourrait être précurseur à une Nouvelle Société globale, comme la CECA a été le premier signe de ce qui est devenu une Europe plus lus unie… mais rien ne semble indiquer que nous allions dans cette voie.

Au contraire, un hiatus se creuse entre une exploitation « industrielle » – menant à une sorte de « maribusiness » des produits de la mer qui est sans doute la tendance à long terme – et un modèle d’exploitation « artisanale » qui peut résoudre bien des problèmes immédiats. Les ONPC qu’on pourrait créer auront donc des problématiques contradictoires.

Dans beaucoup de pays du tiers monde, la pêche est la clef de l’autosuffisante alimentaire. Il est difficile de trouver un branche d’activité où un capital relativement minime, n’exigeant l’apport que de compétences aussi faciles à acquérir, puisse conduire à une augmentation de production aussi spectaculaire, avec des résultas aussi immédiats sur une donnée aussi cruciale que l’alimentation.

Des investissement relativement légers suffiraient à mettre fin à la faim. Il est donc raisonnable de penser que le volume de la pêche commerciale augmentera dans les pays sous-développés ayant un accès à la mer et qu’un ONPC y soutiendra cette croissance. Dans une bonne part des pays développés, au contraire, le défi majeur sera de gérer la décroissance.

27. Le permis de pêche

Mis à part quelques pays qui en ont fait une priorité, – Japon, par exemple – la plupart des pays développés ou en voie de développement doivent prévoir un plafonnement ou une réduction de la main-d’oeuvre dans le sous secteur de la pêche commerciale. Au prix où il faut le vendre pour que le pêcheur vive, la consommation de poisson chute,

Il ne faut pas s’attendre nécessairement à une chute des prises, mais sans doute à un réajustement à la baisse de la pêche dans les priorités d’exploitation des ressources naturelles des pays développés. Dans cette optique de décroissance, la priorité pour un ONPC est d’offrir aux travailleurs de ce sous-secteur une sécurité socioprofessionnelle accrue et de minimiser les inconvénients de leur réaffectation vers d’autres tâches. Ce qu’on ne peut obtenir que par un contrôle strict de cette activité.

L’exercice légal de la pêche commerciale exigera donc un permis de l’ONPC. Dans le sous-secteur de la pêche, on ne peut prétendre que l’État a la propriété initiale de la ressource pour en confier l’exploitation à un concessionnaire. Le principe de la concession y est opportun, comme pour les ressources minières et agraires, mais il s’appliquera ici du consentement de l’exploitant, quand l’État accordera à ce dernier le permis de pêche commerciale et les avantages qui en découlent.

Dans une conjoncture à la baisse, le permis est un privilège. Quand il assume la responsabilité de contrôler la pêche commerciale, l’ONPC accorde donc d’abord ce permis aux individus et compagnies qui ont par l’usage le droit acquis d’exercer cette occupation. Ce permis ne confèrera d’autre droit que celui d’aller chercher le poisson et de le rapporter à son nouveau propriétaire : l’État représenté par l’ONPC.

L’ONPC agira comme seul acheteur et distributeur des produits de la pêche. Cette exclusivité n’est pas prévue pour les secteurs agriculture et élevage ; elle l’est ici pour conserver les ressources et se justifie par les avantages que l’ONPC consentira à l’exploitant. Si nos connaissances et nos moyens d’action s’améliorent au point où cette exclusivité n’apparait plus nécessaire, cette contrainte pourra disparaître.

Le permis accordé par l’ONPC précisera les aires d’opération où le pêcheur peut mener ses activités, limitera les prises qu’il peut faire durant l’année et définira le prix auquel celles-ci lui seront payées. Celui qui bénéficie d’un permis ne peut le céder. Il peut demander que la limite de prises qu’on lui a fixée soit réduite, mais non augmentée. Si, au cours d’un mois, le pêcheur n’atteint pas 6% de la limite annuelle des prises qu’on lui a fixée, il est subventionné jusqu’à concurrence de la valeur de ce 6%.

En fin de période, on compense les excédents de certains mois par les insuffisances des autres, mais s’il n’a pas atteint 75 % des prises qu’autorise son permis, sa rémunération annuelle est néanmoins ajustée à 75% de la valeur des prises selon la limite qu’on lui avait fixée. C’est son revenu garanti à lui.

Au moment de l’émission du permis, le pêcheur peut exiger que sa limite soit réduite. Il peut avoir intérêt à le faire, car, si à trois (3) reprises il n’atteint pas la limite fixée, il perd son permis. Il acquiert alors, en revanche, le droit que l’ONPC lui rachète immédiatement l’équipement qui constitue son fond de commerce, à la valeur qu’il lui a fixée pour fin fiscale, à moins que l’État n’ait dénoncé cette évaluation comme déraisonnable au moment où elle l’a reçue et ait refusé le paiement correspondant.

Comme tout autre travailleur d’une Nouvelle Société, le pêcheur qui est évincé de son occupation traditionnelle par l’évolution technique ou les circonstances garde le droit à son revenu garanti, en échange de sa disponibilité à accepter l’emploi où l’on juge que sa compétence est utile.

Si le pêcheur excède la limite des prises qu’on lui a permises, ou pire, est surpris à vendre ses prises à un autre acheteur que l’ONPC, il perd son permis sans que l’État n’ait à lui racheter son équipement. Si de plus il a bénéficié de la subvention que l’ONPC accorde à ceux qui n’ont pas pu atteindre leur limite permise, il sera aussi accusé de fraude et traité selon les termes de la loi.

Seul l’ONPC peut acheter et distribuer les produits de la pêche. La remise des prises à l’ONPC a lieu à des points prédéterminés de la côte qui paraissent commodes; la distribution, elle, est faite sur le marché national par des grossistes, et sur le marché mondial par l’entremise de distributeurs spécialisés.

Toute cette politique orientée vers une diminution progressive du nombre de pêcheurs peut changer du tout au tout, cependant, si la situation suggère une politique différente. S’il devient nécessaire d’augmenter le volume de la pêche pour satisfaire à la demande, on définira le volume de prises souhaité en considérant les exigences du maintien des ressources, puis on accordera simultanément : a) de nouvelles concessions à ceux qui en feront la demande, et b) une augmentation de leur limite autorisée aux exploitants en place, afin que le total des prises permises s’ajuste le mieux possible à la demande.

Les nouveaux quotas de prises seraient alors vendus aux enchères par lots, entre les intéressés, tant les exploitants actuels que les nouveaux concessionnaires potentiels. La garantie d’un revenu annuel équivalant à 75% de la valeur de leurs prises autorisées ne s’appliquera pas aux acheteurs de ces nouveaux quotas, mais ceux à qui on avait consenti ce privilège pourront continuer à s’en prévaloir à la hauteur de leurs quotas initiaux.

Un ONPC devra concilier cette politique avec les traités en vigueur. Sa stratégie, dans la négociation multipartite de ces traités qui sera nécessaire, sera de tenter qu’on lui concède quelques aires d’exclusivité en plus de ses eaux territoriales, en échange de son engagement à ne pas exploiter le reste des eaux internationales. Ceci ne lui garantira pas le maintien des stocks à son usage – les poissons voyagent sans passeport – mais facilitera la mise en place d’une politique de conservation raisonnable qui aidera à les maintenir et qui pourra peut-être servir de modèle.

28. La pêche en croissance

La politique d’un ONPC, en pays développé, cible le chalutier qui ramène des tonnes de poissons. On s’inquiète surtout des exigences des pêcheurs en surnombre qui veulent plus de revenus pour moins de travail, alors que la demande stagne et que le consommateur trouve déjà que les prix sont insupportables. Les pays développés pensent pour la plupart à recycler leur main-d’œuvre hors du sous-secteur « Pêche commerciale » vers autre chose, en ne les bousculant pas trop.

Dans le tiers-monde, la problématique est totalement différente. La politique à mettre en place pour gérer la démarche de douzaines de pêcheurs autonomes, rentrant à l’aube, à Zihuatanejo ou ailleurs, avec une petite marée de poissons à vendre dans les trois heures qui suivent est déjà différente, mais la situation deviendra encore plus complexe.

Démographie et rareté des autres ressources aidant, tout va pousser à transgresser les tabous culturels et coutumiers s’il y en a pour satisfaire une demande alimentaire en croissance. Cette tendance devrait conduire à l’expansion rapide du sous secteur des pêcheries. L’objectif d’un ONPC en pays sous-développé est de régulariser les procédés de capture, mais surtout de stockage et de commercialisation.

Partant d’une branche d’activité qui est au départ génératrice de beaucoup de travail et peut l’être encore davantage, on doit concilier la croissance des effectifs qui répondrait spontanément à un accroissement de la demande avec un augmentation contrôlés de la productivité qui permettra d’améliorer le sort de ces travailleurs.

Il y a beaucoup à faire pour augmenter l’intensité en capital de la production de ce sous-secteur, car on pêche avec bien peu d’équipement au Sénégal, à Java ou au Mexique et la faim ne reculera que si on y met des moyens. Objectif d’une capitalisation progressive rapide, donc, mais il y a une inconnue.

Ce qu’un ONPC en pays sous-développé qui souhaiterait vraiment faire son boulot ignore – et de toute façon ne contrôle pas vraiment – c’est la réaction des pays développés, si les patrons de consommation changent en Afrique, par exemple, et que la commercialisation des produits de la pêche y devient une affaire alléchante.

Le comportement qu’ont eu les transnationales des WINS par le passé a été ignoble. La destruction sans pitié de l’agriculture de subsistance dans tout le continent africain pour y exploiter nos surplus et l’occupation des bonnes terres pour les cultures d’exportation laisse penser que, si ce marché du poison devient porteur, elles tenteront de s’en emparer au détriment des travailleurs locaux. Les petits pêcheurs ivoiriens ne peuvent pas faire concurrence à un bateau-usine positionné devant Abidjan.

Qui protégera les pays du tiers-monde, dont le développement de la pêche peut être l’ultime chance d’atteindre à une autosuffisance alimentaire, contre la pseudo-générosité assassine des transnationales ? Que faire quand celles-ci vendront à rabais ou donneront leur production, jusqu’à ce que le dernier pêcheur et entrepreneur intermédiaire local ait été ruiné ou ait du accepté les conditions qu’on lui aura proposées de se contenter d’un rôle subalterne et mal payé dans la structure pyramidale qu’elles mettront en place ?

L’État faible qui voudra imposer des restrictions aux importations devra se prémunir contre les menaces de rétorsion économiques ou militaires et une omniprésente corruption. L’URSS, avec une science de pointe, une idéologie séduisante au départ et la bombe atomique, n’a pas réussi a résister à l’invasion du capitalisme, à la prise de contrôle de sa structure financière et finalement à la destruction de ses institution et à sa ruine. Croit-on que le Congo y résistera ?

Si cette invasion économique a lieu et que les circonstances ne lui permettent pas de mener une politique nationale réfléchie et constructive, à quoi pourra servir un ONPC dans un pays sous-développé ? À pactiser avec le Diable. D’abord, s’assurer en concédant les droits sur la commercialisation – le volet où l’étranger fait son plus gros profit – que le travail et le PRODUIT sont locaux. On pourra travailler sur la pêche elle-même et améliorer le processus, pour autant que Shylock aura sa livre de chair.

Ensuite, l’ONPC doit devenir un outil de formation des ressources humaines, aidant les compétences locales à infiltrer la structure d’expatriés qui sera mise en place et à optimiser le rôle qui sera dévolu aux nationaux. Ils gagneront bien du temps, s’ils sont prêts a prendre charge de leurs affaires dès qu’une Nouvelle Société globale viendra et leur en fournira l’occasion.

Enfin, un ONPC peut s’immiscer immédiatement dans le réseau de distribution et rendre de grands services à la population, si son action reste au palier le plus bas, près des couches défavorisées, là où la transnationale ayant fait son profit ne s’en mêle plus. En intervenant à ce palier, l’ONPC ne contrecarre les intérêts que des distributeurs locaux et ne s’attirera pas une riposte des envahisseurs.

Dans un pays où les produits de la mer constituent un élément significatif de l’alimentation de la population, on peut considérer la possibilité de comptoirs de vente directe, comme ceux dont nous avons parlé concernant les produits agraires.

29. La Direction générale des énergies renouvelables

La terre elle-même se prête parfois à une production d’énergie. Le cas le plus évident, c’est celui d’une dénivellation qui permet de harnacher la force hydraulique – allant du barrage Hoover au moulin sur une rivière des Vosges – mais il y a d’autres cas de figures. Il y a la marémotrice, en principe sur le littoral et donc sur le domaine public, mais donc le site idéal d’exploitation pourrait fortuitement être à l’embouchure en fjord d’une rivière non navigable et donc en terrain privé. Il y a l’activité géothermale. Il y la crête ou la vallée exceptionnellement orientée qui semblent inviter l’installation d’éoliennes. Il y a le plateau qui jouit d’un microclimat d’ensoleillement propice à la mise en place de capteurs solaires.

Une Direction générale des énergies renouvelables (DGER) du MRNE prend charge de la recherche et de l’exploitation pilote des sites de production d’énergies « propres ». Elle n’est pas constituée en « Office » pour l’instant, car elle n’a pas de visées lucratives, fonctionnant normalement à perte avec un budget que lui accorde l’État.

La DGER et son personnel doivent se sentir animés d’un esprit missionnaire, quasi messianique. Ils sont là pour changer le monde et ils travaillent pour Gaïa. Ils sont pressés. Pendant que les vrais croyants des énergies propres poursuivent avec zèle la recherche pour des sources d’énergie renouvelable naturelles et, surtout, pour en abaisser le coût de production, ils savent qu’ailleurs, dans un autre bâtiment, des alchimistes qu’ils imaginent en jaquettes noires préparent un autre futur basé sur la fission ou la fusion nucléaire.

LA DGER ne s’occupe que ce qui est acceptable pour l’environnement; la gestion des énergies fossils, elle, passe directement de l’ONAE à la Régie Nationale de l’Énergie (RNE). « Environnementalement acceptable » est un concept qui évoluera. Si on a un jour la fusion nucléaire, elle sera ou ne sera pas perçue comme « acceptable », selon les valeurs qui prévaudront alors. La DGER est « verte ». Elle prendra ce qu’on lui dira qui est vert…

N’y a-t-il pas des désavantages à scinder ainsi la capacité de recherche entre les Verts et les Autres ? Sans doute, mais l’avantage de motivation qui résulte de cette polarisation nous semble justifier cette division: de cette émulation, peut jaillir plus vite l’étincelle. C’est un scénario de science-fiction, mais c’est aussi toute l’Histoire des Sciences.

Il est opportun de garder au sein du MRNE, collé aux fonctions de protection de l’environnement et doté d’un budget autonome, l’organisme qui conduit cette recherche des sources naturelles d’énergie propre. La DGER doit travailler d’arrache-pied à capter les énergies propres à leur sources au meilleur coût ; elle a la responsabilité de l’expérimentation et de mettre en marche des projets pilotes.

La DGER fait la recherche, et a aussi le mandat de promouvoir l’utilisation d’énergies propres. Il y a une demande pour une énergie propre qui respecte l’environnement et elle est prête à en payer le prix; la DGER doit identifier cette clientèle socialement responsable et la motiver. L’ayant fait, partie de la mission de la DGER consiste aussi à convaincre la RNE d’utiliser davantage les énergies propres et de mettre en place les structures qui permettent d’en retirer le prix correct.

Elle peut le faire d’autant mieux que, n’ayant pas le statut d’« Office National », elle ne se pose pas en rival potentiel de la RNE pour la vente de quelque forme d’énergie que ce soit. Elle n’a pas le mandat d’entretenir des relations commerciales multiples, ni la responsabilité d’être rentable. La DGER, n’a qu’un seul client – la RNE – à qui elle vend ses produits au prix coûtant et transmet ses procédés dès que cette dernière s’engage à les exploiter commercialement.

À ce jour la DGER a déjà un produit que la RNE peut parfaitement exploiter: l’hydroélectricité. Même dans ce domaine, cependant, la DGER continuera sans relâche ses expériences pour faire encore mieux et mettre la RNE devant l’évidence de la rentabilité croissante des énergies propres. Mais elle n’en planifiera et n’expérimentera pas moins avec le solaire, l’éolien et elle le fera aussi avec toutes les autres sources que l’avenir apportera.

L’hydroélectricité est la preuve tangible qu’une énergie naturelle propre renouvelable n’est pas une chimère. Pour les chercheurs de la DGER, c’est à la fois une inspiration, une caution de leur sérieux, un modèle pour la mise en place de projets pilotes et une source de ressources humaines et techniques lorsque le moment est venu d’utiliser une source d’énergie expérimentale dans le cadre d’un projet à échelle industrielle.

Lorsque des alternatives de sources d’énergie verte arrivent au stade où il est temps d’en tester la rentabilité – nous en sommes de toute évidence là en ce qui a trait à l’éolien et au solaire et d’autres méthodes suivent de près – la DGER peut mettre en place des expériences à plus grande échelle, mais elle doit toujours le faire sans but lucratif. Pourquoi ?

Parce que le mandat de produire de l’énergie au meilleur coût, est bien terre-à-terre et la RNE n’utilisera une source d’énergie propre que si, tenant compte de tous les facteurs, cette énergie qu’on lui offre est commercialement une bonne affaire, mais encore faut-il que l’analyse des coûts soit faite honnêtement. Or, la naissance du lobby Vert annonce un bataille titanesque, dont la seule chose certaine est qu’elle n’aura rien de naïf et désintéressé.

Les mensonges et la corruption soupçonnée des instances scientifiques pour maquiller les chiffres du réchauffement global n’augure rien de bon; on ne peut pas faire confiance au secteur privé pour mener les recherches et en tirer les conclusions. C’est la DGER qui doit ici nous mener au Graal avec un coeur pur

La DGER ne prouvera hors de tout doute qu’une nouvelle énergie est rentable que si sa production pilote est planifiée et réalisée avec soin, sans visées lucratives. Cette condition est nécessaire. Quand une source d’énergie est prête pour exploitation à prix concurrentiel, c’est alors seulement que la RNE prend charge.

30 La Régie Nationale de l’Énergie

La RNE a l’exclusivité de la production, de la vente, de la distribution, de l’importation et de l’exportation d’énergie. Elle ne vise pas à être une source de revenu pour l’État, mais on s’attend à ce qu’elle équilibre son budget. Si l’État veut privilégier un type d’énergie plutôt qu’un autre il peut donner des subventions, mais elles doivent être transparentes.

La RNE gérera des barrages, des centrales thermiques des réacteurs nucléaires… des parcs d’éoliennes ou de capteurs solaires, aussi, là où ces sources seront rentables. Elle érigera et entretiendra ses propres lignes de transmission. Pourquoi ne pas lui avoir confié les tâches imparties à la DGER ?

Parce que le rôle de la RNE est d’assurer la disponibilité d’énergie au meilleur coût. À coût égal, tout le monde préfère le vent au charbon et le soleil au pétrole, mais nous n’en sommes pas là. Pas encore. En attendant que les torrents, le soleil et le vent puissent satisfaire tous nos besoins à bon compte, une Nouvelle Société n’imposera une énergie « propre » à personne. Elle optimisera sans compromis la consommation d’énergie la plus économique possible. Toute autre approche est un frein au développement, hypocrite et intolérable dans un monde où plus de la moitié de la population vit encore au seuil de la misère.La RNE a l’exclusivité de la production, de la vente, de la distribution, de l’importation et de l’exportation d’énergie. Elle ne vise pas à être une source de revenu pour l’État, mais on s’attend à ce qu’elle équilibre son budget. Si l’État veut privilégier un type d’énergie plutôt qu’un autre il peut donner des subventions, mais elles doivent être transparentes.

La RNE gérera des barrages, des centrales thermiques des réacteurs nucléaires… des parcs d’éoliennes ou de capteurs solaires, aussi, là où ces sources seront rentables. Elle érigera et entretiendra ses propres lignes de transmission. Pourquoi ne pas lui avoir confié les tâches imparties à la DGER ?

Parce que le rôle de la RNE est d’assurer la disponibilité d’énergie au meilleur coût. À coût égal, tout le monde préfère le vent au charbon et le soleil au pétrole, mais nous n’en sommes pas là. Pas encore. En attendant que les torrents, le soleil et le vent puissent satisfaire tous nos besoins à bon compte, une Nouvelle Société n’imposera une énergie « propre » à personne. Elle optimisera sans compromis la consommation d’énergie la plus économique possible. Toute autre approche est un frein au développement, hypocrite et intolérable dans un monde où plus de la moitié de la population vit encore au seuil de la misère.

Nous sommes presque, mais l’opinion prévalente est que nous n’y sommes pas encore tout à fait, au point où les énergies propres – sauf l’hydroélectricité, bien sûr – peuvent être aussi économiques que nos méthodes traditionnelles de production d’énergie. Nous y arriverons d’autant plus vite que l’on fera avec diligence la recherche et l’expérimentation nécessaire et qu’on mettra en place des projets pilotes qui prouveront la rentabilité des énergies propres dans un contexte de production et d’exploitation dans la vie réelle.

On décidera du passage aux énergies propres d’autant plus vite, aussi, qu’on aura comparé sans complaisance le coût des énergies nouvelles à celui des méthodes actuelles augmenté des frais souvent cachés de protection de l’environnement, de remise en état des lieux d’extraction et du coût de la probabilité estimée de désastres écologiques. C’est ce travail de recherche, d’application pilote, de réalisation éventuelle à grande échelle et de comparaison honnête des coûts qui est la mission de la DGER. La RNE ne doit pas contrôler la DGER

La DGER recherche et expérimente puis passe la main. La RNE doit alors CONSTRUIRE et faire fonctionner ces barrages et ces usines, avec leurs infrastructures de soutien, efficacement et dans le respect de l’environnement. La RNE définit sa politique énergétique, estime ses besoins à court et à long terme, fait ses choix au vu des options que lui propose la DGER, consulte toutes les parties intéressées, obtient l’aval de la Division de l’Environnement, demande et obtient de la DGAT l’affectation du sol requis à la production énergétique et reprend l’usage du sol de ceux qui en jouissaient en les dédommageant à la valeur de l’évaluation fiscale déclarée.

Si un concessionnaire du sol s’est prémuni contre la reprise par OVI en acceptant de payer un impôt sur le capital double de la valeur fixée par le fisc, c’est le double de cette valeur doublée elle même qu’on lui offrira en indemnisation, si on veut l’exproprier, le concessionnaire pouvant légitimement prétendre qu’on le prive d’un bien dont la valeur subjective dépasse largement pour lui la valeur marchande et que le sacrifice qu’on lui impose au nom du bien commun mérite cette compensation. Si même cette offre lui apparaît insuffisante, le tribunal civil en décidera sans délais.

Ces préliminaires réglés, la RNE ayant établi les plans et devis ainsi que le calendrier du projet à entreprendre, passe à l’action en se réservant le rôle de maître d’œuvre et en sous-traitant les divers travaux au secteur privé sur la base d’appels d’offres. Ce sera la procédure obligée pour tout projet de l’État et, d’ailleurs, la façon courante de produire dans une Nouvelle Société, même lorsque c’est le secteur privé qui est seul impliqué.

Dans le sous secteur de l’exploitation des ressources énergétiques, la participation de l’entreprise privée est au palier des travaux à exécuter, sans plus. Il n’y a pas de raison valable pour favoriser la gestion de l’énergie par des intérêts privés. L’État ne peut permettre qu’un autre pouvoir que l’État ait un contrôle sur l’approvisionnement en énergie même d’une partie du système de production ou d’une partie de la consommation privée.

Si des concessions ont été consentis sur des terrains nécessaires à la réalisation du plan énergétique, ces concessions sont rachetées en temps opportun au prix de la valeur fiscale que leur propriétaire leur a fixée; à plus forte raison, il serait impensable dans une Nouvelle Société de privatiser le réseau public lui-même.

Cela ne signifie pas une exclusion totale de l’entreprise privé de la production d’énergie. Rien n’interdit à un concessionnaire exploitant d’un terrain classé agricole ou forestier, par exemple, de mettre à profit une chute sur ses terres pour activer une génératrice; rien ne lui interdit, dans le respect des normes de la DE, d’utiliser cette énergie pour faire fonctionner une usine de concassage.

Mais son activité principale doit demeurer conforme à la destination du sol telle que fixée par la DGAT et sa production d’énergie l’accessoire. Si un concessionnaire, exploitant de bonne foi d’un autre sous secteur, peut produire des kilowatts excédentaires à ses besoins à partir d’une source naturelle et à un prix inférieur au coût de l’énergie produite par l’État, on lui achètera ces kilowatts à un coût qui sera le coût de revient moyen de la production d’énergie par la RNE.

Tant mieux si à ce prix il en tire un profit. Mais on n’accordera pas de concessions spécifiques pour la production d’énergie et l’on ne permettra pas la création d’un réseau de distribution parallèle au réseau public. Si la production d’énergie devient la principale activité d’un concessionnaire, ou si l’embryon d’un réseau commence à se mettre en place, il sera racheté à sa valeur fiscale déclarée et intégré au réseau public de la RNE.

31. La Direction générale des espaces de loisir

Le sol, aménagé ou volontairement laissé en son état naturel, peut servir de lieu d’agrément ; on peut en exploiter ce potentiel de plaisir et de loisir tout autant que sa capacité à nous fournir des minéraux ou à faire croître des végétaux. La Direction générale des espaces de loisirs (DGEL) contrôle l’exploitation du sol à des fins ludiques.

Nous lions cette activité au secteur primaire plutôt qu’au tertiaire, parce que ceci nous permet de mieux cerner l’utilisation des sols et que les modalités de contrôle des espaces ludiques se rapprochent de ceux utilisés pour le contrôle des autres sous secteurs du primaire. Il est plus facile d’en assurer le suivi cohérent à partir d’une DG du MRNE. Le sol affecté à des fins ludiques peut être partie du domaine public et ouvert à tous, faire l’objet d’une exploitation commerciale privée ou même être réservé au seul usage d’un propriétaire qui l’occupe.

Font partie du domaine publics les parcs en zones urbaines, les forêts domaniales, les espaces entourant les lieux de mémoire ou les sites naturels exceptionnels et classés au patrimoine, des bois où l’on peut chasser en saison et des plans d’eau où la pêche sportive, la nage ou la plongée sont permises. Font partie du domaine privé les chasses gardées, les rivières et étangs dont l’accès est réservé aux membres, les terrains de golf privés, les parcs d’amusement de type Disney et autres, les grottes et curiosités naturelles situés sur des terres privées et qui ne sont pas classées au patrimoine ainsi que les espaces en propriété privée entourant les résidences .

La politique d’une Nouvelle Société est d’encourager le développement d’entreprises dans le domaine du loisir, cette initiative répondant à l’évolution de la société vers une situation où chacun aura plus temps libre et une plus grande aisance pour en jouir. À moins d’une raison sérieuse, dont la protection de l’environnement ou du patrimoine culturel, l’État devenu propriétaire du sol répond donc favorablement aux demandes qui lui sont faites pour utiliser le sol à cette fin.

A fortiori, quand la propriété de la terre retourne à l’Etat, le propriétaire qui exploite le sol à cette fin peut demander qu’on lui laisse en concession les espaces déjà consacrés aux loisirs. S’il les exploite déjà commercialement, ce privilège lui sera accordé sans discussion, sous réserve qu’il n’en change pas l’affectation.

L’affectation « loisir », toutefois, recouvre une réalité variée. L’utilisation concrète du sol laissé ainsi en concession pourra donc changer radicalement sans que ne soit changée cette affectation générale au loisir. Aussi radicalement, en fait, que la Direction générale des espaces de loisirs (DGEL) le jugera opportun.

A la requête de la DGEL, si celle-ci juge qu’il en va de l’intérêt public, même l’affectation fondamentale du sol pourra être changée par la Direction générale de l’aménagement du territoire (DGAT) pour satisfaire à la demande du concessionnaire ou d’un acquéreur éventuel du droit d’usage ludique du sol. Elle ne le sera jamais, toutefois, sans l’accord de l’autorité locale qui devra d’abord elle-même accepter de changer ses règlements de zonage.

Une transformation des lieux et le passage d’un type de loisir à un autre ne sera pas toujours accueillie avec joie par les voisins immédiats du projet, lesquels peuvent préférer côtoyer un terrain de golf bien aménagé plutôt qu’un parc à manèges. Au nom de la solidarité, il faudra les convaincre de l’accepter. Si douze ou quinze millions de Franciliens veulent un parc d’amusements, la quiétude d’une commune ou d’une autre doit parfois être sacrifiée. Les habitants de cette commune, toutefois, ont des droits acquis à jouir de cette quiétude et, si on la leur enlève, ils doivent en être dédommagés.

Ce sont les impératifs techniques qui doivent justifier les décisions prises, et c’est à ce niveau qu’interviennent la DGEL et aussi parfois la DGAT, mais c’est l’autorité locale, aux nom des résidants, qui peut et qui doit exiger des promoteurs une compensation adéquate. Si elle ne le fait pas, elle devra vivre avec les conséquences politiques de ses décisions

Puisqu’un acquéreur potentiel pourra toujours penser en faire une utilisation plus profitable, les concessions obtenues pour l’utilisation ludique du sol donneront lieu à des acquisitions forcées à la valeur fiscale déclarée (OVI) bien plus fréquentes que les autres concessions. La valeur fiscale déclarée des sols a affectation ludique augmentera rapidement. Soit qu’un nouveau concessionnaire y investisse en leur donnant une fin différente, soit que le concessionnaire en place y mette le prix pour que la destination n’en soit PAS changée.

On peut arguer qu’en ce dernier cas on protège un privilège, mais une Nouvelle Société n’enlève rien aux riches de façon vexatoire. Si la valeur fiscale fixée au sol est telle que, même en l’absence de contraintes quant à son affectation, nul ne veuille s’en porter acquéreur à ce prix, c’est que l’intérêt public est optimisé par la perception de l’impôt sur le sol tel qu’il est présentement évalué et utilisé.

Ainsi, même si une chasse gardée projette une image d’élitisme et d’Ancien Régime, une Nouvelle Société ne cherchera pas à en obtenir l’expropriation ou à en forcer les portes. Ni celle d’un parcours de golf exclusif… Si elle constate qu’il existe une demande populaire insatisfaite pour ce genre de loisir, la DGEL verra simplement à faciliter aux promoteurs intéressés la mise en place de facilités comparables.

Si l’espace que l’ex-propriétaire veut obtenir en concession n’est pas destiné à une exploitation commerciale, mais uniquement à son agrément, il pourra mettre cet espace, comme tout autre bien, à l’abri de toute vente forcée par OVI en faisant accepter par le fisc une déclaration de valeur pour ce bien égale au double de sa valeur marchande estimée par un expert du fisc.

C’est ainsi que le propriétaire d’une résidence qui y a apporté des ajouts sur une étendue plus vaste que celle que lui accorde automatiquement la reprise du sol par l’État – (fixée dans le rapport 5 :1 à la surface construite) – pourra, en y mettant le prix nécessaire, continuer à jouir de ses courts de tennis ou de ses perspectives.

32.Le MRNE en sentinelle

Avant de conclure ce survol des DG et Offices nationaux du MRNE qui régissent le secteur primaire, il faut dire un mot seulement, d’un double rôle de de vigilance qui échoit à ce ministère. Une surveillance d’abord de l’environnement, mais aussi de la concurrence. D’abord, l’environnement.

La Division Environnement (DE) est un élément crucial au sein du MRNE. On peut s’interroger sur l’opportunité de loger la DE au sein du MRNE, car même si l’air, l’eau, la terre et la planète elle-même sont bien des ressources naturelles, le rôle de la DE est néanmoins bien distinct de celui des DG et Offices nationaux: il ne s’agit plus d’exploiter le ressources, mais de les conserver. La DE ne fait pas partie des organismes responsables de la production dans le secteur primaire.

Au sens strict, elle est donc hors du sujet que nous traitons ici. La Division Environnement est intégrée au Ministère des ressources naturelles et de l’environnement, parce qu’il est pratique de garder en rapports étroits avec toutes les autres structures de ce ministère dont l’objectif est d’exploiter la nature, celle-ci dont le but est de la protéger… Pratique, aussi, parce qu’elle utilise souvent des ressources humaines de même formation que celles des autres éléments du MRNE et qu’on y parlent donc le même langage.

La DE est logée avec les ressources naturelles et nous ne voudrions pas nous éloigner de la structure du MRNE sans en mentionner cette importante composante. Il faut souvenir, cependant qu’elle a ses propres objectifs, ses propres politiques, ses propres mesures de contrôle et est responsable de ses propres études.

Surtout, ne pas oublier que loger la DE au MRNE ne signifie pas que la pollution et les crimes contre Gaïa sont tous le fait du secteur primaire. Celui-ci en est responsable d’une large part, mais l’industrie manufacturière au secteur secondaire, le transport au tertiaire, en sont aussi des vecteurs importants.

Une large part des activités de la DE touche les activités du secondaire et du tertiaire, car celle-ci s’occupe tout autant de la pollution de l’air des villes par l’industrie ou les voitures que des conséquences de la vidange des pétroliers en mer sur la reproduction des espèces marines. La DE a une compétence transversale qui recoupe les activités de TOUS les autres organismes de l’État et de la société elle-même. Même ainsi, elle n’est qu’un élément du dispositif complet mis en place par une NS pour préserver l’environnement. La politique environnementale d’une Nouvelle société sera traitée en détails ailleurs dans cette collection

Gardien de l’environnement par le biais de la DE, le MRNE est aussi en sentinelle de première ligne pour protéger la concurrence Surprenant ? Ce rôle devient clair, pourtant, quand on fait un petit bilan de ce que nous avons vu du fonctionnement du primaire. Dans le secteur primaire, l’État ne se mêle de production, qu’a son corps défendant et ne garde vraiment la main mise que sur la production et la distribution de l’énergie. Pour le reste il veut AIDER à produire et oriente la production plutôt qu’il ne la gère.

L’État, au secteur primaire, apparaît d’abord comme propriétaire du sol et des ressources. La propriété privée des ressources naturelle est intrinsèquement inique et l’État doit en prendre charge. C’est son rôle visible et il est essentiel, mais ce n’est pas qu’une affaire de principe. La fonction CONCRETE de l’État qui assume les devoirs d’un propriétaire est de supprimer l’effet de la « rente » résultant d’une appropriation des ressources naturelles par la force et de permettre ainsi en aval une véritable concurrence.

L’État y parvient en tirant parti de sa situation au secteur primaire pour se positionner en intermédiaire obligé ou privilégié au point de passage des biens du primaire vers le secondaire ou la consommation directe. Occupant cette position stratégique, l’État – qui ne cherche pas à en tirer un profit, mais à faciliter le fonctionnement harmonieux du système – peut ouvrir un canal protégé par où passeront vers l’industrie ou le consommateur, sans payer de rançons aux pirates de la spéculation, toutes les matières premières sans lesquelles aucune production n’est possible.

C’est à l’entrée de ce canal, que le MRNE est aussi en sentinelle de la concurrence, pour assurer la régularisation des volumes de production et des prix eten garantissant la disponibilité des ressources et une totale transparence des marchés. L’ État, lorsqu’il le juge opportun, peut aussi créer des niches à l’intérieur desquelles le prix des matières premières est le même pour tous. L’État, agissant comme monopsone, peut acheter les extrants d’un palier de production et les vendre aux producteurs d’un autre palier dont ces matières partiellement transformées sont les intrants.

Garantissant l’approvisionnement en ressources naturelles à prix stabilisés, une Nouvelle Société modifie radicalement les règles du jeu et pose l’assise sur laquelle on peut bâtir un nouveau système de production. Dans ces niches où les compteurs des opérations antérieures ont été remis à zéro, les producteurs peuvent rivaliser à armes égales, sur la seule base de leur compétence et de leur travail, ce qui est tout le but d’un système concurrentiel…

On élimine ainsi les conséquences désastreuses de cet intérêt malsain pour la spéculation qui a remplacé le désir de produire pour satisfaire la demande des consommateurs…. Le MRNE qui fait ce travail de rééquilibrage impartial des termes d’échange joue pleinement son role. Il faut seulement s’asssurer qu’il a l’information pour le faire.

Dans l’encadrement qu’offrent les structures administratives – Directions générales, Offices nationaux, etc – du Ministère des Ressources Naturelles et de l’Environnement (MRNE), on peut produire sans difficulté toutes les ressources naturelle dont l’économie a besoin, mais le plus ardu reste encore à faire. Produire est devenu facile; c’est savoir ce qu’il faut produire qui est le vrai défi. Il faut connaître la demande

33 Connaître la demande.

Quand notre capacité de produire a permis d’aller au-dela de nos besoins et de rejoindre nos caprices, la réaction du système a été de produire en surabondance n’importe quoi, selon ses intuitions, s’en remettant au contrôle par la publicité pour que la demande s’ajuste à l’offre. D’où un gaspillage éhonté de ressources et une frustration larvée du client qui cherche, mais ne trouve pas…

Puis les choses ont changé. L’abondance et la montée en puissance du travail-compétence, remplaçant le Capital comme facteur dominant de la production, nous ont amenés à ne plus vouloir produire que ce qui est nécessaire à notre satisfaction et rien d’autre. La véritable efficacité est devenue de faire coller l’offre à la demande et de ne rien produire de trop.

On a pris conscience que c’est par l’économie des facteurs qu’on optimise la satisfaction, et un respect accru pour l’environnement a suggéré que la production des biens tangibles visât à la plus grande satisfaction pour le moindre coût en ressources.

Aujourd’hui, il est devenu malséant de vouloir « adapter » la demande à l’offre. Un changement d’éthique, qui cherche et trouve peu à peu son expression légale, affirme que la création d’un besoin artificiel, l’imposition d’un critère de qualité illusoire ou la promotion d’une surconsommation chronique, peuvent être assimilées à de fausses représentations.

Les normes garantissant la véracité de la publicité sont en mutation et vont bientôt ramener celle-ci au niveau de l’information factuelle. Simultanément, une garantie légale va bientôt, contraindre les producteurs à réduire l’obsolescence au niveau que le progrès des techniques rend vraiment souhaitable et à offrir aux consommateurs les moyens de se tenir raisonnablement indemnes des conséquences d’une désuétude manipulée.

C’est l’offre qu’on veut désormais adapter à la demande. Dans cette optique, plus que toute avancée technologique venant ajouter à une productivité déjà énorme, c’est connaître la demande avec précision qui devient la clef de l’efficacité en production. Une système dont l’objectif n’est plus de produire davantage, mais d’apporter la satisfaction, va mettre l’accent sur une connaissance précise de la demande.

Dans une société d’abondance, il est possible d’ajuster précisément à la demande l’offre de biens tangibles puisque, contrairement à la demande pour les services qui elle est infinie, il y a pour chaque bien matériel un point de satiété où sa demande est comblée. Il suffit d’atteindre ce point précis qui optimise l’efficacité et la satisfaction.

Possible et même techniquement facile, puisque la demande, n’est que la consommation finale, à laquelle s’ajoute la consommation intermédiaire des intrants qui permettent de produire pour cette consommation finale. Il suffit, en théorie, de connaître la demande finale pour chaque produit, puis de remonter du spécifique au général, déterminant pour chacun ses composantes – et pour ces dernières les leurs – traçant pour chacun l’arbre de ses intrants dont la somme constitue la demande intermédiaire qu’on ajoute alors à la demande finale.

Prévoir la demande pour un produit « A », c’est en connaitre la demande propre, mais aussi la demande pour tous les produits auxquels il sert d’intrant. Si on s’en donne la peine, on peut remonter de la demande pour tous les produits finis à celle pour chacune de ses composantes, puis finalement à celle pour chacune des ressources qui entre dans sa fabrication.

En pratique, la production efficace de biens tangibles débute avec la connaissance de la demande pour nos ressources naturelles. Certaines de celles-ci sont consommées sans transformation – surtout pour l’alimentation – mais la plupart servent d’intrants à un processus de fabrication par étapes qui fera de chacune d’elle la “matière première” d’un produit transformé qui deviendra à son tour l’objet d’une transformation, et ainsi itérativement jusqu’à ce que tout ce qui fait l’objet d’une demande ait été produit peut s’interroger sur l’opportunité de loger la DE au sein du MRNE, car même si l’air, l’eau, la terre et la planète elle-même sont bien des ressources naturelles, le rôle de la DE est néanmoins bien distinct de celui des DG et Offices nationaux: il ne s’agit plus d’exploiter le ressources, mais de les conserver. La DE ne fait pas partie des organismes responsables de la production dans le secteur primaire.

Au sens strict, elle est donc hors du sujet que nous traitons ici. La Division Environnement est intégrée au Ministère des ressources naturelles et de l’environnement, parce qu’il est pratique de garder en rapports étroits avec toutes les autres structures de ce ministère dont l’objectif est d’exploiter la nature, celle-ci dont le but est de la protéger… Pratique, aussi, parce qu’elle utilise souvent des ressources humaines de même formation que celles des autres éléments du MRNE et qu’on y parlent donc le même langage.

La DE est logée avec les ressources naturelles et nous ne voudrions pas nous éloigner de la structure du MRNE sans en mentionner cette importante composante. Il faut souvenir, cependant qu’elle a ses propres objectifs, ses propres politiques, ses propres mesures de contrôle et est responsable de ses propres études.

Surtout, ne pas oublier que loger la DE au MRNE ne signifie pas que la pollution et les crimes contre Gaïa sont tous le fait du secteur primaire. Celui-ci en est responsable d’une large part, mais l’industrie manufacturière au secteur secondaire, le transport au tertiaire, en sont aussi des vecteurs importants.

Une large part des activités de la DE touche les activités du secondaire et du tertiaire, car celle-ci s’occupe tout autant de la pollution de l’air des villes par l’industrie ou les voitures que des conséquences de la vidange des pétroliers en mer sur la reproduction des espèces marines. La DE a une compétence transversale qui recoupe les activités de TOUS les autres organismes de l’État et de la société elle-même. Même ainsi, elle n’est qu’un élément du dispositif complet mis en place par une NS pour préserver l’environnement. La politique environnementale d’une Nouvelle société sera traitée en détails ailleurs dans cette collection

Gardien de l’environnement par le biais de la DE, le MRNE est aussi en sentinelle de première ligne pour protéger la concurrence Surprenant ? Ce rôle devient clair, pourtant, quand on fait un petit bilan de ce que nous avons vu du fonctionnement du primaire. Dans le secteur primaire, l’État ne se mêle de production, qu’a son corps défendant et ne garde vraiment la main mise que sur la production et la distribution de l’énergie. Pour le reste il veut AIDER à produire et oriente la production plutôt qu’il ne la gère.

L’État, au secteur primaire, apparaît d’abord comme propriétaire du sol et des ressources. La propriété privée des ressources naturelle est intrinsèquement inique et l’État doit en prendre charge. C’est son rôle visible et il est essentiel, mais ce n’est pas qu’une affaire de principe. La fonction CONCRETE de l’État qui assume les devoirs d’un propriétaire est de supprimer l’effet de la « rente » résultant d’une appropriation des ressources naturelles par la force et de permettre ainsi en aval une véritable concurrence.

L’État y parvient en tirant parti de sa situation au secteur primaire pour se positionner en intermédiaire obligé ou privilégié au point de passage des biens du primaire vers le secondaire ou la consommation directe. Occupant cette position stratégique, l’État – qui ne cherche pas à en tirer un profit, mais à faciliter le fonctionnement harmonieux du système – peut ouvrir un canal protégé par où passeront vers l’industrie ou le consommateur, sans payer de rançons aux pirates de la spéculation, toutes les matières premières sans lesquelles aucune production n’est possible.

C’est à l’entrée de ce canal, que le MRNE est aussi en sentinelle de la concurrence, pour assurer la régularisation des volumes de production et des prix eten garantissant la disponibilité des ressources et une totale transparence des marchés. L’ État, lorsqu’il le juge opportun, peut aussi créer des niches à l’intérieur desquelles le prix des matières premières est le même pour tous. L’État, agissant comme monopsone, peut acheter les extrants d’un palier de production et les vendre aux producteurs d’un autre palier dont ces matières partiellement transformées sont les intrants.

Garantissant l’approvisionnement en ressources naturelles à prix stabilisés, une Nouvelle Société modifie radicalement les règles du jeu et pose l’assise sur laquelle on peut bâtir un nouveau système de production. Dans ces niches où les compteurs des opérations antérieures ont été remis à zéro, les producteurs peuvent rivaliser à armes égales, sur la seule base de leur compétence et de leur travail, ce qui est tout le but d’un système concurrentiel…

On élimine ainsi les conséquences désastreuses de cet intérêt malsain pour la spéculation qui a remplacé le désir de produire pour satisfaire la demande des consommateurs…. Le MRNE qui fait ce travail de rééquilibrage impartial des termes d’échange joue pleinement son role. Il faut seulement s’asssurer qu’il a l’information pour le faire.

Dans l’encadrement qu’offrent les structures administratives – Directions générales, Offices nationaux, etc – du Ministère des Ressources Naturelles et de l’Environnement (MRNE), on peut produire sans difficulté toutes les ressources naturelle dont l’économie a besoin, mais le plus ardu reste encore à faire. Produire est devenu facile; c’est savoir ce qu’il faut produire qui est le vrai défi. Il faut connaître la demande

LE SECTEUR SECONDAIRE

34 La demande au secondaire

Pourquoi mettre l’accent sur une meilleure connaissance de la demande ? Parce que les millénaires durant lesquels nous avons lutté pour atteindre l’abondance n’ont jamais eu d’autre finalité que de nous permettre de satisfaire notre demande. Il faut connaître ce que nous voulons et le produire.

La demande du secteur primaire est facile à connaître, celle du secondaire ne l’est pas. Il ne s’agit pas d’estimer la demande pour une matière première – il y en a quelques unes, mais on peut les compter – mais la demande pour les myriades de produits distincts fabriqués au secteur secondaire, tous uniques, ou se prétendant tels, et qui ne sont donc pas interchangeables.

C’est donc maintenant pour les produits manufacturés qu’on va de disettes en excédents. Les fluctuation dépendent largement de causes naturelles, mais sont évidemment aggravées par la spéculation qui veut en tirer partie et, surtout, l’on ne sait pas vraiment ce que le consommateur veut.

La demande pour les produits fabriqués est difficile à cerner. Elle est plus complexe que celle pour les biens naturels, pour la raison tout bête que le nombre des combinaisons entre les éléments d’un ensemble est évidemment supérieur au nombre des éléments eux-mêmes… Il y a pratiquement une infinité de produits différents que l’on peut fabriquer avec les ressources limitées que nous offre la nature. Autant que l’ingéniosité humaine permet d’en imaginer et chacun répond à une demande subtilement différente de toutes les autres.

Chaque demande pour l’un ou l’autre de ces multiples objets littéralement « artificiels » que nous fabriquons au secteur secondaire est d’abord par définition un « caprice », puisque si tout véritable « besoin » de l’être humain n’avait pu au départ être satisfait par des « ressources naturelles », sa survie dans cet univers aurait été bien précaire…

Chacun de nous hiérarchise ces caprices de façon différente, selon SES désirs et SA vision du monde. Un ordonnancement qui change dans le temps selon nos propres humeurs et selon les circonstances. Pour notre propos, il suffit de comprendre que la demande pour les biens que produit le secteur secondaire est au départ bien subjective.

La demande pour les biens que nous produisons au secondaire est distincte pour chacun de nous, mais il y a des similitudes et un effet d’entraînement. Le temps passant et notre maitrise de la nature n’étant plus totalement dérisoire, des consensus se sont formés qui ont donné une certaine objectivité apparente à nos demandes. On a développé des attentes collectives…

Il ne faut jamais oublier, cependant, que ce consensus est une construction mentale. Nous ne savons pas ce que veut VRAIMENT chacun d’entre nous. Nous le savons d’autant moins que les consensus ne se sont pas établis en donnant à chacun une même voix au chapitre, mais en pondérant les opinions de Pierre et Paul par le pouvoir dont l’un et l’autre disposaient.

La demande pour les biens tangibles est toujours instrumentée au profit d’une minorité. Depuis deux générations, elle s’est égarée plus que jamais, mais maintenant que les pouvoirs se réajustent et qu’il y en a vraiment pour tout le monde, il serait bien bête de ne pas produire tout ce que tout le monde veut. Il faut revenir sur la route de la satisfaction.

Le problème, aujourd’hui, c’est que l’offre produit ce qui l’arrange. On ne connaît qu’APRÈS ce que le consommateur voulait. Et encore…! on CROIT connaître ce qu’il voulait, par ce qu’il a acheté, mais combien de fois a-t-il pris ce qu’on lui a offert au lieu de ce qu’il voulait vraiment ? On le lui aura vendu plus cher, pour que le producteur récupère ce qu’il a perdu sur la production de ce que le consommateur n’aura pas acheté. Le consommateur aura travaillé plus pour moins… et le producteur aussi.

Quand la demande n’est plus totalement manipulée et qu’on veut être plus efficace et mieux satisfaire tout le monde, on voit qu’on est en terrain inconnu. Pour bien satisfaire le client, il faut savoir ce qu’il veut AVANT de le produire.

Il y a bien des façons de tenter de le savoir, dont aucune n’est parfaite, mais qui sont plus ou moins utiles selon le produit dont on veut connaître la demande. Essentiellement, le secteur secondaire offre deux (2) types de produits. Les produits de consommation courante et les produits dits durables, ou semi durables.

Les premiers répondent à des désirs que l’on tient pour acquis, dont chaque unité ne représente pas un investissement significatif pour le consommateur moyen. Ce sont des choses qu’on se procure machinalement, sans trop y accorder d’attention, qu’on consomme vite et que l’on va vite remplacer. Par d’autres semblables… ou d’autres différentes, si l’on a été déçu.

Au sein des produits de consommation courante dont il s’est rendu dépendant, le consommateur se crée des classes et des sous-classes qu’il se définit lui-même, à l’intérieur de chacune desquelles sa demande lui semblera incompressible, mais les options qu’on lui offre pour la satisfaire relativement interchangeables. Le producteur cherche à hausser le niveau où le consommateur juge sa demande incompressible, puis à lui créer un attachement obsessionnel à l’une des options proposées.

Les produits durables ou semi durables, au contraire, représentent pour le consommateur une dépense importante. On réfléchira mûrement avant de les acquérir, car la question est ouverte non seulement des caractéristiques qu’on veut y trouver, mais même de l’opportunité de posséder ce produit plutôt qu’un autre qui viendrait satisfaire un tout autre désir. Chaque produit durable est perçu comme important, original, on peut s’y attacher… Si on l’acquiert, on ne voudra pas en changer souvent.

On ne peut connaître la demande pour ces deux catégories de produits en utilisant les mêmes méthodes. Dans le premier cas, on peut estimer la demande – disons pour une pâte dentifrice – en analysant les indicateurs économiques, en posant et validant des hypothèses. Dans le second cas, il n’y a vraiment qu’une façon de connaître à l’avance la demande du consommateur : lui demander ses intentions.

Pour faire ces analyses, poser ces questions et aider le consommateur, l’État peut mettre en place un CENTRE NATIONAL D’AIDE AUX ACQUISITIONS. (CNAA) C’est une solution efficace. La question qui reste à débattre est de savoir si l’on VEUT donner à l’État cette information qui lui permettrait de nous aider.

35. Le CNAA et la consommation courante

En ce qui a trait aux produits de consommation courante, c’est par un suivi au niveau des ventes des détaillants que le Centre National d’Aide aux Acquisitions (CNAA) obtiendra l’information sur la demande, par le biais d’un simple rapport des vendeurs à tous les paliers. L’information est compilée pour former un agrégat qui seul est rendu public et qui respecte donc la confidentialité des données de chaque commerçant et de chaque acheteur. Cette confidentialité est déjà bien connue des organismes spécialisés en recherches de ce type, dont en France l’INSEE.

Aujourd’hui, on se sert de rapports mensuels, le plus souvent obtenus de simples échantillons, et le temps que requièrent la compilation, le traitement, et l’analyse des données recueillies font que l’image qu’on en obtient de l’activité commerciale est celle d’un passé recent, mais révolu. Ce procédé ne peut donc être qu’un outil de politique commerciale et fiscale globale à moyen ou à long terme.

Pour que ce procédé de suivi devienne un outil de contrôle efficace de la production et de la distribution, il faudrait que les données remontent par paliers du commerce de détail vers le commerce de gros, de celui-ci vers le distributeur et de là vers les producteurs. Il faudrait y assigner des ressources. Les gouvernants actuels n’en voient pas la nécessité. Pourtant, c’est ça qui est nécessaire. C’est techniquement tout à fait possible et c’est ce que l’on fera. Tôt ou tard. Le plus tôt sera le mieux,

Au départ, précisons que l’information est disponible. Tout ce qui est vendu par qui que ce soit à qui que ce soit, commerçant ou particulier, laisse une trace au palier du paiement, Si le paiement est fait par le virement d’une somme de l’institution financière de l’acheteur à celle du vendeur et qu’il y a compensation, cette trace existe donc au moins en duplicata, en triplicata si l’institution financière du vendeur n’est pas la même que celle de l’acheteur.

Alternativement un paiement au comptant exige normalement un reçu et une deuxième trace de la transaction apparaît aussi, aux livres du vendeur et dans la transactio en gros aux livres de l’acheteur également. Cette prevue de transaction peut être rendue obligatoire Bien sûr, on triche, mais le coût de tricher peut e^tre lourd et, si le lien doit etre fait entre le stransactions et les stocks, tricher cesse d’être facile

Dans une Nouvelle Société le contrôle est encore plus simple, puisque l’État est le seul banquier et que tout individu responsable et chaque entité corporative doit remettre à l’État un Bilan Mensuel (BM) à partir duquel est fixé l’impôt sur le capital que chacun doit acquitter.

Ce rapport mensuel, lorsqu’il émane du particulier non-commerçant, n’a qu’une valeur de contrôle fiscal, mais celui du commerçant devient AUSSI l’outil-maître de la prévision de la demande pour les biens de consommation courante.

Quiconque est commerçant – le volume de ses transactions étant le critère qui sépare un commerçant en semblables matières d’un non-commerçant – peut en effet être tenu de produire, non seulement ce rapport mensuel, mais aussi un avis EN TEMPS RÉEL de toute transaction et de toute livraison qu’il effectue ou reçoit.

Cet avis peut être envoyé par ordinateur au site Internet du CNAA créé à cette fin. Il contient la même information que le contrat, la facture ou le récépissé émis par l’une ou l’autre des parties et en est généralement la copie, transmise au CNAA simultanément à la remise de l’original à l’autre partie à la transaction.

Si quelque raison empêche cette simultanéité, le commerçant doit donner cet avis toutes affaires cessantes. C’est un délit pour lui de négliger de donner cet avis d’une transaction ou d’une livraison dans les 15 minutes qui suivent sa conclusion et il devra rendre compte de cette négligence. Chaque avis reste confidentiel, mais les totaux des opérations quotidiennes sont calculés automatiquement et publiés sur le site du CNAA, avec la restriction habituelle de confidentialité.

Les biens livrés du fabricant, au distributeur, au grossiste, au détaillant et finalement au consommateur sont ainsi suivis dans leur périple physique grâce aux avis donnés aux divers paliers et l’on connaît du même coup la variation des stocks qui équilibre l’équation à chaque palier. Le CNAA sait où sont les choses. En parallèle, l’avis des ventes effectuées, émis aussi à chaque palier, lui permet de connaître aussi en tout temps qui en est le propriétaire, indépendamment de qui en a la possession, celle-ci étant alors assimilée à la garde de l’objet.

Complexe ? Il n’y a rien dans cette procédure qui la distingue de celle de DHL ou de FedEx suivant le cheminement de leurs envois, ou de l’inventaire en continu (rolling inventory) que peut utiliser aujourd’hui même, pour la gestion interne de ses opérations, tout détaillant ou grossiste de quelque importance. Rien, sauf la transmission de l’information à l’État. Le volume des renseignements ainsi traités ne constitue plus un défi pour la capacité des ordinateurs actuels. En fait, l’ordre de grandeur des transactions totales du groupe Wal-Mart se rapproche autant de celui de l’économie globale que de celui d’un individu moyen !

Quand tout fabricant peut, à tout moment, voir sur son écran d’ordinateur les fluctuations des stocks à tous les paliers de la chaîne de distribution, il possède l’information-clef pour ajuster sa production à la demande. On peut l’aider davantage, car l’État possède et peut rendre accessibles les données des extrants du secteur primaire et celles des catégories du tableau des échanges entre branches d’activité de la comptabilité nationale, chiffres qui pourront corroborer ou nuancer l’information que l’on retire des rapports de vente et livraison des divers produits industriels.

Ceci d’autant mieux que le suivi en temps réel de toutes les transactions transforme aussi les comptes nationaux, lesquels peuvent devenir l’image en temps réel de l’activité économique. Ceux d’entre nous qui avons connu l’époque des enquêtes par courrier et des compilations sur machines Burroughs devrons nous pincer pour y croire, mais il est tout à fait possible, dès qu’on universalise l’accès à Internet, de constituer et de gérer aujourd’hui une table d’input-output DYNAMIQUE de l’ensemble de l’économie nationale. La question fondamentale reste la même: veut-on que l’État ait toute cette information…

36. En dire bien plus ?

L’État peut aider encore davantage les producteurs de biens de consommation courante. Il peut le faire en mettant en ligne les volumes de consommation de chaque produit au cours des dernières années, la tendance (trend) à la hausse ou à la baisse, les prix moyens payés aux divers paliers, les données relatives aux variations saisonnières et tout autre indicateur jugé pertinent.

On peut, par exemple, fournir à tout moment aux fabricants le montant global du revenu distribué au titre du revenu garanti à l’ensemble des consommateurs, ainsi que la marge du crédit global disponible. On peut raffiner et les lui donner pour les diverses tranches de revenu, de même que les études comparatives liant le profil de la consommation aux catégories de revenus jusqu’à un seuil de saturation estimé pour chacune de celles-ci. Tous les chiffres d’export import peuvent être aussi facilement accessibles

Avec la capacité de traitement de l’information dont on peut disposer maintenant, aucun aspect de ce scénario ne présente plus un défi technique sérieux. Le défi est seulement de comprendre que la production n’est plus une partie de poker entre initiés – dont une part de l’astuce était de ne pas donner aux concurrents l’information qui leur aurait permis de prendre des décisions éclairées et donc adéquates – mais de SATISFAIRE LA DEMANDE.

Cette nouvelle façon de réussir en production est un exemple bien pratique de ce passage d’un société conflictuelle, où la pénurie a fait que tous les jeux ou presque soient à somme nulle, à une société d’abondance dont les résultats sont optimisés, non seulement pour tous, mais pour chacun par le recours à des stratégies coopératives.

Ces stratégies coopératives exigent une parfaite transparence entre l’État et ses citoyens, pour contrer la tendance au secret qu’a cultivée en nous, depuis toujours, le recours à des complots que l’interdépendance entre tous les partenaires rend aujourd’hui contreproductifs.

On ne cache pas ses symptômes à son médecin. Dans une société d’interdépendance, où augmente en flèche le nombre de ceux, spécialistes et experts de tout acabit qui VOUS sont utiles et dont l’efficacité pour chacun dépend de sa propre compréhension d’une multitudes de variables, chacun devient un peu votre médecin…

L’efficacité et l’enrichissement collectif passent par la transparence et ce n’est qu’affaire de temps avant que mentir ou galéjer sur ce qu’on peut faire ainsi que chercher à dissimuler une information d’intérêt général ne devienne bien mal vu, puis immoral… et illégal. La concurrence devra se faire sur les mérites réels et non sur le bluff.

C’est avec ce principe bien en tête – et sachant pertinemment que le seuil de saturation pour la plupart des biens de consommation courante est déjà atteint dans les pays développés et le sera bientôt partout – que le fabricant d’une Nouvelle Société doit choisir entre stabiliser puis accroître si possible sa production pour le bénéfice d’une clientèle déjà fidélisée, ou engager une lutte pour augmenter sa part de marché.

La concurrence est un élément essentiel de la production dans une Nouvelle Société, mais la concurrence entre fabricants doit se faire entièrement au niveau de la valeur intrinsèque de leur produit et de leur efficacité à produire. Personne n’empêche un fabricant de produire ce qu’il veut, mais celui qui survivra devra être celui qui produira mieux un meilleur produit; produire trop ne sera plus une stratégie gagnante et les volumes de production tendront vers la satisfaction de la demande : RIEN DE PLUS.

A moins qu’il n’offre une innovation ou valeur spécifique bien pointue en termes de service, le producteur d’une société industrielle mature doit être conscient que ses chances de modifier significativement sa part de marché sont minces, pour deux (2) raisons.

D’abord, une Nouvelle Société met en place un réseau efficace d’accès à toute l’information VRAIE concernant les produits de consommation courante comme les autres produits. La publicité, si on peut parler encore de publicité, devra être factuelle. On pourra manier l’hyperbole – avec prudence – mais jamais le mensonge. La loi sera dure à cet égard, car le consensus social soutiendra fermement cette approche. Les tricheurs s’en repentiront

Ensuite, les contrôles exigeants de la qualité et la notion omniprésente d’une garantie de résultat rendront pratiquement impossible la distribution d’un produit qui soit de qualité vraiment inférieure. Il sera nécessaire – mais pas facile – de se démarquer des autres et d’obtenir un avantage concurrentiel simplement par la qualité du produit.

Il faudra mettre en évidence une spécificité et se créer une niche. C’est aussi une conséquence inéluctable de la spécialisation qui est la voie du progrès. La voie de la satisfaction. Chaque producteur prudent se créera une niche qui sera son quant-à-soi et son château-fort, mais tout en étant conscient que c’est dans l’espace à disputer entre les niches que se jouera la progression et le recul de son entreprise

Le CNAA s’impliquera impartialement dans ce jeu de concurrence en assurant la transparence de toute transaction concernant les biens de consommation courante. Cette intervention, qui ne met en lumière que des agrégats, ne causera pas de problèmes de confidentialité sérieux. Elle suffira à donner à TOUS les producteurs et à leurs fournisseurs en amont une vision claire de la demande qu’ils pourront extrapoler et qui leur permettra de moduler leur production à la mesure des initiatives qu’ils voudront prendre.

En ce qui concerne les biens industriels de consommation courante, on voit que les mécanismes de connaissance de la demande et de commercialisation s’apparentent donc mutadis mutandis, à ceux pour les produits agricoles que nous avons vus pour le secteur primaire.

Le CNAA voudra aussi, toutefois, compléter son action en tentant de prévoir la demande pour les produits durables et semi-durables. Il faudra alors s’immiscer davantage dans les transactions individuelles. Les consommateurs en tireront un plus grand bien encore, même si cette intrusion est contestée, parce qu’elle va à l’encontre de la philosophie individualiste qui prévaut. Il faudra que le CNAA s’explique, convainque et fasse ses preuves. Elle les fera.

37.Biens durables et semi-durables

C’est pour connaitre la demande des biens durables et semi-durables que le CNAA sera le plus utile et c’est pour ces biens qu’une adaptation de la production aux besoins exprimés pourra apporter les plus grands bénéfices. Le critère bien pragmatique pour distinguer entre un bien durable et un bien semi-durable est la définition du “bien sujet à amortissement”.

Si l’usure naturelle d’un bien diminue progressivement sa valeur marchande plus que l’inflation ne l’augmente, le bien peut être dit semi-durable. Si c’est le contraire et qu’il s’apprécie d’année en année, il faut le voir comme un bien durable. Dans le contexte actuel, seuls les biens immeubles ou ceux dont la valeur n’est pas utilitaire, mais culturelle et n’est donc pas liée à une éventuelle désuétude peuvent être considérés comme des biens durables.

Comment connaître les intentions des consommateurs concernant l’acquisition de biens durables et semi-durables ? On peut ici faire aussi des analyses théoriques ou travailler sur des agrégats, mais rien ne semble aussi efficace pour connaître cette demande des consommateurs que de leur demander ce qu’ils veulent. La capacité de traitement de l’information dont on dispose rend désormais cette démarche pratique.

La nécessité pour chacun de produire un bilan mensuel (BM) pour fin fiscale établit une communication périodique permanente entre l’État et chaque contribuable. Cette communication peut être élargie, mise à profit en demandant à chaque citoyen d’autres renseignements et particulièrement, en ce qui nous intéresse ici, ses intentions d’achat en biens durables et semi-durables. Chaque agent économique peut ainsi, s’il le veut, en cochant une liste qui apparaît sur demande à l’écran de son ordinateur, jointe à sa déclaration d’impôt mensuelle, indiquer s’il entend acquérir tel ou tel type de biens au cours des trois, six, douze ou vingt-quatre prochains mois, ainsi que le prix approximatif qu’il compte payer pour l’acquérir.

Attention. On ne fait pas ici un sondage sur ses pieuses intentions. Quand un déclarant indique qu’il veut acquérir quelque bien durable ou semi-durable que ce soit, il s’agit d’une décision d’achat ferme, même si des éléments en demeurent à préciser, comme l’identité du vendeur éventuel, par exemple. Le déclarant rend sa décision ferme et crédible en versant immédiatement au compte du CNAA 2% du montant approximatif qu’il fixe lui-même de l’achat dont il donne ainsi avis. Il ne s’agit pas d’un dépôt; cette somme ne lui sera jamais remboursée, qu’il donne suite ou non à son avis d’achat.

Pourquoi le déclarant donnerait-il cet avis et verserait-il 2% du montant en jeu ? Parce que celui qui donne un tel avis reçoit du CNAA, au moment où il effectue son achat, une ristourne sur le montant de l’achat ou, s’il a donné avis d’un montant moindre, sur ce montant moindre qu’il a fixé pour cet achat. Ristourne de 6, 9, 12 ou 15% selon que l’avis donné a été de trois (3), six (6), douze (12) ou vingt-quatre (24) mois. Une économie nette, donc, de 4, 7,10 ou 13 %, considérant le 2% qu’il a initialement versé.

L’acheteur reçoit cette ristourne directement du CNAA, et elle vient donc s’ajouter à tout autre avantage que lui consentirait le vendeur lors des tractations menant à la vente. Il n’a pas à aviser le vendeur de l’avis qu’il a donné au CNAA et qui lui vaut une ristourne – même si on peut raisonnablement supposé que tout acheteur éventuel l’a donné – pas plus que le CNAA n’en avisera les producteurs.

Les producteurs sauront que, pour compenser le CNAA de ces ristournes, ils doivent prévoir une remise à l’État d’un pourcentage du prix de vente qui aura été déterminé de façon empirique et ils devront en tenir compte dans l’établissement de leurs prix, mais ils n’auront pas l’information qui leur permettrait de consentir un meilleur prix à celui qui ne reçoit pas de ristourne, ce qui viderait cette démarche de son sens.

Le consommateur fera-t-il sérieusement cet exercice ? Rien ne l’oblige à donner cet avis d’achat, mais, s’il ne le fait pas il renonce à une ristourne qui peut être très significative, surtout s’il s’agit de l’achat d’un immeuble d’une automobile ou d’un ordinateur, par exemple. En revanche, s’il émet cet avis et n’y donne pas suite, il perd le 2% qu’il a versé, ce qui n’est pas non plus toujours un montant négligeable. On veut ce cet avis soit donné. Si les ristournes initialement prévues ne sont pas suffisantes pour créer la motivation nécessaire la valeur en sera augmentée jusqu’à ce qu’elles jouent leur role et que les consommateurs donnent l’avis qu’on attend d’eux.

Elles joueront leur rôle quand la publication de la compilation journalière des offres d’achat par types de produits, sur le site de l’État, permettra aux producteurs de suivre efficacement en continu les fluctuations de la demande. Pour les biens durables et semi durables, comme pour les produits de consommation courante, toute une batterie de données statistiques sur la saisonnalité, les tendances et le crédit/revenu permettront au fabricant qui le veut d’ajuster son offre à la demande. Le producteur connaîtra avec infiniment plus de précisions ce que sera à n horizons la demande pour son produit. PRÉVOIR est la clef d’une augmentation énorme de l’efficacité et d”une reduction du gaspillage

Il y a plus. Quand on accepte de prévoir, la spécificité des produits semi-durables laisse la porte ouverte à des ambitions plus larges pour le producteur. La tentation sera grande pour lui d’être « proactif » et de pousser la vente avec trop d’énergie; le danger sera donc là d’une production qui s’emballe et tente encore de manipuler la demande. Pour canaliser l’énergie des vendeurs tout en s’assurant que l’offre des produits durables et semi-durables se plie vraiment à la demande et non l’inverse, il faut faire plus qu’une simple diffusion de renseignements.

Au lieu d’une simple adéquation de l’offre globale à une demande estimée, il faudra tenter d’en arriver le plus possible à une offre précise répondant à une demande précise. On visera à faire produire sur commande.

38. Produire sur commande

Notre système de production actuel fonctionne à partir d’une présomption de boulimie dans une société obèse. On prend pour acquis que, si on lui en donne les moyens, le consommateur achètera éternellement n’importe quoi, sans égard à ses besoins. La passerelle permettant de quitter un tel système pour un autre où c’est la satisfaction qui est le but découle tout naturellement de la procédure que nous venons de voir pour connaître la demande et en est l’extension.

Lorsque le contribuable donne avis de son intention ferme d’achat à terme, on peut lui offrir le choix d’autoriser le CNAA à transmettre son nom aux fournisseurs du type de biens qu’il a l’intention d’acquérir. Il n’est pas tenu de le faire et il n’est pas indispensable qu’il le fasse, car sa demande, même anonyme, sera prise en compte dans la compilation de toutes les intentions d’achat exprimées pour un produit donné qui sera transmise aux fabricants concernés.

S’il le fait, toutefois, il en retire un avantage et la société également, puisqu’il deviendra la cible des efforts des fabricants et fournisseurs pour s’assurer sa clientèle et qu’il sera alors activement informé sur ces produits qu’il désire acquérir. Cela lui sera utile, car n’oublions pas que la publicité, dans une Nouvelle Société, quitte l’hyperbole et devient essentiellement une information. En invitant le démarchage des vendeurs pour les produits spécifiques qu’il VEUT acquérir, le consommateur retrouve le sentiment d’être dorloté par un vendeur qui s’intéresse passionnément à lui, sans être soumis a un barrage de sollicitations concernant l’acquisition de biens dont il ne veut pas

Producteurs et commerçants approcheront ceux qui auront accepté d’être identifiés comme acheteurs potentiels – acheteurs sérieux, puisqu’ils ont versé des arrhes au CNAA – et ils feront l’impossible pour les convaincre d’acheter leur marchandise. Le consommateur ainsi en contact avec les vendeurs aura l’occasion de préciser sa demande. Son intérêt pour l’achat d’un type de biens pourra vite devenir le choix du modèle bien précis d’un fabricant bien identifié. Plus seulement une petite voiture d’environ n dollars, mais peut-être une Smart décapotable, jaune, avec des banquettes blanches

Et quand il sait ce qu’il veut, pourquoi ne pas l’acheter ? Le vendeur lui consentira bien un petit avantage de plus pour conclure sa vente. Les producteurs seront avides de convaincre ceux qui se seront déjà commis jusqu’à un certain point de se commettre définitivement en passant immédiatement avec eux un contrat final, indiquant les termes et conditions de la vente.

Les conditions que les vendeurs offriront aux consommateurs seront les meilleures, chaque fabricant souhaitant conclure ainsi des ventes fermes avec un préavis qui lui permettra de déterminer son volume de production à moindre risque. Rien n’interdit d’ailleurs à un fabricant, au cours de la négociation qui va alors s’engager, d’offrir au client potentiel des conditions exceptionnelles pour le convaincre d’allonger l’échéance de livraison du produit.

Quand le fabricant en arrive à conclure des ventes de bien semi-durables si longtemps avant le moment prévu pour leur livraison qu’il peut ne commencer sa production qu’à partir d’un carnet de commande déjà suffisant pour garantir la rentabilité de sa production, la démarche de vente au consommateur devient une entreprise différente et les paramètre de base de la production et de sa rentabilité sont totalement transformés.

Si un fabricant peut vendre une part significative de ses produits avec une anticipation suffisante, il peut ajuster sa production à la demande, non seulement en quantité mais aussi en tenant compte des désirs spécifiques du client. Le risque inhérent aux caprices changeants du client s’estompe et, du même coup, le risque d’avoir produit pour rien ce que le consommateur ne veut pas. Le risque d’avoir privilégié, par exemple, un détail insignifiant qui devient tout à coup un désavantage marqué au moment de la vente.

Surtout, le producteur qui travaille habilement pourra finaliser ses plans de production et vendre sa production avant même d’approcher un investisseur, élément crucial dans une structure de production basée sur des projets, comme nous le voyons ailleurs le détail. S’il y est parvenu, il aura alors avec cet investisseur une tout autre discussion, car cette commande ferme réduit à bien peu de chose le risque du fabricant…

Surtout quand on considère que les engagements du consommateur sont cautionnés par l’État à la hauteur de son revenu garanti et d’une marge de crédit équivalant à un facteur variable, mais toujours significatif de ce revenu garanti. En fait, c’est une demande non seulement effective, mais cautionnée par l’Etat qu’on identifie… et souvenons-nous que la faillite n’existe pas dans une Nouvelle Société.

En fixant à un montant suffisant le coût de son dédit – dont le CNAA garantira aussi le paiement éventuel – le fabricant peut même obtenir du consommateur un engagement ferme, tout en conservant lui-même l’option de renoncer au projet. Cette situation n’est pas irréaliste ; c’est celle d’un promoteur immobilier vendant des maisons sur plan, ou d’un fournisseur d’équipement militaire faisant payer par l’État les frais de développement d’un prototype, sans devoir même annoncer à quel prix il vendra les unités produites en série. Dans le domaine des bien semi-durables, à usage civil, toutefois, c’est une nouvelle approche et qui devrait susciter chez les producteurs une béatitude confinant au satori ou à l’orgasme.

Cette approche produira une allégresse plus sereine, mais tout aussi indiscutable, chez tous ceux qui souhaitent que le système de production reprenne du service auprès de la demande. Le profit est le prix du risque. Quand le risque diminue, de même diminue la provision que doit prévoir le fabricant pour s’en prémunir et donc le prix qu’il faut exiger du client pour le produit. Produire sur commande – et largement « sur mesure » – signifie une meilleure efficacité, une plus grande satisfaction du consommateur et un enrichissement sociétal, puisqu’on met fin au gaspillage de ressources naturelles et de travail.

39. Un distributeur de services

Produire sur commande fait appel, comme on le voit, à une collaboration accrue entre l’État et les entreprises. Non seulement le CNAA fournit aux fabricants les données d’analyse du marché qui permettent à ceux-ci d’estimer correctement la demande, mais le CNAA intervient aussi pour valider les offres d’achat, recueillir des arrhes qui engagent le client et cautionner en quelque sorte les paiements aux fabricants à partir de retenues à la source automatiques sur le revenu garanti de l’acheteur.

L’État, en contrepartie, impose aux fabricants des conditions de garantie légale allongée : un bien semi-durable ne peut être vendu comme tel que si le fabricant, hormis le cas d’usage abusif dont il a le fardeau de la preuve – en garantit totalement le fonctionnement pour trois (3), cinq (5), ou dix (10) ans, selon la nature du produit.

Le CNAA est caution de cette garantie, s’assurant que le produit est de qualité acceptable et que le fabricant dispose d’une réserve lui permettant de faire face à cette obligation. Si le commerçant cesse ses activités ou fait autrement défaut à ses engagements, le CNAA en tient le consommateur indemne, prenant ensuite les mesures pour récupérer ses frais du fabricant en faute, sans que le client ait à en porter le poids.

L’État joue ainsi un rôle actif dans tout le processus de commercialisation, mais uniquement comme facilitateur, jamais comme décideur. L’État est ici au service des parties. Il découle des services que rend ainsi l’État qu’un lien direct peut plus facilement s’établir entre les parties à la transaction et que se développera considérablement l’approche aujourd’hui relativement timide de la vente directe du fabricant au consommateur.

Cette approche va apporter une réduction des coûts de transport, de publicité et de commercialisation en général, permettre la suppression de tous les coûts liés aux erreurs d’appréciation de la demande et, surtout, faciliter grandement la protection du consommateur.

Producteurs et détaillants peuvent aujourd’hui esquiver leur responsabilité en compliquant à plaisir la maquette de leurs engagements respectifs envers le client. L’arnaque qui semble en voie d’institutionnalisation qui consiste à consentir à l’acheteur un rabais qu’il obtiendra du fabricant en faisant parvenir à ce dernier une formule que lui remet le détaillant est une excellente illustration de ce piège à jocrisses que le producteur et le vendeur sont complices pour armer.

Cette indélicatesse et d’autres du meme genre devront disparaître quand toutes ou une partie importante des ventes concernant les biens semi-durables s’effectueront sur commande. On en aura fini, par exemple, avec les multiples renvois aller-retour, en matières d’ordinateurs, du fabricant de l’équipement au fournisseur du logiciel, puis de celui-ci à celui là, pour extirper quelques frais du consommateur qui n’y connaît rien et sait seulement que le produit intégré qu’on lui a fourni ne fonctionne pas. Une Nouvelle Société sera sans indulgence avec ce genre de comportement,

Doit-on penser que tout le réseau d’intermédiaires allant du distributeur au détaillant est désormais superflu et que le commerce deviendra peu à peu simplement un volet mineur du processus de production ? Ce serait mal comprendre l’avenir des notions de services et de commodité. Il est plus raisonnable de penser que l’évolution fera du système de production une composante d’une structure de distribution élargie !

Sans entrer dans cette discussion pour le moment, il faut voir qu’il y aura toujours des acheteurs pour qui les avantages de ne décider qu’au moment où il faut vraiment conclure l’affaire l’emporteront sur la différence de prix résultat de la prévision, quelle que soit cette différence. À court terme, la vente directe du producteur au consommateur se développera donc en parallèle à un réseau de distribution, dont le rôle et les objectifs au départ seront similaires à ceux du réseau actuel.

La commercialisation des biens semi-durables se fera ainsi selon l’une ou l’autre de deux (2) voies. La « voie courte », que nous venons de décrire, ira directement du fabricant au consommateur. Elle sera la plus simple et la plus économique pour celui qui ne cherche pas les nouveaux services que la Nouvelle Société offrira. Une « voie longue » passera par un système de revente similaire au réseau de distribution actuel et c’est celle qui offrira ces nouveaux services dont nous parlons dans les articles suivants.

Nous parlerons de ces nouveaux services au consommateur plus en détail, en traitant un peu plus loin du secteur tertiaire, de la relation à tous les paliers entre les producteurs et les revendeurs et du nouveau rôle qui échoit aux commerçants dans une Nouvelle Société. Nous ne pouvons cependant donner une vue claire du fonctionnement de la production sans en dire ici quelques mots.

Disons seulement que les commandes placées à terme auprès des fabricants ne proviendront pas seulement des consommateurs, mais aussi de revendeurs/commerçants. Ceux-ci, mettant à profit leur expérience et leur pouvoir d’achat, achèteront aussi à terme des produits semi-durables, avec l’intention de les revendre avec profit, au moment de leur livraison à une clientèle qui, justement, aura préféré ne pas se commettre avec un fabricant, mais plutôt attendre et acheter de ces revendeurs.

Ces revendeurs ne pourront évidemment pas concurrencer, au niveau des prix, les fabricants qui vendront directement aux consommateurs et qui, en plus d’éviter le coût des intermédiaires, auront minimisé leurs risques en finalisant leurs ventes des mois ou des années avant la livraison. Les revendeurs devront offrir une valeur ajoutée importante.

Les revendeurs joueront donc le rôle de la structure de distribution actuelle, mais en y ajoutant bien autre chose. Ils feront faire un autre pas en avant à la structure de production et distribution d’une Nouvelle Société en offrant une gestion de la satisfaction du besoin.

40. Gérer la satisfaction

Quand les biens industriels semi-durables sont produits et vendus sur commande et sur mesure, la quantité des divers équipements en service et la demande pour ces biens tendent à se stabiliser. La production industrielle trouve un rythme de croisières qui correspond à une prévision des changements technologiques qui déterminent l’obsolescence et les taux de remplacement. La production ajuste ses prix pour effectuer l’amortissement de ses équipements en fonction de ces taux de remplacements, mais sans perdre de vue son obligation légale d’assurer pour trois ou cinq ou dix ans le bon fonctionnement des biens semi-durables qu’elle a vendus.

C’est une évolution positive, mais on peut faire encore mieux. Dans une étape suivante, on peut passer de la notion traditionnelle d’un bien qu’on vend à celle d’un service qu’on assure et donc se rapprocher de la réalité qui est celle d’une satisfaction qu’on offre. Même aujourd’hui, quand on achète des « biens », c’est toujours un « service » qu’on veut acheter et une satisfaction qu’on recherche. Ce qui satisfait, c’est ce qui donne le meilleur service. Celui qui vend un produit devra se percevoir comme un fournisseur de services et faire tout en son pouvoir pour gérer la satisfaction de son client.

Nous avons dit qu’il ne fallait pas croire que la distribution ne deviendrait qu’un volet mineur de la fonction production. C’est le contraire que l’avenir nous réserve. C’est la fonction production qui ne deviendra qu’un volet d’une activité plus générale qui inclura la distribution et aura pour mission explicite d’offrir au consommateur la satisfaction de ses désirs. On lui procurera cette satisfaction en mettant à sa disposition un objet dont il tire certains services qu’il requiert, mais il sera convenu que c’est le service rendu et non l’objet lui-même qui est l’essence de la transaction.

Une transaction qu’on peut préciser et redéfinir. « Mettre à la disposition » ne veut pas nécessairement dire « vendre ». Vendre implique un transfert total de propriété, conférant à l’acheteur le droit d’ « user et abuser » de ce qu’il acquiert. Acheter, si on veut, donc, mais ce n’est qu’une modalité parmi toutes celles qui permettent à un producteur et un utilisateur de convenir d’un mode d’utilisation d’un bien/service contre paiement.

Pour les biens de consommation courante – une bière ou une aspirine, par exemple – il n’y a pas d’ambiguïté : le produit doit être vendu puisqu’il est consommé (détruit) au premier usage. Pour les biens durables, il y a divers scénarios, mais la société a la plupart du temps intérêt à ce que l’occupant d’un bâtiment – surtout résidentiel – en soit le propriétaire. On peut présumer qu’il sera alors mieux à même d’en constater les besoins d’entretien et plus motivé pour s’en occuper, assurant donc une gestion plus efficace du patrimoine. Dans le cas des biens durables, la vente semble la bonne solution.

Pour les biens industriels semi-durables, toutefois, les vendre n’est peut-être pas toujours la meilleure façon de procéder. À moins qu’on ne parle d’art ou d’objets à valeur sentimentale – auquel cas l’objet doit être assimilé à un bien durable par destination, puisque l’intention est d’en prolonger indéfiniment la durée – ce que le consommateur veut d’un objet semi-durable strictement « utile », c’est le service qu’il en retire.

Il ne cherche rien d’autre d’un bien “utilitaire” que l’usage qu’il peut en tirer. Pourquoi alors l’acheter ? Un téléphone, une voiture, une chaise nous sont utiles et l’on en attend un « service », lequel ne se distingue des services que nous rendent les gens qu’en ce que ces « choses » ne peuvent discuter ni marchander les services qu’elles nous rendent…

On achète des objets et l’on en tire les services qu’on veut. Mais ne peut-on pas cesser d’acheter des biens et n’acquérir que le droit d’en tirer les services qu’ils peuvent rendre ? Le consommateur qui achète simplement un service et en paye le prix a ce qu’il veut et n’a pas d’autre responsabilité que d’en faire un usage normal, un concept auquel la coutume donne vite son plein sens juridique. Si l’objet loué ne lui rend pas ce service, il a le droit d’en exiger un autre. En revanche, il n’a rien d’autre à en exiger que ce service.

Ce n’est pas une bizarrerie, c’est bien ce qu’on fait chaque fois qu’on utilise un équipement collectif. Une Nouvelle Société va encourager, dans toute la mesure du possible, le recours à des équipements collectifs – à commencer par le transport en commun ! – simplement parce que c’est l’utilisation la plus efficace qu’on peut faire d’un équipement et qu’une société qui partage ses équipements a, de toute évidence, plus de services et de satisfaction pour le travail qu’elle y met.

Même si le consommateur veut se réserver l’exclusivité d’un objet dont il tire des services, pourquoi voudrait-il en devenir propriétaire ? S’il en a la possession et la pleine disposition pour le temps qui lui convient, n’est-ce pas suffisant ? Il fut un temps ou Bell restait propriétaire de ses téléphones… et ils étaient INDESTRUCTIBLES.

Si, pour les immeubles, c’est le manque d’entretien courant qui est la première cause de détérioration, ce qui suggère que l’occupant en soit propriétaire, ce sont les vices de fabrication et l’obsolescence qui menacent surtout un objet semi-durable. Il est donc raisonnable que ce ne soit pas le consommateur qui en devienne propriétaire, mais plutôt le fabricant (vendeur) qui le demeure, ce dernier étant plus en mesure de se prémunir contre ces deux (2) risques.

Une Nouvelle Société exigera que la vente de tout bien semi-durable soit accompagnée d’une garantie légale de bon fonctionnement de 3, 5 ou 10 ans, selon la nature du bien vendu, mais pourquoi assumer même le risque des ennuis découlant de la nécessité de faire valoir ce droit, que ce soit à cause de son mauvais fonctionnement ou d’une obsolescence hâtive ?

Pourquoi, dans une société dont la fiscalité imposera le capital – et donc le patrimoine – plutôt que le revenu, l’utilisateur voudrait-t-il encombrer son bilan d’un bien sujet à dépréciation ? Pour les biens semi-durables, il vaudra mieux louer qu’acheter.

41.La location universelle

Louer permet d’optimiser entre plusieurs utilisateurs le temps d’utilisation d’un bien, mais aussi de renvoyer la maintenance vers qui est le plus apte à l’assumer. Dans le secteur des véhicules automobiles, la location à long terme tend de plus en plus à remplacer l’achat. Même phénomène pour les ordinateurs, avec un peu de retard, mais autant d’enthousiasme. Ce qui est déjà en marche sur le marché des voitures et des ordinateurs peut être appliqué à TOUS les biens semi-durables.

Ce qui limite aujourd’hui l’universalisation de cette approche locative, ce sont les exigences du crédit et l’incertitude du commerçant quant à la durée de vie utile de ce qu’il vend, deux (2) facteurs qui l’obligent, le premier à exiger un paiement initial qui n’optimise pas la demande effective et, le second, à exiger des paiements mensuels alourdis d’une prime de risque qui les rend trop onéreux. Dans une Nouvelle Société, ces contraintes n’existent plus.

Le locateur peut toujours exiger un montant initial au moment de la location, mais il n’a plus aucune raison de le faire, puisque le contrat de location lie le locataire pour la durée de son engagement et que l’État, par le biais du CNAA, se porte garant du respect de ce contrat, quelle qu’en soit la durée. Les montants à payer sont prélevés directement du revenu garanti du locataire comme ils le seraient du revenu d’un acheteur et versés directement par la Banque de l’État au compte du locateur. Il n’y a plus de risque significatif inhérent à la location.

Si tout ceci ne suffisait pas à le rassurer, le locateur doit considérer les autres avantages que lui offre une Nouvelle Société. D’abord le crédit disponible de chacun est parfaitement connu, divulgué avec sa permission à ceux comme ses créanciers, qui ont un intérêt à le connaître, et pleinemnet assure par l’État à la hauteur d’un facteur connu de son revenu garanti. En cas rarissimes de conflit, tout jugement comporte une saisie de plein droit des actifs du débiteur au profit de ses créanciers, l’insolvabilité entraîne la mise en curatelle immédiate et la faillite n’existe pas.

Quant à l’incertitude concernant la vie utile des bien semi-durables, il faut ici tourner la table. C’est justement pour inciter le fabricant à fabriquer des choses qui durent qu’on préfère qu’elles soient louées plutôt que vendues. Celui qui ne voudra pas louer sera soupçonné, souvent à bon droit, de ne pas vouloir produire des biens qui durent vraiment. On surveillera avec une grande vigilance ses réserves lui permettant de dédommager les acheteurs si les biens ne durent pas le temps minimal que fixe la loi. On ne l’empêchera pas de vendre – une Nouvelle Société n’aime pas les prohibitions – mais il est bien probable que sa position concurrentielle se dégradera rapidement face à ceux qui accepteront de louer.

Le fabricant pourra louer directement au consommateur et certains le feront, mais généralement ce sont des revendeurs/commerçants qui assureront ce service. Que le fabricant lui-même en prenne l’initiative ou que ce soit un intermédiaire qui le fasse, les avantages de la location sur la vente font que la consommation de biens semi-durables prendra vite la forme d’un réseau de location universel. Tout bien semi-durable, c’est-à-dire dont on peut tirer des services pendant trois (3) ans ou plus, tendra à ne plus être acheté, mais loué. C’est un service qui sera offert et c’est la satisfaction du besoin qui sera gérée.

La gestion de la satisfaction du besoin ira de paire avec la rationalisation de la gestion du parc des équipements eux-mêmes. Dans un système de production où les biens sont faits pour durer, le marché de la location consiste de plus en plus en biens usagés plutôt qu’en biens neufs. Prenons l’exemple du marché de l’automobile, avec lequel tout le monde est familier, tout en nous souvenant que la même logique s’applique à tous les biens semi-durables.

Quand on construit les voitures pour qu’elles durent et que la question de solvabilité du client ne se pose plus, le marché de la location d’automobile se transforme de deux (2) façons. D’abord, au lieu de deux (2) types seulement de contrats – à court terme (renting) ou à long terme (leasing) – les exigences de la concurrence font qu’on offre désormais une infinité de contrats de durée variable. Ensuite, la location d’un véhicule usagé n’est plus une rare aubaine, mais la transaction la plus courante. La structure des prix de location doit refléter cette double innovation.

Les prix de location varient selon l’âge du véhicule loué, la logique étant que la valeur locative du produit qui devient de plus en plus usagé avec le passage du temps diminue d’autant selon l’offre et la demande pour de tels produits usagés. Les taux, toutes autres choses étant égales, sont donc réajustés chaque mois selon l’âge du véhicule. Celui qui loue une voiture « neuve » paye normalement une prime liée à la perte de valeur qu’elle subit quand elle a déjà servi, ne serait-ce qu’une fois. Il a donc intérêt à amortir cette prime sur un contrat de location à plus long terme, mais il n’y est pas tenu.

Ce cas mis à part, celui qui loue pour une journée ou une semaine une voiture qui n’est pas « neuve » paye le taux en vigueur pour cette voiture, tenant compte de son âge en mois. Si la voiture est louée pour une période plus longue, la logique d’un taux dégressif s’applique, même si, par souci de commodité, on calcule la moyenne de ces taux dégressifs et qu’on applique au client un même taux mensuel sur toute la période de location.

Le taux appliqué est alors égal à cette moyenne, mais bonifié pour tenir compte de l’avantage du locateur qui, durant la durée de ce contrat à long terme, n’aura plus à passer de multiples petits contrats dont le coût administratif n’est pas nul. Le coût mensuel de location, pour un même bien, varie donc selon l’âge du véhicule, mais aussi selon la durée de l’engagement.

42. Un monde pour usagers

Dans un système où la location est la façon normale de satisfaire un besoin, mais où il n’est tout de même pas interdit d’acheter, c’est le taux dégressif établissant de façon rationnelle et tout à fait empirique la valeur de location normale de tout véhicule usagé qui devient le déterminant de la valeur d’achat du produit et non l’inverse.

Des contrats de location de durées variables peuvent sans difficulté permettre des changements en cours de contrat, en échange naturellement d’une prime à payer. On peut prévoir le changement du modèle loué pour un plus recent, après un an, deux ans, etc. On peut louer un modèle déjà usagé et en prévoir le remplacement, après des mois ou des années, par un autre, usagé également.

Des marchés distincts s’établissent donc pour ceux qui ne veulent louer que du neuf et pour ceux qui préfèrent renoncer au prestige et louer la voiture de deux, trois ou cinq ans d’âge. Pour ceux, aussi, qui cherchent une économie en louant des voitures de dix ou vingt ans, ce qui sera tout à fait raisonnable quand on construira des voitures pour qu’elles durent. Le parc automobile de Cuba a en moyenne plus de 40 ans d’âge !

Cette approche, en plus de ces avantages évidents, a deux (2) autres conséquences hautement bénéfiques. D’abord, celui d’intégrer tout le marché des véhicules usagés à celui des véhicules neufs, ce qui permet aux fabricants de raffiner encore davantage leurs plans de production pour tenir compte de l’amortissement optimal du parc des véhicules existants. Ensuite, de soumettre toutes les transactions touchant des véhicules usagés aux règles de garanties établies pour les véhicules neufs qui jouissent d’une caution de l’État, à la seule exception de la règle touchant la garantie légale de fonctionnement minimal – 10 ans, pour un véhicule – laquelle le commerçant locateur peut faire valoir contre le fabricant, mais non le consommateur contre le locateur.

En ce qui a trait à la relation entre l’usager et le locateur, en effet, la garantie légale du véhicule n’a plus d’importance. Le locateur est astreint à l’obligation plus exigeante de voir à ce que le locataire puisse retirer le service prévu du bien loué, quelle qu’en soit la vétusté. Le locateur d’un véhicule qui tombe en panne a la responsabilité d’en fournir un autre sur le champ au client et de dédommager celui-ci des inconvénients prévisibles qui résultent de cette panne.

On comprend qu’à ces conditions, le locateur décide lui-même d’envoyer à la casse les véhicules dont il estime que, compte tenu de la fréquence des avaries, il ne peut plus tirer un profit. Ce n’est plus le consommateur ignorant qui doit prendre cette décision. En remplaçant vente par location, on permet donc aussi au système de gérer l’introduction raisonnable de l’innovation et l’on optimise le service qu’on retire des biens produits, ce qui sont bien deux (2) objectifs qu’une Nouvelle Société veut fixer à la production.

Nous avons mentionné les véhicules, mais le même scénario est possible pour les ordinateurs, les électroménagers, l’ameublement. Quand on pense à un système de production sur commande et à la location des biens semi-durables, on voit se profiler une amélioration qualitative stupéfiante des équipements. Lorsque le fabricant ne calcule plus la rentabilité de son entreprise en fonction du profit immédiat sur ses ventes, mais plutôt en tenant compte des coûts et bénéfices de fournir à ses clients un SERVICE permanent, durant une période illimitée, changeant au besoin les produits qui leur procure ce service, il a une nouvelle vision de sa mission. Et nous avons une économie sans gaspillage.

Pour les produits en évolution rapide, les prix de location tiennent compte d’une mise à jour biennale, voire annuelle de l’équipement. Faut-il souligner que les produits sont alors conçus pour faciliter cette mise à jour plutôt que pour encourager la mise au rancart ? Pour les produits dont la désuétude est moins rapide – et souvent planifiée aujourd’hui sans autre raison que de maintenir actif un marché autrement totalement saturé – c’est la pure qualité qui devient l’objectif, puisque l’entretien et les réparations deviennent les plus graves aléas du métier.

Il sera facile d’obtenir l’adhésion de la clientèle à cette transformation du marché des biens semi-durables, la garantie du CNAA venant pallier le manque de confiance qui s’est installé et qui détourne maintenant les consommateurs de la qualité. Celui qui aujourd’hui achète un réfrigérateur de 500 euros verra avec enthousiasme la possibilité de louer, pour 10 ou 15 euros par mois durant dix ans, un appareil haut de gamme qui en vaudrait de 1 200 a 1 800 à l’achat et dont on lui garantira de façon crédible l’entretien inconditionnel sauf sinistre, mauvaise foi ou grossière négligence.

Et quel mobilier pouvez-vous vous permettre, si on en étale le prix sur les 360 mensualités d’un contrat de location de 30 ans ? Surtout si vous pouvez, à peu de frais, changer votre simili Louis XV usiné, mais de haute qualité, pour un Queen Ann tout aussi manufacturé, mais de toute aussi bonne facture, votre commerçant ayant déjà la liste des propriétaires de Queen Ann qui voudraient du Louis XV ?

Cet échange de biens industriels semi-durables, devenant peu à peu durables parce qu’ils sont faits avec un souci de qualité qui leur confère progressivement une valeur autre qu’utilitaire, va incessamment se développer sur Internet ; il se développera mieux et offrira une meilleure protection au consommateur si en sont parties prenantes des fabricants et des commerçants reconnus.

Quand on échappe au miroir monétaire et qu’on voit la réalité des objets eux-mêmes, c’est cette amélioration de la qualité de tout ce qui est produit – et donc la possession croissante par tous et chacun de produits haut-de-gamme – qui est la conséquence bien tangible d’une nouvelle structure de production industrielle. Cette vision de la production comme un service nous conduit à parler maintenant de la production de l’intangible: les services eux-mêmes.

LE SECTEUR TERTIAIRE

43. Une société tertiaire

Dès que des gens s’assemblent, on a une société. Quand ils s’assemblent, ils peuvent avoir un projet commun et ils DOIVENT partager certaines valeurs. Ils mettent aussi alors a profit leurs complémentarités et s’échangent des biens et services. Ces biens et services sont les extrants de la production sous toutes ses formes, laquelle est traditionnellement divisée en trois « secteurs » : primaire, secondaire et tertiaire. Les biens sont dit primaires si c’est la nature qui nous les offre, secondaires s’ils sont produits par transformation de ces biens que nous offre la nature. Si, plutôt qu’un quelconque support matériel, c’est le bénéficiaire du service lui-même, ses circonstances ou son environnement qui sont transformés par le travail accompli, on est dans l’intangible. On parle de « services » au sens le plus large. C’est le secteur tertiaire.

Une société constitue, pour chaque sociétaire, une machine à rendre des services et un vaste souk. Il peut tendre la main et on lui donnera – ou on lui vendra – les biens et services que cette société peut offrir. Nous avons dit, dans une Tome précédent que le secteur secondaire était au coeur de la société, dite justement « industrielle » ; c’est dans le secteur tertiaire, au contraire, que se jouera désormais l’évolution et le sort de la société postindustrielle qui est à se mettre en place. En deux siècles, environ, l’industrialisation a apporté l’abondance en biens matériels aux sociétés qui en ont profité. Cette abondance acquise, c’est de services que l’on a besoin.

Une société dont l’industrie a acquis la capacité – sinon toujours la bonne volonté – de produire tous les biens nécessaires pour satisfaire tous les besoins et les désirs légitimes de ses membres devient une société postindustrielle et est nécessairement une société d’économie tertiaire : une société où l’activité économique principale et prioritaire entre sociétaires n’est plus l’échange de biens, mais de services. Ces activités sont désormais les seules qui prolifèrent et le tertiaire tend à occuper une importance sans cesse croissante dans l’économie. Que se passe-t-il quand une économie devient ainsi « tertiaire » ?

Dans une économie tertiaire, une toute nouvelle dynamique se crée entre les sociétaires. L’individu, comme agent économique, demeure un travailleur et un consommateur, mais il doit apprendre à travailler autrement. À obtenir autrement, aussi, ce qu’il consomme, puisque cette nouvelle façon de travailler modifie le rapport de forces entre eux des sociétaires dans l’exercice par chacun de son double rôle de producteur et de consommateur.

Les paramètres de fonctionnement d’une économie tertiaire doivent tenir compte de ce nouveau rapport de forces, de même que de son impact sur la relation entre l’individu et la société et donc entre l’État et ses citoyens. C’est en fonction de la fourniture de services propres au secteur tertiaire qu’une société postindustrielle s’organise.

Ce sont les services qu’une société peut mettre à la disposition de ses membres qui constituent dès lors le meilleur indicateur de son développement; ce sont la quantité et la qualité des services qu’on y consomme qui sont les meilleurs indicateurs de sa richesse et c’est l’universalité de l’accès à ces services qui est le meilleur signe de son évolution sociale et de la solidarité qui y prévaut.

Dans une société postindustrielle, cette primauté du secteur tertiaire est si écrasante, que la gestion du secteur tertiaire y devient indissociable de la gestion de la société elle-même et que, de la même façon que l’industrie avait donné naissance à sa société éponyme, on peut définir la société qui naît comme une « société tertiaire ». Nous sommes dans la dernière phase de cette transformation commencée au milieu du XXe siècle, de notre société industrielle en société tertiaire

Le constat de la primauté du secteur tertiaire est d’une grande importance, car le modèle de gestion que propose une Nouvelle Société – et qui est développé dans une collection de 8 volumes dont ceci est le troisieme – n’est applicable que dans une société où ce secteur tertiaire est accepté comme prioritaire. Si l’on tente d’adopter ce modèle de structure avant qu’une société ne se soit enrichie et ne soit devenue spontanément « tertiaire », on ne réussit qu’à créer des dysfonctionnements, dont un fonctionnariat pléthorique, et à provoquer l’exode des cerveaux, symptômes de ces transformations ratées que l’on voit souvent dans les pays sous-développés.

Dans les 13 chapitres suivant de ce tome – 42 à 54 – nous parlons de l’économie tertiaire elle-même. Nous voyons comment la prépondérance du tertiaire constitue un élément-clef de l’évolution de notre société, détermine une nouvelle problématique du travail et de la consommation, exige un nouvel encadrement sociétal et impose que l’on confie un nouveau rôle à l’État. Nous voyons comment il en résulte une nouvelle problématique de la production et de la distribution des services qui exige qu’on les produise et qu’on se les partage autrement.

Ensuite, nous prenons un-à-un 15 types de services que nous avons identifiés et nous proposons quelques pistes sur ce que nous croyons la meilleure façon de les fournir à l’individu en tenant compte de leur spécificité . Cette typologie comporte une large part d’arbitraire. Il faut la voir comme une simple hypothèse de travail. Nous regardons ici production et travail de très haut et cette vision ne peut être que TRÈS superficielle.

Ce que nous en disons ici de cette société de services en construction est sommaire et superficiel. Ne croyez pas, toutefois, ceux qui vous diront que ce qui est superficiel est simpliste; c’est la stratégie de ceux qui cherchent à nous dissimuler les liens plutôt qu’à nous les montrer. Il FAUT être superficiel, car ce qui fait le plus cruellement défaut, actuellement, pour concevoir un projet de société, c’est une vue d’ensemble permettant de voir les liens entre les problématiques qui nous confrontent et qui semblent disjointes. Nous ne pouvons donner une vue d’ensemble et voir loin qu’en regardant de haut et nous ne pouvons le faire qu’en escamotant les détails.

Notre but est donc ici uniquement de présenter une vision globale de la problématique production-consommation. Dans les volumes qui suivront, nous décrirons, plus en détails les mécanismes ad hoc qui permettent de fournir, de recevoir et de profiter de ces services qui vont constituer le plus clair de notre activité dans cette nouvelle société en devenir.

44. Le tertiaire envahissant

Le premier constat à poser, lorsqu’on parle du secteur tertiaire, c’est qu’il tend désormais à occuper tout l’espace et à se confondre avec la production tout entière. En 1955, aux USA, 55% de la main-d’oeuvre travaillait dans l’industrie manufacturière. Quand a débuté le projet Nouvelle Société, en 1992, il y en avait encore 19% et j’avais annoncé que, vingt ans plus tard, il n’en resterait que 10%. Aujourd’hui, c’est une prophétie qui semble réalisée, mais une grande amibuité s’établit sur ce qui est et n’est pas tertiaire. On parle de quaternaire…. Surtout, on voit que cette transformation est sans retour. En Chine qui semble en mode d’industrialisation intensiveon constate que le secondaire plafonne à 15% … puis regresse.

Bien plus de (4) travailleurs sur cinq (5), aux USA, sont déjà affectés aujourd’hui à des activités du secteur tertiaire. Les autres WINS (Western Industrial Nations) suivent le même chemin et la même tendance se manifeste aussi partout ailleurs dans le monde. TOUTES les économies suivent inévitablement la même voie, certains pays sous-développés passant directement du primaire au tertiaire en contournant toute industrialisation significative, ce qui n’est pas sans inconvénients et ne va pas toujours sans mal.

Au cours de la prochaine décennie, le marché du travail va poursuivre et quasi compléter la transition, initiée vers 1950, d’une production qui, surtout orientée au départ vers la productIon des biens industriels, le sera principalement en fin de période vers celles des services. La maquette de production de notre société sera devenue celle d’une économie tertiaire.

Il semble que l’on tende vers un plancher, que l’on devrait atteindre à l’horizon 2020, où de 6 à 7% des travailleurs seulement, travailleront encore dans l’industrie, dont la moitié à peine, devenus des professionnels à compétence très pointue d’assemblage, exerceront encore des tâches directement reliées à la fabrication. Le reste de ce qui n’aura pas été mécanisé aura été exporté vers le tiers monde en développement.

Deux (2) demandes de main-d’oeuvre distinctes alimentent la croissance du secteur tertiaire :

– d’abord, la demande pour les services dits « professionnels » – les services qui exigent de celui qui les rend une compétence spécifique et donc une formation significative – augmente à mesure que les progrès de la technologie permettent d’en offrir de nouveaux et que, simultanément, le niveau de vie s’améliore, permettant à une plus grande part de la population d’y avoir accès ;

– ensuite, la demande pour des services « non-professionnels » est aussi en croissance, celle-ci stimulée par l’arrivée au secteur tertiaire des travailleurs qui sont chassés du secondaire par les gains de productivité et qui viennent offrir ce type de services dans le cadre d’une myriade de « petits boulots », définissant arbitrairement ici ces derniers comme ceux dont la courbe d’apprentissage est inférieure à trois (3) mois;

Ajoutons les nombreuses activités découlant des nouvelles technologies et qui n’ont pas de similitude évidente avec le secteur primaire ni le secondaire. Parfois on ne sait trop si le résultat essentiel en est tangible ou intangible. Il en va ainsi, par exemple, des services que l’on obtient de systèmes hybrides travailleur/machine dont le télémarketing est un bon modèle. Ces activités sont assimilées par défaut au tertiaire qui devient ainsi la catégorie résiduelle.

Ainsi alimenté, le tertiaire occupe progressivement presque tout l’espace de production. Les activités de services foisonnent, c’est un constat évident, mais pourquoi cette expansion irrésistible ? Le tertiaire croît pour deux (2) raisons dont les effets se cumulent.

La première est qu’un nombre sans cesse croissant de tâches de production sont exécutées par des machines. On peut dire de ces tâches qu’elles sont « programmées ». Programmer une tâche réduit la quantité de main-d’oeuvre requise pour l’exécuter, ce qui est la clef de l’enrichissement collectif. Les tâches programmées constituent un bloc solide d’activités dont on a donc, autant que faire se peut, exclu les travailleurs.

Il y a encore beaucoup de tâches qui ne sont pas programmées, mais dont on croit qu’elles peuvent l’être et la rentabilité de le faire croît de jour en jour. La majorité de ces tâches sont dans les secteurs primaire et secondaire. Il est certaines autres tâches, toutefois, dont on pense, à tort ou à raison, qu’elles ne peuvent pas l’être. L’immense majorité ces tâches sont dans le secteur tertiaire.

On dit de celles-ci qu’elles sont « improgrammables ». Ces tâches sont les seules auxquelles on estime qu’il sera toujours nécessaire d’assigner un travailleur plutôt qu’un robot. Le tertiaire est le château fort des activités improgrammables. Il est donc normal et tout à fait prévisible que les travailleurs migrent vers le secteur tertiaire.

La main-d’oeuvre se retrouve au tertiaire, parce que c’est là qu’elle est encore nécessaire. Le tertiaire ne peut que grandir, aux rythmes cumulés où a) sont satisfaits ceux de nos besoins que peuvent satisfaire les secteurs primaire et secondaire, et où b) se complète l’automation intensive de ces deux secteurs. C’est l’explication raisonnable. Cette seule raison suffirait à assurer la primauté du tertiaire dans l’économie, mais il y en a une autre.

La seconde raison est déraisonnable et tient à la finalité même de l’activité tertiaire. Vus de Sirius, les produits matériels essentiels dont un être humain a besoin et que nous procurent les secteurs primaire et secondaire – nourriture, vêtements, logement, etc. – apparaissent peu nombreux. Ils sont limités et on les connaît. Dès que les machines sont apparues et qu’on a pu s’atteler efficacement à la tâche de satisfaire ces besoins, on a vite disposé de la capacité de le faire.

Quand il s’agit de répondre à la demande pour les services, au contraire – de la médecine aux loisirs en passant par l’information, l’administration et les services domestiques – il n’y a pas, comme pour les biens matériels, de cibles objectives, permanentes et bien identifiées à atteindre. C’est une satisfaction largement subjective qu’on cherche à apporter et qui n’a donc pas de limite; celle-ci fuit quand on veut y toucher. La demande pour les services est INSATIABLE.

Il est inévitable que, tôt ou tard, la quasi-totalité de la main-d’oeuvre se retrouve dans le secteur tertiaire. À mesure que les autres besoins sont satisfaits, tous les efforts s’orientent vers la satisfaction de cette demande qui ne pourra jamais être comblée. Quand tout le reste est fait, il ne reste qu’à tenter l’impossible.

45. Un dénominateur commun

Le secteur tertiaire envahit et occupe presque tout l’espace de production d’une société postindustrielle. Pour assurer correctement la gestion de ce qui devient ainsi le plus clair de la production, il faut en savoir plus sur ces activités du tertiaire car elles sont bien hétéroclites. Nous avons parlé de deux volets de la production, celui des biens tangibles et celui de l’intangible, assimilant le second au secteur tertiaire. Mais est-il suffisant de souligner cette similitude qu’ont les activités, dites tertiaires, de ne rien produire de tangible ?

Réunir sous un même vocable des activités aussi variées que la cueillette des données et la cueillette des ordures, la recherche de fonds et la recherche fondamentale, les communications et le mécénat, n’a d’intérêt que si ce regroupement en facilite la gestion commune. Or, elles sont si disparates, qu’on peut se demander si l’on a dit quoi que ce soit d’instructif en appelant « tertiaire » toute activité qui n’est ni primaire ni secondaire.

Pour que ce regroupement qu’on en fait devienne un outil de gestion valable, il faudrait identifier un dénominateur commun entre ces activités dites tertiaires. Au palier de leur objectif, de leurs procédés de production, de leur distribution ou que sais-je, mais identifier une similarité utile. Y en a-t-il une ?

La concentration au secteur tertiaire des activités non-programmées pourrait-elle jouer de rôle ? Une hypothèse séduisante, car la quasi-totalité des tâches programmées sont aujourd’hui dans les secteurs primaire et secondaire, alors que les activités-vedettes et la vaste majorité des tâches du secteur tertiaire ne sont pas programmées.

Surtout, “ne pas être programmées” est la caractéristique la plus visible de la plupart des activités qui composent le tertiaire et est la source de la difficulté le plus sérieuse que pose leur gestion: leur intensité-travail, qui en garde le coût relativement exorbitant, dans une société où tout ce que produisent les machines devient une aubaine. Si l’on met en place des outils pour gérer les activités non-programmées, n’aura-t-on pas les bons outils de gestion du secteur tertiaire ?

Oui… et non. La distinction « programmé/non-programmé » est un critère opérationnel qui peut servir de fil conducteur pour organiser AUJOUR’HUI la production et la distribution des services. Si le tertiaire grandit et tend aujourd’hui à occuper tout l’espace, c’est bien, en effet, parce qu’il regroupe des activités que les machines n’exécutent pas. C’est parce que les machines n’y sont pas que la main-d’oeuvre y est. C’est une lapalissade…

C’est un critère utile, puisqu’on peut aujourd’hui, en pratique, cerner assez bien les activités du tertiaire en utilisant le critère qu’elles ne sont pas programmées. Mais il faut se souvenir, cependant, que ce n’est pas le critère formel de définition que nous voulons et que cette astuce ne vaudra que pour un temps. Ce n’est pas une approche rigoureuse et elle sera de plus en plus trompeuse.

Trompeuse, d’abord, parce que s’il est vrai que la vaste majorité des activités tertiaires ne sont pas programmées, certaines néanmoins le sont déjà. Ensuite, parce que ce qui n’est pas programmé aujourd’hui, demain pourra l’être. Tout ce que l’on peut mécaniser ne l’a pas encore été. L’automation rencontre des obstacles, mais elle les contournera et ne s’arrêtera pas avant bien longtemps. Une activité cessera-t-elle d’être tertiaire du seul fait qu’une machine en prendra charge ?

Et que dire des activités du volet de production des biens tangibles, quand elles atteignent le seuil où elles ne sont plus programmables ? Cessent-elles alors d’appartenir au primaire ou au secondaire ? La faiblesse de nos outils taxinomiques nous créent d’énorme problèmes dont nous parlons ailleurs, n’en ajoutons pas.

Nous avons déjà parlé des deux (2) grands axes de l’évolution de la production, qui déterminent; a) le passage du tangible vers l’intangible, quant au produits et b) du programmable vers l’improgrammable, quant à la façon de produire. Il ne faut pas les confondre. Ne créons pas ici une ambiguité en posant une équivalence entre “tertiaire” et “improgrammable”.

Ce qui définit l’activité tertiaire, c’est qu’elle n’implique pas la transformation d’un support matériel: c’est le bénéficiaire qui en sort déplacé ou transformé. Des incidences matérielles peuvent accompagner activité tertiaire, mais son objectif est dans l’intangible. On comprend que ce n’est pas le billet, mais le voyage que vend l’agent de voyage…

L’activité tertiaire se définit par sa finalité et, quand elle est atteint son but, son résultat essentiel est dans l’intangible. C’est la SATISFACTION. C’est la recherche de la satisfaction qui est le vrai dénominateur commun à toutes les activités qu’on dit tertiaires. L’activité improgrammable, elle, se définit par son exécution ; c’est celle dont, même si les moyens deviennent disponibles pour l’exécuter avec l’aide d’équipements divers, l’essence ne cessera jamais d’être le talent, la compétence et la bonne volonté de celui qui l’exécute.

Parce que tant d’activités tertiaire sont ou semblent aujourd’hui être improgrammables et que, simultanément, il semble que presque tout ce qui est improgrammable vienne se nicher au secteur tertiaire, il est facile de confondre « tertiaire » et « improgrammable ». Il est bien clair, cependant, que ces termes ne sont pas interchangeables, mais désignent deux caractéristiques bien différentes.

Le tertiaire, comme site de la production d’intangibles visant la satisfaction, est en expansion. Pour l’improgranmmable, c’est son IMPORTANCE qui est croissante et il accueillera une proportion croissante des travailleurs, mais il ne faut pas perdre de vue que le nombre et la variété des activités programmées est lui aussi en expansion et, en chiffres absolus, bien davantage !

Certaines activités tertiaires peuvent être complètement programmées et certaines composantes de toute activité tertiaire peuvent presque toujours l’être. Pour gérer correctement le secteur tertiaire, il faut comprendre ce phénomène et en prévoir l’évolution. Il faut donc établir clairement la distinction entre tertiaire et improgrammable.

Il faut mettre en place une structure de gestion du secteur tertiaire qui satisfasse aux exigences de TOUTES les activités du tertiaire, qu’elles soient ou non programmables, qu’elles soient on non programmées.

46. Gérer la transition

L’improgrammable est l’essentiel du tertiaire, mais il n’est pas tout le tertiaire. Il faut établir clairement la distinction entre tertiaire et improgrammable et mettre en place une structure de gestion de ce secteur qui satisfasse aux exigences de toutes les activités de production d’intangible, celles dont le résultat n’est pas une chose, mais seulement une satisfaction.

Il faut gérer les activités tertiaires programmées, tout comme celles qui ne le sont pas. Il faut aussi relever le défi de diriger la transformation de celles-ci en celles-la et encourager la programmation incessante des activités non programmées, car ce sont les activités que l’on réussit à programmer qui sont la clef de l’avenir. Une société d’économie tertiaire doit déployer tous ses efforts pour que soient identifiés et programmés au plus tôt les nouveaux éléments spécifiques à chaque service que la technique rend un à un programmables.

Cet effort constant de programmation/automation – à l’opposé des manoeuvres de la société actuelle, obnubilée par le désir de préserver des emplois au profit de la structure industrielle à laquelle elle s’identifie – constitue un volet primordial de la gestion du secteur tertiaire. C’est le plus déterminant dans ses effets à long terme et c’est aussi le plus exigeant.

Chaque service programmé veut dire un exode de main-d’œuvre, une formation réadaptée, une rémunération revue, un accès différent à ce service, une hiérarchie sociale subtilement changée, un rôle modifié pour l’État.

Un exode des travailleurs, d’abord; tout part de là. Le service programmé ne procure plus de travail qu’à une fraction de ceux qui l’offraient auparavant. C’est le but même de l’exercice ! Cet exode de main-d’oeuvre doit nécessairement être vers les activités qui demeurent non-programmées.

On répondra d’autant mieux à ce défi que l’on prendra la peine de donner à ces travailleurs déplacés une formation professionnelle suffisante pour qu’ils répondent à un vrai besoin et qu’on ne se contentera pas d’un dressage – ou de rien du tout ! – avant de les affecter à de « petits boulots » dont la valeur ajoutée est moindre que celle des services qu’ils rendaient auparavant. Leur formation antérieure devra parfois être totalement remplacée par une autre. Un nouveau départ. Beaucoup d’émotions.

On dira « chanceux » ceux qui garderont leur emploi pour continuer à offrir le service programmé dans un contexte de mécanisation, mais ce seront eux les vrais perdants, même si on ne le leur dit pas, car on ajoutera bien un peu à ce qu’ils savaient déjà, mais c’est tout leur bagage de connaissances acquises qui devient désuet pour tout ce dont la machine a pris charge.

Une Nouvelle Société verra à ce que leur rémunération ne soit pas remise en question, mais ils seront néanmoins professionnellement déclassés par la mécanisation de leur fonction, en proportion directe de leur tâches qui l’auront été. Sans même en être conscients, peut-être, ils seront sur la voie de garage, car la tertiarisation est en marche. Même si leur rémunération ne change pas, leur statut professionnel est modifié et peut être aussi, plus subtilement, leur statut social. Encore plus d’émotions…

C’est un problème grave à régler pour une société qui passe au tertiaire. L’État doit intervenir de plus près dans la formation, la classification, la rémunération. C’est une tâche ardue, mais qui en vaut la peine, car la programmation progressive des services est désormais la forme la plus visible que prendra l’évolution de la société elle-même. C’est en acceptant le défi de programmer tout ce qui est programmable que l’État accepte de mettre en place une Nouvelle Société.

La plupart des fonctions du secteur tertiaire sont en instance de programmation pour une bonne partie de leurs tâches, bien au-delà de ce qu’on en peut prévoir. La gestion correcte du secteur tertiaire implique que cette automation se fasse sans heurts. Au rythme des avancées technologiques, mais aussi de la réceptivité sociale aux changements que cette mutation signifie. Il faut bâtir une structure du tertiaire capable d’accélérer cette programmation de tout ce qui peut l’être.

Il faut aussi accommoder l’intégration des activités nouvellement programmées à la structure de gestion des services, sans nuire au fonctionnement de celles qui ne le sont pas encore ou ne le seront jamais. On ne peut avancer vers l’abondance en services qu’en créant un secteur tertiaire dont un nombre croissant des activités seront programmées. La programmation d’un service en permet la jouissance à une partie plus vaste de la population qui autrement n’y aurait pas accès.

Il est hypocrite et malhonnête, cependant, de prétendre que les services programmés seront tous et toujours surabondants, car la demande pour les services est infinie. Or, aussi longtemps qu’un bien n’est pas surabondant, il y a nécessairement des files d’attente… On ne peut que choisir les coupe-files.

De même, la vision angélique qu’on pourra toujours offrir à tous des services programmés qui seront dès le départ – ou même jamais ! – de même niveau de qualité que les services « humains » qu’ils remplacent est une illusion perfide. Il y a ici une certaine duplicité inconsciente, car quand on nie aux machines la créativité, on leur nie en fait non pas la capacité d’innover, mais celle de le faire en respectant les critères et les contraintes de l’humain que nous ne VOULONS PAS QU’ELLES TRANSGRESSENT. C’est un non-dit fondamental… dont le consensus est qu’il est fondamental qu’il reste un non dit.

Il faut dire avec une totale transparence que les nouveaux services programmés, coexisteront longtemps et sans doute indéfiniment avec les services rendus « à l’ancienne » par des travailleurs. Il faut l’accepter et c’est ce qui créera le défi pour une amélioration constante des services programmés.

Une Nouvelle Société propose une structure d’agencement des ressources humaines conçue essentiellement pour optimiser les activités improgrammables, mais une structure qui veille aussi à ce que soit vite programmé tout ce qui peut l’être et à ce que soit ensuite géré efficacement tout ce qui l’aura été.

47. Le tertiaire programmé

Les nouveaux développements de l’automation, de la miniaturisation et de l’intelligence artificielle permettront qu’un nombre croissant d’activités tertiaires franchissent le seuil où il deviendra non seulement possible, mais plus rentable, d’y affecter des machines que des travailleurs. Il va se créer ainsi progressivement des poches d’activités programmées au tertiaire. Il y en aura de plus en plus, forçant toujours la concentration des ressources humaines dans les activités que seuls des humains peuvent faire.

Heureusement, d’ailleurs – et l’on doit espérer que cette programmation ira loin – car c’est la concentration des ressources humaines dans les activités que seuls des humains peuvent faire qui est la voie royale vers le progrès et la clef de l’enrichissement indéfini de la société.

Une société ne sera vraiment riche en services que quand elle aura réussi la programmation de tous les services qui peuvent être programmés et elle le sera d’autant plus qu’une part plus grande des tâches du secteur tertiaire l’auront été. C’est l’espoir qu’une large part des activités du tertiaire s’avèreront programmables et seront éventuellement programmées qui permet de croire que l’on disposera un jour d’une richesse en services comparable à la richesse en biens matériels qu’a apportée l’industrialisation.

La problématique de la structure et du fonctionnement du secteur tertiaire doit prévoir la programmation progressive de toutes celles de ses activités qui peuvent l’être. Prévoir donc aussi, à côté d’un volet d’activités qui ne seront pas programmées et qui apparaîtront de plus en plus comme improgrammables, un volet d’activités qui auront été programmées, mais dont la finalité restera celle du tertiaire et dont il faudra donc gérer la production et la distribution dans l’optique d’une transformation du sujet plutôt que d’un objet.

C’est toujours la gestion de l’improgrammable qui sera délicate, mais le tertiaire n’en recouvrira pas moins bien plus que le reliquat des tâches non encore programmées. La gestion du secteur tertiaire doit avoir pour priorité les activités improgrammables, mais la gestion du segment en croissance des activités programmées n’en sera pas pour autant négligeable.

Parce que le tertiaire cherche à satisfaire les désirs au-delà du possible et que l’improgrammable, par définition, n’en peut satisfaire que ce que permet une intervention humaine toujours rare et donc coûteuse, c’est le champ des services tertiaires programmés qui va inévitablement représenter tôt ou tard la masse des activités d’une économie tertiaire.

Pas la masse en termes de main d’oeuvre, ni même en termes de valeur – car le coût de ces services programmés va diminuer au rythme de leur programmation et tendre vers presque rien – mais, justement parce que le coût en sera dérisoire, la masse des activités, en volume et en temps, que les utilisateurs vont y consacrer.

C’est l’activité tertiaire programmée qui va devenir omniprésente dans une économie tertiaire. C’est elle qui sera le foyer d’animation le plus ostensible dans la vie quotidienne – même si on en vient par accoutumance à ne plus vraiment la voir, comme on ne voit plus tous ces gens l’oreille rivée à leur cellulaire – et, en dernier ressort, c’est l’activité tertiaire programmée qui va mettre sa signature sur la société qui se crée et en devenir pour un temps le symbole.

Comment cette programmation progressive du tertiaire se présentera-t-elle et quels en seront les effets ? Le tertiaire actuel, consistant d’activités non-programmées en attente d’une possible programmation, se scindera en deux (2) segments.

Il y aura, d’une part, les activités qui apparaîtront de plus en plus indiscutablement improgrammables. La part de l’humain est la création, la décision et l’empathie. S’ajouteront à ce segment des activités nouvelles correspondant aux aspects non-programmables d’activités qui auront été presque entièrement programmées.

Quels sont ces aspects non-programmables ? En médecine, par exemple, la chirurgie par laparo montre la voie : l’humain décide, la machine exécute. Ce n’est qu’une question de temps avant que l’intervention physique directe du chirurgien dans le processus opératoire se limite à des mesures correctives qui deviendront de moins en moins fréquentes à mesure que la machine « apprendra ». La même évolution se produira pour tous les services.

Il y aura, d’autre part, les activités programmées. Certaines consistant en un processus allant de la conception au produit fini, mais d’autres en séquences de tâches programmables franchissant sans contrainte les frontières des occupations traditionnelles et ne prenant leur sens que si elles sont assemblées par un processus lui-même improgrammable.

On a dans ce second cas un modèle d’impartition. Les professionnels autonomes que leur formation longue aura habilités à créer et à décider, confieront de plus en plus les aspects programmables de leur activité à d’autres professionnels qui gèreront la production par des machines de ces éléments disparates et verront à en assurer l’assemblage pour en faire des intrants sur mesure.

Les similitudes entre les activités programmées du tertiaire qui vont se multiplier et celles des secteur primaire et secondaire qui ont déjà connu cette évolution, font que l’on peut voir sans appréhension la gestion de ce segment du tertiaire. Elle sera plus facile que celle des activités improgrammables. C’est sur un autre plan que cette prolifération de « services » programmés peut poser d’autres défis.

Dans une société d’opulence, où la lutte pour la vie sur le plan professionnel cesse d’être une absolue nécessité pour devenir un choix, quelles sont les conséquences de cette occupation presque complète de la vie quotidienne par des machines ? Quand le loisir devient la première préoccupation, verra-t-on des activités programmées ludiques, en symbiose avec des ordinateurs et des automates, devenir des assuétudes ? Nintendo remplaçant les romans télévisés comme substitut à l’action ? Le résultat des tournois de jeux sur ordinateurs faisant la une des journaux ?

Je n’ai pas pour objectif d’aborder ce genre de questions, mais il faudra réfléchir au risque d’une immersion totale dans l’insignifiance que constitue la disponibilité illimitée de services-ersatz dont la programmation rend le coût dérisoire.

48. L’improgrammable

Il faut établir clairement la distinction entre tertiaire et improgrammable et mettre en place une structure du secteur tertiaire qui satisfasse aux exigences de la gestion de TOUTES les activités du tertiaire. Cela dit, quelle que soit la part des activités du tertiaire qui sera éventuellement programmée, c’est toujours en fonction de la part qui ne le sera pas que la structure de gestion du tertiaire devra être orientée. C’est toujours la composante improgrammable qu’il recèle qui est l’important et qui doit être la priorité.

Que se passe-t-il, en effet, lorsque est programmée une activité qui jusqu’alors ne l’était pas ? L’automation a chaque fois, par définition, l’effet de vider cette activité de presque toute sa main-d’oeuvre, laquelle reflue vers le segment non encore programmé de l’économie. La machine met le travailleur en congé: elle est venue pour ça ! Le phénomène n’est pas nouveau, il se manifeste depuis des siècles. Il marque la voie vers l’abondance.

La programmation de quelque activité tertiaire que ce soit ne changera pas significativement le rythme de migration de la main-d’oeuvre vers les activités improgrammables, car les activités du tertiaire qui rejoindront le bloc des activités programmées n’emmèneront avec elles qu’une toute petite part de la main-d’oeuvre.

Une part d’autant plus minime que cette programmation aura été bien réussie. Même si un nombre croissant des activités du tertiaire sont programmées, ce sont les tâches non encore programmées qui continueront seules d’occuper presque tous les travailleurs et qui exigeront toujours une attention prioritaire.

Et ce n’est pas seulement la main-d’oeuvre, d’ailleurs, qui restera attachée aux activités improgrammables… La valeur y restera aussi. Seul le travail crée la richesse. Celle que semble produire la machine n’est que le résultat du travail efficace antérieurement investi dans la fabrication de la machine ; ce sont les tâches non-programmées – et, éventuellement, uniquement celles qui sont improgrammables – qui, tôt ou tard, produiront seules aussi presque toute la valeur ajoutée. On verra les effets de ce phénomène se manifester à mesure que la complémentarité, rendant chaque travailleur de plus en plus indispensable, fera diminuer la rémunération relative du capital.

L’importance du tertiaire tient surtout à l’improgrammable qui s’y loge. Il faut le dépister et y prêter attention. Il semble facile de déceler l’improgrammable et de lui accorder l’attention qu’il mérite, mais le passé récent a fourni bien des exemples où la machine a atteint de nouveaux sommets et l’intelligence artificielle peut nous réserver des surprises.

Le propre d’une tâche digne d’un être humain est qu’elle fasse appel à la créativité, à l’initiative à l’empathie. Mais le travail-machine peut porter des masques. N’importe quel processus aléatoire peut simuler la créativité. L’initiative n’est pas vraiment un obstacle pour les machines, seulement une frontière qu’on leur impose, à la limite de ce qu’on prétend pouvoir prévoir des effets des critères de décision qu’on insère dans leurs programmes. Quant à l’empathie, mieux vaut ne pas y penser…

La technologie nous dira ce que l’on peut programmer, mais est-il possible d’avoir une pierre de touche strictement pratique, pour départager ce que l’on DEVRAIT de ce que l’on ne devrait pas programmer ? Oui : l’apport de la personnalité du travailleur au résultat.

Dans le secteur primaire ou le secondaire industriel, cet apport est nul ou du moins présumé nul. Même si on peut en tirer parfois un avantage de marketing, une pomme n’a pas à véhiculer avec elle, à travers les réseaux de distribution, la marque du travailleur agricole qui l’a cueillie, ni un stylo celle des ouvriers qui l’ont fabriqué. S’il n’y a pas cette parfaite indifférence au-delà de l’utilitaire quant a la façon dont la chose a été faite, on parle d’art et non plus d’industrie…

Le produit est bon s’il sert à sa fin. C’est cette valeur strictement objective du produit fabriqué, d’ailleurs, qui rend la démarche si difficile quand on cherche, par exemple, à faire porter le stigma du travail des enfants à un vêtement venant d’un pays du tiers-monde dont on réprouve les méthodes de travail.

Quand il s’agit des services au secteur tertiaire, au contraire, quelles que soient les normes auxquelles on tente de les assujettir, la satisfaction qu’ils procurent – et qui pour un service est sa raison – d’être tient pour beaucoup à l’attitude, voire à a personnalité de celui qui le rend. Une dent arrachée est un problème réglé, mais le client a aussi d’autres critères pour choisir son dentiste. Qu’un garçon de café travaille ou non de façon impeccable, ne dépend pas seulement des contrôles qu’on met en place pour vérifier son travail, mais aussi et surtout de son désir de l’exécuter parfaitement.

En matière de services, la qualité dépend, pour une part significative, du travailleur qui le rend et de sa façon de le rendre. Le critère à suivre est donc simple. Si la valeur du service qui est créé et offert dans le secteur tertiaire est indissociable du travailleur lui-même, on est dans le domaine de l’improgrammable. Si, peu importe qui l’exécute, le produit a la même valeur, ce service sera tôt ou tard programmé et le plus tôt sera le mieux. Ceci est vrai de tous les cas et constitue une pierre de touche pour l’improgrammable. Dans la mesure, bien sûr, où c’est l’utilisateur qui en juge.

Conséquence de cette importance de la manière de rendre un service ? Une revalorisation du facteur travail, longtemps relégué au rang d’une matière première. Quand le secteur tertiaire envahit et occupe presque toute la structure économique, comme il achève de le faire, le travail devient I N E V I T A B L E M E N T le facteur crucial de la production. Il faut accepter une nouvelle façon de travailler.

49. Janus

Matière première, travail et capital sont toujours essentiels à toute production, mais une économie primaire est prioritairement axée sur la matière première et une économie secondaire (industrielle) sur le capital/équipement, le multiplicateur nécessaire pour atteindre l’abondance. Une économie tertiaire prend la relève de l’abondance matérielle et propose une nouvelle richesse sous la forme de services rendus. Face aux autres facteurs de la production, c’est donc le travail qui prend la vedette,

Nécessairement, car les services sont rendus par des travailleurs dont chacun a sa compétence qu’on souhaite complémentaire à celle des autres. On veut que chacun soit compétent et responsable du service qu’il offre; c’est de cette responsabilisation du travailleur que dépend la satisfaction de tous. Il a droit à des égards…

Comme Janus, le travailleur producteur a aussi toujours un autre visage: celui d’un consommateur. Dans une économie tertiaire, ce double rôle est toujours présent, puisque, les travaux répétitifs ayant été programmés, la quasi-totalité des activités économiques y consiste en services rendus DIRECTEMENT par un travailleur es-qualité de travailleur, à un autre travailleur es-qualité de consommateur.

Les modèles de travail autonome favorisant la responsabilité, conçus d’abord pour le secteur tertiaire où ils sont indispensables, en viennent à s’imposer partout où il est possible de les introduire, même dans les secteurs primaire et secondaire, simplement parce qu’ils sont plus performants pour toute tâche exigeant créativité, initiative et interaction humaine. C’est donc dans tous les secteurs d’une économie tertiaire qu’on en vient à travailler différemment. La différence tient surtout à la MOTIVATION.

Dans une économie tertiaire, « motivation » est le mot-clef, pour optimiser le travail. Or, rien n’optimise tant la motivation que l’internalisation des facteurs qui la suscitent; la motivation s’accommode mal de contraintes externes, menaces et même promesses. La relation employeur/employé de l’ère industrielle tend donc à disparaître d’une société postindustrielle. Tout le monde cherche à y rendre un service et à devenir un créateur autonome de valeur. Création des services que veut le consommateur, mais aussi des services connexes qui facilitent la fourniture du service principal.

Dans une société postindustrielle où c’est l’échange de services qui prédomine, ce n’est donc plus le travailleur salarié, mais le travailleur autonome, mieux motivé, qui devient nécessairement la norme. La structure du travail doit refléter cette nécessité. Le travailleur-type n’a plus un patron, mais un « client »… ou parfois une multitude de clients. Cette transformation de la relation entre celui qui produit et celui qui consomme les conduit tous deux à adopter des attitudes et des comportements différents.

Produisant dans une économie tertiaire et devenu autonome, le travailleur-type d’une société postindustrielle doit recevoir une formation différente, exécuter des tâches différentes et s’en acquitter autrement. Sa relation au travail est complètement transformée. Il devient un acteur différent.

Comment une Nouvelle Société adapte-elle sa relation à ses travailleurs en évolution vers l’autonomie ? Plus que tout, en leur apportant la SÉCURITÉ, car la motivation qui va de paire avec l’autonomie ne peut s’exprimer correctement que si celle-ci n’est pas cause d’anxiété.

La sécurité que la société doit fournir au travailleur, c’est celle d’avoir droit en tout temps à un revenu qui correspond à son niveau de compétence en échange d’un travail – emploi – qu’on lui propose. Il peut accepter ou refuser cet emploi et le revenu qui l’accompagne, mais il ne perd jamais le droit de les exiger : ils lui sont garantis.

Cet emploi, s’il décide de l’accepter, ne l’occupe normalement qu’une fraction de son temps. Cet emploi est sa contribution minimale aux objectifs de production de la société; en échange il reçoit, quoi qu’il arrive, un revenu suffisant pour vivre avec dignité selon sa condition.

On ne travaille pas de la même façon dans une économie tertiaire. On n’y a pas, non plus, les mêmes modèles d’échange. Dans une société industrielle, le consommateur est inexorablement à la merci de quelques producteurs qui constituent un réseau d’oligopoles de fait. Les grands ensembles « producteurs » et « consommateurs » regroupent bien globalement les mêmes personnes, mais, au niveau des individus, le droit de cuissage du capital sur le produit du travail biaise l’équation

Le commerce des services obéit à d’autres impératifs, car ce droit de cuissage cesse peu à peu d’être exercé quand c’est la compétence qui constitue le vrai capital fixe. Celui qui « produit » le service peut normalement vendre sa compétence directement à qui en profite. C’est ainsi que les choses devraient être, sans quoi il se crée un « ménage à trois » où le producteur ou l’intermédiaire est cocu et où le bénéficiaire du service n’est jamais bien servi.

En l’absence d’un tiers, le producteur qui possède la compétence et le consommateur qui en a besoin peuvent être seuls, face à face. Ils n’ont personne à blâmer pour les vicissitudes de leur relation. Ce qui ne signifie pas qu’ils soient toujours d’accord, ni surtout égaux. En fait, ils ne sont jamais égaux. Dans une situation d’abondance, le consommateur a le choix de son fournisseur et devrait avoir pouvoir sur le producteur, mais certains services sont rares…

La notion de pouvoir qui peut fausser la relation producteur/consommateur n’est donc pas moins présente dans une économie tertiaire que dans une économie industrielle, mais l’on n’a plus d’un côté le fort et de l’autre le faible, toujours les mêmes. L’élément rédempteur désormais – et qui n’existait pas dans une économie industrielle – c’est que consommateurs et producteurs s’échangent continuellement leurs rôles.

Le médecin qui aujourd’hui est Dieu dans son cabinet et voit trembler le notaire son patient, peut n’être lui-même qu’une victime anxieuse, demain, dans l’étude de ce dernier, si toute sa fortune dépend de l’interprétation d’un acte juridique. Il en va toujours de même, dès qu’il s’agit de services, avec des conséquences généralement moins dramatiques, mais toujours bien visibles.

Dans le commerce des services, le pouvoir change de mains selon le problème à régler et la compétence requise. Janus doit vivre avec ses deux faces. Nous devenons tous indispensables. Un nouveau respect est de rigueur.

50. La tyrannie de la compétence

Dans une économie tertiaire, il y a toujours des travailleurs en position de producteurs qui peuvent jouir de circonstances de rareté leur permettant d’abuser d’autres travailleurs en position de consommateurs. Ce n’est pas l’inégalité permanente et incorrigible que la société industrielle créait entre un shylock et un travailleur, mais c’est une suite d’inégalités circonstancielles qui peuvent aussi être odieuses. Dans une économie tertiaire, Il se développe une tyrannie de la compétence.

Nous avons parlé ailleurs de la complexification exponentielle de la technologie qui oblige à une division plus raffinée du travail, une répartition plus fine des compétences qui rend chacun de plus en plus irremplaçable et qui est le moteur de l’évolution de la société vers la justice et l’équité. Cette tendance conduit d’abord à un rééquilibrage des forces et est donc bénéfique.

Elle ne n’arrête pas, cependant, quand un optimum est atteint. Chaque travailleur d’une société complexe tend à se spécialiser de plus en plus et ce sont des groupes de plus en plus restreints de travailleurs qui en viennent à monopoliser la compétence requise pour répondre seuls efficacement à chaque besoin bien précis.

Ce phénomène se manifeste dans tous les secteurs et un nombre significatif de postes de l’industrie ne pourront éventuellement être remplis eux aussi que par un nombre bien restreint d’experts. La quasi-totalité de la main-d’oeuvre se déplaçant vers le secteur tertiaire, toutefois, c’est là qu’est le plus apparente cette évolution vers le « travailleur indispensable », l’expert dont le pouvoir devient énorme pour un temps, du simple fait que le nombre de ceux qui peuvent faire ce qu’il peut faire – et qui doit être fait ! – devient tout à coup, aujourd’hui, MAINTENANT, insuffisant pour répondre à la demande pour les services qu’eux seuls peuvent rendre.

Le cas-limite est naturellement celui où, à une catégorie de demande, ne correspond qu’un seul expert. Celui-ci constitue alors à lui seul toute l’offre sur ce marché et peut donc, indépendamment des efforts réels qu’il lui en coûte, fixer son prix, à ce que vaut pour l’utilisateur la satisfaction du désir que lui, l’expert, est ainsi le seul à pouvoir satisfaire. Un cas purement théorique ? Il existe une foule d’exemples bien concrets de cette situation d’une offre qui domine totalement la demande.

C’est la situation des artistes, comédiens, sportifs, courtisanes et vedettes en tout genre, qui bénéficient depuis toujours d’un tel rapport de forces, parce qu’ils ne sont pas perçus comme interchangeables ; la demande perçoit chacun d’eux comme unique. Alors que la majorité d’entre eux peuvent avoir grand peine à trouver preneurs pour ce qu’ils offrent, pour quelques-uns, la demande est donc insatiable. À n’importe quel prix. C’est l’anecdote de La Melba obtenant le salaire d’un amiral pour chanter devant le Czar.

La technologie moderne a mené ce phénomène à son paroxysme prévisible. Sur les marchés de l’art et du spectacle, où les moyens de communication permettent maintenant à quiconque devient LA vedette de satisfaire la demande d’une immense masse de consommateurs, la sujétion totale de la demande a l’offre est affaire faite. La vedette peut obtenir pratiquement tout qu’elle veut, puisque la valeur marchande de son travail, multiplié par les moyens modernes de reproduction, augmente indéfiniment avec le nombre des consommateurs. La meilleure façon de devenir milliardaire, dans le monde en devenir, est de vendre à tout le monde un petit rien qui ne coûte pas grand-chose, mais que vous êtes le seul à pouvoir offrir.

Qu’un joueur de foot ou un chanteur de rock puissent commander autant de fric que tout un petit pays du tiers-monde peut présenter un problème éthique, mais ce n’est pas notre propos. Ce phénomène ne crée pas de drames, puisque la somme totale de ce que peuvent recevoir l’ensemble des chanteurs de rock ne peut pas excéder la somme totale de ce que veulent bien leur donner les consommateurs de musique de rock. Les amateurs payent ce qu’ils veulent. Les artistes se le disputent entre eux, mais les marchés sont étanches et l’on est au palier du superflu. Le vrai problème se pose si les marchés ne sont pas étanches, si l’argent du pain passe en drogues, par exemple, ou, parlant de services, si l’on quitte le palier du superflu pour passer à l’essentiel.

Le problème se pose, surtout, quand l’effet multiplicateur n’existe pas et qu’une prestation de service exige une attention personnalisée. On tend déjà vers cette situation dans bien des domaines. En chirurgie, en particulier, des consensus se bâtissent, que véhiculent d’abord le bouche-à-oreille des initiés, puis la rumeur publique, qui conduisent à créer un brutal déséquilibre entre une demande quasi infinie et une offre strictement limitée. Une situation malsaine est alors créée où il n’y a plus d’autres limites à ce que peuvent exiger ceux qu’on dit les « meilleurs » que leur vision personnelle de l’éthique et la richesse de ceux qui requièrent leurs services.

Dans la mesure où les techniques se ramifient et où chaque service rendu inclut une composante d’interface personnelle entre l’usager et son fournisseur de service, ce sont des groupes de plus en plus restreint de travailleurs autonomes qui disposent seuls – ou sont perçus comme disposant seuls – de la compétence pointue pour répondre à un besoin. Le prix d’un service essentiel, au moment où il est essentiel, peut donc tendre vers l’infini. Concrètement, il peut tendre, comme un hold-up ou un chantage, vers tout ce que peut donner celui qui éprouve le besoin. 77% des faillites personnelles aux USA ont aujourd’hui pour cause immédiate la présentation d’une facture médicale.

On doit protéger Docteur Jekyll, le travailleur consommateur, contre le travailleur producteur qui est son Mr Hyde.

51. Chantage et surabondance

Le propre des services, c’est que chaque travailleur/consommateur peut se retrouver, à tour de rôle, en position de force ou de faiblesse, selon que l’offre pour sa compétence propre est insuffisante ou surabondante. Chacun peut avoir son heure de gloire, mais c’est surtout dans son rôle de consommateur, que le travailleur/consommateur est faible. Ce rapport de force est inquiétant et une Nouvelle Société va faire l’impossible pour que personne ne soit jamais indispensable.

Le consommateur de services, dans une économie tertiaire, peut vite devenir victime d’un chantage déguisé et être forcé de payer un prix outrancier pour un service qui lui est indispensable ; une situation d’autant plus difficile à accepter que celui qui l’exploite n’est plus un lointain shylock, mais un autre travailleur, son voisin. Pistolet sur la tempe, le consommateur paye, mais à charge de revanche, bien sûr, puisque le pouvoir se déplace selon les circonstances.

Le risque est donc bien réel, dans une économie tertiaire, d’une séquence ininterrompue de chantages, chaque groupe de travailleurs/fournisseurs de services tentant d’améliorer sa position au détriment de celle des autres et forçant donc les autres groupes à utiliser le même procédé, un à un, simplement pour ne pas reculer en termes relatifs.

On a alors une extrapolation tendant vers l’absurde de la situation actuelle totalement archaïque de négociations par grèves et lock-out que nous avons déjà dénoncée. Progressivement plus néfaste lorsqu’on entre dans un contexte d’autonomie et donc d’achat-vente par les acteurs économiques individuels, alors qu’il n’y a plus l’encadrement d’un emploi pour modérer les conditions de chaque transaction par une vision à long terme d’une relation continue. L’ennemi est partout et c’est VOUS, aussi, le maître chanteur.

Parce que ce ne sont plus toujours les mêmes qui dominent, mais tantôt les uns, tantôt les autres, selon les circonstances – et toujours des travailleurs – la solution définitive à cette extorsion, dans une économie tertiaire, ne peut certainement pas être une « guerre des classes », que l’on croit ou non que cette solution ait jamais été la bonne. La solution doit revêtir la forme d’un accommodement continu entre travailleurs. Des travailleurs qui peuvent tous être indispensables, dont l’avantage concurrentiel des uns sur les autres est toujours circonstanciel et donc précaire, leur imposant d’apprendre à ne pas en abuser.

Pour réaliser cet accommodement, une Nouvelle Société s’efforce d’augmenter le pouvoir du travailleur/consommateur pour qu’il compense celui du travailleur/producteur. Elle fait donc tout en son pouvoir pour garder SURABONDANTE l’offre pour quelque service que ce soit. Le peut-elle ?

En principe, non, puisque la demande pour les services est infinie et que la qualité de chaque service est indéfiniment perfectible. Elle le peut en pratique, toutefois, quand les attentes des consommateurs sont toujours relatives à leur perception d’une situation antérieure et que c’est l’amélioration constante des services qui devient le véritable but. Elle le peut, alors, dans la mesure où la maquette des professions à laquelle se réfère la demande pour être satisfaite est une création d’opportunité.

Les exigences techniques dont on aurait globalement besoin sont toujours hors du contrôle de l’État – et de toute façon impossibles à combler – mais l’acquisition des compétences pertinentes à la satisfaction d’un besoin précisément identifié et défini dans la psyché de l’utilisateur est possible. D’autant plus facilement accessible que les agencements de compétences qu’on peut en faire sont multiples et découlent de simples décisions politico-administratives.

Les temps d’apprentissage vont augmenter et taxer les limites de ce que l’humain peut retenir et mettre à profit, mais l’offre de service peut demeurer aussi surabondante qu’on le souhaite, si on met à profit les innombrables agencements et substitutions de compétences qui découlent implicitement d’une formation modulaire.

La façon la plus simple de remédier au déséquilibre systémique entre offre et demande est de garder l’offre surabondante face à la demande, en réaménageant simplement les limites des professions, en en créant de nouvelles et en augmentant le nombre des titulaires de la certification qui correspond à chacune d’entre elles. (Un exemple de ce procédé, appliqué à la médecine, est développé dans un autre volume de cette collection)

On peut corriger le problème d’une relation inégale entre le producteur et le consommateur de services par une action sur l’offre objective de compétences. Noter, cependant, qu’on ne la corrige alors qu’en partie seulement, car on ne peut pas contrer la perception subjective qu’a le consommateur du rapport demande-offre quand il y introduit ses préférences personnelles.

L’importance relative qu’accorde chacun à des critères qui n’ont rien de quantifiable, exclut qu’on puisse réaliser une adéquation parfaite entre ce que le client veut et ce qu’on peut lui offrir. Un biais systématique, positif ou négatif, vient avec la familiarité et crée une forme d’assuétude : tout chiro n’est pas MON chiro, tout professeur de français n’est pas le professeur de français de mes enfants. Chaque professionnel est différent et, comme l’artiste, constitue à lui seul l’offre de services tout entière sur un marché où ne se négocient que SES services

En pratique, donc, quelles que soient les manipulations des professions auxquelles on recoure, la demande pour un fournisseur de services est aussi vaste que sa compétence est perçue et que la notoriété dont il a pu s’affubler. Cette situation est indissociable de la nature même de la vente de services. On ne pourrait y mettre fin qu’en limitant la liberté de choix du fournisseur par les utilisateurs, ce qu’une Nouvelle Société juge inacceptable. Une Nouvelle Société qui prévoit ce phénomène de chantage larvé cherche donc plutôt à en réduire les dommages par la surabondance et en gardant le consensus social comme arbitre.

52. L’arbitrage du consensus

Le défi est double : garantir le libre choix du consommateur et maintenir dans les limites qu’on se fixe le coût des services pour la collectivité. La collectivité qui est représentée par l’État, mais est la somme des individus. Pour relever ce défi, l’offre et la demande doivent s’apparier sur deux (2) marchés distincts: celui des services que la société juge essentiels et les autres.

Sur le marché des services essentiels, l’État n’est pas un monopsone au sens strict, mais il est certainement l’acheteur de premier recours ; le prix qu’il offre – normalement par la capitation – pour un service donné n’est pas imposé, mais si l’offre est surabondante ce prix s’impose pratiquement de lui-même, du simple poids de la demande de l’État.

Attachés à ce boulet qui ne réagit pas aux pressions de la concurrence, les prix qui voudraient s’envoler ne peuvent monter bien haut… On peut donc laisser au consommateur la pleine liberté du choix de ses fournisseurs de service. On souhaite que ses choix soient éclairés – et l’on informera et éduquera pour qu’ils le soient – mais chacun n’en pourra pas moins porter sur le marché le regard qu’il veut.

Pour les services non essentiels, la société, sans en assumer le coût, obtiendra le même résultat en assurant la surabondance objective de l’offre par rapport à la demande, veillant aussi à ce que prévale une perception de surabondance. C’est cette impression subjective de ne pas être à la merci d’un fournisseur unique qui permet au consommateur la possession tranquille des services auxquels il a droit.

Comment créer cette perception ? On doit d’abord créer une maquette des services par unités plus fines, ce qui permet, en manipulant les frontières des professions, de garantir la surabondance objective sinon la satisfaction parfaite dans chacune de ces catégories alors mieux gérables.

Ensuite, l’État va favoriser un quadrillage dense du territoire en services divers qui facilitera à tous les consommateurs l’accès à divers fournisseurs d’un même service et instaurera des mécanismes d’information qui rendront ce quadrillage parfaitement transparent. On ne supprime pas ainsi les écarts entre les prix de services de même nature, mais le marché rend ces écarts tolérables.

Pour que la justice sociale fasse un grand bond en avant, il resterait, à un tout autre niveau, à éliminer les écarts traditionnels entre services de natures diverses. Ce nivellement imposé de la valeur de tout travail est une démarche utopique dont ont parlé les philosophes, mais qu’aucun régime moderne, même léniniste ou maoïste, n’a jamais vraiment tenté. Une Nouvelle Société ne tentera pas de les gommer d’un coup, ce qui serait une source de grande frustration pour beaucoup et un coup bas meurtrier porté à toute motivation.

On cherchera plutôt à réduire la prime de rareté pour chaque type de services en augmentant l’offre jusqu’à ce qu’elle s’ajuste à la demande. Le plus grand obstacle à cette approche est évidemment le corporatisme militant des professionnels en place qui impose des contingentements à la formation des ressources nécessaires. On en triomphera, mais ce n’est pas le seul : il y a un aspect de motivation dont il faut tenir compte.

Cette marche vers l’égalité par le nivellement des prix relatifs traditionnels des divers types de travail sera donc entreprise sans délai, mais avec une extreme prudence et elle sera encouragée, mais en y mettant le temps qu’il faut. Elle sera conduite en toute lucidité, sachant qu’une parfaite égalité ne sera jamais atteinte.

Les rémunérations de ceux qui rendent les divers services ne seront pas artificiellement égalisées. On ajustera l’offre à la demande et on laissera plutôt l’arbitrage entre travailleurs (dont nous parlons en détail dans un autre volume de cette série) lisser la courbe des prix des divers types d’expertise, dans le cadre d’un consensus social entre travailleurs que viendra entériner la décision politique.

Les rémunérations tendront donc à converger vers une moyenne. Simultanément, on conditionnera – le mot est choisi à dessein – par une éducation appropriée, les travailleurs que nous sommes tous à accepter que la valeur du travail puisse tendre vers cette moyenne de convergence. Mais il faudra du temps…

Ce scénario de contrôle de la consommation des services, qui privilégie la solidarité après avoir fait le constat de l’interdépendance, garde les prix des services à l’intérieur d’une fourchette qui protège le consommateur, mais fournit au fournisseur la motivation nécessaire pour maintenir son effort. Ce scénario garde du même coup les écarts de revenus entre les travailleurs – qui sont aussi les consommateurs, ne l’oublions pas – autour de cette moyenne de convergence dont la valeur réelle, en termes absolus, augmentera sans cesse au rythme du progrès des techniques.

C’est par l’arbitrage d’un consensus social que doivent être fixés les prix des services, les écarts entre ces prix et l’intensité des effort vers cette convergence. C’est donc par le biais de décisions politiques qui modifient ou reconduisent la situation qui prévaut que s’exprimera, dans une Nouvelle Société, ce qui deviendra dans les faits un arbitrage continu entre les travailleurs/consommateurs eux-mêmes de la valeur relative de leurs apports respectifs

Dans une société démocratique, où cette question de nivellement et surtout celle de l’horizon qu’on lui fixe deviendront sans doute la plus importante cause de désaccord, ce sont les individus qui finalement devront décider s’ils seront payés plus comme travailleurs pour leurs services – et écoperont de la facture comme consommateurs – ou si, au contraire, ils se consentiront des aubaines comme consommateurs, ce qui ne pourra que conduire à une baisse du prix de leur travail.

Cette décision des citoyens se manifestera aux échéances électorales. Elle aura un impact en forme de flux et reflux sur la gestion de la consommation des services, sur la structure du secteur tertiaire et, finalement, sur celle de la société dans son ensemble.

53. Le contrôle par l’État

L’État doit assurer la surabondance de l’offre. Il doit indubitablement contrôler la qualité des services. Doit-il en faire plus ? Alors que la plupart des gouvernements ont déjà laissé l’industrie aux entrepreneurs pratiquement sans coups férir, il semble que l’État, un peu partout, conserve un attachement immodéré à sa gérance directe de certaines activités tertiaires, particulièrement des grands réseaux de l’éducation et de la santé.

Cet engouement de l’État pour la gestion directe des services est d’autant plus nuisible que nous entrons dans une économie tertiaire et que ce sont ces activités de services qui deviennent primordiales. Il est d’autant plus troublant, que ce sont souvent les éléments les plus progressistes de la société qui semblent prendre pour acquis qu’il appartient tout naturellement à l’État d’assurer la gestion de ces services. Il y a ici une perception erronée du rôle de gérance de l’État qui découle d’une double confusion. Il y a un combat à livrer pour que la mission d’enrichissement de l’État puisse devenir cohérente.

La première confusion est entre gérance directe et indirecte. L’État n’a pas l’obligation de gérer directement des institutions, car il n’y connaît rien et ce n’est pas son rôle ; l’État peut être l’acheteur que son volume d’achats rend incontournable et les entrepreneurs ont alors intérêt à se faire une concurrence féroce pour s’en faire un client. C’est de cette concurrence que nous consommateurs tirons avantage. Aussi bien au tertiaire que dans l’industrie. C’est la corruption qu’il faut surveiller avec vigilance ; nous en parlons dans un autre texte.

L’autre confusion qui contribue à promouvoir cette préférence pour une gestion directe des services publics par l’État n’est pas uniformément répandue dans la société, mais sévit uniquement chez certains croyants de la Gauche. Elle s’installe lorsqu’on persiste à penser que ce qu’on a vu hier à gauche reste à gauche, alors que la société est un train en mouvement et que les panneaux indicateurs que l’on dépasse s’inversent quand on progresse… Est-il si étonnant, lorsqu’on bouge, que des balises qui demeurent fixes prennent un jour un sens opposé ?

Ainsi les syndicats, qui ont lutté pour la classe ouvrière…., mais qui défendent maintenant les privilèges corporatistes de certains travailleurs, contre les intérêts des plus défavorisés : ceux qui ne travaillent pas. Ainsi, l’éducation universitaire gratuite, qui a déjà permis l’accès à l’université des moins nantis de la société, mais qui, aujourd’hui, passe au contribuable la facture de la formation d’une petite élite en devenir dont cette formation sera le fond de commerce, faisant ainsi payer par les travailleurs moyens un investissement qui assurera plus tard à cette petite élite dix fois le revenu de ces travailleurs moyens !

Quand on admet qu’il peut et qu’il DOIT y avoir concurrence entre fournisseurs de services du tertiaire, la problématique de la gestion des services par l’État apparaît essentiellement la même que celle de sa gestion des entreprises industrielles. Son rôle de gérant y est fondamentalement le même: il n’a pas à faire, il n’a qu’à faire faire. Qui diable à bien pu penser que l’État, dont la fonction principale est de nous gouverner et ensuite de nous aider à nous enrichir, pourrait aussi gérer correctement des écoles et des hôpitaux ?

L’important, pour que la population soit bien servie, c’est que la concurrence ne se fasse pas sur le prix qu’en demandent les fournisseurs de services, mais sur la QUALITE des services qu’ils rendent, ce qui est possible, si l’on accroit l’inertie de la structure des prix. L’État doit limiter de plus en plus strictement sa fonction de gérance aux aspects de planification, de contrôle et d’évaluation des résultats et cela vaut aussi bien pour les entreprises de services que pour les entreprises industrielles. L’État doit sortir de la gestion de l’éducation et de la santé.

Quand on veut penser que ce sont des brigades de travailleurs de la santé et de l’éducation au service de l’État qui peuvent seuls enseigner et guérir, c’est une vision passéiste de la solidarité entre travailleurs/consommateurs. Le vrais progrès, ce sera que professeurs et médecins soient au seul service de leurs clients, élèves ou patients.

Si l’État se retire de la gestion des services, particulièrement de la gestion des grands réseaux de la santé et de l’éducation, qui le remplace ? PERSONNE ! L’une des conséquences de la spécialisation croissante est un déplacement du métacentre décisionnel, du haut de la pyramide de production vers sa base. C’est un effet de ce que nous avons appelé, ailleurs, la compétence « olympienne »; celle qui est si pointue que nul ne peut efficacement contrôler celui qui la possède, puisqu’il la possède mieux que quiconque et qu’on ne peut donc qu’évaluer ses résultats. Ce déplacement n’est pas un phénomène propre au secteur industriel.

Bien au contraire, il n’apparaît dans l’industrie que par contagion et c’est dans le secteur des services qu’il a commencé et revêt toute son ampleur. Que la compétence du fournisseur de service soit ou non unique, d’ailleurs, sa relation avec son client, elle, l’est toujours. Un service tient d’abord à une relation entre un fournisseur de service et celui à qui un service est rendu. Il faut respecter l’espace où ce service est rendu.

La nature de la relation entre fournisseurs de services et leurs clients suggère donc que rien ni personne ne gère les services, hormis les fournisseurs de services eux-mêmes. Ils doivent être soumis à un contrôle strict des résultats, bien sûr, mais toujours APRÈS que le service a été rendu.

Toute tentative de gestion ponctuelle de l’exécution d’un service par un autre que le fournisseur de services est nuisible; il faut laisser le volant au conducteur. Il ne faut pas de profanes – et surtout pas d’administrateurs – dans le bloc opératoire ! Les professionnels doivent être contrôlés au palier des résultats qu’ils obtiennent, mais ils doivent s’autogérer.

54. L’autogestion des services

Pendant qu’un service est rendu, nul ne doit s’immiscer dans la relation entre celui qui rend le service et celui qui le reçoit. La planification, c’est avant, le contrôle, c’est après. Quand une intervention logistique ou administrative doit ACCOMPAGNER le service, quiconque en est chargé doit se percevoir comme un auxiliaire du fournisseur de services et non pas comme son patron désigné par une instance distincte, que ce soit l’État, une entité corporative ou qui que ce soit. Le patron, c’est le client.

Ainsi, les hôpitaux et tous les équipements médicaux doivent être à la disposition des praticiens de la santé, selon les normes dont ceux-ci décident, comme tous les lieux d’enseignement doivent être à la disposition de ceux qui enseignent. En pratique, il y a des demandes conflictuelles à concilier et quelqu’un doit bien faire cette conciliation ; il faut bien, aussi, que des documents soient établis qui fassent foi des services rendus, en facilitent la logistique et en permettent le contrôle; mais ceux qui le font ne doivent pas être les patrons, mais les auxiliaires des fournisseurs de services.

La gestion corporative privée des services n’est pas une bonne solution, mais celle par l’État est la pire. Le vice impardonnable du contrôle des réseaux de services par l’État, c’est que lorsque l’État, dont le rôle premier est d’établir les règles du jeu, s’assure ainsi par surcroît une position de monopole dans ces secteurs, il ne reste plus d’arbitre sur le terrain. On ne peut être juge et partie et espérer que le procès se déroule bien.

Quel est le vrai rôle de l’État dans le secteur des services ? L’État a la responsabilité que les services soient disponibles, en quantité et en qualité adéquates. Cela implique la planification et le contrôle de la préparation au départ des ressources humaines nécessaires à la fourniture des services, ainsi que la mise en place des structures et des équipements requis, une procédure efficace d’information et d’accès aux services, un contrôle de la qualité de ces services, ainsi que de la satisfaction qu’ils procurent, le maintien de leurs coûts à un niveau raisonnable en ajustant l’offre à la demande et la prise en charge par la collectivité du coût de ceux jugés essentiels.

L’État établit des objectifs, fixe des normes et des critères, contrôle et évalue. Il contrôle au départ la compétence des intervenants fournisseurs de services et ajuste l’adéquation de l’offre à la demande par le processus d’une diplômation/certification modulaire professionnelle. Il contrôle, aussi, à la case d’arrivée, quand les services ont été rendus, les résultats objectifs des interventions et la SATISFACTION des clients.

Dans le secteur industriel, à la phase d’évaluation, c’est la notion de valeur ajoutée qui vient compléter les données physiques de la production pour en montrer l’efficacité et donc le succès. Quand on parle de services, cette notion de valeur ajoutée devient discutable et doit être remplacée par celle de satisfaction du client. L’État doit donc exercer un contrôle continu sur la quantité et la qualité des services rendus, mais aussi enquêter systématiquement sur la satisfaction de ceux qui les reçoivent. Ceci est essentiel à sa responsabilité d’évaluation.

C’est cette satisfaction du client – critère subjectif à estimer aussi empiriquement que possible – qui doit venir compléter les données objectives, quantifiables, pertinentes aux services rendus. C’est le rapport coût/satisfaction du client, bien plus que les gestes posés et même que les résultats tangibles obtenus, qui doit être le critère de la valeur du service rendu et donc permettre d’évaluer le succès d’un réseau de services, ce qui rend absurde un paiement à l’acte professionnel, dans tous les cas où le résultat n’est pas quantifiable.

Sans une véritable évaluation de la satisfaction des clients, on est privé de critères et de repères. Les défauts de la gestion de l’industrie par l’État apparaissent vite et suscitent le désir de les régler ; l’insatisfaction des bénéficiaires des services publics, quand elle demeure discrète, peut être bien facilement ignorée longtemps. L’État qui gère un réseau de services peut s’en tenir à une compilation d’actes, de gestes et d’interventions, n’évaluer son efficacité qu’en heures de présence et en formulaires complétées et se permettre de ne JAMAIS faire une véritable évaluation de la satisfaction de sa clientèle.

L’État, en plus de contrôler la qualité technique des services rendus, doit aussi assurer un contrôle vigilant et une analyse pointue – sur une base statistique, mais aussi parfois individuelle – des rapports qualité/prix des services rendus. Cela va de soi lorsqu’il s’agit de services essentiels dont l’État acquitte les coûts, mais l’État doit étendre cette analyse à tous les autres services, respectant cependant en ce dernier cas, sous réserve, de leur parfaite transparence, la liberté totale des contrats entre individus ayant le plein exercice de leurs droits.

Selon la nature des divers services auxquels la population doit avoir accès, l’État peut aussi mettre une infrastructure d’accueil ou des équipements à la disposition des fournisseurs de services. Quand l’État s’est assuré que les ressources humaines compétentes et les infrastructures et équipements requis sont là, que les fournisseurs de services travaillent correctement et que leurs clients sont satisfaits, il ne lui reste qu’à régler la facture des services que le consensus social a jugés essentiels. Il n’a pas à intervenir davantage. Il vaut mieux, pour le reste, qu’on ne le voit pas, qu’on ne l’entende pas et qu’il ne s’immisce pas dans la manière dont le fournisseur de services obtient le résultat voulu.

Si l’on ne pouvait émettre qu’un seul voeu pour assurer le bon fonctionnement des réseaux de services, ce serait que le professeur soit maître après Dieu dans sa classe, de même le médecin dans son cabinet, et qu’on laisse aussi en paix tous les autres professionnels compétents qui répondent à la demande d’un client.

La même autonomie d’exécution devra d’ailleurs être accordée de plus en plus à tous les travailleurs, dans le cadre plus étroit de leurs compétences, car ils deviendront eux aussi réfractaires à une supervision à la mesure de leur spécialisation. L’Olympe, bientôt, ce sera pour tout le monde.

55. Un outil ad hoc

Une société postindustrielle, par définition, va au-delà de la production industrielle et met l’accent sur les services. Mais quels services ? Nous allons tenter de les identifier. Il y a déjà des classifications des activités, des professions, des produits… La taxinomie s’en est donné à cœur joie. A-t-on les outils nécessaires pour s’y reconnaître dans l’univers des services ?

La taxinomie est la science de classer. Classer intelligemment, pour mieux comprendre et s’y retrouver. Pour définir avec précision les modalités qui permettront de fournir et de recevoir de façon adéquate les services du secteur tertiaire, il faudrait classer ces services et les activités qui le composent.

Il faudrait savoir à quels besoins répond chaque service, à quelles compétences et à quelles ressources (intrants) il fait appel, définir le ou les résultats qui en découlent (extrants) et déterminer sur cette base les modalités de sa prestation. Existe-t-il des outils pour le faire ? Oui… et non. Malgré les efforts de classification très nombreux qui ont été tentés jusqu’à présent, les scalpels qu’on nous tend pour disséquer le tertiaire ne sont pas bien acérés…

L’analyse d’un « secteur », ici le tertiaire, devrait normalement appeler une classification par branches d’activités. L’outil taxinomique qui semblerait le mieux approprié serait donc une classification par branches activités (besoins), du type de l’ISIC – International Standard Industrial Classification – ou de l’une des nombreuses classifications du même type, comme le NAISC (North American Industrial Standard Classification ) qui s’en sont inspirées.

Ces classifications par activités, cependant, ont été établies au départ pour « donner une adresse » taxinomique à des entreprises industrielles. Elles ne sont jamais très instructives quand on veut connaître la nature même d’une activité ou son rôle dans la maquette de production, mais elles le sont encore moins quand on veut les appliquer spécifiquement aus activités de services. Détailler le secteur tertiaire en utilisant les catégories ISIC serait une perte de temps. Ferait-on mieux si c’est le besoin qui servait de module ? Un travail monstre.

Notre but n’étant pas ici de corriger la taxinomie du système de production, mais d’offrir une image valable du fonctionnement d’une société où prédomine une économie tertiaire, nous pouvons penser à une alternative. Il n’existe pas que des classifications par activités, mais aussi par fonctions (professions), par produits et aussi pour identifier les programmes d’éducation. En existe-t-il une que nous puissions utiliser ou dont nous puissions nous inspirer?

Une solution de rechange serait de mettre à profit le recoupement entre activités et professions, lequel est considérable, lorsqu’il s’agit de services. Ainsi, une vaste majorité des médecins travaillent dans une branche d’activité « médecine » et une majorité des juristes dans une branche d’activité « services juridiques ». Puisque les frontières des professions tendent à se confondre au tertiaire avec celles des branches d’activités, ne pourrait-on pas appliquer au secteur tertiaire, à défaut d’une classification par activités vraiment satisfaisante, une classification fonctionnelle (professionnelle) de type ISCO – International Standard Classification of Occupations ?

On peut le faire, mais avec prudence, car non seulement le recoupement n’est pas parfait et cette solution n’est-elle pas méthodologiquement justifiable, mais cette approche ajouterait encore à la confusion qui apparaît souvent entre « fonctions » et « activités ». En choisissant l’ISCO, l’on semblerait aussi cautionner un système global de classification dont les insuffisances doivent absolument être corrigées. Ainsi l’ISCO, sa structure ni son vocabulaire ne permettant de décrire comme un tout sans discontinuité la réalité de l’éducation/formation et celle du travail. Pour cette raison, c’est un outil fondamentalement vicié.

Le reproche d’une insuffisance similaire peut être fait aux classifications du type ISCED que l’on utilise pour l’éducation/formation et qui ne sont pas extensibles aux exigences cognitives réelles du marché du travail… Il serait intellectuellement séduisant de vouloir utiliser une classifications par produits du type CPC – après ce qui devrait être un complexe transposition de la notion de produit à celle de service – mais il est difficile de penser qu’on en obtiendrait l’outil que l’on cherche, puisque, par souci de maintenir un semblant de cohérence avec les classifications par activités, on en a reproduit les déficiences

On pourrait souhaiter une ou plusieurs classifications complémentaires qui nous éclaireraient sur les fonctions et les activités du système de production en tenant compte, d’une part des ressources (intrants) qu’elles exigent – dont au premier chef la ressource humaine qui, à tout moment de sa préparation, peut elle-même être assimilée à un « extrant intermédiaire » – et, d’autre part, des besoins que chaque produit/service (extrant final) vise à satisfaire. Un tel outil, cependant, n’existe pas.

Je ne tenterai pas de créer une typologie, ce qui serait une entreprise longue et complexe. Les lacunes des classifications existantes m’incitant à les éviter, nous prendrons simplement comme critères d’identification des services, les besoins auxquels prima facie ils semblent qu’ils s’adressent. Nous créerons ainsi, pour les fins de notre propos, une liste ad hoc de catégories de services auxquels l’individu doit avoir accès.

Chacune des catégories de services que nous identifierons se rapprochera d’une représentation fonctionnelle, mais sans suivre le modèle ISCO. En trouvant leur expression dans le cadre de l’une ou l’autre des diverses activités qui en sont autant d’environnements d’application, les catégories de « besoins » pourront aussi, parfois, presque se confondre avec une branche d’activité de l’ISIC ; mais on comprend que la notion de besoins n’en constitue pas moins une dimension différente de l’activité, cette dernière voulant décrire la réalité du producteur, alors que le besoin cible le consommateur.

Nous ne mentionnerons pas une à une toutes les activités qui peuvent satisfaire un besoin. Le principe posé, cet exercice serait fastidieux, dépasserait le cadre du présent sujet et n’apporterait pas une meilleure compréhension du fonctionnement du tertiaire. On trouvera, néanmoins, dans les articles suivants, quelques exemples qui permettront au lecteur d’en développer la liste au niveau de détail qu’il jugera nécessaire pour bien comprendre les mécanismes de production de services dans une Nouvelle Société.

56. Quinze besoins a satisfaire

Nous avons tous les mêmes besoins essentiels et, pour la majorité d’entre nous, même nos désirs se ressemblent. Chaque individu, par exemple, veut être nourri, vêtu, logé… et cherche le plaisir, le bonheur et la satisfaction de devenir « plus ».

Quand il vit en société, l’individu veut que la paix, la sécurité, la justice y règne, tout en conservant la liberté de poursuivre à sa guise cette recherche du plaisir, du bonheur et d’un développement personnel dont il déterminera lui-même la nature. Il veut sa liberté.

La nature nous offre de quoi satisfaire beaucoup de nos désirs en transformant peu ou prou, par un travail, les biens qu’elle nous offre en ceux que nous voulons. Le travail étant le seul vrai prix à payer, le harnachement de diverses sources énergies et les méthodes de production industrielle ont facilité cette transformations des produits de la nature et créé les conditions de l’abondance matérielle.

Dans une société industrielle mature, deux besoins fondamentaux peuvent être considérés comme raisonnablement satisfaits : l’approvisionnement en matières première qui est le domaine du secteur primaire et la « production » des biens tangibles qui est celui du secteur secondaire.

Il reste encore dans notre société industrielle mature, surtout dans les marches éloignées de l’Empire des individus qui sont privés de nourriture, de vêtements, d’un logement adéquat ou des produits matériels nécessaires à une vie satisfaisante, mais la cause en est TOTALEMENT politique. Ce problème ne peut être réglé que par une action politique. Il DOIT l’être, mais ceci n’a pas d’incidence directe sur ce dont nous traitons ici, alors que nous parlons du tertiaire, des services, de la production et consommation de l’intangible.

Quand une société devient postindustrielle, il ne reste, par définition, qu’à satisfaire les besoins et les désirs que la machine ne peut PAS satisfaire, mais dont la satisfaction exige au contraire une intervention humaine spécifique. La plupart des services requis pour le faire sont de ceux qu’on regroupe par convention dans le secteur tertiaire et dont nous voulons ici identifier et décrire sommairement quelques-uns.

Pour l’objectif que nous visons, qui est une prise de conscience et une mise en situation, je pose (15) de ces besoins que je traite comme autant de catégories fonctionnelles empiriques. Rien qui se veille définitif; nous sommes au palier des illustrations et six autres volumes devraient suivre. Je ne me pendrai pas au grenier si on me dit qu’il y en a seize; j’accorderai l’attention requise au seizième, sans penser pour autant que la démarche générale que je suggère en est irrémédiablement viciée

Certains de ces services que j’identifie sont essentiels pour qu’une société existe, se maintienne et se développe ; ce sont des structures d’encadrement que la société met en place pour le bien commun et dont chacun profite, parfois sans en être même bien conscient. D’autres correspondent plutôt à ce que souhaite l’individu pour optimiser son plaisir, son bonheur et son développement personnel.

Distinguer formellement ceux-ci de ceux-la serait largement arbitraire et donc trompeur. Les services qui visent la gestion du milieu sociétal, en effet, n’en servent pas moins finalement l’individu, tandis que ceux qui cherchent d’abord l’amélioration de la qualité de vie personnelle profitent aussi, indirectement, è la société.

Tout dépend de l’angle sous lequel on voit ces services. Le meilleur exemple de cette double finalité est peut-être l’éducation, laquelle sert d’abord au développement de l’individu concerné, mais constitue aussi, sous son aspect formation, un élément indispensable du système de production et avantage donc toute la collectivité.

Dans les textes qui suivent, j’identifie donc bien sommairement 15 catégories de services qui répondent à autant de besoins et la manière dont il me opportun semble d’en encadrer la création et la distribution.

Les quinze (15) catégories de besoins à satisfaire et donc de services à rendre que j’ai identifiées sont les suivantes et ils ne sont pas classés par importance, nous faisant l’économie d’un débat que je trouvais inutile.

– GOUVERNANCE ET ADMINISTRATION

– ORDRE ET SÉCURITÉ

– RÉSOLUTION DES CONFLITS

– PÉRÉQUATION ET ASSURANCE

– INFORMATION/COMMUNICATIONS

– COMMERCE

– SERVICES FINANCIER8

– RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT

– EDUCATION

– SANTÉ

– SERVICE CULTURELS

– REPARATION, MAINTENANCE ET ENTRETIEN

– GUIDANCE

– SERVICES ANCILLAIRES

– LOISIVETÉ

Nous ne faisons qu’indiquer ici des ligne directrices. Qu’on ne s’étonne donc pas si bien des questions y sont formulées qui demeureront pour l’instant sans réponses. A toute question soulevée dans la série Nouvellle Scociété, une réponses sera toujours apportée… ou un aveu d’ignorance inscrit au dossier, en toute franchise et humilité. Si nous glissons rapidement sur un thème, c’est que nous en discuterons d’abondant ailleurs. Ainsi, un volme entier de cette série sera consacré à la problématique de la santé qui ici est évoquée. Un autre à l’éducation et la culture, etc.

cCest quand nous reprendrons en détails les questions que nous abordons ici que nous pourrons voir le profil de base de ceux qui doivent offrir ces services, à qui ils les rendent, dans quelles circonstances et comment ils le font. Nous verrons comment un service offert ne l’est pas toujours exclusivement en réponse à un seul besoin ni à un seul bénéficiaire, mais peut, au contraire, simultanément ou en séquence, en satisfaire plusieurs.

Celui qui rend un service peut aussi assumer divers rôles. Pensons seulement aux « services ancillaires » que rend la mère au foyer et qui peuvent se muer en « services de guidance», quand, tout a coup, la progéniture a besoin d’orientation, bien plus que le foyer n’a besoin de soins ménagers…

Dans ces textes qui suivront, nous indiquerons qui paye pour les services rendus. Dans une société de services, nous l’avons dit et le répétons, l’État, a la responsabilité d’en assurer la disponibilité. Quand il s’agit de services nouvellement définis comme essentiels, cette responsabilité peut impliquer celle d’en assumer le coût. Un nouveau rôle crucial de l’État qu’il sera important de préciser.

57. Gouvernance/administration

La gouvernance est un service et elle correspond à un besoin. C’est le service qui répond au désir, parfois inconscient qu’a souvent chaque individu, qu’on lui dicte son comportement. La gouvernance est nécessaire. On peut imaginer une juxtaposition d’individus dégagés de toute gouvernance, mais cette anarchie devient d’autant plus utopique qu’augmente l’interdépendance entre individus et donc l’indispensabilité du consensus pour l’action.

On dit gouvernance quand l’autorité est « souveraine ». L’autorité est souveraine dans le champ de ses attributions. On peut limiter le champ où la gouvernance s’applique, mais, à l’intérieur de ce champ, elle ne peut qu’être absolue, puisqu’elle sert de référentiel à l’exercice de tout autre pouvoir.

Dans tout le champ des domaines qu’ils ont choisis, ou qu’on leur a imposés, de « mettre en société », les sociétaires doivent être gouvernés à la pleine mesure de la complémentarité que la complexité de leur société leur impose. Ils sont gouvernés par l’État.

La gouvernance est un service nécessaire, mais apparaît comme un contrainte et peut être odieuse. Une société cherche donc à limiter le pouvoir de l’État. D’abord, en reconnaissant la primauté d’un Contrat Social explicite ou implicite qui limite le champ de compétence de l’État; ensuite, en accordant à d’autres entités une autorité qui n’est pas soumise à celle de l’État et qui devient alors elle aussi « souveraine ».

Dans cette optique, une société peut admettre, sur le territoire où s’exerce le pouvoir de l’État, des espaces géographiques, – régionaux, municipaux, communaux, etc – où existent des intérêts communs qui peuvent différer de ceux des autres entités de même niveau.

Elle peut alors permettre que se créent des structures locales et leur reconnaître le droit de poursuivre légitimement ceux de leurs propres objectifs qui ne mettent pas en péril la survie de la société elle-même. Chacune de ces structure peut avoir sa compétence exclusive propre, des droits inaliénables et des obligations bien définies.

Ces structures peuvent être des créatures de l’État et lui être soumises. Leur autorité leur est alors déléguée d’en haut et l’État qui la leur consent peut la leur retirer. Il est aussi possible, cependant, que l’autorité de ces structure émane de la volonté du peuple qui est alors leur commettant. Dans le cadre de leurs attributions, ces structures peuvent alors elles aussi être souveraines et ceux qui les dirigent. Elles peurent « gouverner ».

Dans une Nouvelle Société, la fonction de gouvernance ne s’arrête pas là. Dans une autre dimension, à angle droit de ce quadrillage géographique, il se développe aussi, au sein de ce qu’on est convenu d’appeler la « société civile », une structure-gigogne de groupes divers auxquels le citoyen CHOISIT de participer.

L’État reconnaît à l’individu le droit de s’associer et de déléguer à ces associations une autorité sur son comportement selon les termes auxquels il aura librement consenti, l’État renonçant à y intervenir autrement que dans le cadre qu’aura prévu cet accord entre l’individu et l’association. Dans le cadre de leurs mandats respectifs, qui ne leur viennent pas de l’État, mais de leurs commettants et que seuls ceux-ci ont l’autorité légitime de leur retirer dans le respect de leurs engagements, ces associations sont donc elles aussi souveraines … et « gouvernent »

Ce concept d’une adhésion volontaire à des structures créées au sein de la société civile qui ont ensuite le pouvoir d’imposer leurs décisions à leurs membres est une abomination pour la pensée politique dominante actuelle. Il est anathème, car il fait contrepoids au pouvoir absolu de l’État… que perçoivent comme leur chose les tenants de la pensée politique dominante.

Cet encadrement qui mène à une souveraineté partagée est néanmoins la réponse à l’isolement et à la faiblesse de l’individu, dans une société où le développement des technologies et l’interdépendance qui en découle imposent de se structurer sans cesse davantage, alors que le bonheur de l’individu exige qu’on pose un minimum d’entraves à sa liberté. Le citoyen ordinaire d’une Nouvelle Société, s’il le souhaite, peut être plus étroitement encadré que le citoyen de la société actuelle… mais c’est lui qui choisit son encadrement.

Cette gouvernance personnalisée est un service qu’on lui offre et l’on sera surpris de l’enthousiasme que mettront certains à accueillir une gouvernance dont ils sont conscients d’avoir besoin et qu’ils ne rejettent souvent aujourd’hui que parce qu’elle leur est imposée. Le mot « paternalisme » – comme « anarchie » – est de ceux qui pourraient bien être réhabilités.

La fonction de gouvernance a aussi un autre visage, celui de l’administration. Au besoin d’être gouverné est indissolublement lié celui d’être administré. On dit souvent à tort que l’administration n’est que l’application des décisions de la gouvernance, mais ce n’est pas vrai. L’administration est aussi l’application casuistique de la gouvernance aux infinies spécificités de la réalité.

Elle est indispensable, car aucun principe n’est la réponse parfaite à une situation concrète. Un ajustement est toujours nécessaire et ne peut être qu’intuitif et discrétionnaire, puisque, par définition, c’est ce qui ne peut être normé qui requiert un ajustement ad hoc. S’il n’y avait pas une composante décisionnelle à l’administration, elle serait programmée et les administrateurs remplacés par des machines.

En symbiose avec un gouvernement, il y a donc toujours une administration. Une administration qui engendre un fonctionnariat. Pour le citoyen, gouvernance et administration répondent conjointement à un seul et même besoin, mais dans un régime démocratique il est crucial de distinguer entre l’une et l’autre, car le gouvernant est élu et l’administrateur nommé.

On voudrait bien que chacun agisse à son palier, le gouvernant au général et l’administrateur au particulier; mais, dans un État moderne, des connaissances spécifiques sont requises pour résoudre les problèmes que posent des situations complexes. C’est le fonctionnariat qui a l’expertise et il en acquiert plus d’importance. D’autant plus que la gestion de cette complexité devient elle-même une expertise.

C’est celui qui sait qui doit décider. Il y a donc transfert inévitable d’autorité des gouvernants vers des administrateurs. Il y a génération spontanée de gouvernance au sein de la fonction administration et donc émergence, parmi les administrateurs, de « gouvernants » de fait qui ne sont pas élus, mais nommés.

Où se situe la barre entre un ajustement légitime au spécifique qui est bien la mission de l’administration et une gouvernance usurpée ? C’est un côté sombre, occulte parfois, de la gouvernance qu’une Nouvelle Société ne pourra éliminer, mais se fera un devoir d’éclairer.

58. Ordre et sécurité

Une société existe quand elle suscite un sentiment d’appartenance. Quand elle reconnaît, même si elle ne l’accepte pas toujours de plein gré, un leadership qui est une forme primitive de gouvernance et qu’elle se plie aux règles qui maintiennent la cohésion au sein du groupe.

Cela acquis, son premier défi est de protéger ses frontières, puis de maintenir l’ordre dans le territoire qu’elle s’est ainsi approprié. Il faut à toute société une « armée » pour défendre ses frontières et une « police » qui y maintiendra l’ordre que son chef souhaite y maintenir.

Le chef avec le temps deviendra l’État et l’arbitraire sera remplacé par des lois, mais il faudra toujours à une société une force militaire et une force policière, sans quoi cette société cessera d’exister. L’ordre, maintenu d’abord par la force et des menaces, le sera peu à peu par des promesses et des récompenses, mais sans que force et menace ne disparaissent jamais tout à fait. La société a besoin d’une force qui garantisse l’ordre et la sécurité physique des citoyens. Des militaires, des policiers…

Pour bien maintenir l’ordre et assurer la sécurité, l’État va vite joindre l’astuce à la force. Contre ses ennemis de l’extérieur, mais aussi contre ceux sur son territoire qui contestent son autorité. Vigilance, surveillance, espionnage et contre-espionnage, infiltration, surveillance physique puis électronique… Des espions, des stratèges…

L’État va se doter d’une capacité de prévention pour dépister crimes et criminels et de dissuasion par l’imposition de châtiments. Il veut le faire en restant fidèle a sa vision d’un pouvoir qui n’est pas arbitraire, mais respecte des normes. Il va donc apprendre à monter des enquête, à accumuler des preuves à bâtir des dossiers, à traduire en justice, à accuser de façon formelle et à faire condamner en toute transparence en suivant des procédures.

L’État promu « État de droit(s) »va mettre en place un système judiciaire. C’est la contribution de la civilisation à la satisfaction du besoin d’assurer l’ordre et la sécurité; détectives, enquêteurs, juges et procureurs apparaissent.

Au départ, priorité à la justice pénale. Il s’agit de mettre fin à l’illégalité, mais surtout à la violence, en n’opposant pas seulement la force légitime de l’État à celle des malfrats au moment de la commission du crime, mais en modifiant de façon permanente le rapport des forces entre l’ordre et le désordre, en changeant l’ambiance de la société. On veut que les criminels disparaissent, ou soient tout au moins mis hors d’état de nuire. Un système carcéral avec les ressources humaines compétentes pour le gérer va donc venir s’ajouter au dispositif pour maintenir l’ordre et la sécurité.

Les premières moutures de la justice pénale – toutes des variantes de la loi du Talion – sont brutales, avec pour premier but de punir et de dissuader par la terreur. Avec le temps, on a songé timidement à réformer les coupables et, au soutien de ces efforts, les mesures coercitives expéditives du départ ont été édulcorées. Un gain pour l’image que l’humanité préfère se donner d’elle-même, mais avec des résultats mitigés quant au but premier visé… qui demeure, c’est le leitmotiv, « assurer l’ordre et la sécurité ».

Pour que l’ordre et la sécurité soit vraiment assurés dans une société, il ne suffit pas, cependant, que le sang ne coule pas et que soit protégée l’intégrité physique des citoyens. Il faut aussi que les droits de tous soient respectés et qu’ils en aient la jouissance tranquille, comme celle de tous leurs biens. En parallèle à la justice pénale, il faut donc toujours qu’une société se dote d’un système judiciaire civil fonctionnel. Des avocats, des notaires, des greffiers… et d’autres juges. C’est à ce prix que le besoin pour l’ordre et la sécurité est vraiment satisfait.

Les bons services sont-ils là, aujourd’hui, pour que le citoyen se sente protégé ? Avons-nous l’armée et la police, les justices pénale et civile dont une société a besoin, au stade de développement que nous avons atteint ? Aujourd’hui, de nouvelles menaces pour la sécurité naissent, que laisse entrevoir le développement de nouvelles techniques qui augmentent la capacité de malfaisance de l’individu. Sommes nous prêts à y faire face ?

Armée et police tendent à se confondre, à mesure que les défis liés au terrorisme et à la contestation permanente du pouvoir établi se substituent à ceux traditionnels représentés par les autres États souverains. Dans une Nouvelle Société globale, le concept même de force militaire disparaît, remplacé par celui d’une force de police elle-même globale et apte à mâter tout désordre. Nous y allons et nous y sommes presque déjà. Suivons-nous la bonne voie ?

1. En justice pénale, une Nouvelle Société doit se demander si, à l’approche punition-réhabilitation, il ne serait pas plus humain et plus efficace de substituer une vision mettant la priorité sur la protection des innocents et l’indemnisation des victimes.

Si on pense d’abord prévention, il faut un suivi plus attentif des éléments à risque. Il faut donc, dans le respect de la présomption d’innocence, se méfier davantage de ceux qui ont donné prétexte à ce qu’on leur prête attention. On doit remplacer le concept d’incarcération par celui plus flexible de mise sous surveillance, le corollaire en étant que ce suivi puisse être prolongé et qu’on puisse en arriver à la mise à l’écart prolongée des récidivistes coupables de crimes de violence grave.

2. En justice civile, une Nouvelle Société considère comme inacceptables les obstacles que doivent aujourd’hui surmonter, dans la plupart des pays qui se disent pourtant des États de droit et des démocraties, ceux qui veulent avoir accès aux tribunaux pour y faire valoir leurs droits. Ces obstacles tiennent aux coûts de la justice qui donne un avantage scandaleux à celui qui est riche sur celui qui est pauvre et aux délais encore plus scandaleux qui font des mesures dilatoires la meilleure défense de celui qui a tort contre celui qui a raison.

Le rôle dévolu aux avocats, les méthodes de sélections des magistrats, les termes sciemment obscurs utilisés pour voiler plutôt que révéler la loi au profane, l’importance démesurée accordée aux procédures et qui compromettent l’application du droit substantif, les règles de la preuve qui favorisent celui qui a l’expert idoine à ses côtés, contre celui qui n’a que sa bonne foi, la tradition de privilégier la loi au détriment de l’équité… autant de raisons qui font que la justice civile, aujourd’hui, sert moins à faire triompher la justice qu’à permettre à celui qui sait manipuler le droit d’apprivoiser l’injustice.

Pour assurer le maintien de l’ordre et répondre au besoin de sécurité, armée, police, tribunaux, magistrats, juristes, prisons, lois et procédures doivent être adaptés à la réalité d’une Nouvelle Société. Les services à rendre ici doivent tous être revus.

59. La résolution des conflits

Dans une société, des différends vont naître. Il faut les régler. C’est un besoin auquel doit correspondre un service – l’arbitrage – et des expert compétents: les juristes. Nous ne parlons pas ici de conflits mettant en cause l’État, ou des principes qui relèvent du Contrat Social ou des droits de la personne ou du citoyen. Non plus des litiges où sont impliqués des mineurs ou autres incapables, ou dont des tiers subiront les conséquences de la solution qui y sera apportée. En ces cas, l’ordre public est en jeu et les tribunaux de droit civil en prendront charge.

Quand on parle d’ordre public on est, avec plus ou moins de nuances, dans le sphère du bien contre le mal. Mais l’immense majorité des différends, dans une société, ne sont pas de cette nature… La majorité des conflits en société découlent d’ententes entre les parties que celles-ci, de bonne ou de mauvaise foi, interprètent différemment. On parle de contrats entre personnes physiques ou morales, dont il est implicite que chacune a cherché au départ à manipuler les conditions à son avantage, y introduisant souvent sciemment des ambiguïtés dont elle espère tirer avantage. Les arrière-pensées sont ici la norme, de part et d’autre. On est loin du bien contre le mal.

Le contenu d’un contrat librement conclu entre parties ayant la capacité de le faire – et qui n’affecte ni les tiers ni la société – ne doit concerner que les parties. La société n’y a d’intérêt, ni l’État d’autre responsabilité, que de veiller à ce que les différends qui en découlent soient résolus dans le respect des engagements pris, car le défaut à le faire saperait l’ordre social et pourrait créer des conditions incitant à la violence. C’est uniquement à ce palier que l’État a un rôle.

Pour ces différends, c’est d’un arbitrage qu’on a besoin, dont on veut ; a) qu’il corresponde à la notion consensuelle d’équité qui prévaut dans la société, et b) qu’il ne coûte rien à celui dont l’issue du conflit révèle qu’il avait le bon droit pour lui. Il faut que cet arbitrage intervienne avec célérité, pour ne pas retarder indûment le flux des échanges sur lequel repose pour une bonne part la prospérité de la société.

Cette célérité est essentielle pour la société autant que pour les parties, car chaque fois qu’une obligation est contestée on ignore ce qu’elle vaut. Aussi longtemps que le conflit perdure, la crédibilité financière des parties est donc remise en question, celle de leurs fournisseurs et celle des institutions financières, à la mesure de tous les engagements envers elles ou leurs débiteurs dont ce litige rend la valeur incertaine. Un énorme poids d’obligations litigieuses pèse aujourd’hui sur l’économie. Il faut l’en libérer.

Quel service mettre en place pour répondre à ce besoin d’arbitrage ? Qui offrira ce service ? Qui en assumera le coût ? Le principe de base est de permettre à tous ceux qui sont parties à un litige de s’en remettre à N’IMPORTE QUI pour décider de leurs droits respectifs. S’ils sont d’accord sur un arbitre, ils n’ont qu’à en convenir et à en aviser l’État, en signant et produisant un formule simple; le système entérinera leur choix, de même que l’éventuelle décision arbitrale dont l’État assurera alors l’exécution, tout comme si elle avait été rendue par un tribunal.

Cet arbitrage ouvert doit être la solution par défaut sur laquelle on peut toujours se rabattre. La solution la plus courante, toutefois, fera ans doute appel à la compétence de juristes, conseillers juridiques et magistrats. Nous avons parlé des conseillers dont doit disposer chaque citoyen dans un monde complexe. Chaque citoyen d’une NS qui n’est pas sous tutelle doit avoir son conseiller juridique, qu’il choisit parmi la liste des juristes praticiens disponible sur le site Internet de l’État.

Le citoyen entretient avec son conseiller juridique une relation professionnelle permanente qui ne lui coûte rien, car celui-ci est rémunéré par capitation, recevant de l’État un montant forfaitaire mensuel pour chaque client qui l’a choisi et s’est inscrit à son cabinet.

Quand l’individu veut conclure une entente, son conseiller juridique l’assiste et intervient à la signature du contrat. C’est son conseiller qui en négociera les clauses, avec le ou les conseillers juridiques de l’autre ou des autres parties au contrat. Les contrats ainsi signés ne donneront pas facilement lieu à contestation, car si on y trouvait des erreurs, la responsabilité professionnelle des conseillers serait en cause…

Si néanmoins il y a litige, ce sont encore les conseillers juridiques des parties qui chercheront d’abord une entente à l’amiable. Ils y parviendront la plupart du temps, car, entre confrères, on ne se veut pas de mal : l’on se reverra souvent… Si, toutefois, ils n’y parviennent pas, ce sera sans doute un tiers, juriste de renom, qu’ils suggéreront à leurs clients respectifs de prendre pour arbitre.

Si une des parties n’est pas satisfaite de la décision rendue, il y aura toujours un droit d’appel des décisions arbitrales au tribunal civil, révision automatique des décisions de ce tribunal et appel de cet appel lui-même… Ces multiples contrôles successifs rendront bien difficile que le bon droit n’en sorte pas gagnant et qu’une décision équitable ne soit pas finalement rendue.

Bien des délais ? Non, car à moins que toutes les parties n’en conviennent autrement, une décision arbitrale sera rendue dans les 30 jours. L’audition des causes soumises en appel débute aussi dans les 30 jours ; elles sont entendues sans interruptions et toutes affaires cessantes. La séquence complète des appels, sous réserve de expertises extra judiciaires, exigera bien moins de temps qu’il n’en faut aujourd’hui pour en arriver au procès en première instance

De toute façon, sauf si un dommage irréparable peut en découler – auquel cas le dossier passera directement au tribunal du plus haut niveau pour décision immédiate – seul un jugement final la renversant suspend l’exécution de la décision initiale. Si une partie est lésée par cette exécution d’une décision dont on conclut par la suite qu’elle était erronée, elle en sera dédommagée – et largement ! – au jugement final.

60.Péréquation et assurance

Parmi tous les besoins essentiels de notre société qu’il faut satisfaire – et qui exigent donc qu’on mette en place les services et les ressources pour le faire – il en est un qui passe souvent inaperçu, mais qui mérite d’être mis en lumière. Le besoin de péréquation.

Péréquation dans son sens étymologique de « rendre égaux ». Elle correspond à la nécessité de rééquilibrer sans cesse le revenu disponible des citoyens pour que la vie leur soit agréable ou au moins tolérable, dans une société développée qu’on veut dynamique et donc de libre entreprise, mais où l’on est bien conscient que joue à fond le phénomène de concentration de la richesse.

Sans un rééquilibrage constant, tous les jetons dans une société entrepreneuriale, se retrouvent vite chez les gagnants. Les roues s’arrêtent alors de tourner, faute de demande effective, et le jeu se termine quand les perdants balancent table et tapis vert à la tête des croupiers, avant de défenestrer les croupiers eux mêmes. Pour éviter une révolution, « prendre de Pierre pour donner à Paul » est devenu, de loin, la principale activité de l’État dans tous les pays développés. Péréquation.

Il le faut bien…. La façon qui apparaît naturelle de distribuer le revenu est de payer le travailleur pour son travail, ce qui satisfait son respect – inné ou acquis, reste à voir – pour la justice commutative. Mais quel travail ? L’industrialisation a réduit comme peau de chagrin le travail humain qui reste à faire; la main-d’œuvre décroît aussi rapidement que la stabilité sociale le permet. La crise actuelle servira de prétexte pour chasser encore plus vite la main-d’œuvre hors des usines.

La migration vers le tertiaire et la production de services est limitée par la contrainte de la rentabilisation du capital investi en industrie et, même si cette migration reste massive, elle n’oriente qu’une minorité des travailleur vers les emplois improgrammables les seuls qui garderont bientôt une raison d’être. La majorité d’entre eux sont dirigés au contraire vers des postes et des tâches qui n’exigent pas de formation longue et dont la valeur ajoutée ne vaut souvent pas le revenu qu’il est indispensable de leur procurer pour qu’ils puissent consommer ce qu’il faut et que les roues continuent de tourner.

Inquiétant, car la courbe de consommation doit continuer de coller à la courbe de production. Quand on parle de péréquation, c’est cette équilibre, hélas, que le système a en tête plus que la justice… mais le résultat est bénéfique. Arrimer correctement le revenu au travail est dépendant un énorme défi. Puisqu’il n’y a pas assez de travail pour justifier la distribution du revenu qui rendra la demande effective, il faut distribuer ce revenu autrement.

On devrait évidemment augmenter la valeur relative du travail – l’équivalant de donner plus de biens et de services au travailleur pour moins de travail – mais ce serait diminuer la valeur relative du capital… une option à laquelle ne consentent pas encore de bon gré les propriétaires de capitaux. En attendant que ceux-ci aient été persuadés d’accepter cette mise à jour qui sera la vraie solution, la péréquation doit prendre d’autres moyens..

D’abord, offrir une multitude de services gratuits pour usage divis ou indivis. Ensuite, développer l’assistanat au sens strict, par des paiements de transfert. L’État moderne recueille au moins le tiers et parfois la moitié de la valeur produite par les sociétaires et le redistribue ou le dépense pour le bien de tous. Enfin, le coût des imprévus, surtout en santé, dépassant ce que quiconque pourrait assumer, la collectivité s’en charge, devenant une « société d’assurance » contre les vicissitudes de la vie. C’est la péréquation en action.

Dans un pays développé comme la France, la courbe de consommation de biens et services RÉELS n’est donc pas du tout normale (gaussienne) comme elle l’est encore plus ou moins en pays sous-développés. Elle est amputée de sa partie gauche qui est gommée et sa partie droite est re-dessinée par la péréquation, avec une concentration artificielle des éléments près de ce qui en aurait été le centre de la courbe initiale, mais en est dorénavant devenu la limite inférieure. On ne doit plus à Pareto que le respect nostalgique due à une bonne idée: la courbe des revenus pour consommation est devenue un construction politique.

Les écarts de consommation réelle entre pauvres et riches, dans les pays développés, sont donc bien moins marqués qu’il ne semble, ce qui est une victoire pour la justice distributive et la dignité humaine, mais l’effet secondaire négatif en est de convaincre les gens – pauvres comme riches – que le lien entre travail et revenu est désormais bien tenu… Le travail vraiment productif, comme source de revenu, perd sans cesse du terrain face à un assistanat généralisé.

Nous ne discutons pas ici de la moralité des modalités du partage de la richesse, seulement de leurs exigences techniques pour qu’une société perdure. Nous soulignons que, pour que la société se maintienne dans la zone de motivation-dynamisme entre paresse et révolte, il y a un BESOIN de partage-péréquation qui repose désormais sur un assistanat à trois (3) volets dont l’importance croît.

D’abord, un volet discret, où l’on garde le travailleur occupé à un pseudo travail qui ne produit rien d’utile; il est actif et heureux, on ménage son amour propre pendant qu’on lui verse le revenu que le système de production a besoin qu’il dépense. Ensuite, le pur assistanat : un revenu distribué sans aucune contrepartie-travail: Sécurité sociale, chômage, pensions, indemnités diverses, charité publique et privée, etc… Enfin, un volet d’assurance qui est la reconnaissance que l’assistanat DOIT exister pour tous dans une société dynamique et donc audacieuse. C’est le filet sous le trapèze. L’expression de la solidarité. Elle doit être encouragée et rationalisée.

Le besoin de péréquation est énorme dans une société dynamique et les services d’assistanat sont nombreux qu’on transformera en services d’assurance. La fonction de péréquation exige une main-d’oeuvre abondante et des compétences variées, allant de la conception de nouveaux programmes d’aide ou de protection à la distribution bénévole de paniers de Noel. C’est un volet des services qu’on veut parfois oublier… mais il ne faut pas.

61. Information et communication

Communication et information sont dans le rapport du moyen à sa fin ou du contenant au contenu. Acceptant l’incontournable conclusion du principe de MacLuhan, que les outils dont on dispose pour communiquer ne sont pas innocents dans le choix de ce qu’on choisit de transmettre, nous les présentons ici comme les deux aspects de la réponse à un même besoin.

Une société a un besoin essentiel d’information, tout comme l’individu a besoin de renseignements. On pourrait sans doute établir une bonne corrélation, entre d’une part le volume et la qualité de l’information qui circule dans une société et, d’autre part, son développement économique et la liberté dont on y jouit.

Le citoyen a DROIT à l’information. L’État a le devoir de l’informer; la responsabilité, même, dans une Nouvelle Société, car si une information est cachée sans raison valable, celui qui en subit un préjudice pourra réclamer un dédommagement de l’État qui aura failli à sa mission de la diffuser.

La première question est de savoir à quelle information le citoyen a droit, la seconde de déterminer comment elle lui sera transmise, précisant quels seront ceux qui la lui transmettront.

Qu’est-ce qu’un citoyen a le droit de savoir ? L’individu a le droit absolu de connaître tout ce qui le concerne et tout ce qui peut avoir un impact sur l’environnement physique, politique et économique dont il est partie. Tout ce qui pourrait raisonnablement et légitimement influer sur son comportement et ses décisions doit lui être dit.

Sont donc publics, d’abord, les documents d’archives, le patrimoine artistique et littéraire, les connaissance scientifiques et techniques, les procédures judiciaires et tout ce qui touche le fonctionnement de l’État et des autres entités de gouvernance et d’administration. Les auteurs et détenteurs de brevets doivent être généreusement rémunérés, nous l’expliquons ailleurs, mais rien n’est gardé sous le boisseau.

Au palier événementiel, tous les faits, les documents, les commentaires qui concernent la population en général sont publics. Le reste est privé. Ne nous y trompons pas, le reste c’est beaucoup. C’est presque tout, car il n’y a pas tant d’éléments de la vie des inconnus qui peuvent raisonnablement et légitimement influer sur ce que vous faites de la vôtre.

Chacun a droit à sa vie privée. Plus nous sommes interdépendants, plus il devient important de rendre supportable cette promiscuité que l’évolution nous impose, en gardant le contrôle d’un quant-à-soi. Une bulle aussi vaste que chacun le souhaite, sous réserve de la curiosité qu’il suscitera s’il en sort et qui devra alors être satisfaite… La règle par défaut est que s’il n’a commis aucune faute, on ne parle de personne sans son accord.

Ceux qui jouent un rôle public sont considérés comme ayant donné cet accord. Quiconque occupe une charge publique où une fonction qui découle d’un mandat reçu du public – l’administrateur d’une compagnie cotée en Bourse, par exemple – doit accepter que sa vie devienne un livre ouvert pour tout ce qui a trait à ce rôle et à ces fonctions. Pour le reste, il a le droit de ne PAS être livré en pâture à la curiosité des autres.

Ceux qui n’occupent pas de telles charges ou fonctions qui concernent tout le monde ont le droit que RIEN de soit révélé de leur vie. Ils peuvent faire l’impasse sur la publication dans tous les médias, même de leur nom ou de leur image. «Blackout» sera alors le mot-clef… et on sera sérieux. L’insulte et l’injure seront toujours soumises aux règles du droit ordinaire, mais il s’y ajoutera que transgresser la règle du « blackout » donnera lieu à des dommages dissuasifs – et à une amende exemplaire – sans qu’il soit nécessaire de prouver un dommage.

Si l’individu pose un geste ou exprime une idée dont les conséquences peuvent concerner des tiers, toutefois, ceux-ci ont le droit d’en savoir tout. Quand il s’agit de l’ordre public – un crime, par exemple, ou une déclaration de nature politique – c’est tout le monde qui est concerné et tout ce qui y est pertinent peut donc être dit, écrit, publié … La règle demeure, toutefois, que tout ce qui est diffusé doit être VRAI et, si un individu est mis en cause, lui être PERTINENT.

Ceux qui sont dans la mire de la population – ou voudraient l’être et cherchent la notoriété – s’empresseront de donner leur accord à ce qu’on parle d’eux. Il y aura une page sur le site Internet de l’État pour donner cet accord et ce qui concerne ces volontaires devrait suffire à alimenter le voyeurisme populaire.

On a droit à la transparence comme à la discrétion, mais le choix ne sera pas divisible. On ne pourra pas permettre la divulgation d’un événement et non d’un autre, ni autoriser le média X à parler de soi et l’interdire au média Y. On ne peut refermer les volets sans un avis de 6 mois. Ni dans les 30 jours d’une déclaration publique qu’on a faite: on ne peut mordre puis aller se cacher…

Où sera diffusée l’information ? Essentiellement, sur Internet, média vers lequel tous les autres convergent. Les médias écrits ne disparaîtront pas, mais, à moins que leur forme n’en fasse des œuvres d’art, ils seront vus comme une coquetterie et feront froncer les sourcils des environnementalistes. Il restera surtout sur papier des revues, mensuelles ou trimestrielles pour collectionneurs.

Qui informera ? Tout le monde. L’État mettra gratuitement à la disposition de chaque citoyen un site et un courriel qui deviendront son adresse officielle et son contact vers le monde. Quiconque le souhaite pourra écrire et aussi vendre sa prose à ses propres conditions sur Internet. L’État mettra en place un système pratique d’indexation par mots clefs et aussi pour récupérer et transmettre à l’auteur les sommes que les lecteurs auront accepté de lui verser.

Tout monde a le droit d’informer ; l’État, lui, en a l’obligation. Il fournira sur son site, entre autres, toute l’information au soutien de la vie politique et, comme nous le verrons en détail ailleurs, il entretiendra un dialogue constant avec les citoyens qui sont aussi ses administrés… et les utilisateurs des services qu’il doit leur offrir. Nous allons vers la transparence.

62. Commerce

Pour tirer pleinement avantage de la vie en société, les individus doivent mettre profit la complémentarité de leurs efforts de production de biens et de services variés: il faut faire des échanges. Ce sont ces échanges qu’on peut regrouper sous le vocable « COMMERCE ».

Entre celui qui produit et celui qui consomme, il peut exister tout un réseau de vente et distribution des produits et services qui peut fonctionner par paliers et dont la taille et l’importance varie selon divers facteurs, dont la simple étendue du territoire, mais aussi la rapidité et la commodité des transports… et le nombre de ceux qui veulent y jouer le rôle d’intermédiaires.

On pourrait penser intuitivement que les circonstances mènent à trouver aisément le nombre de paliers et d’agents qui optimise le service « commerce » pour les efforts fournis, mais chacun a son agenda qui n’est pas nécessairement celui du bien commun et deux (2) forces opposées sont ici à l’oeuvre qui compliquent la donne.

D’une part, plus les communications sont faciles et rapides, moins de paliers sont nécessaires entre le producteur et le consommateur, ce qui apparait comme un gain net, puisque « commercer » en soi ne produit pas un seul grain de riz supplémentaire. S’Il en manque au départ, il en manquera tout autant quand on vous l’aura vendu et livré à votre porte. Le commerce semble mieux jouer son rôle quand il n’occupe pas trop de ressources.

Dans un système d’abondance globale, d’autre part, on ne manque pas de ressources humaines pour faire pousser le riz… On se « tertiarise » donc faute de mieux et beaucoup de ceux qu’on chasse de la production se hâtent de devenir intermédiaires entre producteurs et consommateur pour offrir à celui-ci un service ajouté, plus ou moins utile, parfois fictif, quelquefois imposé. C’est le côté sombre de la tertiarisation.

Dans le tiers-monde, le commerce est souvent une vaste brocante de colifichets, de vieux pneus et de pièces à réparer n’importe quoi qui change de main plusieurs fois avant d’atteindre sa destination, permettant à chaque main de nourrir quelques bouches, mais sans que rien ne soit produit. Dans le monde développé, structurée, jouant la publicité, intégrée à des groupes puissants, la fonction commerce est plus formelle et nourrit bien son monde… Elle a le pouvoir de prendre une plus large part du gâteau, mais elle ne produit pas davantage de biens tangibles; elle est pur service et son utilité variable Quel est l’avenir du commerce ?

Il faut d’abord distinguer entre le commerce du tangible et de l’intangible. Pour ce dernier, le tiers qui s’immisce dans la relation entre celui donne et celui reçoit le service est un intrus nuisible. Avec le développement de l’information, il disparaîtra d’abord de la fourniture des services jugés essentiels dont l’État assumera le coût, puis sans doute de tous les autres, remplacé par des « conseillers ». Pour le commerce des biens tangibles, rien n’est joué, mais il semble que nous soyons à un carrefour entre deux (2) voies… qui pourraient bien nous mener à une même situation finale.

a) Première voie: tout le monde ou presque, assume d’abord, dans ses temps libres, la fonction-hobby de vendre quelque chose: c’est l’activité parallèle autonome la plus simple à entreprendre. Ensuite, celui qui « vend » devient plus ambitieux et tend à élargir la gamme de ses produits pour répondre à TOUS les besoins de l’embryon d’une clientèle qu’il se fidélise. N’oublions pas que nous sommes dans une société où l’on peut prévoir que se formeront des groupes d’affinités nombreux et permanents. Ces groupes deviendront des marchés fidèles, tout prêts pour un vendeur habile.

Avec le temps, s’il y trouve son profit, notre vendeur-hobbyiste peut se constituer une structure pyramidale. C’est le modèle « Amway » qui a prouvé la fascination qu’il peut exercer. Le pouvoir d’achat de ces groupes permettra à certains de ne plus être tant les vendeurs au groupe des produits des fabricants que les acheteurs mandatés des groupes auprès de ces fabricants. Ils deviendront les représentants de ce qui sera devenu une coopérative d’achat ayant le pouvoir de négocier des contrats léonins avec les fabricants.

b) L’autre scénario est que des distributeurs universels de type Wal Mart complètent une intégration verticale qu’a déjà amorcé… en se vendant à leurs clients. Ils peuvent faire une opération doublement avantageuses en transportant l’actionnariat ordinaire de leur compagnie à leurs clients, au prix d’un petit ajout bien identifié au coût de leurs produits, au rythme qui semble opportun, cet actionnariat étant si dilué que pour bien longtemps il ne changera en rien la gestion effective de l’entreprise.

La propriété du distributeur peut ainsi être cédée lentement et a fort profit à ses clients qui lui en deviennent d’autant plus fidèles. Le client devenu actionnaire et ayant été ainsi fidélisé – car achètera-t-il d’un autre groupe que de celui devenu SON groupe ? – le distributeur universel devient aussi de fait une coopérative à qui son volume d’achat donne le contrôle effectif encore plus total de ses fournisseurs.

On voit que dans les deux cas le résultat est le même: la coopérative d’achat est à la convergence des deux voies. Ce qui est normal, car dans une société de consommation, le consommateur a un pouvoir colossal et, à moins que l’orientation même de la société ne soit transformés rapidement, ce sont ceux qui vont contrôler ce pouvoir des consommateurs qui vont avoir la haute main sur la société.

Il peut y avoir des variantes. L’actionnariat peut être distribué au prorata des achats effectués, comme dans l’exemple ci-haut, les gains résultant de la disparition des paliers d’intermédiaires et des négociations léonines bénéficiant alors aux « coopérés » par le biais d’une baisse du prix d’achat. C’est l’évolution parfaitement « libérale »… On peut imaginer aussi, cependant, que les coopérés choisissent de se partager par tête les économies réalisées. En donnant une ristourne égale aux coopérés, indépendante du montant de leurs achats; on subventionne ceux qui consomment moins, créant une forme de « socialisme consumeriste ». Une opération de rêve pour des groupes qui parlent solidarité…

Dans un modèle comme dans l’autre, la coopérative de consommation apparaît dans la boule de cristal, faisant pendant aux conglomérats de production qui sont présentement en gestation plus ou moins occulte. Le danger existe alors que le marché global ne se morcelle en sous-marchés « coopératifs », à l’intérieur de chacun desquels les gens cherchent à ne consommer que ce que leur groupe produit. Ce qui n’est pas un avantage…

Si le vendeur apporte une véritable valeur ajoutée, devenant par exemple, comme nous en avons déjà parlé, le locateur du bien et ne vendant que de la « satisfaction », cette tendance a la fragmentation du marché est en partie compensée, mais elle n’est pas exorcisée pour autant. Dans un monde de communication instantanée, la fonction « commerce » va devoir faire l’objet d’une profonde réflexion.

63. Services financiers

En société, on produit et l’on se complète. On s’échange des biens et des services. On troque, mais on découvre vite, cependant, qu’il n’est pas si facile de faire l’appoint si on veut changer une vache pour un poulet. On commence donc à se donner des symboles : des tablettes de cire, des papyrus… Pratique, car l’on n’a plus à déplacer les choses seulement les symboles qui les représentent. Paris entre dans une bouteille.

Puis, comme il est pratique aussi d’avoir un référentiel, quelque chose contre quoi tout s’ échange et que l’on peut changer pour n’importe quoi, on fait quelques expériences et on se met d’accord sur une monnaie: le fer chez les Doriens, le chocolat chez les Aztèques, l’or…. L’or, surtout. Plus tard, quand l’État se fait du muscle et impose son autorité, il garde l’or et c’est sa seule signature qui fait foi. Tout peut s’échanger contre la monnaie qu’il émet. Très pratique.

On peut désormais ne travailler que dans le miroir monétaire plutôt que la réalité. Commode. Parfait, si personne ne triche. Mais si l’État, ses amis ou quiconque se déclare un banquier émet des billets qui ne sont plus le symbole de quoi que ce soit sauf de la naïveté de ceux qui les acceptent, on court à une catastrophe. Situation qui s’est produite souvent dans l’histoire et dont nous sommes à vivre actuellement la plus récente et la plus spectaculaire représentation.

On en reparlera, mais ici nous parlons de services. Émettre et distribuer la monnaie qui rendra possible l’épargne, l’investissement, le commerce et tout ce qui s’ensuit est l’un les services essentiels qui doivent être rendus en société. Qui le fera ? comment le fera-t-on ?

D’abord, une évidence: c’est l’État qui a le pouvoir sur lequel repose la confiance qui fait de la monnaie un symbole crédible de la valeur; nul autre que l’État ne peut donc raisonnablement battre monnaie. Confier cette fonction à qui que ce soit d’autre que l’État est un risque stupide ou une escroquerie grossière. Ce premier constat posé, qui ne vaut même pas la peine qu’on en discute, on passe au point suivant.

Il est clair que l’État ne doit pas émettre plus de monnaie symbolique que la valeur que celle-ci doit représenter. Il faut donc que soit fait le compte de tous les biens réels qui existent dans la société, qu’une valeur leur soit fixée et que soit créé le numéraire représentant cette valeur. Pas plus, pas, moins, avec une toute petite marge d’estimation. Disons 0.1%, par exemple

La monnaie émise n’est pas mise automatiquement en circulation, bien sûr, car l’opération équivaudrait à prétendre doubler par magie toute valeur existante. Si quelqu’un veut de la monnaie, quelle qu’en soit la raison, la Banque de l’État, la seule, lui en donnera… cotre valeur. Contre transfert de la propriété d’une part des biens réels du patrimoine du demandeur de monnaie qui donnera en gage cette valeur qui sera déduite de son bilan. Actifs et passifs doivent s’ajuster; un comptable bien ordinaire vous expliquera… Et ce qui est vrai pour les individus vaut pour l’État. Chaque fois que de la monnaie change de main, passant de A à B il faut que dans les livres – devenus virtuels – la propriété de QUELQUE CHOSE ait passé de B à A. La valeur peut-être nulle et on parlera d’un don, mais il faut que le « quelque chose » y soit.

Ce qui n’empêche pas que le crédit puisse entrer en jeu. Le crédit – s’il est utilisé honnêtement par les individus et surtout par l’État – n’est rien de plus que le report à une date ultérieure du deuxième terme de la transaction que nous venons de décrire. A donne à B… et B promet qu’il donnera à A plus tard, aux conditions dont ils peuvent convenir. La condition suffisante, mais absolument nécessaire pour que toutes les transactions financières – dont la plus significative est l’émission de monnaie par l’État – jouent leur rôle utile et ne repose pas sur une pure escroquerie initiale institutionnalisée comme maintenant, c’est que l’on sache à tout moment les valeurs réelles totales dont dispose l’État et le montant total de la monnaie qu’il a mise en circulation. Un comptable bien ordinaire vous expliquera…

Quand on regarde ce que signifie le secteur financier en termes de services, il y a d’abord tout ce qui est lié à l’émission de la monnaie et qui, par construction, est dans le giron de l’État. De même les opérations bancaires, puisqu’il n’y a pas d’autre banque que celle de l’État. Tout ce qui est crédit, toutefois a une porte ouverte sur le secteur privé. Il doit exister dans une société entrepreneuriale des bailleurs de fonds privés et ils sont de deux (2) types.

Il y a ceux qui “prêtent, héritiers des shylocks d’aujourd’hui, qu’une Nouvelle Société ne veut pas faire disparaître, car ils sont un gage que la rentabilité terre à terre des projets ne cede pas la place aux élucubrations idéologiques des politiciens et fonctionnaires. Le rendement du capital prêté sera moindre, car l’État ne sera plus là comme emprunteur complaisant et bonasse pour gonfler les taux, mais les prêteurs seront toujours là.

En parallèle aux prêteurs, il y a les “investisseurs”; ceux qui courent les risques inhérents aux projets, comme les entrepreneurs, et qui travaillent main dans la main avec ces derniers. Ils sont ceux qui apportent l’audace, alors que les prêteurs apportent la prudence. La société favorisera sans doute en alternance les uns et les autres et c’est ce qui lui donnera son équilibre financier.

A tous les paliers de l’économie, l’État-banquier sera présent, mais aussi les petits et grand prêteurs et investisseurs. La Bourse et donc les courtiers seront aussi encore là, faisant des montages et spéculant, mais dans une structure qui sera plus proche du jeu de hasard, quand la connivence de l’État ne sera plus là pour tricher et gommer les erreurs. On s’amuse… Le prêt à la grosse aventure se fera surtout sur des idées, des projets, des hommes… mais les services financiers garderont toute leur importance.

64. Recherche et développement

La recherche, surtout celle qu’on appelle la recherche pure, sans objectif commercial immédiat, pose un dilemme. D’une part on veut qu’on cherche et qu’on trouve ce dont la société a besoin, mais on sait bien que ce n’est que si le but reste ouvert et largement indéterminé qu’on explorera de nouvelles voies.

Une Nouvelle Société doit dont financer la recherche dite « appliquée » pour que ce qui est découvert et est d’usage immédiat soit dans le domaine public et serve de base à toutes les recherches subséquentes, car on ne veut pas perdre de temps a réinventer la roue. Mais elle doit aussi prévoir une partie de son budget pour encourager l’inusité, voire ce qui semble saugrenu.

Le service de recherche et développement dont une société a besoin doit s’appuyer sur des chercheurs professionnels, des sociétés de recherche dont c’est la mission de chercher et trouver… et, aussi sur les « professeurs fous », car c’est de cette faune que viendra la prochain Leonard, le prochain Tesla… et il ne faudrait pas le rater…

Dans la structure administrative d’une Nouvelle Société, on prévoit un Ministère de l’Innovation. Sa principale fonction sera la révision en continu des procédures de gouvernance et d’administration, pour que la routine ne vienne pas étouffer le changement comme un plante parasite, mais son autre mission vitale sera d’être aux aguets de ce qui n’est pas l’ordinaire, le connu, le prouvé et accepté.

Cela, dans tous les domaines, pour découvrir le mythique « meilleur piège a souris au bout de la route qui ne mène nulle part »… mais aussi la cure pour le cancer a base de … Dieu seul aujourd’hui sait quoi.

Le propre de la fonction recherche dans une Nouvelle Société est qu’elle doit être diffuse, car il est peu de travailleur qui ne connaisse – sans le dire, parce qu’on ne le lui demande pas – une façon plus efficace de faire au moins l’un des tâches qu’on lui demande de faire tous les jours. Recherche diffuse… mais avec une concentration dans un plan de recherche bien précis et ouvert à tous. Une Nouvelle société aura un Plan général de recherche scientifique (PGRS)

Le Plan général de recherche scientifique (PGRS) énonce tous les besoins de recherche de la société. Il identifie des milliers d’objectifs intermédiaires qui deviennent des propositions ouvertes adressées aux chercheurs et entreprises de recherche. Chacune de ces propositions à son prix : une « prime » à la découverte. Ces primes sont proposées par les divers comités de recherche constitués par branches d’activité, conciliées en dernier ressort par un Conseil de la Recherche pour qu’elles respectent le budget global approuvé.

Toute entité qui se dédie à la recherche peut se donner pour mandat de répondre à une ou plusieurs de ces « propositions », en y affectant ses ressources à sa convenance. Si elle « trouve », à la satisfaction du Comité de recherche concerné, elle est rémunérée de la prime convenue, cédant en échange tous ses droits à l’exploitation des retombées commerciales de sa découverte. Le Comité divulgue les nouveaux protocoles de traitement et les rend accessibles à TOUS. Gratuitement. Le Conseil de la Recherche rend publique toute l’information permettant à l’industrie la production des équipements ou des médicaments découverts.

La recherche scientifique est ainsi strictement séparée de la production, pour éviter de susciter une demande artificielle. Celui qui fait la recherche est rémunéré au moment où la découverte est faite. « Produire les pilules », si on peut prendre cet exemple, n’est pas une opération très lucrative, puisque les brevets sont accessible à tous et que l’État est souvent en position de monopsone.

Divulguant tout, on facilite la recherche des objectifs intermédiaires en aval de ceux qui ont été atteints – et c’est bien ainsi que les choses doivent être – mais il faut tenir compte de ce phénomène pour fixer avec la sagacité requise le montant relatif des primes rattachées à chacun des objectifs. Il ne faut pas qu’en mettant trop l’accent sur des objectifs éloignés on incite les chercheurs à ne pas divulguer leurs premiers résultats pour protéger l’avantage concurrentiel que leur donne l’information préalables dont ils sont pour un temps les seuls à disposer.

Au moment d’établir le Plan de Recherche et de fixer la valeur des primes, le Conseil écoute avec attention les recommandations de l’industrie et des chercheurs. Il est vigilant, toutefois, car il faut naturellement éviter que les budgets soient affectés pour venir récompenser des efforts certes louables -mais dont les retombées concrètes sont modestes – au détriment de l’impulsion qu’il faut donner à la recherche de véritables nouveautés qui exigent des investissements initiaux plus lourds ou des risques plus grands.

Des risques considérables et qu’une Nouvelle Société veut que ce soit des entrepreneurs et leurs investisseurs qui encourent. C’est le rôle du privé et non du public de courir la grosse aventure. L’espérance d’un colossal profit à réaliser peut inciter le secteur privé à consentir des investissements et à courir des risques qu’il serait incorrect pour l’État de même proposer à la collectivité. Pour que le privé le fasse, il faut que les primes fixées soient vraiment incitatrices.

On n’offrira pas pour la cure miracle du cancer du poumon, par exemple, une prime égale au profit que pourrait en tirer celui qui aurait découvert cette cure et en ferait l’exploitation, parce qu’il y a un déséquilibre des forces, entre offre et demande qui équivaut à une forme de chantage. On veut faire disparaître ce chantage, en mettant fin à cette approche de financer la recherche par la vente du produit qui en découle. On ne donnera pas tant…. mais on donnera beaucoup. Trouver cette cure vaut des milliards.. Il faut que l’investisseur qui finance une recherche y voit l’occasion d’un profit commensurable à son risque.

Rien n’interdit de chercher hors des cadres du PGRS. On peut s’en écarter à tous les carrefours. Mais il est bon de savoir qu’il existe au milieu de la grande forêt une large route bien balisée qu’on petr retrouver quand on est perdu…

65. Education

Les circonstances et les stimuli auxquels l’individu est soumis et doit s’adapter au cours de sa vie le façonnent et constituent son véritable apprentissage. La vaste majorité des événements qui l’affectent sont aléatoires, ou échappent à tout contrôle, mais il y en a quelques-uns qui ne sont pas fortuits. Ce sont ceux auxquels il est exposé sciemment, afin de le faire évoluer vers un résultat déterminé: c’est ce qu’on appelle son “éducation”.

En l’éduquant, on ajoute au bagage de ses connaissances et l’on modifie, dans un sens qu’on souhaiterait prévisible, les valeurs qui lui serviront de critères pour agir et fixer ses buts.

Pour que cette action concertée sur l’individu soit cohérente et puisse produire le résultat prédéterminé par l’éducateur, il est nécessaire que soient mis en place des mécanismes de transmission des connaissances et des valeurs et une structure qui encadre le fonctionnement de ces mécanismes. C’est la structure et les mécanismes mis en place afin d’instruire l’individu et de lui d’appliquer les conditionnements voulus qui constituent le système d’éducation d’une société.

Devant débuter bien avant que l’individu puisse être consulté, l’éducation est en quelque sorte le “viol bienveillant” de chaque enfant et de chaque génération par celle qui l’a précédée. C’est l’expression collective du désir plus ou moins conscient des parents que les choses ne changent pas et que leurs enfants ne soient que la suite sans imprévus de ce qu’eux-mêmes ont été.

L’éducation formelle peut n’occuper qu’une petite part du processus global d’apprentissage de l’individu, mais celui-ci n’échappe pas facilement à son conditionnement initial. Il y parvient d’autant moins qu’une société à pensée unique peut longtemps biaiser plus ou moins subtilement l’accès à l’information et l’analyse des faits, transformant en outils de renforcement de son conditionnement les péripéties de sa vie dont il pourrait tirer d’autres leçons.

Quand on s’interroge aujourd’hui sur l’éducation, il est important de voir que l’omniprésence des médias d’information – au premier chef de la télévision, mais bientôt aussi de l’Internet – a créé un système élargi de “transmission des connaissances et des valeurs” (éducation) qui occupe une part croissante du processus d’apprentissage global mais dont l’éducation au sens traditionnel n’est plus que le premier volet. L’éducation formelle n’en a pas perdu pour autant son importance, mais ses objectifs et ses moyens d’action sont à revoir.

Qu’est ce qu’une société exige de son système d’éducation? Trois (3) choses fondamentales:

– qu’il transmette des VALEURS, une éthique appliquée qui permette l’insertion de l’individu dans la société selon des normes qui font consensus et favorise un sentiment d’appartenance au réseau de groupes dont les interactions constituent la dynamique sociale;

– qu’il véhicule la CULTURE identitaire de la société, celle-ci ne pouvant autrement survivre, mais en tenant compte du contexte et de la place que cette culture occupe dans le patrimoine commun de l’humanité;

– qu’il forme, en quantité et qualité adéquates, les travailleurs de toutes les professions qui, ensemble, possèderont l’EXPERTISE nécessaire à la production des biens et services que consomme et exporte l’entité économique qui sous-tend la société.

Hélas, les systèmes d’éducation actuels semblent incapables d’atteindre ces buts fondamentaux. Partout, les valeurs se perdent, les cultures identitaires sont en voie d’extinction et la masse croissante des travailleurs exclus du système de production des biens et services est la preuve vivante que l’éducation traditionnelle ne peut leur procurer une compétence qui réponde à une demande effective.

Pourquoi cette faillite? Parce que, conçus pour assurer la continuité dans un monde stable et élitiste, les systèmes éducatifs sont devenus dysfonctionnels, il y a une génération, quand l’explosion des connaissances et la démocratisation croissante de la société moderne ont exigé que naisse une école qui soit à la fois ouverte au changement et pluraliste.

D’une part, le nombre et la diversité des expériences à enseigner se sont alors multipliés, suggérant un curriculum lourd, intensif, voire disparate. D’autre part, le pluralisme désormais consenti des sociétés modernes rendait plus difficile de créer un consensus ou d’imposer un modèle pédagogique unique au niveau de la culture et des valeurs.

Il y avait tellement plus à enseigner – alors qu’il devenait tellement plus difficile d’éduquer au sens large et politiquement si dangereux de choisir le modèle pour le faire – que les systèmes d’éducation ont cédé à la tentation de renoncer à leur triple mission et d’aller vers le plus facile.

Parce qu’il devenait plus difficile d’éduquer au sens large – en intégrant à la transmission du savoir le développement des valeurs, une culture et un sentiment d’appartenance – l’école nouvelle, créée vers 1960, a renoncé à le faire pour se cantonner dans un rôle de pourvoyeuse de connaissances. Cette solution de facilité a été une grave erreur d’aiguillage.

Une erreur, parce que c’est dans une société complexe qu’on a le plus besoin d’une axiologie pour éclairer ce qui devient alors le choix plutôt que l’acceptation sans discussion des valeurs. Une erreur, parce que c’est au sein d’une société pluraliste, qu’il est impérieux de mettre en relief une culture identitaire et de valoriser l’appartenance à des sous-groupes à échelle humaine. comme de promouvoir la solidarité avec la collectivité. Une erreur, parce que le développement des médias allait bientôt enlever à l’école le monopole de cette transmission du savoir dont elle aurait voulu faire sa vocation exclusive.

Les systèmes d’éducation ont choisi d’enseigner plus et d’éduquer moins. Avec le temps, l’accent mis sur le contenu cognitif a remis le contrôle de l’école à des “éducationalistes” et des administrateurs dont la préoccupation est devenue de veiller à ce qu’une masse énorme de connaissances soit déversée sur l’éduqué. Cette vision quantitative de l’éducation a conduit à un encadrement rigide de la fonction de l’enseignant, dont la relation avec l’élève est devenu le rapport de l’entonnoir à l’oie gavée, de sorte qu’aujourd’hui, à vouloir à toute force enseigner de plus en plus, on en arrive à ne plus éduquer du tout.

Le travail de l’enseignant se limite maintenant, trop souvent, à dispenser des connaissances hétéroclites dont l’utilité est douteuse et dont l’ensemble ne forme pas un tout cohérent. Il en résulte une désaffection croissante envers un système d’éducation qui assigne ainsi des ressources rares à des tâches futiles alors que nos véritables besoins d’éducation -au sens large – demeurent largement insatisfaits.

On prend de plus en plus conscience de cette erreur d’aiguillage que nous avons commise en réduisant l’éducateur au rôle de diffuseur de connaissances et le désir se manifeste de voir l’éducation non seulement préparer à l’emploi mais ré-assumer la responsabilité du développement des valeurs de l’individu et de son insertion sociale. Ce sera l’une des grandes fonctions à assumer.

66. Santé

Cette vie qu’on a appelée une « vallée de larmes » est semée d’embuches diverses dont des souffrances et maladies. Certaines ont leur remède, mais qui exige souvent pour s’en sortir plus que le simple bon sens: une véritable expertise Il nous faut donc des « thérapeutes » au sens le plus large du terme. Traiter nos maux et nous soigner quand on a mal est l’un des grands services à nous rendre.

Si important qu’on peut penser qu’une société civilisée, une fois sa sécurité et l’ordre assurés, y donnera la priorité sur tout le reste. Il est incongru, en effet, que ce qui est indubitablement la priorité de chacun – son bien être – ne soit pas reconnu comme la priorité de tous et donc de la société dans son ensemble. Le volet des services de santé est prioritaire. Les effectifs dans le secteur de la santé doivent augmenter énormément et les coûts rester stables. Il faut don une autre répartitions tâches

On ira dans cette voie dès que l’on aura fait disparaître quelques aberrations et une proportion croissante de nos ressources sera affectée à la santé/bien être. Cette croissance sera indéfinie, jusqu’à ce que le sens à donner à la vie et le plaisir à en tirer prennent le pas sur la hantise qu’elle termine. Il est possible qu’il faille du temps pour en arriver à cette sagesse et, d’ici là, priorité aux thérapeutes.

La première question est de déterminer ce que recouvre ce volet santé des services. Qui participe au service « thérapie »? D’abord les médecins et les infirmiers, bien sûr. Les deux, car on peut poser l’hypothèse qu’une Nouvelle Société distinguera clairement entre d’une part le médecin – dont le rôle est de vous traiter et l’objectif de vous guérir – et, d’autre part, l’infirmier (ou l’infirmière) dont le rôle est de vous soigner et le but que vous vous sentiez BIEN. Médecine et bien-être sont deux choses.

Ce sont des mission qu’on on veut confondre, mais qui parfois divergent et même s’opposent. Pensez à l’acharnement thérapeutique, pensez à la médecine en phase terminale qui parfois cherche des cobayes. Pensez au suicide assisté et à l’euthanasie, car il faudra bien un jour se résoudre à y penser…

Médecins et infirmiers, donc, mais ajoutez à ce volet des services les guérisseurs efficaces de tout acabit – mais oui, il y en a ! – comme les vendeurs de potions magiques qui produisent de bons résultats, il y en a aussi. La science regarde de haut tout ce qu’elle ne comprend pas, malgré ses antécédents déplorables à nier l’évidence quand la réalité ne correspond pas à ses hypothèses, ce qui a fait que de grandes hérésies sont devenues parfois de grandes vérités.

Quand on cherche les services que veut la population on ne porte pas de jugement sur l’efficacité de chaque service, seulement sur la demande dont il fait l’objet. La demande pour la santé et le bienêtre va donc au-delà de ce que souhaiteraient ceux qui veulent en faire leur chasse gardée.

Aux thérapeutes du corps il faut ajouter aussi ceux de la psyché, encore plus nombreux: psychiatres, psychologues, et toute une armée de confidents, rémunérés ou non, allant des confesseurs aux vendeurs d’amulettes et de grigris. La demande est là. Font partie aussi du volet « services de santé » ceux qui interviennent plus ou moins loin en amont pour prévenir, la maladie.

En amont, les thérapeutes pour bien portants qui vous demandent de courir un peu, de manger moins, de n’avoir que de bonne habitudes, sauf celles que vous juger indispensables pour vous rendre agréable cette vie que vous voulez tellement garder, même si c’est certainement la plus traitresse des maitresses. À mettre dans cette rubrique, donc, les diététiciens, les entraineurs de gymnastique, de tai-chi, de yoga, de reiki, de méditation transcendantale et autres techniques, tous ceux qui vous offrent quoi que ce soit qui vous fait sentir BIEN. Ils sont nombreux. Ils le seront davantage.

Ce qui menée à la deuxième question fondamentale: qui va payer pour tout ça ? On veut que la société absorbe les coûts essentiels. D’accord, mais comment dire objectivement ce qui est et n’est pas « essentiel », dans un monde où nous mourrons tous, chacun à son heur et qu’une décision vitale devra bien un journée pas être prise ?

Les services qu’on considérera essentiels et dont la société absorbera le coût, ne peuvent jamais être déterminés autrement que par un consensus social. Pour gérer ce volet, il faut donc déterminer ce qui est essentiel EN CONSULTANT LA POPULATION et que ce jugement soit sans appel, sans quoi c’est la corruption et le favoritisme qui s’installent.

Cela réglé, il faut comprendre ensuite que vu la complexité et l’ampleur du domaine, l’optimum en santé, ne peut passer que par une structure de guidange, un réseau de professionnels lui servant de piliers. Chacun doit pouvoir s’en remettre a un guide de son propre choix pour son bien être, sa santé… et donc finalement de sa vie. On dira: j’ai MON médecin…

Cette prise en charge par l’établissement d’une relation permanente librement consentis entre l’individu et son médecin non seulement règlera la question de la prévention et du traitement comme un seul champ unifié, mais fera plus pour la tranquillité et le bonheur du client-patient que nous sommes tous que toutes les pilules qu’on pourrait nous prescrire.

C’est MON médecin qui m’aidera a garder la santé et qui, au besoin, m’aiguillera vers les spécialistes qui me traiteront. Chacun choisira son médecin, l’État les payera par capitation, c’est-a-dire chaque médecin selon le nombre de ceux qui les auront choisis comme médecin.

Chacun aura aussi son infirmier– même si la tradition, qui a la vie dure, fera que ce sera souvent une infirmière – payé aussi par l’État par capitation. De même son spécialiste dans certaines branches où la demande est forte, comme la cardiologie ou l’oncologie. Chaque femme aura son gynéco, chaque enfant son pédiatre…. Tout ceci ne coûte RIEN de plus que la médecine gratuite impersonnelle que nous voulons aujourd’hui mettre en place.

D’autres interventions médicales normalement ponctuelles resteront payées à l’acte. Un volume de cette série est entièrement consacré au fonctionnement du système de santé dans une Nouvelle Société.

67. Les services culturels

La culture, c’est d’abord la somme des connaissances acquises pour le plaisir de connaître et de reconnaître, par opposition au savoir dit « utile », qui trouve son sens dans ce qu’il permet de devenir, d’avoir ou de faire. Vite, toutefois, la culture assume elle-même une fonction utilitaire. On est identifié, classé, jugé selon la culture qu’on a et ces connaissances, acquises en principe par plaisir, deviennent le vrai passeport qui vous fait Français, Allemand, Anglais… et aussi un aristo ou un cuistre. On peut aimer ou ne pas aimer Mozart, Xenakis ou les deux mais, par-delà l’émotion esthétique, il y a l’apport à votre image de votre préférence, réelle ou feinte.

On est donc loin du pâtre solitaire qui se taille un roseau pour accompagner le rossignol; la culture est devenue un phénomène bien grégaire et la « bonne » culture s’apprend comme les maths. Est-ce à dire que l’État a la responsabilité de « cultiver » ses citoyens comme de les éduquer ? Sur le plan de la culture, une société a pour objectif essentiel de promouvoir, chez tous ses citoyens, une connaissance raisonnable du patrimoine commun favorisant l’éclosion et le maintien d’un sentiment d’identité, de fierté et d’appartenance.

Une des missions de l’éducation est de souder une collectivité en un tout culturel. C’est une exigence encore aujourd’hui acceptable, car l’humanité ne se veut pas homogène. Pour l’État, l’essentiel de la culture est donc ce qui rassemble et ce qui fait que ses citoyens se ressemblent. Le but de l’individu n’est pas du tout ça. Les objectifs de la société et ceux de l’individu, lorsqu’il s’agit de culture, ne sont pas du tout les mêmes.

Pour l’individu, qu’il jouisse ou non de la peinture de la musique et de la poésie, il reste que sa culture n’est pas uniquement un plaisir mais aussi ce qui le distingue des autres, un outil de développement personnel, un atout dans l’émulation qui l’oppose à ses voisins. Son accès à la culture est donc une séquence de choix, préférablement plaisants, mais qui tendent aussi à faire de lui un être unique… et supérieur. Les choix culturels des individus tendent à stratifier une société qui, sur ce plan de l’appartenance, se voudrait égalitaire.

Un système d’éducation doit donc concilier ces objectifs culturels dissemblables de l’individu et de la société. Va pour une éducation qui véhicule la culture identitaire sans brimer les choix individuels, mais après? Quand se termine la phase d’éducation formelle universelle, l’État a-t-il encore un rôle à jouer pour la culture? Dans sa promotion et sa diffusion, certes, mais dans son orientation, NON. L’État a eu le temps, d’inculquer une culture identitaire. Qu’il laisse maintenant la place à l’esprit critique de chacun. Faciliter, oui mais choisir et imposer, non… ou très peu. Un choix a faire, mais qu’il faut ensuite respecter

Dans une société pluriculturelle, le rôle de l’État n’est pas de définir la culture mais de faire le constat quasi-quotidien des choix culturels des sociétaires et de ce que devient ainsi cette culture, facilitant la genèse de l’ensemble culturel unique que créent ainsi ces choix. Un État doit favoriser le développement de la culture en général, mais qu’il cherche à en privilégier certains aspects au détriment d’autres aspectæs est une expérience d’apprenti sorcier.

Partant de cette hypothèse d’un État culturellement impartial, l’État doit:

1) faciliter à ses citoyens un accès gratuit à l’apprentissage formel des éléments de connaissance donc ils bâtiront leur culture. Dans cette optique, une maquette complète de programmes permettant d’apprendre par soi-même tout ce qui peut être appris permet aussi ipso facto à l’individu d’acquérir la connaissance formelle de tout ce qui n’est pas indispensable à son activité professionnelle mais vise plutôt à élargir sa vision du monde, pour son plaisir et son développement comme être humain. L’accès à cette formation autodidactique est gratuit.

2) mettre gratuitement aussi à la disposition des citoyens les équipements essentiels leur permettant de compléter leur apprentissage et d’étayer, si on peut dire, la culture qu’ils ont choisi d’acquérir. Les équipements culturels, ce sont essentiellement les bibliothèques où l’on peut avoir accès à ce qui a été écrit – et donc aux idées et à la pensée abstraite, comme aux données qui décrivent la réalité – et les musées et lieux de mémoire, lesquels permettent la perception directe et le contact le plus étroit possible avec les œuvres et les objets auxquels un consensus raisonnable prête une valeur esthétique, historique, etc. Aussi une musicothèque, une cinémathèque… En pratique, ce sont le goût du public et l’opportunité qui dicteront l’agencement de ces équipements.

3) créer des services d’aide aux travailleurs de la culture et de soutien à la diffusion des produits culturels. L’État, par exemple, devrait publier annuellement un « Annuaire des Arts & Lettres ». Quiconque se prétend artiste – et ce n’est pas à l’État de mettre en doute cette affirmation, puisque le propre de l’art est d’être libre et librement structuré – peut s’y inscrire et se décrire, ainsi que sa démarche, dans l’espace mis à sa disposition. S’y inscrivent également les salles de spectacles, les galeries d’art et les autres espaces et établissements dont les services sont reliés à l’art et aux lettres.

4) L’État peut ajouter une autre dimension à sa promotion de la culture en faisant sur son site Internet la promotion de tous les spectacles et événements littéraires et artistiques. Les journaux le font déjà, mais de façon bien incomplète et ils ne disposent pas, comme l’Internet, de la capacité d’adapter sans cesse la nouvelle à l’évolution de la situation.

L’État peut faire plus. L’État peut assurer la publication sur le Web de tout livre, essai, ou autre document littéraire ou scientifique d’un auteur qui en fait la demande. Il peut subventionner leur consommation, afin que le citoyen puisse jouir d’une gamme plus variée de produits culturels que ne le permettrait la seule loi du marché, compte tenu du coût des facteurs de leur production et de l’espérance de gain nécessaire pour inciter à leur création. Nous en dirons beaucoup plus dans un volume qui suivra.

66. La guidance

La fonction de guider a toujours existé. Elle est implicite dans le concept social de famille et dans ceux de minorité et de tutorat. Elle prend un sens particulier dans la relation maître-disciple inhérente à une véritable éducation et elle est un non-dit dans toute relation entre un patient et son médecin.

On lui a vite donné une structure formelle au sein des religions – et les confesseurs sont apparus, dont quelques éminences grises – puis, Dieu parti, la psychiatrie moderne a pris la relève. Quand on parle de service de guidance, on n’invente rien. Mais tout ça, se faisait dans un monde bien simple… Le monde est maintenant devenu bien complexe.

L’orientation, la « guidante », sous tous ses aspects, est sans doute devenue le plus fondamental des services à rendre. Le plus difficile à cerner aussi et à contrôler dans son exercice. Car tout le monde veut, a droit et obtient aujourd’hui une liberté de choix pour laquelle il ne PEUT PAS posséder toutes les innombrables compétences qui lui permettraient de l’exercer intelligemment.

Nous avons déjà parlé de la perplexité du consommateur, acheteur de quoi que ce soit, qui ne trouve devant lui que des vendeurs, tous âpres au gain, tous avec leurs propres intérêts qui sont tous les intérêts sauf les siens et qui n’a pas de saint auquel se vouer. Nous avons suggéré la solution de « conseillers » et nous croyons qu’elle s’imposera. C’est un exemple du service de guidance en application

Nous avons parlé aussi du citoyen contribuable-administré, bien démuni devant la Jaggernauth de l’État, lequel est là en principe pour l’aider, mais qui peut l’écraser par morgue, bêtise ou simple inadvertance. Nous avons suggéré que se constitue un corps de « cicérones », connaissant tout des méandres de l’État et qui prendront fait et cause pour le citoyen dans toutes ses démarches avec l’Administration. Ce cicérone, choisi par l’individu, mais payé par l’État, est un autre exemple concret du service de guidance dont nous parlons ici

Sur un autre plan, nous avons déjà soulevé la question du hiatus abyssal entre le citoyen électeur et celui qui, en théorie, le représente dans le processus démocratique de gouvernance. Son « Président- Premier Ministre » au premier chef, bien sûr, mais aussi son député, ses représentants régionaux et même le maire élu de toute agglomération municipale ou un peu populeuse. A ce problème nous avons suggéré que l’on réponde par des paliers intermédiaires de représentation. « Conseillers » et « Grands Électeurs », plus près de l’individu et pouvant redonnent à celui-ci une plus grande familiarité de ce pouvoir qu’on dit qu’il possède dans une démocratie.

En l’absence de ces intermédiaires a son service – et qu’il doit avoir choisis parce qu’il les connait et non parce qu’on les lui a pas assignés d’office en gardant leur vraie loyauté en otage ! – l’individu n’est pas représenté. La démocratie dont on parle tant n’est qu’un leurre, un piège a cons, une manipulation éhontée reposant sur un contrôle total des médias et complétée au besoin par des opérations ponctuelles de corruptions.

L’individu doit être guidé dans toutes les sphères de sa vie. Ce qui est un terrible dilemme, car personne ne peut plus tromper et mieux trahir que celui qu’on a investi de la fonction de guide. Les mesures mises en place pour assurer leur bonne foi devront donc pousser à son extrême limite la notion de « check and balance » chère à ceux qui ont créé les Etats-Unis d’Amérique.

Il faut éviter, surtout, que ne s’installe dès le départ un conflit d’intérêt systémique entre celui qui guide et celui qui est guidé, comme ce porte à faux permanent que nous avons dénoncé entre l’avocat et son client.

Comment arrivera-t-on à ce que naisse un classe professionnelle de conseillers-guides en tout genre qui auront l’honnêteté qu’on attend d’eux ? Inutile de prédéterminer ici des mécanismes et des moyens puisque, par leur fonction même, ces guides auront la clef du coffre, quelle que soit la fréquence avec laquelle on changera la combinaison.

Evidemment on pourra être sans pitié dans la punition de ceux qui fauteront, mais il n’existe pas de cas connu où la menace d’une punition ait garanti une bonne conduite absolue. La motivation doit être « internalisée » et il faut donc espérer un changement de paradigme, un renversement de la moralité publique telle que la pensée moderne l’a maintenant façonnée.

Un espoir qui semble bien naïf, mais nous avons l’atout secret de abondance. À la mesure où la richesse sociétale augmente et se redistribue plus équitablement, grâce à l’interdépendance entre les acteurs, les biens matériels deviennent plus facilement accessibles et les valeurs intangibles acquièrent plus d’importance. Nous sommes à grimper collectivement sur l’échelle de Maslow…. On pourrait rejoindre la loyauté.

Nous pouvons aider le processus en accordant à ceux qui ont cette responsabilité de « guides » le respect social qu’ils méritent, comme la sagesse populaire l’a longtemps accordé à ceux qui s’identifiaient aux valeurs religieuses et l’accorde encore souvent aux médecins.

C’est une évolution sociale à suivre de près et l’une des grandes inconnues de la nouvelle société qui va se mettre en place.

67. Les services ancillaires

Les services ancillaires, en principe, sont ceux rendus à la personne. Au départ, ce sont des services faisant pour celle-ci ce qu’elle même pourrait faire, si elle en avait le temps et le goût, ou si elle ne préférait pas faire autre chose qu’elle juge plus important, que sa compétence lui permet de faire et pour laquelle il y a une demande. Bécassine fait donc la lessive et passe le torchon, pendant que Madame assiste à son conseil d’administration.

En principe, les « services ancillaires » n’exigent aucune qualification, seulement la bonne volonté de les accomplir. On pourrait donc ranger en bloc tous ceux qui rendent des services ancillaires dans le grand bloc des « non professionnels », le contraire n’étant cependant pas vrai. Pas vrai, mais on peut aussi, en élargissant le concept, déclarer ancillaires les prolongements dans l’espace public de la notion de travail domestique dans le domaine privé.

Le travail ancillaire devient de garer ou garder votre voiture, de nettoyer les pare-brise, puis s’étend à celui qui chante dans le métro, qui vend des châtaignes au carrefour ou qui emballe vos colis pour des pourboires au supermarché. Il y aura toujours une place pour pour les travailleurs ancillaires. Le propre du travail ancillaire est que la demande est infinie et la ressource pour en prendre charge aussi abondante que la somme du temps libre dont nous disposons.

Un temps libre qui augmentera avec le développement des techniques, car les machines sont pour tous, mais l’imagination n’est pas aussi bien répartie. Il ne faut pas se cacher que dans un régime de travail-revenu garanti qui ouvrira la porte au travail autonome exécuté « en parallèle » à l’emploi, une part importante du travail qui sera fait répondra aux critères du travail ancillaire.

Cela dit, est-ce si désolant ? Parce que le concept de rareté ne semble pas s’y appliquer, on a tendance a voir les services ancillaires tout en bas de la hiérarchie des fonctions… mais on ne regarde peut-être pas très bien. Il y en a deux aspects indissociables du travail ancillaire qu’on ne devrait pas négliger.

D’abord, il est de l’essence du service ancillaire de se personnaliser et Figaro peut devenir indispensable à son maître. Tous les domestiques et les fournisseurs de services ancillaires ne sont pas perçus comme interchangeables. Nous avons parlé précédemment d’un travail de l’avenir qui sera à quatre (4) dimensions dont la technique n’est que la première, la créativité, l’initiative et l’empathie en occupant les trois autres, les plus discriminantes; le travail ancillaire, la composante technique en étant négligeable, ce sont les dimensions nobles qui sont déjà mises en en valeur.

Le travail ancillaire prend et prendra donc galon, non seulement parce que quiconque rend un service peut y ajouter un raffinement bien de lui, mais aussi parce que quiconque réclame un tel service éprouve une grande joie à voir ce service comme unique, supérieur, juste pour lui…Il y a connivence entre celui qui donne et celui qui reçoit, ce qui confère une grande valeur à certaines activités humaines qu’un animal de basse-cour, ou qui sait un Martien, pourrait juger triviales.

La coupe de cheveu à 1 000 dollars est déjà une réalité et on pourrait donner d’innombrables exemples de tâches ancillaires déjà hypervalorisées, mais on peut tout résumer en notant simplement que la tâche de la mère auprès de l’enfant est l’archétype même de la fonction ancillaire et qu’il faudrait être bien stupide pour la juger négligeable. Comme il y a d’ailleurs une composante ancillaire dans toute relation interpersonnelle et qu’elle n’est pas toujours à sens unique.

Deuxième aspect souvent volontairement négligé, l’ambiguïté du critère formation. Nous avons posé ailleurs, tout a fait arbitrairement, que trois (3) mois pourrait être la durée minimale d’une formation conférant une certification professionnelle. Mais ce n’est qu’une hypothèse de travail et de simple transition. Ce n’est pas la compétence rapidement acquise qu’il est sans pertinence de mesurer; c’est l’instrument de mesure qui est encore imparfait ! Toute spécialisation devant se raffiner, on en viendra un jour a deux mois, puis à un, puis sans doute à la durée que l’on fixera à un seul crédit de formation professionnelle.

Et n’oublions pas que c’est le contrôle de la connaissance acquise et jamais le temps de formation qui est finalement pris en compte dans le système de certification d’une Nouvelle Société. Le service ancillaire, qui EN PRINCIPE n’exige qu’une formation nulle ou très courte, n’en sera pas nécessairement toujours dévalorisé. Quand on parle de services à la personne, c’est bien souvent du constat d’un talent plutôt que d’un apprentissage qu’il est question… ou d’un perfectionnement illimité qu’aucun diplôme ne pourrait reconnaitre.

Etant souvent des travailleurs autonomes, les travailleurs ancillaires pourront avoir du génie. En fait le pire mal qui pourrait les affecter serait justement qu’une société qui valorise la formation insiste pour les former ! Il n’est pas impensable qu’on veuille introduire des formations de camelots, de videurs de boites de nuits ou de prostitué(e)s… Ce qu’il faudra combattre avec énergie. Il ne faut pas, pour augmenter le prestige des titulaires, ajouter des éléments fantaisistes à un curriculum: une formation ne doit jamais correspondre à autres choses qu’aux exigences du poste à pourvoir. Ce qui en excède doit demeurer dans l’improgrammable. Il n’y a, disait Einstein que la bêtise humaine qui soit infinie.

Il y a parfois aujourd’hui un certain mépris pour le travail ancillaire, comme si un service à la personne avait des relents de sujétion. L’évaluation des services ancillaires va changer, mais pas par leur programmation et l’ajout d’une formation: par une simple prise de conscience. On va comprendre que la réussite ultime de la société est que, tout étant désormais facile à faire et essentiellement mécanisé, c’est justement une facteur X, la bonne volonté de servir, qui va devenir la première qualité du travailleur.

68 Maintenance, réparation et entretien.

Il est important de prendre soin et de conserver. Les Hindous en pensent assez de bien pour avoir créé un avatar de Dieu dont c’est la seule mission ! Il fut un temps où l’on préservait tout, puisque tout était rare. Puis les machines sont venues… et il est devenu normal de ne rien garder trop longtemps.

D’abord parce que les choses se démodent, que les techniques évoluent et que ce que l’on fait maintenant devrait été mieux que ce que l’on a fait hier. Ensuite, parce que le cout du travail augmentant, sans cesse, le rapport de sa valeur à celle de la matière monte en flèche… tout ce qui exige qu’un être humain et non une machine s’en occupe coûte cher. Alors maintenance, réparation et entretien, un minimum… L’économie est devenue de ne PAS garder les choses et la poubelle est le premier choix. Ça, c’était hier….

Puis, le vent a encore tourné On va manquer de ressources! Gaïa est aux abois… récupérons !…. Et si la vérité n’était ni ici ni là ? Uniquement bien variable, selon les circonstances et le bon filon qu’ont trouvé ce jour là ceux qui nous font notre croyance quotidienne, comme ils nous font la liste de ceux qui sont supposés nous avoir avoir offensés et à qui il ne faut jamais pardonner. Aujourd’hui ? lisez les journaux du matin…

Parce que tant d’argent dépend de l’attitude qu’on prend concernant la mise au rancart accélérée ou l’entretien soigneux des choses , le service qui vient s’y greffer participe du même manque de transparence qui a imposé la surconsommation pendant des générations. Une simple variante, donc, sur un thème connu, transposé dans l’univers d’une société tertiaire.

D’ailleurs, l’équivoque oblige à se poser une question préalable qui a son importance. Ces services sont-ils vraiment des services ? Est-on vraiment dans le tertiaire? Comment peut on d’un même souffle parler d’un « service », dont on dit qu’il est intangible, quand on a devant soi l’image du travailleur, marteau ou tournevis en main, travaillant indubitablement sur la matière, rafistolant une vieille lampe une potiche ou une voiture ?

On ne peut le faire qu’en établissant un distinguo entre ce qu’est ce travail et ce à quoi il sert, ce qui vaut pour tout ce qu’on peut réunir sous les vocables, maintenance, entretien, réparations… La frontière entre l’artisan – qui illustre le volet non industriel du secteur secondaire – et celui qui tout en posant les mêmes gestes prend sa place au tertiaire se situe, nous dit-on, au niveau de leurs intentions.

Toute explication vaut si elle fait consensus, mais ne nous cachons pas l’ambiguité qui demeure. Les colonnes Buren avec des coussins pour s’y asseoir deviendraient-elles des produits industriels utilitaires ? Ne pas leur en avoir mis fait-il la preuve indéniables qu’elles n’en sont pas ? Il y a beaucoup de subventions qui tournent autour de ce qui est production industrielle, artisanale ou simplement entretien… Réparer, entretenir, conserver sont bien des SERVICES qu’on veut rendre et recevoir. Mais faire un fauteuil tout fin neuf n’a-t-il pas la même intention ?

Le bons sens nous dit que maintenance, réparation et entretien sont des fonctions utiles, nécessaires, parfois irremplaçables… mais aussi parfois des attrape-nigauds. Peut-être la confusion se terminera-t-elle quand aura lieu le changement dont je parlais dans un article précédent. Je soulignais l’évolution probable d’une industrie qui aujourd’hui veut vendre des produits, vers une industrie qui n’en céderait plus que l’usage pour un temps défini. Voire pour un temps indéfini, le concept de remplacement y étant intégré et seule la satisfaction inhérente a son usage devenant l’objet de la transaction.

Si la distinction tangible-intangible s’estompe quand on parle d’un « service d’entretien et de maintenance » ce n’est pas le tangible qui reprend de l’importance, c’est qu’il est devenu un simple détail. C’est le triomphe ultime du tertiaire: La boucle bien-service se referme, la chose elle-même perdant toute importance.

Réparer ou ne pas réparer. Nous avons souligné les considérations environnementales qui en s’imposant pourraient donner à la récupération et à la réparation une importance perdue depuis longtemps, le rafistolage devenant une mission, une dignité, une mystique. peut être… Mais le plus probable est que ce sont les critères pratiques de coût qui feront pencher la balance. Choisir de réparer ou remplacer deviendront alors des décisions totalement utilitaires…

Sauf, naturellement, dans la mesure où un attachement sentimental à l’objet – qui n’a plus alors aucun rapport avec le service réel qu’on en tire – pourra intervenir pour lui conférer une valeur. Dans ce scénario, ce qui est banal et commun n’est entretenu et maintenu que minimalisent à peu de frais et n’est jamais réparé. L’usiné, le multiplié devient jetable, une camelote.

Le service de maintenance, réparation et entretien n’en sera pas moins disponible et d’une extreme importance, car il ne restera évidemment de nous et de notre culture que ce que nous prendrons la peine d’en garder, mais ce service ne s’appliquera que si le produit prend valeur spéciale d’oeuvre d’art ou d’objet de mémoire, individuel ou collectif.

Il prend sa prendra valeur d’oeuvre d’art par son unicité ou sa rareté artificiellement bâtie en brisant le moule… Il deviendra objet de mémoire par l’attention que VOUS ou d’autres lui porterez… Le fait que vous puissiez être nombreux ou que vous soyez le seul a l’apprécier ne changeant pas le principe….

Réparer l’oeuvre d’art ou l’objet de mémoire deviendra « restaurer » et l’on y aura recours uniquement dans la mesure ou le faire participera de l’originalité d’une démarche qu’on ne pourra pas programmer. Un service a surveiller.

69 La loisiveté

Ne cherchez pas le mot au dictionnaire. Il n’y sera que quand on ne voudra pas qu’il y soit. Les loisirs vont prendre une importance énorme dans la société qu’on est a bâtir, puisqu’ils sont à la la convergence de deux (2) espoirs enfin réalisés et le signe précurseur d’une catastrophe qu’on ne sait comment éviter.

Le premier espoir, vieux comme le monde, c’est celui non seulement d’avoir tout, mais de l’avoir sans effort. Le travail disparait, il n’occupe plus presque tout le le temps de veille de presque tout le monde, comme ce fut le cas durant presque toute l’histoire de l’humanité, mais un partie décroissante d’une fraction elle-même décroissante de la population d’un pays développé. Le tiers du temps de la moitié des gens… et ce n’est plus le dur labeur d’autrefois.

Le deuxième espoir, c’est de s’amuser. D’abord avoir le temps de s’amuser, puis la liberté, surtout, de choisir soi-même comment on s’amuse. C’est cette liberté sans contrainte qui est l’essence du loisir.

Occuper le loisir sera notre première préoccupation dans une société d’abondance. Ne fera-t-on que plus de ce qu’on fait déjà, ou aurons-nous un grand bond en avant ? La première distinction essentielle à faire est entre loisirs actifs et passifs.

Les premiers jouissent d’un préjugé favorable, réminiscence des efforts qui en faisant un athlète faisait un soldat, mais il n’intéressent qu’une minorité de la population et leur avenir ne peut que s’assombrir. Le nombre de ceux qui trouvent vraiment plaisir à rogner un centième de seconde du temps d’un record est limité. Le nombre de ceux qui par désir d’identification s’y intéressent comme spectateurs est énorme, mais on est alors dans le monde du loisir passif

Evidemment, on peut compter le sexe parmi les loisirs actifs, lui donnant alors la première place, le sexe exprimant ou simulant l’instinct de sympathie en nous. Mais dès qu’on s’éloigne de la pulsion instinctive immédiate pour penser au loisir comme à une activité réfléchie, on constate que le loisir actif, sexe inclus, se « raffine », se dématérialise pour que, de plus en plus. ce soit même l’érotisme qui remplace la passion.

On peut dire la même chose du sport exprimant notre instinct d’agressivité. De la boxe au hockey, au football, au tennis, au golf…. au bridge, aux échecs au jeu de go. A ce déplacement du corps vers l’esprit qu’on peut voir comme un triomphe en nous de l’Ange sur la Bête correspond, bien entendu, un passage insidieux de l’actif vers le passif alors que l’être en loisir se dédouane de ses pulsions instinctives immédiates.

Il se dédouble pour se voir plutôt comme la vedette que le protagoniste des drames/comédies qu’il met en scène. Jusqu’à ce qu’il devienne pur spectateur, de son spectacle et de ceux qu’on lui présente. Où vont les loisirs ?

D’abord, il est normal que l’on cherche a tirer parti des techniques. La plus évidente est la TV 3 D dont la réalisation parfaite réside dans la projection de deux images sur les deux lentilles des lunettes que porte le spectateur. Qu’on n’utilise pas encore ce procédé est pour moi un mystère.

Ensuite, image et son étant parfaits, puisque réglés par le spectateur lui-même, les raffinements sensoriels à ajouter ne dépendent que de l’imagination qu’on veut y mettre. Vous voulez « ressentir »un tremblement de terre ? Avoir l’odeur des roses du Gulestan, ou celle du surlendemain des tranchées de Ypres ? Ca peut s’arranger.

Le bond suivant en avant, c’est quand on travaille sur la perceptions elle-même. Les drogues qui les avivent sont déjà bien connues et je n’en ferai pas la pub, mais il est totalement illusoire de croire que ces prohibitions resteront là bien longtemps, leur durée de vie sera d’autant plus éphémère que l’on découvrira les occasions de les intégrer à l’industrie du divertissent pour en potentialiser les effets.

Ensuite, bien sûr, la drogue elle-même. Votre spectacle est en vous et de quoi se mêle une société qui veut interdire à l’adulte consentant le paradis artificiel de son choix en réponse à l’enfer dont on a fait cette terre ? Et la chimie, c’est encore bien « nature ». Margaret Ferguson, il y a une générations, a déjà parlé des émetteurs de fréquence qui reproduisent l’effet de toutes les drogues.

Rien ne limite le plaisir que le désir de limiter le plaisir; moitié puritanisme, moitié volonté de garder disponible un frustration pour pousser à l’action et une récompense inédite dans la besace. Nous avons déjà les remèdes a toutes les souffrances et a toutes les angoisses. Nous n’avons pas seulement les moyens du loisirs, mais aussi les moyens du plaisir dans le loisir. Juste un petit coup de pied et le toboggan part dans la glissade. Pourquoi pas ?

C’est qu’il y a aussi la catastrophe. La catastrophe finale. La confirmation d’une absence total de sens dans notre aventure humaine, car quand le choix du loisir remplace celui de l’action, c’est bien que, privé d’un projet d’éternité, l’humanité ne peut garder la joie ou même le plaisir que dans une instantanéité qui est sciemment vidée de toute continuité.

Que reste-t-il alors à la conscience qu’une oisiveté morose ou une jubilation artificielle affectée, reposant sur l’oubli de sa condition humaine ? Un monde de drogues, un monde d’auto-hypnose, de divertissements feints… ? Il y a quelque chose de désolant dans l’importance que prend le loisir qui est l’affirmation du présent limité sur le devenir qui est infini.

Je n’interroge souvent sur la maladie de Alzheimer qui est peut être une bénédiction pour la victime sinon pour ses proches: une rupture avec une notion apprise du réel qui n’est qu’une illusion de continuité. Peut être l’humanité se dissoudra-telle dans l’équivalent collectif du Alzheimer, le bonheur étant qu’il n’y ait ni hier ni demain, jusqu’au jour ou demain n’existe vraiment plus… La pénitence et le pardon du péché originel qui était de vouloir savoir la différence entre le bien et le mal et de vouloir être « comme des dieux »… quand on n’est pas des dieux…

Mais je me dis aussi souvent que l’humanité est bien jeune. Il n’y a pas 5 000 ans qu’elle a appris a lire. Qui sait ce que nous pourrions faire si on ne se se perdait pas trop en loisirs ?

Mais cela, comme dirait Kipling, est une toute autre histoire…

CONCLUSION

Ce système de production que nous venons de décrire s’appuiera sur un approvisionnement en MATIÈRES PREMIÈRES ( ressources) dont nous avons discuté dans ce volume. Il faut en faire autant pour les deux (2) autres facteurs traditionnels de la production.

– LE TRAVAI, libéré de sa composante énergie qui en faisait une ressource naturelle, et devenu pure compétence/expertise, tout entier redéfini, donc, selon les critères d’un société tertiaire;

– le CAPITAL, dont on doit comprendre, d’abord, qu’il n’EST PAS un facteur de la production comme les matières premières et le travail, mais un élément artificiel introduit au soutien d’une vision de la production qui est un choix . Comprendre aussi, toutefois, qu’il est l’aspect dynamiques de la famille, richesse-argent-monnaie-pouvoir qui est la clef de voute de notre économie

C’est ce dont nous parlerons dans le Tome #4 de cette collection

Une réflexion sur “NS – 3 Un temps pour satisfaire

  1. Les infos ici sur cette page sont bien intéressantes. J’ai vraiment bien aimé, un article qui est bien écrit et nous permet d’en savoir un peu plus sur le sujet. Bien vu !
    Amandine Luong / MELTY.FR

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